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Messaoud Belambri. Président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo)

«L’automédication peut éviter des coûts et dépenses inutiles pour la santé et pour la Sécurité sociale»

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le 11.03.18 | 12h00 Réagissez


Le Snapo organise sa journée nationale portant sur l’automédication. Pourquoi le choix de ce thème ?

L’officine est le premier espace de santé à portée des citoyens et le pharmacien le premier professionnel de santé au sein de la chaîne de soin. Le pharmacien d’officine dispose de suffisamment de qualités et de compétences pour prendre en charge convenablement le patient au niveau de son officine, et le conseiller de manière optimale. N’oublions pas que l’espace officinal est avant tout un espace de santé ouvert à tous, très accessible, gratuitement et sans rendez-vous. Le maillage national en officines pharmaceutiques est très dense. Nous comptons pas moins de 11  000 officines réparties de manière équilibrée à travers tout le territoire national.

Ceci démontre qu’il y a pléthore en matière de couverture pharmaceutique, car nous sommes à une moyenne d’une officine pour 3500 habitants, ce qui dépasse largement les normes réglementaires actuelles, et qui est en parfaite adéquation avec les normes internationales et les recommandations de l’OMS. Et le patient vient souvent d’abord vers le pharmacien d’officine exposer son cas, et demander un avis ou un conseil avant d’aller consulter un médecin. Par déontologie et par vocation, le pharmacien doit toujours inciter à consulter, mais il y a des situations où ceci n’est pas nécessaire.

Dans le cas de symptômes légers, il est possible de recourir à des médicaments conseil ou OTC (Over the Counter), ou même aux compléments alimentaires. Le citoyen est de plus en plus cultivé, formé, le taux d’analphabétisation est assez bas dans notre pays, nous avons affaire à des couches sociales de mieux en mieux formées et ouvertes sur le monde grâce à internet et à l’explosion des réseaux sociaux.

L’accès à l’information médicale est désormais à la portée de tous. Les télés étrangères, qui ont envahi notre espace audiovisuel, vantent par la publicité qui y circule les vertus de plusieurs médicaments, et il est ainsi nécessaire d’orienter la demande des médicaments qui en est induite.

Tout cela nous impose de réagir face au phénomène de l’automédication avec de nouvelles approches, une nouvelle stratégie et de nouveaux objectifs. Et ceci doit se faire dans un cadre bien coordonné entre toutes les parties concernées par le médicament...

Le sujet est de la plus haute importance, car il touche de manière directe à la santé du citoyen. Si on parle d’automédication, ceci veut dire que le citoyen consomme de son propre chef des médicaments qu’il achète à sa demande, sans passer par une prescription ou une consultation médicale.

Dans la pratique, ceci est possible, car en pharmacie on trouve des médicaments qui peuvent légalement être dispensés sans présenter d’ordonnance.

Il faut reconnaître que chez nous, en Algérie, le recours à cette pratique est très courant, car nous recevons au niveau de nos officines quotidiennement de nombreux patients qui demandent des médicaments au comptoir verbalement, en présentant des bouts de papier mal écrits, ou de vieilles boîtes de médicaments, déjà utilisés dans le cadre d’une ancienne consultation médicale, ou utilisés par un voisin, un ami ou un membre de la famille.

Il est important d’aborder l’automédication sous tous ses aspects, car en dehors du fait qu’il y a un véritable phénomène de société à étudier et à affronter, il est aussi important d’échanger entre différents acteurs du secteur pour faire désormais face à l’automédication de sorte à éviter les effets négatifs toujours dénoncés, mais aussi, et ce, paradoxalement, en exploiter les effets positifs en matière d’éducation sanitaire et de retombées avantageuses sur l’économie de la santé et les dépenses de la Sécurité sociale.

Il faut savoir qu’au niveau mondial, un véritable travail est fait dans le cadre de l’automédication entre l’autorité sanitaire et la Sécurité sociale d’un côté, et l’industrie pharmaceutique et les pharmaciens d’un autre côté. C’est pour cette raison que nous avons invité à cette journée pharmaceutique des experts européens et régionaux qui nous feront état de ce qui se fait ailleurs.

Mais l’objectif principal est de protéger le patient, de l’orienter vers une médication sécurisée, en ne lui permettant d’utiliser qu’un produit qui est vraiment nécessaire pour son bien-être, en évitant l’abus et la surconsommation.

L’impact sur la santé des utilisateurs peut être fatal dans certains cas. Quelle est la responsabilité du pharmacien ?
 

C’est vrai que l’impact peut être fatal. Mais nous observons ceci dans le cas où le médicament est pris sans informer convenablement le pharmacien ou sans même demander son avis.

En règle générale, il est hors de question de dispenser les médicaments soumis à prescription médicale obligatoire dans le cadre de l’automédication. Il faut aussi qu’il y ait un vrai dialogue et échange entre le patient et le pharmacien. Il faut connaître parfaitement l’état de santé du demandeur, lui poser des questions sur ses allergies, sa maladie, s’il est diabétique, hypertendu, si la femme est enceinte, et avoir des données précises sur les médicaments déjà utilisés, sur la durée des symptômes décrits. En bref, un véritable interrogatoire doit avoir lieu pour que le pharmacien puisse décider de la suite à donner à la demande du patient.

La règle de base en pharmacie, c’est que tout est toxique, ce n’est qu’une question de dose.
D’où la nécessité d’être extrêmement prudent avant de dispenser n’importe quel médicament. Et pour cela, le pharmacien a besoin d’une formation continue, qui désormais deviendra obligatoire dans la prochaine loi sanitaire qui est au niveau de l’APN.

Sans compter les nouvelles tâches que le pharmacien est appelé à assurer, si nos démarches aboutissent auprès des autorités, car nous sommes en train de militer, conformément aux recommandations de l’OMS, pour l’attribution de nouvelles missions de santé au pharmacien d’officine. Dans certains pays, les pharmaciens ont même le droit de la prescription, ou de la reconduction et le renouvellement de certains traitements.

Nous devons être également extrêmement vigilants face aux doléances du patient, qui souvent demande des médicaments à prescription obligatoire et aux effets néfastes, tels que les corticoïdes, les anti-inflammatoires majeurs, les psychotropes, ou les antibiotiques. Et là, sauf cas de force majeure ou d’urgence absolue, il ne doit y avoir aucune complaisance, le refus de la dispensation est catégorique. Le pharmacien est appelé alors à jouer pleinement son rôle et à assumer ses responsabilités, car il doit contribuer à la lutte contre la consommation abusive des médicaments, contre la toxicomanie et contre l’antibiorésistance.

L’automédication peut également générer des coûts excessifs pour le patient, la Sécurité sociale et les dépenses de santé en général. Comment peut-on éviter cela ?

Bien au contraire, l’automédication peut éviter des coûts et dépenses inutiles pour la santé et pour la Sécurité sociale. Si le patient va consulter à chaque fois, avec les dépenses induites par sa prise en charge au niveau des structures de santé publiques et privées, l’encombrement inutile de ces structures induisant la mobilisation d’importantes ressources humaines, tout en sachant que cela impliquera inévitablement des prescriptions et des achats de médicaments de manière totalement inutile, avec un impact direct sur les dépenses de la Sécurité sociale, alors que ces médications et toutes ces dépenses pouvaient être évitées.

Les structures de soins pourraient, dans le cas d’une automédication responsable et cadrée, se consacrer aux vrais malades, aux vraies urgences, et se réserver pleinement aux vraies pathologies qui nécessitent la mobilisation utilement des moyens humains et matériels prévus à cet effet.

On évitera ainsi la multiplication des consultations inutiles, la profusion des ordonnances, et le gaspillage des médicaments qui finissent par se périmer au niveau des foyers et dans les déchets ménagers, suite à un effet de redondance dénoncé aussi bien par la santé que par la Sécurité sociale.

C’est pour cette raison que dans la plupart des pays, il y a une véritable coordination entre l’autorité sanitaire, la Sécurité sociale, l’industrie pharmaceutique et les pharmaciens d’officine ; pour l’organisation de l’automédication, et ce, afin de réguler le recours aux services de soins, rationnaliser la consommation des médicaments ainsi que leur remboursement. N’oublions pas que l’accès au médicament est très facilité en Algérie par le système Chifa qui est ouvert même pour les assurés actifs.

Le tiers payant profite à 37 millions d’Algériens utilisant 13 millions de cartes Chifa avec le remboursement de plus de 60 millions d’ordonnances par année.

L’automédication est en mesure de participer efficacement à la régulation de tout ce système comme nous l’avons expliqué plus haut. Et concernant le coût des produits utilisés en automédication, il faut préciser que les médicaments conseil sont dans la majorité des cas très bon marché et financièrement accessibles, en plus, le patient, dans ces cas, prend uniquement un à deux médicaments, pas plus.

Que représente-t-elle dans le marché du médicament en Algérie et comment est-elle régie ?

Tous les professionnels du médicament s’accordent à dire qu’il faut une réglementation spécifique pour la classification des produits conseil. En absence de réglementation spécifique classant de manière officielle les produits qui entrent dans le cadre de l’automédication, on considère que tous les produits hors liste I et II (ancien tableaux A et C) non soumis à la présentation d’une ordonnance, sont donc en vente libre.

L’automédication concerne alors pas moins de 1300 à 1500 marques de médicaments, ce qui correspond à pas moins du tiers des médicaments inscrits à la nomenclature nationale des médicaments qui compte environ 4300 produits. Et ceci représente environ 500 000 dollars (ces chiffres sont la moyenne des synthèses effectuées par certains experts du marché algérien du médicament).

Pour comparer avec ce qui se fait dans le monde, et on va donner l’exemple de la France, l’automédication touche plus de 4000 produits pour un coût de 2,2 milliards d’euros, un montant supérieur à celui de notre facture annuelle de l’importation de tous les produits pharmaceutiques secteurs privé et public confondus !

Et les trois premiers pays leaders mondiaux de l’automédication sont les Etats-Unis avec 60 euros par habitant par année, l’Allemagne avec 44 euros et la Grande-Bretagne avec 37 euros. Remarquez que ces trois pays sont également parmi les plus développés dans le domaine de l’industrie pharmaceutique.

Les compléments alimentaires figurent aussi parmi ces produits dispensés sans prescription médicale. Quel est aujourd’hui le statut de ces produits ?

Vous faites bien d’aborder ce sujet, parce que les compléments alimentaires sont concernés par l’automédication. Le recours à ces produits nous permet de déconseiller souvent la prise de médicaments aux citoyens. Le pharmacien dans le cadre de l’automédication est appelé à répondre à des symptômes légers et bénins, et dans ces situations, on peut facilement recourir aux compléments alimentaires, tout en évitant les effets secondaires des médicaments et leurs interactions avec d’autres.

En raison de la faiblesse de la réglementation régissant les compléments alimentaires, et suite au malheureux épisode que nous avons vécu concernant un célèbre produit de ce type de nutriments, le gouvernement a chargé les ministères de la Santé et du Commerce d’élaborer une réglementation spécifique.

Un comité multisectoriel sous la direction du ministère de la Santé a été installé, et les travaux sont en cours. Le projet de texte est pratiquement finalisé, et il va permettre de définir et de mettre en place une réglementation complète et détaillée pour la fabrication, l’importation et la commercialisation des compléments alimentaires.

Il est essentiel que toutes les conditions de sécurité et de qualité soient réunies et respectées. Selon l’évolution des choses, les règles qui vont régir les compléments alimentaires vont être presque aussi strictes que celles qui régissent actuellement le produit pharmaceutique, notamment concernant les normes de bonnes pratiques de fabrication.

Et là, permettez-moi justement de rappeler que l’industrie pharmaceutique est la plus stricte et la plus réglementée dans le monde après le secteur de l’aéronautique.

Djamila Kourta
 
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