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Pr Mourad Derguini. Chef de service de gynécologie à l’hôpital de Kouba et président de la Société algérienne d’étude et de recherche sur la ménopause

«50% des femmes infertiles souffrent de l’endométriose»

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le 13.05.18 | 12h00 Réagissez

Le Pr Mourad Derguini, professeur en gynécologie obstétrique et président de la Société algérienne d’étude et de recherche sur la ménopause, revient dans cet entretien sur les principaux thèmes du 16e Congrès national, qui s’est tenu les 11 et 12 du mois en cours au palais de la Culture, à Alger.

Un de ces thèmes phares est l’endométriose, qui demeure une affection sous-diagnostiquée et pas toujours prise en charge. Il a donc insisté sur l’importance d’un diagnostic précoce, notamment chez la jeune fille. Ce qui constitue pour lui un défi majeur.

Propos recueillis par  Djamila Kourta

L’endométriose figure parmi les thèmes les plus importants de votre congrès. Deux sessions lui ont été consacrées. Qu’en est-il exactement de cette maladie en Algérie ?

L’endométriose est une pathologie chronique très fréquente en Algérie. Elle touche environ 10% de la population féminine. Ce sont donc des îlots de la muqueuse de l’endomètre qui vont se greffer sur le péritoine, dans l’utérus, à savoir l’adénomyose, et ils peuvent aussi émigrer vers d’autres organes non génitaux, tels que le rectum, la vessie et surtout la cloison recto-vaginale. On parle alors d’endométriose externe. Elle a un impact très négatif sur la fertilité de la femme en âge de procréer, d’où l’intérêt d’un diagnostic précoce chez la jeune fille.

Le challenge et le véritable défi aujourd’hui est de ne pas passer à côté de l’endométriose chez la jeune fille. Un diagnostic précoce permet non seulement de soulager la femme des symptômes qui sont difficilement supportables et invalidants et permet surtout de préparer cette jeune fille, dans un état pelvien favorable, à la procréation, où on testera la fertilité, car les traitements de l’endométriose qui sont nombreux, suspendent la fertilité. Il ne faut pas donc hésiter à consulter le médecin gynécologue, qui, à son tour, en cas de doute demandera un examen d’exploration supplémentaire, à savoir l’IRM pelvienne, l’exemple le plus précis et le plus performant pour le diagnostic de l’endométriose.

Quelle est la cause majeure de cette maladie et quels sont les premiers symptômes ?

Le premier symptôme de l’endométriose reste la douleur. Si la femme se plaint de dysménorrhées tardives (douleurs qui précèdent, accompagnent ou suivent les règles), le médecin ne doit pas la négliger. L’endométriose est une pathologie à causes pratiquement mystérieuses. Il y a plusieurs théories qu’on considère toutes valables. Elle reste une maladie sous-diagnostiquée et elle est de plus en plus fréquente en Algérie.

Le cancer du col utérin, qui est le deuxième cancer gynécologique en Algérie, est de plus en plus diagnostiqué. Quels sont les moyens de prévention ?

Le cancer du col utérin est éminemment méchant, au pronostic redoutable. Il nécessite un arsenal thérapeutique important, à savoir la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie et avec des résultats souvent décevants, surtout quant le cancer est à un stade avancé. Il est important de souligner l’importance de la prévention secondaire à travers le frottis cervico-vaginal, mais surtout de la prévention primaire, avec la vaccination contre le HPV.

En Australie, 100% des filles et des garçons sont vaccinés dès l’âge de 13 ans depuis près de douze années et le taux de cancers du col utérin a diminué de près de 90%. En Arabie Saoudite, la vaccination contre le HPV figure dans le calendrier vaccinal, et il est recommandé pour les filles et les garçons âgés de 12 ans. Dans notre pays, le plan cancer 2015-2019 prévoit justement cette vaccination, mais le vaccin n’est pas toujours disponible. C’est ainsi que nous avons recommandé lors de ce congrès l’urgence de la mise en place d’un programme de vaccination contre le HPV, tout en tentant d’identifier les principaux freins à cette vaccination.

Des réticences sont observées ces dernières années par les femmes vis-à-vis des traitements hormonaux substitutifs contre la ménopause. Qu’en pensez-vous ?

La réticence envers les traitements hormonaux substitutifs est due à des slogans, souvent relayés par des médias malveillants, qui concluent au fait que ces traitements sont à l’origine du cancer du sein. Ce qui est loin de la vérité, car le cancer du sein est d’étiologie génétique, et il faut savoir que le risque coronarien et cardiovasculaire est présent chez la femme ménopausée et il augmente très vite avec les années. Une femme non ménopausée fait moins d’accidents cardiovasculaires que l’homme, mais à la ménopause, elle va rattraper l’homme.

Plus grave encore, si elle ne prend pas de traitement hormonal substitutif, elle est exposée à plus d’accidents cardiovasculaires et d’infarctus que l’homme. La prise de traitement constitue une bonne prévention primaire, car il faut savoir qu’une femme ménopausée a 20 fois plus de risque de mourir de son cœur que de son sein.

Djamila Kourta
 
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