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Pr Carmelo Scarpignato. Professeur en pharmacologie et en thérapeutique à l’Ecole de médecine à l’université de Parme, en Italie.

«En plus de la sécurité gastro-entérique, le Célécoxib offre une sécurité cardiovasculaire»

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le 12.11.17 | 12h00 Réagissez

Rencontré en marge d’une réunion d’experts à Alger sur la prise en charge de la douleur chronique, Pr Carmelo Scarpignato, de l’université de Parme, en Italie, professeur en pharmacologie et en thérapeutique à l’Ecole de médecine de l’université de Parme et professeur agrégé de gastroentérologie à l’université de Nantes, a présenté l’étude Precision (Prospective Randomized Evaluation of Celecoxib Intergrated Safety VS Ibuprofen or Naproxen), une étude prospective, randomisée, multicentrique en double aveugle de non-infériorité, comparant la sécurité cardiovasculaire de trois anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), à savoir le Célécoxib, le Naproxene et l’Ibuprofen, chez des patients nécessitant un traitement anti-inflammatoire pour certaines maladies rhumatismales, par exemple une polyarthrite rhumatoïde, ou de l'arthrose. Il revient dans cet entretien sur les raisons qui ont amené à réaliser cette étude  sur une période de 10 années dans treize pays et 926 centres, entre octobre 2006 et juin 2014, aux Etats-Unis et en Australie englobant 24 222 patients parmi 31 857 patients recensés. Auteur de plus de 560 publications sur des sujets liés à la pharmacologie digestive et la physiopathologie du tractus gastro-intestinal supérieur, Pr Carmelo estime que cette étude, demandée par le FDA au laboratoires Pfizer, dont les résultats ont été communiqués en 2016 lors du congrès de l’Americain Heart Association, publiée dans le New England Journal of Medecine, vient mettre un terme à la polémique et à la controverse suscitée il y a plus de dix ans sur les risques cardiovasculaires causés par le Rofécoxib (vioxx), de la même famille que le Célécoxib (Célébrex).

En quoi consiste cette étude Precision ?

Cette étude, il faut le signaler, a duré une dizaine d’années et a coûté des milliards de dollars. Elle a été menée par un comité scientifique d’investigation indépendant dirigé par le professeur Steeve Nissen, une sommité mondiale en cardiologie, à Cleveland Clinic, aux Etats-Unis.

Il y a aussi des experts d’évaluation chargés d’examiner les événements hémorragiques ou cardiovasculaires et d’établir le lien s’ils sont réellement dus à la prise de médicaments pris en compte dans l’étude. Cette étude a été demandée pour justement évaluer la sécurité cardiovasculaire, gastro-intestinale et rénale, sachant que le chef de file de la même famille du Célécoxib, le  Réfécoxib (vioxx), a été  retiré du marché,  car il a été incriminé il y a plus de dix ans,  retiré en 2004,  car il constituait  un facteur de risque dans l’augmentation de l’incidence des infarctus du myocarde, les œdèmes, les AVC, l’insuffisance cardiaque et les hospitalisations.

Il a d’ailleurs une structure proche du Diclofénac, l’anti-inflammatoire le plus répandu dans le monde, le pire des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) classiques. Certains pays pensent le retirer du marché. Ainsi, l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a refusé de mettre le médicament  sur le marché, mais avec l’insistance des associations de malades, l’étude a été lancée, à condition que le laboratoire Pfizer, fabricant du Célécoxib, s’engage à soutenir l’étude  qui doit montrer et  assurer  qu’il n’est pas aussi toxique que le Réfécoxib.

C’est ainsi que l’étude Precision a surpris plus d’un, puisque les résultats ont montré une nette différence entre le Célécoxib (Célébrex) et les autres médicaments, à savoir l’Ibuprofène et le Naproxene au plan cardiovasculaire, gastroentérologie et sur la fonction rénale. Il a montré une supériorité nette par rapport aux deux autres médicaments.

Quelle est la particularité du Célécoxib par rapport aux deux autres AINS ?

L’étude Precision a montré que le Célécoxib est le plus sûr à tous les niveaux, notamment au plan digestif, que ce soit pour l’estomac, l’intestin grêle et le duodénum. Il est également moins toxique au plan cardiovasculaire au même titre que le Naproxene, qui est le plus sûr parmi les AINS traditionnels. Cette molécule (Naproxene) est douée d’une action antiplaquettaire similaire à l’action de l’aspirine à faible dose. Ce qui protège davantage les patients à risque cardio-vasculaire.

Cette étude a prouvé la sécurité cardiovasculaire du Célécoxib, au même titre que Naproxene, en plus de la sécurité gastroentérologie, car la molécule n’est pas acide. Elle est plutôt basique, donc elle n’augmente pas la perméabilité intestinale. Ce qui constitue le point de départ de toute  une série de modifications physiopathologiques, qui amène à la lésion digestive.  Il a montré une supériorité et une meilleure tolérance digestive que le Naproxene et l’Ibuprofène.

C’est vrai que le Naproxene assure la sécurité cardiovasculaire, mais il est assez toxique au plan digestif. Il doit être associé avec la pompe à protons, alors qu’avec le Célécoxib, on n’en a pas besoin.

Au plan pratique, si vous allez faire une thérapie inflammatoire pour une durée d’une à deux semaines, il ne faut pas s’inquiéter de l’état de l’intestin grêle, mais il faut faire attention à l’estomac et au duodénum, car il est démontré  que c’est au bout de quinze jours de prise d’anti-inflammatoires que les lésions digestives commencent à apparaître. Il faut par contre se préoccuper du duodénum, de l’estomac et de l’intestin lorsqu’on a des patients souffrant de la polyarthrite rhumatoïde, de l’arthrose ou de la spondylarthrite ankylosante qui doivent être traitées à long terme. Dans ces cas-là, le seul choix qui reste est le Célécoxib.

Vous assurez que le Célécoxib peut être prescrit aujourd’hui sans danger cardiovasculaire sur les malades ?

Il faut être honnête, on sait qu’on risque très peu. Je dois dire que dans toute prescription médicale, il est important de  respecter la dose appropriée et le médicament ne doit être prescrit que s’il y a réellement une indication adéquate chez les malades. En médecine, le risque zéro n’existe pas dans n’importe quel médicament et autre acte médical, qu’il soit chirurgical ou autre, il y a toujours un risque minime. On peut bien mourir d’une chirurgie de l’appendice. Maintenant, l’indication doit être respectée selon les dosages et les prises par jour.

Dans le traitement d’une douleur chronique, il est indiqué une prise d’un comprimé de 200 mg en prise unique par jour. Dans le cas de douleurs importantes, il faut utiliser le 400 mg en prise unique par jour. Il ne faut jamais prendre deux comprimés de 200 mg deux fois par jour. Des études et méta analyses ont montré que le signalement  de problèmes cardiologiques a été relevé non pas chez les personnes souffrant de cardiopathie, mais plutôt chez les patients traités pour des polypes où le médicament a été utilisé pour prévenir la récidive de polypes.

Est-ce que le Célécoxib  peut être utilisé chez les personnes à haut risque cardiovasculaire ?

Il est important d’évaluer le patient et de s’assurer qu’il est à haut risque cardiovasculaire. Dans le cas où cette hypothèse est vérifiée, il est recommandé d’éviter les AINS. Mais si le patient a réellement besoin de ces médicaments devant des douleurs importantes, j’ai l’habitude de dire à mes étudiants, nous ne pouvons pas vivre sans Ains et les patients aussi. Il s’agit d’une classe thérapeutique qui est la plus prescrite, car la douleur et l’inflammation on les retrouve dans toutes les spécialités médicales. Il est clair que s’il faut utiliser les Ains, le Célécoxib est le mieux indiqué et avec lequel on a moins de risques

. D’ailleurs, le FDA et l’Agence européenne du médicament (EMA) ont suggéré dans leurs recommandations l’utilisation de la dose la plus faible pour un délai le plus court possible. 

Djamila Kourta
 
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