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Culture : La musique slam à l’honneur

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le 15.05.17 | 12h00 Réagissez

Le collectif Awal s’est produit, samedi après-midi, à l’Institut français d’Oran, lors d’un concert de musique slam dédié aux jeunes, notamment les enfants, qui ont pu déclamer quelques poèmes sur scène par la suite.

Awal est, en effet, un groupe de slameurs oranais, qui a vu le jour en décembre 2016. Constitué de deux jeunes filles et trois hommes, ce collectif relate en rimes le quotidien de ces jeunes, mais surtout les aspirations de toute une jeunesse avide de culture, d’ouverture et d’aventures. Sam, 24 ans, chanteuse et slameuse, déclare : «Nous avons choisi l’appellation collectif et pas groupe parce que nous sommes chacun de son côté à écrire de manière indépendante.

Il arrive que nous choisissions un thème commun, mais nous ne sommes pas un groupe proprement dit, car il s’agit d’expériences individuelles et personnelles qui se croisent sur scène.» Cette jeune chanteuse à la voix envoutante a signé la finale du concert par une chanson intitulée Clip chantant l’altérité et l’exil, l’étrangeté dans la ville et en amour, dressant une toile de mélancolie propre à l’univers de la slameuse, qui déclamait quelques minutes auparavant un slam titré Dépression.

Le choix des mots, des rimes et le flow nous révèlent une grande maturité, accompagnée des riffes et arpèges acoustiques de Seddik Oms, autre slameur, qui, guitare à la main, arrive à plonger tout le public dans une ambiance féerique. Il a également déclamé un slam dédié à l’Algérie, qu’il identifie comme mère et à qui il entrevoit un avenir tout aussi radieux que les sourires des enfants qui l’écoutaient avec fascination, émerveillement et admiration.

«Il n’y a pas d’âge pour devenir slameur», répondait-il à un enfant qui l’interrogeait tout en soulignant : «Tu peux devenir tout ce que tu veux. Et tu t’amélioreras avec l’âge et la pratique.» Questionné sur son engagement en tant qu’artiste, Seddik préfère la scène et le texte : «Je ne me vois pas engagé politiquement bien que beaucoup de choses m’inspirent et m’obligent même à écrire.

Je préfère attendre de comprendre encore mieux le monde avant de me prononcer sur tel ou tel engagement, mais ce qui est sûr, lire mes textes sur scène pour dénoncer des choses, soutenir des personnes ou porter les voix des jeunes de ma génération est déjà une forme de lutte», explique-t-il.

Il faut savoir que ces slameurs font partie des centaines de jeunes qui raniment l’espace artistique à Oran, une forme de résistance propre à leurs moyens et aspirations. D’ailleurs, Zoulikha, la slameuse la plus connue du groupe avec des vidéos atteignant des dizaines de milliers de partages, organise des ateliers de slam en faveur des enfants dans la galerie «Civ.Oeil» à Miramar, un des rares espaces s’ouvrant aux jeunes et encourageant les activités culturelles.

Autres activités, le collectif a mis en ligne, il y a trois mois, un court métrage intitulé La rue. Un film de six minutes qui se déroule à Oran, où Zoulikha toute fine dénonce le quotidien d’une jeune fille dans les rues de la ville parsemées de harcèlements, à la limite de l’agression physique ou verbale.

Sam entre en scène dans ce film en déclamant un slam lourd de sens, qui tombe comme un échafaud sur la conscience, décrivant la genèse de ces bulles, où les jeunes filles se réfugient pour colorer le monde et le rendre moins hostile, mais ça nous apprend surtout comment naissent ces sphères où se côtoient garçons et filles grâce à l’art et à l’espérance. Interrogé sur son engagement, Sam explique : «Je ne me dis plus féministe. Je préfère humaniste et si je dénonce la condition de la femme, je le fais sans étiquette justement pour supprimer cette différence entre hommes et femmes qui s’impose à nous.

Je ne veux plus contribuer à cela et, entre femme et homme, je choisis l’humain.» Sam explique également comment les choses se présentent pour une slameuse en tant que femme : «Il y a bien sûr un certain sentiment d’insécurité. J’ose mettre des vidéos sur Youtube et montrer mon visage, mais, sur scène, je me produis dans des endroits qui nous sont familiers et où le public est un habitué. Toutefois, l’expérience du court métrage nous a permis de réaliser encore une fois que la société bouge, mais les changements tardent à arriver.»

De son côté, Seddik raconte cette expérience avec le film La rue : «Nous avons eu droit à des remarques genre ‘‘c’est un péché’’, ‘‘c’est haram’’, ou des réactions décalées par les passants. Mais il y a eu aussi des commentaires encourageants, comme des passants qui s’arrêtent pour nous féliciter. Ce sont autant de contradictions qu’il faut observer pour voir ce que ça pourrait donner.

Ensuite, sur internet, il y en a eu de tous les commentaires, mais on réalise surtout que le slam est un bon moyen pour faire passer des messages.» En somme, le slam, cet art qui emprunte à la poésie le verbe, et le flow au rap, semble avoir trouvé son public et ses messagers à Oran, une vague artistique de plus pour accompagner les rêves d’une jeunesse qui déborde d’énergie.                       

Redouane Benchikh
 
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