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Auto-emploi et économie solidaire

A Ouargla, le combat de Samira pour nourrir sa famille

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le 15.06.17 | 12h00 Réagissez

 
	l Il est 5h quand commence la journée de Samira, mère au foyer et surtout artisane aux mille et un métiers, qui veut à tout prix sauver 
	la scolarité de ses enfants.
l Il est 5h quand commence la journée de Samira, mère au...

A 46 ans, Samira, mère de cinq enfants, dont un adolescent de 16 ans, ne ménage pas ses efforts pour aider Kacem, son mari, jardinier de son état, à subvenir aux besoins de leur famille nombreuse.

Tôt le matin, alors que la maison dort encore, elle sort sa pâte à msemen du frigo. «Je prépare la pâte le soir pour pouvoir  faire les msemen facilement dès mon réveil et les envoyer chez le petit boulanger du coin qui veut bien les commercialiser à l’heure du petit-déjeuner.» Quand il se réveille vers 6h30 Salim, son aîné, sait ce qu’il doit faire aussitôt sa toilette finie.

Samira prépare une cinquantaine de ces petits mille-feuilles à l’huile et au goût artisanal chaque matin, elle les emballe dans du papier aluminium pour les garder au chaud. Son fils les livre avant 7h à Hamid, le boulanger kabyle, qui confectionne toutes sortes de pains maison dans sa petite boulangerie. A 25 DA pièce, ces petits msemen rapportent 1000 DA par jour à Samira et 500 DA à Hamid. «Chacun y trouve son compte», dit-il.

Sur commande aussi, Samira confectionne taknift tazdat, du pain rogag pour la chakhchouka, de la malsouka pendant le Ramadhan, taknift tadount, les mhadjeb ouarglis farcis aux légumes, ainsi qu’iwzane, le plat populaire numéro 1 de Ouargla préparé à base blé concassé en sauce rouge décoré de panse de mouton et de tomates et dont raffolent ses clients. Cédé à 250 DA l’assiette, cette dchicha est très demandée en hiver et en automne, ainsi que lors des fêtes de fin d’année scolaire.
 

Traiteur à domicile

C’est d’ailleurs l’occasion pour Samira de préparer de grandes marmites d’iwzane dès la semaine prochaine à l’occasion des barouks des lauréats de la 5e année primaire et du BEM, explique-t-elle. «Quant au bac, cela fait trois années que je travaille chez quelques familles comme traiteur avec ma fille». Pour arrondir ses fins de mois, elle ne rechigne pas et ne refuse aucun travail supplémentaire. «Le nouveau boucher de mon quartier me confie les têtes et les pieds de mouton et de veau à nettoyer pour sa clientèle ainsi que la préparation du osban, la panse de mouton farcie». Un boulot rémunéré à 50 DA pièce, confie-t-elle.

Et ce qui est une corvée pour beaucoup de femmes devient une source de revenu hebdomadaire pour cette mère de famille. «Je flambe, j’enlève le duvet, puis je gratte et nettoie le tout au savon de Marseille en 15 minutes, ca me prend moins de temps qu’au début grâce à mon nouvel équipement».

En tout et pour tout, un chalumeau de cuisine pour flamber le bouzelouf, deux couteaux, un aiguiseur et deux bassines achetées à la braderie. En dehors les occasions spéciales et les nettoyages à domicile qu’elle effectue de temps en temps, Samira, à elle seule, engrange une moyenne de 52 000 DA par mois, qu’elle verse entièrement dans la caisse familiale selon ses comptes. «Mon mari touche dans les 27 000 DA, ma participation est donc très utile tout en me permettant de rester chez moi et de m’occuper de mes enfants et de ma maison». Ses enfants profitent ainsi d’une nourriture saine faite maison et aident leur mère dans son activité qu’elle a commencé dix ans plus tôt.

Auto-emploi et économie solidaire

Comme beaucoup de femmes, d’abord dans les grandes villes, puis petit à petit à l’intérieur du pays, Samira a trouvé dans les métiers de la boulangerie et de la cuisine un débouché et une issue pour sa situation financière précaire. Elle rejoint des milliers d’Algériennes qui font progresser l’auto-emploi dans le pays selon l’Office national des statistiques (ONS). En septembre 2016, la population active a atteint les 12,117 millions en Algérie.

Par sexe, le chômage est plus élevée chez les femmes (20%) que chez les hommes (8,1%) au moment où 54,6% de la population en âge d’activité sont des femmes et déclarent être disponibles à travailler, mais n’ont pas effectué des démarches pour chercher un emploi durant le mois précédant l’enquête effectuée par l’ONS, car elles pensent qu’il n’y a pas d’emploi, ou qu’elles n’ont pas pu trouver un emploi par le passé, ou qu’elles ont déjà effectué des démarches pour trouver un emploi. A Ouargla, sur les 45 343 demandeurs d’emploi enregistrés via le logiciel El Wassit de l’Agence nationale de l’emploi de l’ANEM, les femmes ne dépassent guère les 7414, tous âges et tous niveaux scolaires confondus.

Pour Mme Yamina Gharbi, présidente de l’association Farhat Yatim de Ouargla, «beaucoup de femmes ont pu reprendre leur destin en main grâce à de petites activités économiques solidaires encouragées par les associations de la société civile». Plusieurs associations proposent en effet aux femmes en état de précarité ou de détresse économique et sociale des aides sous la forme de matières premières pour la couture, la pâtisserie ou la cuisine. Les produits confectionnés sont récupérés et vendus. L’argent récolté revient aux artisanes jusqu’à leur domicile. Selon la présidente de Farhat Yatim, «le vœu de plusieurs femmes  serait de créer des espaces de commerce solidaire où les produits seraient directement proposés au grand public afin de mieux s’affirmer et impacter les familles, en améliorant leurs revenus». Une idée qui pourrait permettre d’organiser cette économie solidaire et d’en connaître les niveaux d’investissement et de revenus. Samira en est convaincue, une nouvelle génération de femmes prenant leur destin entre leurs mains se constitue en Algérie et fera en sorte que d’autres secteurs d’activités puissent s’ouvrir à elles. En 2014, le dispositif du micro-crédit a permis à plus de 2600 femmes de bénéficier de petits crédits allant de 50 000 DA à 350 000 DA.
 

Houria Alioua
 
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