Régions Sud Ouargla
 

Ferhat Bendekkiche. Un des porteurs du drapeau national lors des manifestations

«J’ai laissé à Ouargla une partie de moi-même offerte à ma patrie»

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le 01.03.17 | 12h00 Réagissez

S’il manquait une preuve de la portée du soulèvement populaire du 27 février 1962 sur le cours de l’histoire nationale et s’il ne fallait garder qu’une image de cette commémoration, 55 ans plus tard, au sein de la maison de la culture de la ville, ce serait bien celle de Ferhat Bendekkiche, qui, le cœur palpitant, les larmes aux yeux, nous livre dans cet entretien un témoignage émouvant de ces événements.

Se remémorant comme s’il datait d’hier l’instant ou Chatti Louakal, le premier martyr de ces manifestations, tombait à côté de lui sous les coups de feu de l’armée française, alors que lui-même perdait son bras portant haut l’emblème national  dans une déflagration qui a déchiré le ciel du ksar de Ouargla, l’inoubliable Ferhat Bendekkiche reste modeste et plein d’humilité et d’amour pour Ouargla et ses frères d’armes du sable comme il le dit si bien. Venu de Barika les retrouver, il s’excuserait presque d’être encore là, même avec un bras en moins, alors que ses amis sont partis. Tremblant tel un petit enfant en se rappelant les dernières paroles de Chatti Louakal, le chahid oublié de Ouargla, il donne à ce personnage presque légendaire une consistance et une émotion.
«Il était si frêle et son corps frémissait comme s’il appelait de ses vœux la chahada», dit-il.

«Deux heures avant de mourir, il me racontait qu’il avait laissé à sa femme la dernière pièce de monnaie qu’il avait en poche, je ne sais pas si je reviendrai ce soir, lui a-t-il dit, raconte Bendekkiche, qui, à 75 ans, n’a rien perdu de sa verve, ni la flamme son engagement :

Comment un jeune de Barika peut-il s’être trouvé à l’avant-garde de la manifestation du 27 février 1962,?

J’avais à peine 18 ans et j’étais à Ouargla depuis 1960, car j’avais reçu l’ordre d’appel à passer le service militaire par haut-parleur, mais j’étais déjà engagé dans la cause nationale et  j’ai donc décidé de venir au pays des sables, qui était alors une zone plus sécurisée. Les frères de Ouargla m’ont directement abrité et je me suis mis à leur disposition, j’ai retrouvé aussi des connaissances de ma région ici. Nous organisions des campagnes de collecte d’armes et d’argent à travers toute la région, on arrivait jusqu’à Hassi Messaoud, Bellegbour et Zaouia Kahla. C’est ainsi qu’à commencé mon histoire avec Ouargla et c’est comme ça que j’ai pu rencontrer des compatriotes exceptionnels, dont beaucoup ont payé de leur vie leur combat et j’ai eu l’immense plaisir d’en retrouver d’autres ici à Ouargla, après 50 ans d’absence.

Parlez-nous de votre participation

Ce sont Mabrouk Benmir, Khelfaoui Mostefa et Bennini Maayouf, plus âgés, qui m’ont parlé de l’organisation d’une grande manifestation en zone urbaine, plus exactement aux abords du ksar de Ouargla. Tout s’est joué à Souk El-Hadjar en fait, car avant il n’y avait pas de séparation entre la placette  jouxtant le marché, nous avons pris le départ d’El Atik, où il y avait l’hôpital, la caserne de gendarmerie,  le cinéma, la mosquée ibadite et les pères Blancs, selon la configuration de l’époque dont je me rappelle parfaitement. Il y avait des habitants de tous les quartiers, Saïd Otba, Sidi Boughoufala, Beni Thour, Adjadja, Ain Beida, Rouissat, Mekhadma. Nous étions très nombreux, mais chaque groupe arrivait d’un côté du marché, qui était le lieu de regroupement. La veille, on avait enlevé les drapeaux français et mis l’emblème national du branchement, de Béni Thour, aux quatre chemins, à Souk El Hedjar. Ils ont compris qu’on était décidés à mener la manifestation jusqu’au bout.

Je portais moi-même le drapeau algérien, on nous a tiré dessus à balles réelles, la douchka m’a ciblée et mon bras à sauté avec le drapeau. Chatti El Ouakal, qui était à côté de moi, a été atteint à le tête, il est tombé devant moi, un autre jeune que je ne connaissais pas est tombé juste après lui. Je suis moi-même tombé à cause de l’hémorragie et c’est un certain Moussa, un Batnéen, qui m’a évacué vers la mosquée malékite ou j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé à l’hôpital militaire. L’armée nous a mené la vie dure du 27 février jusqu’au cessez-le-feu. Ils nous ont auditionnés des jours durant dans leur caserne, ils cherchaient des informations sur les fellagas, les organisateurs, des noms, des lieux, des détails.

Comment se fait-il que vous soyez peu connu et pourquoi refusez-vous de parler de ces événements ?

J’ai quitté Ouargla en 1966 et je n’y ai plus remis les pieds jusqu’en 2015. J’ai toujours considéré que ma participation à la cause nationale était un devoir sacré, dont je n’ai jamais voulu me vanter, et je continue à le croire, car je n’ai aucun mérite. C’est après cinquante ans qu’un ancien compagnon d’armes a divulgué mon identité. La direction des moudjahidine de Ouargla m’a alors invité aux festivités du 27 février il y a deux ans. Je me rappelle de tout comme si cela datait d’hier, cette ville m’a manqué, j’ai laissé à Ouargla une partie de moi-même, offerte à ma patrie, mais j’aurais laissé cette partie de ma vie entre moi et mon créateur n’était l’insistance de cet ami, qui a livré son témoignage un demi-siècle après les faits. Je vis heureux dans ma Barika natale et Dieu m’a gratifié d’une bonne santé et peu d’enfants, puisque je n’en ai que seize. Rires …..

 

Houria Alioua
 
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