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Flambeau de la femme d’El Ménéa

Préservation des petites mains du désert

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le 10.01.17 | 10h00 Réagissez

 
	L’artisanat est un métier à préserver coûte que coûte 
 
	Fatima Rouighi, présidente du Flambeau de la femme d’El Ménéa
L’artisanat est un métier à préserver...

Evoquez le mot artisanat à El Ménéa, et c’est tout de suite le nom de Fatima Rouighi qui surgira. Cette petite femme aux yeux qui scintillent de passion a fait de la préservation des métiers du tissage local une de ses nombreuses passions qui meublent son temps et son espace de vie Fatima a, en effet, décidé depuis longtemps de transformer une partie de sa maison en atelier de tissage qui reçoit une quinzaine de tisseuses, jeunes et moins jeunes, qui, comme elle, ne veulent pas baisser les bras.

Petites mains, grandes aspirations

Lundi, 8h. Un froid de canard régnait sur la petite ruelle menant à l’atelier d’artisanat. Il faut parcourir une partie du jardin rempli de bougainvilliers fuchsia et de palmiers au vert si particulier dans cette ville, pour enfin accéder à la rampe d’escalier menant en haut. Les ouvrages étaient déjà en place, des femmes de différentes générations se côtoyaient dans cette grande salle à deux niveaux. Une partie est dédiée à la broderie, nous explique Fatima, l’autre est dominée par les métiers à tisser où de belles pièces aux couleurs chatoyantes montaient petit à petit.

Le tissage, un métier de femme à El Ménéa, contrairement à El Oued et Laghouat où les hommes ont affaire avec ce métier, dominant la scène ou la partageant avec les femmes. Ce qui frappe en premier, c’est le positionnement des mains. Il semble différent comparativement à d’autres régions. Ici, les mains semblent petites, agiles mais tempérées. Elles se meuvent dans une gestuelle précise, très douce. Elles prennent le temps à l’ouvrage. Voilà deux heures qu’elles travaillent déjà, leurs tables garnies de pelotes multicolores bougeaient à peine. Les brodeuses sont presque muettes. Sous le rayon de soleil qui traverse la pièce pour atteindre l’immense table accueillant les tissus à broder, de petites mains et des yeux attentifs font montre d’un génie féminin typique.

Insertion professionnelle

Celle qui a su imposer le tissage et la broderie d’El Ménéa aux niveaux national et international rend hommage aux générations de tisserandes qui ont fait de cette technique et de ces produits des œuvres artistiques reconnues et très demandées. Les commandes sont pour le haut de gamme, déclare-t-elle, des produits dont la finesse témoigne d’un savoir-faire typique, évoquant à la fois le local et l’universel. L’innovation commence dans le choix de la matière première et des couleurs, explique Fatima Roughi. «Les artisanes ont évolué avec le temps, ce ne sont plus des femmes illettrées, elles sont conscientes de leur position sociale, de leur métier».

Formées des années durant dans son atelier, les jeunes filles acquièrent un savoir-faire et une dextérité qui les rendent plus sensibles à la situation de l’artisan dans leur localité, qui a émergé en wilaya déléguée il y a une année. Nadia, une brodeuse, voudrait par exemple que «l’innovation opérée par les artisanes actuelles soit reconnue et répertoriée, voire enseignée, dans les centres de formation».

Mme Rouighi, elle, souhaite qu’un jour ses artisanes puissent vraiment vivre du fruit de leur travail en toute liberté et indépendance et ne plus être tributaires d’une commercialisation qui n’arrive pas à trouver sa voie en Algérie. Pour elle, le premier levier de l’artisanat local dans le Sud est «de promouvoir l’insertion professionnelle des jeunes tisseuses et brodeuses».

Entendre par cela les différents dispositifs mis en place par le ministère de l’Emploi et celui de la Solidarité. S’insurgeant contre l’«avilissement des filles ayant un si beau métier entre les mains et contraintes de travailler comme femmes de ménage parce que les seuls postes pourvus dans le cadre des dispositifs d’aide sociale sont dédiés au nettoyage».

Tradition et design

«Nous avons appris à prendre la tradition pour la mettre au goût du jour. Non pas que les couleurs ancestrales soient délaissées, mais une touche de design s’est imposée d’elle-même au fil des commandes. Nos clients sont très exigeants et nous nous devons de préserver notre fonds de roulement pour ne pas tomber dans la disette.»

Car, faut-il le constater, la maîtresse des lieux fait nettement la distinction entre l’artisanat et le tourisme. «Nous n’avons jamais reçu quiconque du ministère du Tourisme et de l’Artisanat pour voir notre travail». Ces délicates œuvres artisanales sont le fruit de la solidarité, enchaîne notre hôtesse, qui parle avec amertume de «la négligence qui pénalise l’artisanat saharien et celui d’El Ménéa, en particulier».

Ainsi, après avoir reçu l’aide du programme ONG2, qui a permis de structurer son projet sur le plan administratif et organisationnel, mais aussi pour l’achat d’équipements et de matière première, «Benbada avait pourtant donné des instructions pour voir nos besoins réels sans bureaucratie». Peine perdue, alors qu’elle a toujours milité pour un appui dédié à la matière première pour permettre un vrai décollage de l’artisanat, à Ghardaïa, les instances chargées de l’appui lui proposent de nouveaux métiers à tisser. «J’en ai vingt», a écrit la maîtresse tisserande d’El Ménéa.

Fatima Rouighi estime que l’artisanat doit bénéficier d’une nouvelle vision globale dans le cadre d’une approche solidaire du tourisme. Pour elle, maintenir la main-d’œuvre féminine locale, ces petites mains dont l’art de broder et de tisser est presque inné, dans ce métier artisanal, est avant tout l’affaire des autorités, qui doivent, selon elles, être une force de proposition, après avoir pris connaissance de la réalité de la société locale et de ses besoins.

Ainsi, pour ce qui est de la préservation de l’artisanat d’El Ménéa, dont elle a fait son cheval de bataille après un parcours professionnel atypique, l’ayant menée de l’enseignement général, à la coiffure et esthétique via une formation professionnelle spécialisée à Paris, le message de la présidente du Flambeau de la femme a été directement adressé au wali délégué d’El Ménéa. Dans l’attente d’une décision centrale.

Houria Alioua
 
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