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Mohamed Tahar Mesbahi. Président de l’Union africaine de karaté (UFAK) et vice-président de la Fédération mondiale (WFK)

«Ce n’était pas au MJS de gérer le dossier de la Fédération algérienne de karaté»

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le 18.06.17 | 12h00 Réagissez

Le patron de l’UFAK, invité de la rédaction sportive d’El Watan, est revenu en détail sur la fameuse participation de l’Algérie au dernier Championnat d’Afrique de karaté, et dénonce les responsables de ce fiasco, preuves à l’appui. Il ne manquera pas d’évoquer aussi la situation de la Fédération algérienne gérée par un directoire, la responsabilité du MJS et la menace de suspension de la WFK.

La participation des sélections algériennea de karaté (29 mai- 4 juin) à Yaoundé a créé une vive polémique. Que pouvez-vous nous dire à ce propos ?

Il faut d’abord signaler que les sélections algériennes sont venues au Cameroun avec beaucoup de retard. Les responsables de la Fédération algérienne  de karaté (FAK) ont commis d’énormes erreurs administratives. Des erreurs idiotes, qui n’aurait jamais dû arriver, au point que je me demande si ce n’était pas finalement prémédité, car n’importe qui aurait pu les éviter.   

Quelles sont ces erreurs, qui auraient dû conduire à l’interdiction de la participation algérienne à ces championnats ?

La sélection devait arriver à temps. La FAK a reçu le programme deux mois à l’avance. Nous avons même retardé ces championnats de quelques jours pour permettre à l’Algérie d’y participer. De surcroît, nous avons attiré l’attention des membres de l’AG de la FAK sur la nécessité de se pencher sur la participation algérienne.

Le ministre a été aussi destinataire de deux missives dans ce sens, l’une de ma personne, et la seconde de Yacine Arab, ici présent, en tant que président de la commission d’organisation de l’Union africaine de karaté (UFAK), et ce, pour d’une part attirer l’attention sur ce qui se passait au sein de la FAK, et de l’autre l’éclairer sur les démarches nécessaires pour éviter un forfait et participer convenablement à la compétition. Malheureusement, on ne nous a pas écoutés. On a même demandé une entrevue avec le ministre, mais en vain.

On sait que trois jours seulement avant le coup d’envoi de ces championnats, la FAK ne s’était toujours pas engagée, malgré vos sollicitations à titre officiel et privé…

C’est en effet le cas. Les 26 pays engagés ont confirmé leur participation, sauf l’Algérie. Yacine Arab a de nouveau écrit à la Fédération pour éviter le forfait, et ce n’est qu’après plusieurs sollicitations qu’on a reçu un mail du secrétaire général de la FAK, nous annonçant la participation algérienne deux jours seulement avant le coup d’envoi de la compétition. Pis encore, le secrétaire général nous informait que la délégation algérienne arriverait avec beaucoup de retard. C’est-à-dire qu’elle ne pourra pas assister ni à la pesée des athlètes, ni à la cérémonie, ni même au tirage au sort.

Dans ce cas, l’Algérie n’aurait pas pu participer en ratant la pesée, en plus la FAK n’a plus payé ses cotisations à l’UFAK depuis plus de quatre ans. N’est-ce pas ?

Absolument. La participation de l’Algérie était compromise non seulement en raison de cette arrivée tardive, mais aussi faute de payement des frais d’engagement. Dans les statuts de l’UFAK, un pays qui ne paie pas ses cotisations pendant deux ans est exclu, et cela fait quatre ans que la FAK n’a plus payé. Sans nous, l’exclusion de l’Algérie aurait déjà été prononcée, et la participation au Championnat d’Afrique même pas évoquée.
 

Quelle parade avez-vous trouvée ?

Yacine Arab a convoqué une réunion d’urgence avec les commissions d’arbitrage et technique, avec l’objectif de trouver un compromis pour autoriser les sélections par équipe de prendre part à ces championnats, du moment qu’elle ne passe pas par la pesée. Un PV a été signé dans ce sens, où les deux commissions ont autorisé la participation algérienne par équipe. La décision a été ensuite notifié au secrétaire général de la FAK afin qu’il prenne ses dispositions.

Mais la Fédération a décidé d’inscrire les athlètes en individuel, sachant pertinemment qu’ils ne pourront pas participer. Pourquoi, selon vous ?

C’est justement à partir de là, qu’il y a eu anguille sur roche. C’était prémédité et bien étudié. Les responsables de la FAK, malgré nos consignes et interventions, se sont entêtés. Ils ont attendu jusqu’à la date butoir des inscriptions sur le Sport Data (Système d’inscription pour toutes les fédérations, avec code secret, relier directement à la Fédération mondial), et de surcroît à 22h, soit deux heures avant la clôture, pour enfin inscrire les athlètes en individuel, sachant qu’ils ne pourront pas participer sans passer par la pesée. Il est clair donc que c’était prémédité. C’est un sabotage… C’était vraiment très simple de s’inscrire dans le par équipe.

Et que s’est-il passé le jour de l’arrivée de la délégation algérienne à Yaoundé ?

La délégation arrive à 19h, à l’aéroport de Yaoundé, soit au moment même où la cérémonie d’ouverture du championnat et la pesée allaient prendre fin. Là, si le chef de la délégation avait vraiment été soucieux de la participation, il aurait dû faire le nécessaire pour rallier d’abord et en urgence le lieu de la cérémonie, qui n’était qu’à 30 mn de l’aéroport, pour tenter d’inscrire les athlètes. Mais au lieu de cela, et tout en étant au courant des délais, car il avait le programme, il s’est pavané à l’hôtel, puis au restaurant avant de daigner se présenter au palais des Sports, qui accueillait la cérémonie, cinq minutes après la fin de celle-ci.

C’était prémédité et calculé. Et à son arrivée, le chef de la délégation, Mouloud Benbekhma, nous a annoncé qu’il ne payera pas les frais d’engagement. Ils ont trouvé un alibi pour justifier ce que je considère comme un acte de destruction du karaté algérien.

Mais l’Algérie à tout de même participer à ces Championnats d’Afrique, même partiellement, comment cela a été possible ?

Yacine Arab m’a appelé pour me faire part de l’évolution de la situation. J’ai donc pris sur moi de signer un engagement pour payer les 3600 euros (3200 euros de dettes et 400 euros de frais de participation). Un engagement signé en présence du secrétaire général de l’UFAK et du président de la commission d’arbitrage.

C’était vraiment exceptionnel, et on a forcé la main aux responsables pour qu’ils acceptent, alors que l’UFAK n’a jamais toléré ce genre d’engagement. Tout cela, juste pour que l’Algérie soit engagée, face au laxisme des responsables de la FAK. Le lendemain, j’allais débourser ladite somme. Je l’avais déjà fait en 2013 en Tunisie, en payant une dette de 2500 euros de la FAK. Je n’ai jamais été remboursé à ce jour. Mais cela m’était égal, d’autant que l’Algérie à gagner une médaille. Donc à la base de cet engagement, les judokas algériens engagés ont pu avoir leur accréditation dès le lendemain matin leur permettant de prendre part à ces championnats.
 

Quelle a été la réaction du chef de la délégation de voir que les athlètes ont été accrédités, alors qu’il avait refusé de payer les frais d’engagement ?

Il a été vraiment surpris. Il a même exigé des explications de Yacine Arab. Gêné que ce soit moi qui ait payé les 3600 euros, et je l’imagine bien car il ne pouvait faire de moi un sauveur, alors qu’ils ont tout fait pour faire de moi le méchant de l’histoire, le chef de la délégation a appelé en Algérie. Et c’est là qu’on lui a intimé l’ordre de payer les frais.

Et qui lui a donné l’ordre de payer ces frais, après avoir refusé de le faire la veille, sans raison valable ? Est-ce le directoire de la FAK où le MJS ?

Je ne peux le dire. Mais une chose est certaine, le chef de la délégation sous la tutelle de son président du directoire, Aboubakeur Mekhfi, n’ont jamais protesté officiellement contre une mauvaise organisation ou tout problème comme l’exige la procédure. Tout simplement parce qu’ils ne pouvaient rien nous reprocher à moi et à Arab.

Aucuns grief à présenter à l’UFAK pour mauvaise gestion. C’est nous qui avons sauvé la participation algérienne. Mais au lieu de cela, ce chef de la délégation n’a pas trouvé mieux que d’écrire un rapport mensonger au directeur général des sports du MJS, nous accusant d’avoir lésé la délégation algérienne.

Comment on aurait bloqué l’Algérie, alors qu’après avoir raté la cérémonie de tirage au sort et de la pesée, il était impossible à n’importe quelle délégation de participer, mais l’Algérie l’a fait. Même le PV de participation n’a pas été signé par le chef de la délégation algérienne comme vous voyez (document en notre possession), malgré cela l’Algérie a pu participer grâce à nos interventions et gagner deux médailles d’or.

On croit savoir que c’est Mekhfi, le président du directoire, qui a fait une bourde, ayant entraîné la menace de suspension de la Fédération mondiale de karaté (WFK). Le confirmez-vous ?

Tout à fait. Tout a commencé le 6 juin, lorsque le président du directoire a écrit un mail à la WFK et son président, non pour se plaindre, mais pour qu’on ajoute son nom dans la délégation algérienne qui doit prendre part au Mondiaux de Pologne le 17 juillet prochain. C’est-à-dire pour un voyage. Il ne pouvait se plaindre, puisque c’est la Fédération mondiale qui gère les inscriptions et le système de Sport Data. Il ne pouvait les induire en erreur. Les preuves l’incriminent lui et son directoire.

Cette demande d’ajout n’a pas été acceptée bien évidemment, mais le plus grave c’est qu’au moment où les athlètes se déplaceront en Pologne sans entraîneur, ni médecin ni même le moindre accompagnateur, le président du directoire veuille ajouter son nom pour voyager. Le président de la WFK m’a d’ailleurs avisé, autant que son premier vice-président. Plus grave encore, Mekhfi s’est présenté en tant que «président du directoire».

Ce qui est antiréglementaire. C’est ce qui a déclenché la procédure de la WFK et cette lettre adressée le 8 juin au MJS, avec copies au COA, à la FAK et à moi-même, avec cet ultimatum de 45 jours pour l’installation d’une fédération élue comme exigé par la charte olympique.    

Que risque l’Algérie si aucun bureau n’est élu démocratiquement à la tête de la FAK après cet ultimatum ?

Il y a une procédure à suivre. Cette lettre adressée au MJS fait office d’avertissement. Si rien n’est fait dans les délais impartis (45 j), une suspension de l’Algérie de toute compétition internationale sera prononcée. Les athlètes algériens ne pourront même pas se déplacer à l’étranger pour des stages, car la notification de suspension sera transmise à tous les pays membres. Cette suspension ne pourra être levée, qu’une fois un bureau élu installé à la tête de la FAK, en précisant que les gens qui composent le directoire sont inéligibles pour les élections du bureau.

Justement, Mekhfi inéligible pour se présenter aux élections de la FAK, mais qui se retrouve éligible pour le directoire ? Un commentaire...
C’est ce que je dénonce. Comment se fait-il que lui est éligible, alors que les 16 autres ex-présidents sont déclarés inéligibles. C’est le deux poids deux mesures du MJS, avec l’aide d’un Mekhfi qui a tenté de saboter la participation algérienne au Championnat d’Afrique, avec un seul but : me discréditer, pour un intérêt personnel, celui de viser la présidence de l’Union africaine.

Et le MJS dans tout cela après le déclenchement de cette polémique ?

Le MJS ne nous accuse de rien. Mais on a envoyé des rapports au MJS pour expliquer, preuves à l’appui, ce qui s’est passé. Depuis mon retour, je me suis déplacer au siège du MJS, mais ni le ministre, ni le secrétaire général n’ont daigné me recevoir. Je ne vois donc pas pourquoi y retourner.

C’est étrange qu’on ne vous reçoive pas au MJS, alors que vous êtes le président de l’UFAK ?

Je suis aussi vice-président et membre du bureau exécutif de la WKF. Je suis le 2e vice-président de l’Union des Confédérations sportives africaine (UCSA). C’est nous à l’UCSA avec le concours de l’Acnoa qui organisons les Jeux africains de 2018 à Alger.
Même en étant le premier responsable de ces JA-2018, je ne trouve pas d’interlocuteur au ministère. Évidemment, que ce n’est pas normal de la part du MJS.

Si cela continue ainsi, l’organisation de ces JA sera une véritable humiliation pour l’Algérie à cause de l’attitude du MJS à mon égard. Rien n’a été fait, alors qu’il ne reste qu’une année pour ces jeux.
 

En tant qu’ancien président de la FAK, qu’avez-vous à dire au sujet de la situation qui prévaut au sein de la fédération depuis plus d’une année ?

J’aurais souhaité, qu’après le déclenchement des hostilités au sein de la FAK l’année dernière, le ministère tende une oreille attentive à ma personne en tant que président de l’UFAK, ancien entraîneur national et ancien président de cette même fédération. Si la crise a perduré, c’est que le dossier de la FAK a été géré par le MJS. Des personnes étrangères à la famille du karaté, et voilà le résultat. Une année d’instabilité et une menace de suspension. Honnêtement, si on m’avait sollicité, on aurait eu un président élu et une FAK légale en l’espace d’une semaine. On n’en serait jamais arrivé là.

C’est frustrant que je sois sollicité pour régler les problèmes de fédérations en Egypte et en Afrique du Sud, entre autres, mais pas chez nous. On règle les problèmes de tous les pays sauf le nôtre, faute d’interlocuteur. Je sollicite le ministre dans l’intérêt du sport algérien, et on ne daigne même pas me recevoir. Mais malgré cela, je suis disposé à aider. Et je promets qu’en moins d’une semaine, je réglerais une fois pour toute le problème de la FAK. C’est le défi que je lance à toutes les personnes concernées.

Beaucoup ont évoqué l’ingérence du MJS dans le dossier de la FAK, qui serait derrière ce malaise. Qu’en pensez-vous ?

A mon avis, cette ingérence est due au fait de fausses informations fournies au ministre. Soit par ignorance, soit pour des intérêts purement personnels. Les gens qui ne connaissent pas le problème de la FAK en profondeur n’avaient pas à se mêler et prendre des décisions qui les dépassent. Si le ministre voulait vraiment régler le problème, il fallait écouter les gens de la discipline, et pas des conseillers ou autres qui n’ont aucune idée sur la question. Je suis à mon troisième mandat à la tête de l’UFAK et candidat unique.

Cela veut bien dire que je suis un bon gérant, sinon je n’aurais pas été élu. Même pour les membres du bureau, des personnes ont demandé mon approbation. Voilà un signe de respect à ma personne et à mon statut de président, malheureusement, en Algérie on n’apprécie pas les valeurs et les compétences. D’ailleurs, je me demande quels sont les desseins visés du MJS en choisissant un inéligible (Mekhfi, ndlr) pour gérer un directoire. Quel est l’objectif ? C’est la question que je pose au ministre. 

 

Tarek Aït Sellamet
 
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