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La commune El Aïssaouia (Médéa) prête à sortir de sa léthargie

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le 09.05.17 | 12h00 Réagissez

El-Aïssaouia, petite perle de l’Atlas tellien,  tente tant bien que mal de se défaire d’une réputation de «zone de mort»  qui lui «colle à la peau» des années durant pour entamer enfin un nouveau démarrage.

Située dans la daïra de Tablat, au nord-est de Médéa, la commune  d’El Aïssaouia était toute destinée à être à la fois un lieu de  villégiature par excellence pour les amateurs de la nature et une ville  pourvoyeuse d’huile d’olive et d’amandes, vu l’énorme potentiel  naturel qu’elle recèle. Un atout que cette commune montagneuse, culminant à 754 mètres, n’a pu mettre à profit pour améliorer les ressources et conditions de vie des 13 000 habitants à cause du terrorisme.

Et pourtant, dès le début des années 80, les prémices d’un tourisme  cultuel et thermal commençaient à poindre à l’horizon, avec l’arrivée des  premiers touristes, venus essentiellement de la capitale, Alger, et de  Blida, attirés par l’air vivifiant, les vues imprenables sur les vastes étendues forestières aux tons verdoyants qui couvrent toute cette  région, mais également par les multiples eaux des sources aux vertus  curatives.

Aïn Kessis, une source naturelle qui jaillit des tréfonds du sous-sol de la région, fut l’une des destinations privilégiées pour nombre de citoyens  issus de différentes localités du centre du pays, qui venaient chercher «cette précieuse eau» à laquelle on attribue des vertus curatives,  notamment pour ceux qui souffrent de problèmes rénaux.

El Aïssaouia disposait, en outre, d’une autre richesse à l’origine de cet attrait, à savoir les petites cascades de Tidjai, au sud-est de la commune, les thermes de Bouhmama et Moulay Ahmed, ainsi que la zaouia d’El Aïssaouia, l’un des lieux de rencontre et de méditation des adeptes de la confrérie éponyme, réduite, aujourd’hui, à l’état de ruine après son dynamitage par les groupes terroristes qui écumaient la région, a confié à l’APS Ali Amara, un élu de cette commune.

Désertées pendant quelques années, en raison de la situation sécuritaire  qui prévalait alors dans la commune, ces sources d’eau et ces thermes enregistrent un afflux assez important de citoyens, notamment durant le week-end et la période estivale, a-t-il affirmé, ajoutant que des démarches sont en cours pour tenter d’attirer d’éventuels investisseurs, d’exploiter ces thermes et contribuer ainsi à la relance de l’activité touristique au  niveau de cette collectivité.

Triste souvenir

1997 est une année fatidique pour les paisibles villageois soumis  continuellement au harcèlement des hordes terroristes : la commune  d’El Aïssaouia va progressivement se vider de ses habitants. Les villages et les hameaux isolés sont les premières victimes des attaques et razzias répétées des groupes sanguinaires qui pullulaient dans les maquis de la  région, endeuillant, à chaque fois, une famille, voire plus.

Beni Bellaz, Aggourzi, Lalaouchia, Sedrata, Lebchaïnia et Beni Zermane, où vivaient de paisibles exploitants agricoles, deviennent, du jour au lendemain, des villages fantômes. Craignant pour leur vie, des dizaines de  familles fuient ces villages et vont trouver refuge, qui dans la commune voisine de Tablat, qui dans la wilaya de Blida, Tipasa ou Alger, a indiqué Messaoud Tahmi, un autre élu qui a vécu cette période douloureuse.

Le pire allait se produire, selon ce dernier, au début de l’année 1997, où,  face à la pression des groupes terroristes, toute la population du  chef-lieu de commune est «invitée» à quitter les lieux et à aller se réfugier à Tablat et ses environs. Pendant plusieurs jours, la commune resta quasiment vide. Il faudra attendre l’intervention des troupes de l’Armée nationale populaire (ANP), avec le déploiement sur place et en permanence d’un contingent militaire, pour assister à un retour graduel des habitants au chef-lieu, a ajouté la même source.

Malgré les efforts déployés, après le rétablissement de la sécurité et la pacification de larges zones de cette vaste région montagneuse qui s’étend  sur une superficie de 70 km2, nombre de villages ne seront plus réoccupés par leurs habitants et tomberont très vite dans l’oubli. Autre conséquence de ces années de terreur, le bouleversement démographique que va connaître cette commune, dont le nombre d’habitants passera de 13000, début 1990, à environ 3763, aujourd’hui, a noté cet édile, qui n’a pas caché ses appréhensions quant à  un probable repeuplement de la dizaine de villages complètement désertés par leurs habitants.

Un effort supplémentaire de l’Etat est vivement souhaité. L’apport crucial  des pouvoirs publics, en termes notamment d’aide à l’auto-construction et de dotation en équipements de base, a permis à cette commune de se redresser et de tourner, dans une certaine mesure, la page du passé. Cette collectivité va bénéficier, à partir de 2007, de plusieurs projets d’équipement, d’infrastructures socio-éducatives, en l’occurrence,  destinés, surtout, à maintenir en place les quelques milliers de résidents  ayant résisté à la tentation de l’exil.

Nombre de citoyens qui avaient abandonné leur village d’origine  commencèrent, dès cette date, à les regagner à la faveur de ces projets,  prélude, pour beaucoup d’entre eux, à un retour progressif à une vie normale. Il en sera ainsi à Kebaldjia, Ouled Koula, Chemalile, Khoualed, Tidjai  Beni Boubakr, Belhiret, Zaouia et Bouhmama, où un retour massif des habitants est enregistré vers la fin de l’année 2010, coïncidant avec la  mise en service des projets lancés en chantier quelque temps auparavant, dont des écoles, des structures administratives et de service, ainsi qu’une maison pour jeunes, où diverses activités culturelles et d’animation sont  organisées depuis.

Or, l’élément ayant contribué le plus à faire revivre cette commune réside dans l’effort consenti par l’Etat en matière d’auto-construction, a fait observer Messaoud Tahmi, indiquant qu’un programme «conséquent» d’aides  rurales a été affecté à la région.

Les commodités manquent encore

Pas moins de 700 aides ont été débloquées au profit des habitants de la  commune, dont beaucoup de constructions sont, aujourd’hui, achevées, alors  que d’autres sont en cours d’exécution, a-t-il révélé. Une détermination réelle à surmonter les difficultés cumulées au fil des ans est perceptible chez nombre de citoyens approchés par l’APS, qui  affirment être disposés à «sacrifier» d’autres années de leur vie et de  leur terre en richesse, pour peu que les pouvoirs publics acceptent  d’accorder davantage d’intérêt à cette partie de la wilaya.

Pour Abdelkader Mekhloufi, un natif du village de Chemalile, la priorité  pour les habitants des villages et hameaux repeuplés doit être donnée à l’amélioration de la couverture de ces villages en eau potable et en  énergie électrique. Plusieurs habitations réalisées dans le cadre de l’habitat rural n’ont toujours pas été raccordées en électricité, d’autres n’ont droit à l’eau qu’un jour sur sept, voire plus, faute d’infrastructures hydrauliques, d’après ce dernier.

La santé est absente

Le même effort est souhaité par Abdelkader Kadri, un habitant du village de Beni-Boubekr, en matière, cette fois-ci, de couverture sanitaire, vu l’absence d’une structure pour les habitants de la commune pour se faire soigner. Une polyclinique, dont il ne reste aujourd’hui, que la «carcasse», fut réalisée, à la fin des années 80, mais elle n’a jamais été exploitée, a soutenu ce vieux villageois, contraint, lui et ces concitoyens, à faire le  déplacement jusqu’à Tablat, distante d’une vingtaine de kilomètres pour une  consultation ou des soins.

En attendant que ces doléances trouvent un écho auprès des autorités locales, la vie reprend, petit à petit, dans cette commune qui a su relever  la tête après une longue période de peur, de terreur et d’incertitude.

APS
 
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