Restitution des restes des résistants algériens conservés en France

Les sans-papiers de l’au-delà

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le 17.03.17 | 12h00 Réagissez

Alors que le débat mémoriel ne cesse de susciter des discussions des deux côtés de la Méditerranée, la question de la restitution des restes des résistants algériens entreposés au Musée de l’Homme de Paris ne semble pas préoccuper pour le moment les responsables algériens.

Aucune procédure n’a été engagée par le gouvernement algérien avec le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris pour rapatrier les crânes des résistants algériens. Le musée parisien affirme n’avoir reçu aucune demande officielle. «Le Muséum est favorable à la restitution des restes de toute personne nommément identifiée.

Pour que la demande soit recevable, elle doit être entreprise soit par l’Etat dont la personne était ressortissante, soit par un ayant droit, relayée par une démarche diplomatique (…) A ce jour, toutefois, le Muséum n’a reçu aucune demande émanant du gouvernement algérien», a indiqué à El Watan Week-end Michel Guiraud, directeur des collections du MNHN (voir entretien).

Pourtant, le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, vient d’affirmer, dans une réponse à une question écrite qui lui a été adressée par un député, que l’affaire «est au cœur des discussions avec la partie française». En janvier dernier, M. Zitouni avai déjà confirmé l’existence des contacts avec les Français, mais sans en expliquer la teneur.

Selon le locataire de l’immeuble de la rue Benarfa à El Biar, des commissions communes des parties algérienne et française travailleraient sur ce dossier. Il a précisé également que son département œuvrait en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères (MAE) pour une «prise en charge optimale»  de cette question.

De son côté, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal, a évoqué, en septembre 2016, l’existence d’«un dialogue étroit» avec les autorités algériennes sur toutes les questions de mémoire. M. Nadal a tenu à rappeler la loi française datée du 18 mai 2010 visant à autoriser la restitution, par la France, des têtes maories à la Nouvelle-Zélande et relative à la gestion des collections : une demande officielle doit permettre le déclenchement de la procédure législative. Aux ministères des Moudjahidine et des AE algériens, motus et bouche cousue sur d’éventuelles démarches engagées avec la partie française.

Les candidats à la présidentielle sollicités

En attendant un engagement ferme des deux pays, Brahim Senouci, initiateur de la pétition pour la restitution des crânes des résistants algériens, a décidé de contacter les candidats à l’élection présidentielle française. Dans un courrier dont El Watan Week-end détient une copie, il a espéré que les candidats soient «sensibles» à sa demande. «Je souhaite, par la présente, que vous mettiez votre poids politique dans la balance pour faire avancer cette exigence de justice.

Tout le monde connaît vos liens avec l’Algérie et votre attachement à la restauration d’une relation d’amitié entre l’Algérie et la France», lit-on dans le courrier adressé au candidat de gauche Benoît Hamon. Et de conclure : «Maintenir ces ‘‘trophées’’ dans les caves d’un musée français, tout en sachant la charge symbolique que représentent ces résistants aux yeux du peuple algérien, ce serait d’une certaine manière prolonger l’époque coloniale et dénier, comme il y a près de deux siècles, la qualité d’hommes aux Algériens.

Comment ne pas évoquer le caractère barbare de la manière dont ils ont été acquis ?» M. Senouci déplore la sourde oreille des candidats à la présidentielle française. «Le porte-parole de Melenchon, Alexis Bachelay, m’a donné un RDV qu’il a reporté plusieurs fois, et puis silence radio», s’indigne-t-il. Mise en ligne le 18 mai 2016, la pétition pour la restitution des crânes des résistants algériens a recueilli près de 30 000 signatures (www.change.org). Des historiens algériens et français de renom ont réagi à cette pétition par un texte publié le 9 juillet 2016 dans Le Monde.

«Soutenir les appels de citoyens algériens à rapatrier ces dépouilles dans leur pays, pour leur donner une sépulture digne comme cela fut fait pour les rebelles maoris ou les résistants kanaks Ataï et ses compagnons (en 2014)… (contribue) à sortir de l’oubli l’une des pages sombres de l’histoire de France, celles dont l’effacement participe aujourd’hui aux dérives xénophobes qui gangrènent la société française», plaide le collectif d’intellectuels algériens et français.

Kanak, un précédent

Entreposés dans des coffres métalliques, les restes, des crânes secs pour la plupart, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif Boubaghla (l’homme à la mule), à Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaâtchas (région de Biskra en 1849), à Moussa El Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al Titraoui. La tête momifiée de Aïssa Al Hamadi, qui fut le lieutenant de Cherif Boubaghla, fait partie de cette découverte, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader.

Le mérite de la découverte de ces restes dans les dépôts du Musuém (mnhn.fr) revient à l’historien et anthropologue Ali Farid Belkadi, qui a alerté en 2011 sur l’existence de restes. Auteur du livre intitulé Boubaghla, le sultan à la mule grise, la résistance des Chorfa (Thala), l’historien a appelé à cette date les autorités algériennes à entreprendre auprès de l’Etat français «les démarches nécessaires» au rapatriement en Algérie de ces restes mortuaires. Sans résultat. L’Etat algérien ne serait pas décidé à suivre l’exemple des Kanaks (Nouvelle-Calédonie) qui ont réussi à rapatrier, le 28 août 2014, le crâne de leur grand chef Ataï.

Décapité le 1er septembre 1878, le crâne a été retrouvé au Jardin des Plantes dans les réserves entreposées pendant les travaux de restauration du Musée de l’Homme. Motif de crainte d’un éventuel abandon du dossier : les déclarations du SG du RND, Ahmed Ouyahia, qui a estimé qu’«il est préférable que (les) crânes restent en France pour servir la mémoire de l’Algérie sur place». Certains expliquent les atermoiements des deux partenaires sur ce dossier par le contexte politique des deux côtés de la Méditerranée : organisation d’échéances électorales importantes.
 

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