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       <title>El Watan - Portrait</title>
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           <title>Nassima Hablal nous a quittés</title>
           <author>Boukhalfa Amazit </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 16 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Nassima Hablal avait 85 ans. Elle naquit en 1928, et elle est née à la politique avec la révolte que lui inspirait le colonialisme, chevillée au milieu de la poitrine. A mesure que ses yeux s’ouvraient sur la vie, sa colère grandissait. «J’avais de la famille qui résidait à Sétif, ainsi j’étais informée de ce qui s’y déroulait et particulièrement à Kherrata où quatre jeunes avaient été tués et leurs corps en putréfaction étaient exposés sur la voie publique durant une semaine entière, avec interdiction de leur donner une sépulture.» C’était en mai 1945...  
	Je me souviens de cette femme exceptionnelle qui m’avait accordé un entretien à la fin du printemps 2005 (1). Assistait à l’interview son ami, le syndicaliste membre fondateur de l’Union générale des travailleurs algériens, Boualem Bourouiba, aujourd’hui, lui aussi disparu, en 2011. Ce grand représentant du monde ouvrier m’avait obtenu un rendez-vous, car la Dame était peu bavarde, surtout lorsqu’il s’agissait de parler d’elle-même. Lui arracher des éléments pour essayer de constituer une biographie était un travail de mineur de fond. Dès que votre attention se relâchait d’un regard, elle prenait le large pour parler de toutes celles et ceux qu’elle avait rencontrés dans sa vie tumultueuse de militante de la première heure. «Pour des raisons sociales, j’ai commencé à travailler très tôt. Ma mère ayant perdu la rente sur une maison que l’administration coloniale lui avait confisquée dans un quartier en démolition.» 

	Son entrée malgré son jeune âge dans la vie du travail n’a pas bridé sa détermination et ne l’a pas privée de la fréquentation d’un groupe d’étudiantes et d’étudiants de sa génération. Elle évoquera au gré de leur retour dans sa mémoire certains d’entre-eux... «La première cellule dans laquelle j’ai activé se trouvait à La Casbah. Il y avait là Fatima Zekkal, qui deviendra plus tard Mme Benosmane, Mamia Chentouf et tout un groupe de filles. Nous ramassions de l’argent pour le Parti auprès des familles aisées, bien sûr. Nous vendions le journal et nous faisions tout un travail de propagande parmi les femmes.»
	L’histoire sociologique de l’Algérie, qui reste à écrire, nous expliquera sans doute un jour pourquoi le mouvement national avait été  si avare en places dans ses rangs, pour les femmes. Tous les partis politiques, sans exception, semblent s’être passés de l’action militante féminine depuis l’Etoile Nord-Africaine (ENA).

	Rencontrer dans les années 1940 des jeunes activistes de la trempe de Nassima Hablal est un véritable coup de tonnerre. Mais cette place était limitée. Malgré leur disponibilité, leur courage et leur volonté, on leur fermera la porte du politique pour les enclore dans ce qu’on appelait «le social». Cette misogynie se révèle dans les organigrammes et la vie organique des formations politiques nationalistes. Le mérite de Nassima Hablal et de toutes les autres est d’avoir forcé les verrous qui les maintenaient hors-champ de l’action. «Notre section de femmes se rendait dans des réunions familiales ou des cérémonies. Il est effectivement arrivé un temps où je m’en suis lassée et où cela ne m’intéressait plus.»

	Parallèlement à sa vie de militante, Nassima Hablal trouvera un emploi dans l’administration coloniale, au Gouvernement général. Elle sera une des toutes premières secrétaires algériennes à pénétrer dans le mihrâb du pouvoir colonial. Un emploi à haut risque en raison de l’accroissement de ses activités clandestines. «C’est à cette époque que j’ai commencé à activer dans un réseau composé d’hommes... Je recevais chez moi des militants qui, lorsqu’il y avait un congrès ou une réunion qui se déroulait à Alger, y venaient secrètement, étant des interdits de séjour ou entrés dans la clandestinité. C’est ainsi que j’ai été amenée à héberger M’hammed Yazid ou Mohamed Ben M’hal qui était  secrétaire particulier de Messali Hadj et beaucoup d’autres.»

	Quand vint la malheureuse affaire du démantèlement de l’Organisation spéciale (OS)... La déception était à la mesure de la catastrophe qui avait frappé le Parti et l’OS. Abane, avec lequel elle travaillera, avait aussi été incarcéré. «Il était encore à l’époque secrétaire de commune mixte à Châteaudun du Rummel (auj. Chelghoum Laïd / Mila). Il se permettait, d’après ce qui m’a été raconté, d’afficher dans son bureau municipal un portrait géant de Messali Hadj. Il avait été condamné à cinq ans de prison.» Toutefois avait-elle précisé : «Jeunes militants, nous n’étions pas tellement au fait de ce qui se déroulait et nous ne savions pas le  pourquoi des choses...»
	Le cloisonnement qui a de tout temps marqué les organisations nationalistes, puis plus tard le FLN, peut paraître aujourd’hui comme exagérément hermétique et ombreux. Il s’explique par la brutalité extrême des services de police et le sort souvent fatal qui était celui des militants les plus farouches. Si les leaders, quelques-uns seulement, étaient pour des raisons de devanture, plus ou moins épargnés, on oublie souvent que bien des patriotes sont morts sous la torture et dans des conditions obscures jamais éclaircies à ce jour, durant la période du combat politique depuis les années vingt.

	Tout le monde connaissait la cruauté de l’appareil répressif colonialiste et de quelles atrocités ses officiants étaient capables. Mais nous dit Nassima Hablal : «Nous savions quoiqu’il en soit que nous luttions pour notre indépendance, quelle que soit la forme de la lutte. Bien sûr que l’éventualité d’autres formes de combat était présente dans les consciences. Naturellement, ce n’était pas dans l’esprit de tous. Mais certains étaient déjà dans les maquis comme Krim Belkacem ou le futur colonel Ouamrane qu’on appelait ‘Boukerrou’. C’est d’ailleurs Ben Mokkadem, militant du PPA, qui, à l’indépendance, deviendra mon époux, qui l’avait recruté. Ouamrane, qui était sergent dans l’armée française dans la deuxième moitié des années 1940, était à l’académie de Cherchell où mon mari l’avait contacté.»
	Nassima Hablal traversera la houle du conflit entre partisans de Messali Hadj et leurs adversaires du Comité central menés par Benyoucef Ben Khedda, avec de l’amertume plein le cœur. «J’étais déçue. Très déçue surtout d’apprendre qu’il existait des conflits et des luttes intestines.» A la question de savoir si elle avait perdu espoir, elle répondra : «Non ! A aucun moment. Je savais que tout s’arrangerait. Mais quand ?»

	-El Watan : «Le 1er Novembre 1954 arrive. Comment accueillez-vous ce jour ? Vous en souvenez vous ?»
	-Nassima Hablal : «Parfaitement ! La joie était immense comme l’étaient les espoirs que ce jour a suscités. C’était fait !
	J’attendais qu’on me donne le signal.»  
	«Le premier acte émancipateur du 1er novembre est sans aucun doute à mon sens celui qui a permis aux femmes d’entrer en masse dans le combat. Elles n’ont pas attendu une assignation particulière destinée à les mobiliser, ou une décision organique d’une formation quelconque. Elles se sont senties concernées par l’«Appel au peuple algérien», autrement dit la proclamation du 1er Novembre.»
	Ainsi, Nassima Hablal sera vite engagée. C’est lors d’un voyage à Bucarest (Roumanie) pour le Festival mondial de la jeunesse, dit-elle,  «qu’un jeune homme m’a abordée et m’a demandé si j’étais bien Nassima Hablal. ‘Oui’, lui ai-je répondu. – Je voudrai discuter avec toi’», m’a-t-il dit. Le jeune homme en question c’était Mohamed Sahnoun, le futur diplomate. Il était avec le groupe d’Amara Rachid (2).  
	Puis les choses se sont accélérées. Abane Ramdane sort de prison au début du mois de janvier 1955. Krim Belkacem lui confie, l’organisation d’Alger.  «Il est venu chez nous où il s’est installé pour un an ou plus. Jusqu’à mon arrestation», confie non sans fierté Nassima Hablal. En effet, le leader nationaliste a habité à Belcourt (Belouizdad), non loin du jardin d’Essais du Hamma dans la villa La Gloriette.  «Il y tenait ses réunions, il contactait les gens, pour organiser la première zone autonome d’Alger. Il  y avait tout le groupe, Amara Rachid et les étudiants comme Mohamed Lounis, Mustapha Saber. Par la suite est venu Ben Khedda, puis Mohamed Ben Mokkadem qui était le coordinateur de la zone autonome d’Alger...»   

	Revenant à Abane, elle témoignera qu’il avait abattu un travail considérable.
	«Nous n’avions pas de Ronéo, pas de matériel d’impression, rien. Après, certes, nous nous sommes équipés. Mais avant, je tapais des tracts chez moi puis nous allions les tirer ailleurs, là où on le pouvait, chez des Français. Puis il y a eu comme c’est souvent le cas, ‘une âme charitable’ qui nous a dénoncés.
	J’ai donc été appréhendée, mais pour peu de temps. Préparée à l’éventualité je n’ai pas parlé. Cette première fois, je n’avais pas été torturée. Ils m’ont interrogée au commissariat central pendant deux ou trois jours. Puis ils m’ont déférée à la prison. J’avais un oncle qui était avocat, Me Bensmaia,  qui connaissait un grand patron Me Morino lequel était bâtonnier. Il est intervenu.»
	Sans perdre de temps, dès qu’elle sera libérée, Nassima Hablal se remettra au service de la cause. Certes Abane ne pouvait plus trouver refuge à La Gloriette puisque Nassima était brûlée. Mais elle continuera à assurer les contacts et à poursuivre son travail de secrétariat de toute l’Organisation nationale puisqu’elle est devenue la secrétaire de tout le Comité de coordination et d’exécution (CCE).

	Ainsi, elle sera appelée à collaborer à l’Union générale des travailleurs algériens avec Aïssat Idir. «Je faisais la liaison entre Abane et lui, car ils devaient se voir le moins possible. Et puis Abane ne recevait pas tout le monde dans ses refuges. Moi je les connaissais...» Permanente à l’UGTA, elle participera à la confection de L’Ouvrier algérien et  du journal El Moudjahid en assurant la frappe. «Le journal nous prenait beaucoup de temps. Il était assez volumineux. Nous étions continuellement visités par la police. Parce que l’UGTA ce n’était pas seulement l’UGTA. On y fabriquait des bombes, on y amenait le matériel et les matières explosives pour leur confection. A un moment donné, quand on a déménagé du local qui avait été mis à notre disposition par Ferhat Abbas, parce qu’il avait été incendié, nous sommes allés à la place de Chartres, dans un immeuble de trois ou quatre étages, dans le local du Mouloudia. Alors quand la police venait, ils se sauvaient tous et je restais seule pour les affronter. Il y avait des produits chimiques dissimulés un peu partout. Je restais jusqu’à huit heures du soir. C’est comme ça que je me suis fait arrêter.»
	C’était le 21 février 1957. Commence alors le plus terrible cauchemar de sa vie. «Je suis restée dans les centres de torture jusqu’au mois d’avril. J’en ai fait sept. J’ai d’abord fait la caserne des Bérets bleus à Hussein Dey. C’est là que le supplice a commencé…
	De onze heures du soir jusqu’à six heures du matin, j’étais pendue au plafond la tête en bas, l’électricité… Les électrodes… Les bidons d’eau… toute la panoplie qu’ils avaient en tête.
	Enfin tout ce qu’ils ont pu inventer.»

	Dans tous les centres, qu’elle a connus, elle a rencontré d’autres détenus femmes et hommes, compagnons d’infortune, abimés par  la «torture républicaine», instaurée et institutionnalisée par l’armée française et recommandée par le pouvoir politique de la quatrième République agonisante, mais dans les faits pratiquée depuis 1830. La cinquième ne fera pas moins.
	«Je n’avais pas parlé de Abane. J’ai en revanche parlé de Amara Rachid, que je savais mort au maquis depuis quelques mois déjà...» «Si tu parles nous allons t’envoyer en Espagne et personne ne saura si tu as dit quelque chose ,me répétaient-ils.»
	Elle subira deux mois de calvaire et de ce qu’elle a appelé «la torture industrielle», où elle a vu des «dizaines d’hommes qui toute la nuit subissaient le supplice de la baignoire et que des tortionnaires brûlaient au fer rouge».
	Son état était tel qu’elle ne sera présentée à la «justice» qu’une fois rafistolée ! Ainsi, passera-t-elle trois mois d’hôpital avant d’émerger de la géhenne.  Puis le tribunal, qui la condamne à cinq ans et vint Serkadji... El Harrach où était incarcéré Moufdi Zakaria,  avant qu’elle ne soit envoyée en France, à la «Roquette», puis Rennes... Le régime sera mois atroce, mais la prison reste la prison. Puis il y eut Pau... Là, Germaine Tillion, ethnologue et résistante française, obtiendra sa libération conditionnelle ainsi que celle de plusieurs autres détenues.
	Elle fera tout pour rejoindre le combat. C’est ainsi qu’elle gagne, via les réseaux européens, la Tunisie.
	En 1962, Nassima Hablal débarque au Rocher noir (Boumerdès) avec l’Exécutif provisoire.
	
	Notes :
	-1) El Watan. N° 4431 du 16 juin 2005.
	Pp. 14 – 15.
	-2) Amara Rachid (Oued Zenati, 6 décembre 1934 – Wilaya IV, le 14 juillet 1956). Symbole de l’engagement estudiantin. Etudes à Azazga puis à Ben Aknoun. Il interrompt sa licence en lettres pour rejoindre le maquis après l’appel le 19 mai 1956. Membre fondateur de l’UGEMA. Proche d’Abane Ramdane. Il meurt au combat, les armes à la main dans la Wilaya IV.    
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           <title>le sombre diagnostic du médecin</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 16 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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	«Le difficile n’est pas de monter, mais en montant de rester soi.»Jules Michelet 
	Il était une fois au milieu des années cinquante, un jeune homme rangé, aux cheveux noir corbeau, qui préféra larguer une vie studieuse, les amphis de la Fac pour aller crapahuter dans les djebels. Il était une fois un jeune homme de 81 ans, les cheveux gris coupés courts, la démarche droite, qui peut vous raconter à satiété sa destinée au service des autres et de son pays. D’abord en sa qualité de combattant et d’officier supérieur au maquis, ensuite en tant que médecin, sa passion de toujours !

	Il vous dira avec humilité qu’il a délaissé ses études pour ses devoirs. Youcef Khatib, dit Si Hassan, est né le 19 novembre 1932 à El Asnam (Chlef), au sein d’une famille originaire de Mascara, alors que sa mère est issue de Mostaganem. Le père Ali, de condition modeste, menuisier, subvenait aux besoins de ses 6 garçons et 4 filles. Youcef naquit dans cette ambiance chaleureuse, comme il sied aux familles nombreuses, où la générosité, la solidarité ne sont pas de vains mots. Youcef effectue ses classes à l’école Lallemand, puis au collège  moderne d’Orléanville jusqu’à l’obtention du BEPC. Parallèlement, il apprend les rudiments du Coran auprès de M. Sahnoun, père de l’ancien diplomate. Son cycle secondaire est ponctué par la première partie du baccalauréat au lycée Bugeaud d’Alger, où il est pensionnaire.

	Les études et les devoirs

	Il ratera la 2e partie, mais se rattrapera  lors de la deuxième session en septembre, passée à Montpellier, où il obtient le fameux sésame avec mention. Pour joindre l’utile à l’agréable, Youcef tâte du sport notamment du football. «J’aime défendre. C’est pourquoi je jouais arrière central, poste où je suis le plus à l’aise. J’évoluais au G S Orléanville avec les Lions du Chelif. On a même joué la Coupe d’Afrique du Nord, en 1954, contre le RA Casablanca des Dris Tchouki  Abdeslam et autres, qu’on avait battu 3 à 1, au stade Municipal du Ruisseau avant d’échouer en finale face à l’ESM Guelma.

	C’est au cours de ce match que je me suis blessé au genou sans pouvoir continuer la partie. J’étais un bon sportif et je ne l’ai pas regretté, car cela m’a beaucoup aidé au maquis, quelques semaines plus tard». Et d’ajouter : «Je me rappelle qu’on était partis au Maroc en 1953, par train, pour y affronter le WAC. J’étais junior et j’évoluais en senior, on avait le meilleur goal sur la place d’Alger du nom de Merle.» En octobre 1954, Youcef  rencontre à la faculté de médecine d’Alger, qu’il intégra, une dizaine d’Algériens, dont Medjaoui Abdelhalim, originaire de Remchi, brillant étudiant, majeur de promo, qui rejoindra par la suite le maquis et sera en quelque sorte celui qui introduira Youcef dans le monde tourmenté de la guerre, en le présentant au Dr Nekache qui exerçait à Oran.

	Nekache créera une cellule FLN à Alger, où activaient le Dr Nefissa Hamoud et les étudiants Benouniche Mourad, Boudhekba Ahmed et Youcef alors en 2e année. «On nous apprenait la petite chirurgie et les premiers soins à apporter aux blessés. Mais en vérité, mon éveil à la conscience nationale date de longtemps. Certains événements m’avaient choqué, voire bouleversé. En 1950, Mohamed Hassan, membre de l’OS, était arrêté à Chlef. En 1952, la visite de Messali dans la même ville a été sanctionnée par un lourd bilan de morts.

	Enfin, la réaction hostile des pieds-noirs, en mai 1954, après la défaite française en Indochine, m’avait aussi choqué. Mais le détonateur a été sans conteste le 19 mai 1956, quand le FLN avait donné ordre à l’Ugema de déclencher une grève générale. Amara Rachid était en contact direct avec Abane.» «Peu d’étudiants ont rejoint par la suite le maquis et ceux qui avaient franchi le pas, relevaient de la fac de médecine. Même les lycéens et les collégiens avaient suivi le mot d’ordre.»  «En ce qui me concerne,  j’ai pris l’omnibus Alger-Djelfa qui passe par Médéa. Mon contact, dans cette dernière ville, était le frère Boudherba Smaïl, médecin de son état. Je suis resté une semaine où j’ai connu le commissaire politique du coin, Si Brahim. Il m’était facile de rejoindre les monts de Tamezguida, en face. Mon contact était Bachene Mahmoud. A mon arrivée au maquis, on m’avait ramené deux blessés. J’ai pu en sauver un, le deuxième succomba à une hémorragie interne. Notre mission : soigner les blessés et les populations qu’on sensibilisait.»

	Engagement ferme

	Le 14 juillet 1956, une vaste opération est menée par l’ennemi dans la région de Sbaghlia dans le massif blidéen. C’est là que Amara Rachid périt alors que Azzedine et trois jeunes lycéennes, Myriam Belmihoub, Bazi Safia et Fadela Mesli, sont arrêtées. «En août 1956, je monte dans la région de Chréa. Mais je voulais être muté plus à l’ouest, dans l’Ouarsenis que je connaissais bien. Je me suis retrouvé à Palestro. C’est là que Ouamrane et Bougara se réunirent après le Congrès de la Soummam. Dans la région de Zbarbar, je suis resté jusqu’à décembre 1956 puis muté dans la Zone 3 dans le Zakkar. Le chef de zone était Baghdadi Allili et le PC se trouvait au sein de la zaouia Louzana.» Youcef raconte dans le détail les dures péripéties dramatiques, pathétiques et parfois pitoyables, imposées par le contexte où la nécessité fait loi. Il le fait d’une manière à la fois pudique et coléreuse.

	On sait qu’il répugne à l’ostentation. Et même la réserve, que lui dicte sa pudeur, cache parfois difficilement ses émois. «La discrétion de Si Hassan fait aussi sa grandeur», glisse son vieil ami Mohamed, assis à ses côtés. En 1957, Youcef active comme volontaire dans la zone 7 Tiaret-Frenda, où il s’occupe à soigner les blessés tout en faisant le coup de feu. L’année 1958 a été la plus difficile du fait de la guerre psychologique : «Il y a eu comme une sorte de fléchissement. Ce qui explique la décision du chef de la Wilaya IV, Si M’hamed, d’envoyer à l’extérieur certains éléments qui n’étaient plus  en mesure de continuer.» Et puis il y avait un manque terrible d’armement, encore plus de munition. Qui mieux que ce témoignage pour nous renseigner sur ces dures épreuves.

	Ce combattant qui raconte le fait  : lorsque, encerclés par l’ennemi dans les maquis, ils ne pouvaient livrer combat, en raison de leur petit nombre. Si Hassan était parmi eux, l’état major a pris la décision de sortir de l’encerclement  par petits groupes et c’est lui qui dirigeait l’opération de repli. «On aurait pensé que les chefs décideraient de se retirer en premier pour éviter que cette  Wilaya stratégique de la capitale ne sorte décapitée. Le colonel Bounaama Djilali, le prédécesseur de Si Hassan à la tête de la Wilaya, était tombé les armes à la main dans un encerclement le 20 juillet 1961. Et pourtant, ce n’est pas cette décision que prennent l’état-major et Si Hassan qui se sont employés à nous faire passer tous en premier et ce n’est qu’après qu’ils sont passés eux-mêmes.»  Et puis, il y a eu la «bleuite» qui a créé une véritable psychose.

	Le complot a eu lieu, le noyautage aussi. Comment pouvions-nous  penser au pouvoir alors qu’on n’était pas sûr d’être vivant dans l’heure qui suit. Heureusement que la Révolution a pu déjouer ce piège.» En février 1959, Youcef est promu responsable politico-militaire de la  zone 3 Wilaya IV avec le grade de capitaine. Il assume ses responsabilités durant la période difficile traversée par la Wilaya IV, et ce, jusqu’à  juillet 1960, où il est promu membre du Conseil de la Wilaya IV avec le grade de commandant. Et l’affaire Si Salah ? «Le Conseil de la Wilaya IV sans consulter l’ensemble de sa composante a pris la décision de contacter de Gaulle non pour le cessez-le-feu et la paix des braves, comme le soutiennent certains, mais pour connaître les intentions du général et quelle est sa stratégie pour appliquer l’autodetermination.

	La rencontre a eu lieu le 10 juin 1960. Les négociateurs n’avaient pas obtenu des préalables, à savoir contacter les 5 détenus en France et le GPRA à Tunis. Il n’y a pas eu trahison. Le 8 août 1961, Si M’hamed Bougara tombe au champ  d’honneur à Blida. Quelques mois auparavant et avec l’accord du GPRA, la Wilaya IV a eu aussi pour mission de réorganiser Alger. La mort de Si M’hamed «un homme exemplaire, d’une grande probité proche des humbles» laisse un grand vide. Youcef assure la direction de la Wilaya avec le commandant Youcef Benkherouf, le plus dur est à venir. Nous verrons comment la soif du pouvoir a changé la donne et a failli mener le pays à la catastrophe. N’empêche, la victoire a dû être amère.

	Combats fratricides

	Les combats fratricides l’ont entachée et nul ne pourra effacer les souillures. Pourtant, dans l’euphorie de l’indépendance, alors que les combattants sincères réfléchissaient déjà à la reconstruction, d’autres se fixaient sur la prise du pouvoir les premiers, une fois la libération arrachée par le fer et par le sang, sont retournés à leur vie et projet de départ. Comme Si Hassan qui reprit ses études de médecine, non sans savourer la liesse de la libération le 5 juillet 1962, il est parti avec ses officiers pour une grande parade avec  plusieurs bataillons de Kouba jusqu’à Sidi Fredj, en même temps que le colonel Mohand Oulhadj , chef de la Wilaya III, le colonel Saoutel Arab (Salah Boubnider, chef de la Wilaya II, à Sidi Fredj, là où le corps expéditionnaire français avait débarqué un 5 juillet 1830.

	Lors de cette cérémonie ô combien symbolique, c’est au doyen, le colonel Mohand Oulhadj qu’échut l’honneur de hisser l’Emblème national. «La Révolution nous a réunis autour d’idéaux, de nobles idéaux, par ce geste nous voulions montrer combien était chère à nos yeux l’unité nationale et la défendre comme la prunelle de nos yeux. La crise de 1962, ou l’été de la discorde, a été vécue comme une tragédie.»  «La Wilaya IV s’est trouvée en position d’affrontement, mais elle a toujours privilégié sa position de neutralité. En fait, la crise a commencé lors du  CNRA en mai 1962 à Tripoli. Nous en traînons les séquelles jusqu’à aujourd’hui. La Wilaya IV avait donné procuration à Ahmed Bencherif pour la représenter à cette réunion. Il y a eu un clivage,  les Wilayas I, V et IV ont marché avec Ben Bella et l’état-major, les Wilayas II et III  avec le GPRA. Bencherif a voté pour Ben Bella. La réunion de Zemoura a regroupé la Wilaya III, la Wilaya IV et la Fédération de France du FLN en optant pour la légalité, donc pour le GPRA. Je suis parti à Rabat avec Mohand Oulhadj pour voir Ben Bella et Khider et tenter de les raisonner face à la guerre civile qui se profilait. Ils ne voulaient rien entendre leur souci était d’accaparer le pouvoir. On a pu réunir les chefs de Wilaya à Chlef, le 20 juillet 1962 : Zbiri pour la I, Boubnider (WII) Mohand Oulhadj (WIII), votre interlocuteur (WIV) Othmane (WV) et Chabani (WVI). Mais le clivage persistait et de Tlemcen, Ben Bella d’une manière autoritaire et illégale annonçait le bureau politique du FLN. Le 5 juillet, les combattants  de la Wilaya IV sont rentrés à Alger en force pour dire que la capitale est ville ouverte et appartient à tous les Algériens. D’un autre côté, il fallait encore faire face aux résidus de l’OAS et sa folie suicidaire. Je me suis résolu à réaliser mon projet en reprenant mes études de médecine. Le Congrès du FLN d’avril 1964 au cinéma Afrique me désigna membre du bureau politique aux côtés de deux autres chefs de wilaya : Mohamed Oulhadj et Mohamed Chabani. Quand l’affaire de ce dernier éclata, j’ai été missionné à Biskra avec Ali Mendjli, pour tenter de raisonner Chabani, en vain.»

	Youcef fit partie du Conseil de la révolution lors de la prise de pouvoir par Boumediène le 19 juin 1965. «La déclaration du 19 juin bannissant le pouvoir personnel et prônant la démocratie m’a séduit. Je me suis dit pourquoi pas faire un pas et voir venir. Mais en réalité, j’étais plus accaparé par ma thèse  que j’ai terminée le 13 juillet 1967. La confiance commençant déjà à se lézarder au niveau des responsables, on m’avait proposé des postes mais j’ai refusé. Dans l’affaire Zbiri en 1967, je n’y étais pour rien, mais on a voulu régler des comptes de la wilaya IV qui avait osé défier la force, quelques années plus tôt.» Youcef sera jugé à Oran en août 1969 et sera mis en résidence surveillée à In Salah, où il est resté 3 ans, puis à Ouargla (6 mois) enfin à Tiaret.

	Grandeur et déchéance

	En octobre 1977, il ouvre un cabinet médical privé à Alger.  En 1993, il est appelé pour presider la commission du dialogue national. «Malgré tout, on a pu arriver à la conférence nationale ; rappelez-vous le contexte explosif, mais il n’ y a pas  eu de consensus. Notre mission était terminée.» A l’avènement de Liamine Zeroual à la tête de l’Etat, Youcef est sollicité en  tant que conseiller politique. «J’étais séduit parce qu’il était question de rupture et de la continuation du dialogue.»

	En novembre 1995,  préférant sa liberté, Youcef se retire, consacrant davantage de temps à son cabinet de médecin. Le 12 décembre 1998, après la conférence sur l’histoire au Club des Pins, poussé par ses amis, il se promet de relever le défi de présenter sa candidature à la présidence de la République en réunissant plus de 100 000  signatures. «Je n’avais aucune structure, je me suis présenté en candidat libre, tout en sachant que les jeux étaient faussés. Si Hassan livre son dernier combat en créant ,le 11 septembre 2001, la fondation Mémoire Wilaya IV historique. 

	«Un devoir de mémoire envers tous ceux qui se sont sacrifiés pour ce pays et dont les âmes continuent à planer sur nos têtes.» Observateur aigu de la scène politique, Youcef est visiblement peiné par la situation dans laquelle patauge l’Algérie. «La corruption, dit-il, a existé, existe et existera. Mais à si grande échelle, du jamais vu ! Comme il en est de la médecine, dans la corruption on doit aussi prévenir et contrôler.  Mais le système n’est pas adapté.» Les médecins et le corps médical qui tempêtent à travers les grèves discontinues ? «Ceux qui revendiquent ont sûrement des raisons de le faire. Les injustices, les inégalités le mépris sont autant de ferments qui nourrissent la révolte et la haine. Alors la meilleure solution, c’est le dialogue.» D’une manière générale, Youcef estime que la situation du pays est actuellement très complexe.  «On navigue à vue et on ne sait pas où on va avec une gouvernance qui n’en est pas une. Il faut tout revoir et ce n’est guère facile.»
	Alors docteur, c’est grave …
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           <title>La fulgurante ascension d’un enfant perdu</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 09 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 09 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	«Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde  y parviennent.»
	Publicité Apple 
	Que serait-il advenu de la presse s’il n’y avait pas eu au début des années 1980 ces «sésames» technologiques que sont les logiciels, s’est interrogé, pensif, Tarek, notre ingénieur informaticien, en scrutant les appareils alignés devant lui. Sans nostalgie ni regrets, Tarek se souvient de ces démarrages parfois laborieux avec ces Mac classic, qui étaient déjà en avance sur les autres concurrents et prisés surtout par les médias, car ils disposaient des premiers interfaces graphiques. Le Mac avait révolutionné le monde de l’audiovisuel, du multimédia, du numérique et de l’infographie, avec toujours une longueur d’avance sur les autres. Son design hors normes n’existait nulle part. Une combinaison entre l’esthétique et l’efficacité, qui a grandement soulagé les rédactions. A la base de cette technologie fine et recherchée, un homme, un inventeur, plutôt un génie !

	
	Un talent précoce

	
	Son nom : Jobs Steve, à l’origine des premiers écrans tactiles, des tablettes de l’Ipad et de l’IPHONE, qui ont métamorphosé l’univers de la communication. Il faut dire qu’au début des années 1970, les mentalités changèrent. «L’ordinateur, après avoir été décrié en tant qu’instrument d’un pouvoir bureaucratique, devenait symbole de libération et d’expression individuelle», écrivait John Markoff, dans son essai sur la convergence entre contre-culture et informatique. C’est au cours de cette période agitée qu’émergea Steve Jobs, qui deviendra un inventeur de talent. Soucieux de se détacher des contingences matérielles, beaucoup de jeunes abandonnèrent leurs études durant les années 1970. En 1972, quand vint le moment des inscriptions, ses parents emmenèrent Jobs jusqu’à Portland, mais dans un nouvel accès de rébellion, il leur interdit de pénétrer sur le campus, il ne leur dit ni au revoir ni merci : «C’est l’un des moments de ma vie dont j’ai le plus honte. Je ne leur ai montré aucune gratitude, et je les ai blessés. Je n’aurais pas dû. Ils avaient tout fait pour que je puisse aller là-bas, mais je ne voulais pas les avoir dans mes pattes. Je voulais que personne ne sache que j’avais des parents. Je voulais être l’orphelin qui avait traversé tout le pays en train, et qui débarquait de nulle part.

	Un  être vierge, sans racines, sans relations ni passé», avait-il confié quelques années plus tard. Le premier personnage de l’histoire de la vie de Jobs s’appelle Abdulfattah John Jandal, un professeur de sciences politiques d’origine syrienne, musulman, venu s’installer à San Francisco. En 1955, Jandal eut de sa liaison avec une étudiante, Joanne Carole Schieble, un fils. La mère, persécutée par ses parents catholiques hostiles à cette union, accepta que l’enfant soit adopté, à condition que ce soit par des diplômés de l’enseignement supérieur. Le choix se porta sur un avocat et sa femme, lesquels décidèrent, à la dernière minute, qu’ils préféraient une fille. C’est ainsi que, au milieu de la nuit, Paul et Clara Jobs reçurent cet appel : «Nous avons un bébé garçon non prévu. Vous le voulez ?», «Oui», répondirent-ils. On ne s’apercevra qu’après que Clara n’avait jamais fini ses études supérieures, ni Paul ses études secondaires. Le couple, de condition modeste, promit d’envoyer un jour le garçon à l’université. Ils tinrent leur promesse au prix des économies de toute une vie.

	Mais le jeune Jobs, alors âgé de 17 ans, abandonna ses études au bout de six mois. Il dormait par terre chez des amis, collectait des bouteilles de Coca pour récupérer la consigne de 5 cents la pièce et s’acheter de quoi manger. «Mais j’ai eu de la chance, confie Jobs, j’ai découvert très tôt ce que j’aimais faire.» A 20 ans, avec son ami, Stephen Wozniak, il investit le garage de ses parents et lance Apple, avec le succès qu’on sait.
	Puis à 30 ans, Jobs fut renvoyé de sa propre société. Il entama alors sa traversée du désert, durant laquelle il créa NeXT, une autre entreprise informatique, et Pixar, après avoir racheté au créateur de Star Wars, George Lucas, la branche images de synthèse de son groupe. Puis sonna l’heure de la revanche. En 1997, Apple, qui allait mal, racheta NeXT et rappela Jobs à la barre. Un an plus tard, l’entreprise affichait de nouveau de coquets bénéfices. Vint ensuite son coup de maître, le lecteur MP3 Ipad, qui a conquis le monde.

	
	Une vie mouvementée

	
	En 2004, son médecin diagnostiqua un cancer du pancréas et ne lui donna pas plus de trois mois à vivre, avant de constater que son mal était opérable. Ayant contemplé l’abîme, Jobs en a tiré la leçon. «Votre temps est compté, alors ne le gaspillez pas en vivant la vie de quelqu’un d’autre. Ne laissez pas le bruit des opinions de quelqu’un d’autre noyer votre voix intérieure. Et, surtout, ayez le courage d’écouter votre cœur et votre intuition», avait-il conseillé à de jeunes diplômés. On le disait perfectionniste à l’extrême, irascible, erratique. Tout ce que sa main touchait… se transformait en or. Qu’il s’agisse d’ordinateurs, de musique en ligne ou de téléphonie, Steve Jobs, visionnaire et innovateur hors pair, a su révolutionner tous ces domaines et faire de sa vie une véritable légende. Né le 24 février 1955 à San Francisco, d’un père d’origine syrienne, et d’une mère américaine d’origine suisse, Steve Jobs est adopté dès sa naissance par Paul et Clara Jobs. Lorsque Steve a 2 ans, ses parents adoptent une petite-fille, Patty. Trois ans plus tard, son père est muté à Palo Alto, en Californie. Machiniste pour une entreprise fabriquant des lasers, Paul Jobs apprend alors à son fils des rudiments d’électronique. 

	A la même époque, il est introduit, par un camarade de classe, à Steve Wozniak.  Les deux garçons deviennent amis et partagent la même passion pour l’électronique. Après une scolarité à la Homestead High School de Cupertino, Steve Jobs étudie à Reed College, à Portland. Influencé par son ami Daniel Kottke, il devient végétarien. Il s’initie également à la spiritualité sous l’impulsion d’un autre ami, Robert Friendland. Très vite, Steve Jobs se rend compte qu’il s’ennuie à Reed et finit par arrêter ses études malgré les fortunes dépensées par ses parents. Il poursuit malgré tout des cours en auditeur libre et notamment un enseignement de calligraphie (il confiera d’ailleurs plus tard que ce sont ces cours qui lui ont servi d’inspiration pour proposer autant de polices dans le Mac). Pourtant, l’enfant qu’il était avait d’autres desseins. «J’ai toujours cru que je ferai des études dans les sciences humaines, mais j’étais vraiment fan d’électronique. Puis j’ai lu ce que disait Edwin Land de Polaroïd, l’un de mes héros, à propos du carrefour entre l’homme et la technologie et, j’ai compris que c’était précisément à cette conjonction que  je voulais travailler.»

	
	Son biographe trace de lui un portrait sans fioritures

	
	C’est le parcours intense et chaotique d’une personnalité hors normes, d’un entrepreneur de génie dont le goût de la perfection et la volonté de fer ont révolutionné six pans entiers de l’économie moderne : les micro-ordinateurs, le film d’animation, la musique, les téléphones, les tablettes graphiques et la publication graphique. Steve se dresse, en effet, comme l’icône de l’invention, de l’imagination et de l’audace. Il avait compris que le défi économique, pour le XXIe siècle, serait de lier créativité et technologie, alors il a édifié une multinationale où l’imagination va de pair avec les progrès technologiques. Avec ses collaborateurs à Apple, ils ont pensé différemment. Ils ne se sont pas contentés de développer des produits dotés des dernières innovations techniques. Ils ont inventé de A à Z des machines et des fonctionnalités pour des consommateurs qui, à l’époque, ignoraient encore qu’elles allaient leur devenir indispensables. Le lancement du Macintosh fit de Jobs une célébrité planétaire, ainsi qu’il s’en rendit compte au cours de son voyage à Manhattan peu après. Il fut invité à une fête que donnait Yoko Ono, la veuve de John Lennon, pour son fils Sean, âgé de 9 ans. Il lui apporta en cadeau un Macintosh. Le garçon était ravi. De hautes personnalités étaient présentes, ravies et emballées par ce  qu’on pouvait faire avec une machine.

	Comment donc ce génie a-t-il pu se frayer un chemin si glorieux dans le monde complexe de l’innovation et de la recherche ? Déjà à l’âge de 12 ans, il avait construit un fréquencemètre, témoigne sa sœur Mona. Et comment, tout jeune, il avait trouvé Bill Hewett dans l’annuaire et l’avait appelé pour le convaincre de lui donner des composants électroniques. Jobs a démenti s’être inspiré pour son logo d’Alan Turing, cet immense mathématicien, pionnier de l’informatique moderne, qui avait percé «les codes de la machine Enigma et s’est donné la mort en croquant une pomme trempée dans du cyanure». Steve Jobs et Bill Gates, tous deux nés en 1955, sont à l’origine d’un pan entier de l’histoire de la révolution micro-informatique.

	Ils partagent le fait d’avoir eu très tôt la vision d’un monde où tous les foyers seraient équipés d’un ordinateur et d’avoir été des acteurs majeurs de cette évolution. Comme le raconte Andy Hertzfeld, «Chacun se croyait plus brillant que l’autre, mais Steve affichait une condescendance ostensible à l’égard de Bill, en particulier en matière de goût et de style. Et Bill, de son côté, prenait Steve de haut, parce qu’il ne savait pas écrire un programme.» Mais Apple est déjà sur le devant de la scène lorsque Microsoft balbutie et c’est la marque à la pomme qui «met le pied à l’étrier» à la jeune firme de Seattle, en lui faisant développer son tableur (Excel) et son traitement de texte (Word) pour le premier Macintosh commercialisé en 1984.

	
	L’humanité reconnaissante

	
	Sur l’enchaînement des deux derniers produits phares d’Apple, Steve Jobs explique à Walt Mossberg, lors du forum D8 en 2010 : «Tout a commencé avec la tablette. J’avais cette idée de pouvoir me débarrasser du clavier et de pouvoir écrire sur un écran en verre, multipoints, avec mes doigts. J’ai demandé à mes
	collaborateurs : ‘’alors, vous pouvez réaliser ça pour moi ?’’ . Six mois plus tard, ils sont revenus avec un prototype. Je l’ai alors donné à un de nos brillants ingénieurs de la division UI (interface utilisateurs). Il a obtenu cet effet de défilement inertiel et élastique, ainsi que d’autres choses fantastiques et je me suis dit ‘’Mon Dieu, on peut construire un téléphone avec ça ! ‘’. J’ai alors mis le projet tablette de côté, car produire un téléphone était quelque chose de bien plus important et durant les deux années suivantes, nous nous sommes mis au travail sur l’ Iphone. Avec tout ce que nous avons appris sur l’Iphone, nous sommes ensuite retournés à la conception de l’Ipad».  Quand Jobs apprit, en 2010, qu’il était invité à la Maison-Blanche, il montra un agacement qui confine à la colère.

	«Je ne veux pas être inséré dans l’agenda d’Obama pour une réunion symbolique, simplement pour qu’il puisse dire qu’il m’a rencontré.» Son refus dura plusieurs jours. Il a fini par être convaincu par sa fille et Jobs céda. L’entrevue avec Obama dura quarante-cinq minutes et Jobs ne mâcha pas ses mots. «Si vous continuez comme ça, vous êtes parti pour une présidence à un seul mandat. Si vous voulez changer ça, le gouvernement devrait favoriser davantage la création d’entreprises.» Jobs expliqua au Président combien il était facile de construire une usine en Chine, alors que c’était pratiquement impossible de le faire aux Etats-Unis, en grande partie à cause des règlements et des coûts. Jobs s’en prit ensuite au système éducatif américain, qu’il trouvait désespérément obsolète et paralysé. 

	«Les professeurs devraient être traités comme des cadres, plaidait-il et non comme des OS d’une chaîne de montage. Les proviseurs devraient être autorisés à les renvoyer en cas de mauvaises performances. L’école devrait rester ouverte jusqu’au moins 18 h, et l’année scolaire s’étendre sur onze mois de l’année. Il était absurde, ajouta-t-il que le système éducatif américain repose encore sur le modèle suranné de professeurs debout devant leur tableau noir, avec à la main leur manuel scolaire. Tous les livres, les supports d’apprentissage et les évaluations auraient désormais intérêt à être numériques, interactifs et adaptés à chaque élève pour lui fournir un retour en temps réel.» Actuellement, Apple vaut presque 250 milliards d’euros. Mais vaut-elle un seul cent sans Steve Jobs ? L’entreprise s’est bâtie autour de sa personnalité et de son inspiration,  et c’est aujourd’hui l’entreprise la plus observée, la plus admirée et la plus enviée au monde.                                  
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           <title>la colère d’un vétéran de la guerre et du scoutisme</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 21 Mar 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 21 Mar 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	«Tout peuple sans mémoire est un peuple perdu»
	Raspail 
	L’homme qui nous fait face est en colère en cette matinée du 19 mars, journée ordinaire. Invité  à nous parler de cette date marquante de l’histoire contemporaine de l’Algérie, l’homme esquisse une moue. «Le 19 mars, ou ce qu’il  en reste, est censé célébrer la victoire de la Révolution. C’est la réappropriation de notre souveraineté, de notre identité, de notre âme. J’ai l’impression que ce moment exceptionnel a été occulté, voire  confisqué dès lors que rien n’indique que c’est ce jour-là, à l’orée du printemps 1962, qu’une nouvelle ère s’ouvrait pour l’Algérie après tant de sacrifices, de drames, de sang et de larmes.

	On n’a pas voulu donner de l’importance à cette lueur qui a jailli après tant d’années ténébreuses. Et lorsqu’on veut bien en parler, on passe à côté du sujet en déformant les faits, en donnant souvent la parole à des gens qui n’ont été ni témoins, encore moins acteurs des événements», raconte Hamdane, qui ajoute : «Je vais vous raconter une anecdote à propos de la maison où se sont réunis les ‘‘six’’ à la Pointe Pescade et qui appartient à Mourad Boukchoura, qui était mon  chef scout. Je ne sais pourquoi cette demeure, qui devait été préservée et érigée en musée, a subi de substantielles transformations qui l’ont dénaturée.  Un jour, en visite sur les lieux avec Rabah Bitat, je lui ai fait part de mon inquiétude à ce sujet. Il m’avait rassuré, mais rien n’a été entrepris depuis. Tout compte fait, j’en déduis qu’on veut effacer les traces de l’histoire et étouffer le 1er Novembre.»

	Engagement précoce

	Cet octogénaire à la silhouette frêle mais pleine  d’élégance, n’a pas le goût de l’emphase et nous livre un discours rempli de phrases qui crépitent. Il raconte doucement son parcours, son expérience lorsqu’il était dans la fournée des fondateurs du mouvement scout algérien, et son engagement dans l’ALN dans la wilaya V. Ni artifice ni prose, et lorsqu’on tente de l’interrompre, il nous
	rassure : «J’y arrive, ne soyez pas impatients.» Aknouche Hamdane est né le 22 mai 1934, à Alger. A l’âge de 2 ans, il perd son père M’hamed, torréfacteur à La Casbah. Cette absence paternelle le marquera à jamais. Il grandira à Saint-Eugène, où sa mère est rappelée à Dieu en 1954.

	C’est dans ce quartier huppé de la capitale que Hamdane fera ses classes jusqu’à l’obtention du certificat d’études. Jeune, il assiste à la création du groupe scout El Widad de Bologhine en 1944, qui célèbre ces jours-ci son anniversaire. «On n’avait pas de siège. C’est M’hamed Sahnoun, un enseignant  qui nous prêtait son local pour nos activités, en nous prévenant de remettre les tables à leur place.» Hamdane, qui nous embarque dans l’histoire du militantisme algérien,  nous conte avec délice le scoutisme et la lutte armée qui sont allés bras dessus bras dessous dans une longue traversée qui a marqué les esprits.

	Pour Hamdane, visiblement irrité, «le souci du passé ne semble pas être la préoccupation du moment des décideurs, sinon comment expliquer le silence coupable et la désinformation de l’histoire qu’on constate tous les jours ?», tonne-t-il.
	Hamdane parle avec dépit des temps actuels caractérisés par une course effrénée vers les choses matérielles, qui privilégient l’accessoire à l’essentiel, l’instantané au temporel où la pudeur, le don de soi et la solidarité semblent des valeurs bien désuètes. Le groupe El Widad des SMA de Saint-Eugène n’a pas  démérité durant  toute son existence grâce à des hommes de conviction et d’honneur comme Aknouche Mohamed Nacer-Eddine, Bensalem Mohamed, Bertouche Abdelwahab, Guerroumi Mohamed, Lamali Djaffar, Saâda Abderrahmane, Tadjer Ali et votre interlocuteur qui, par leur engagement ont modestement contribué au mouvement  nationaliste.

	L’objectif du groupe à sa création était de prendre en charge la jeunesse de Bologhine en vue de lui prodiguer une éducation dans tous les domaines, civique, religieux, patriotique, moral et social. Les membres des SMA dans leur majorité ont répondu à l’appel de la patrie. De  nombreux chefs scouts de ce  groupe sont tombés au  champ d’honneur, comme Mohamed Drareni, Youcef Lamine, Zrourou Athmane, Youssef Damardji, Nouredine Rebah, Mustapha Sifi et tant d’autres qui ont sacrifié leur vie pour la cause nationale.

	Le scoutisme, une école

	L’origine des scouts musulmans algériens remonte aux années 1930, lorsque fut créée une section de scouts à Miliana, dénommée Ibn Khaldoun. Peu de temps après, une deuxième section fut créée, en 1935, par Mohamed Bouras sous le nom de Al Falah. Elle obtint l’agrément  officiel en juin 1936, à la suite de quoi les sections de scouts s’étendirent  aux autres villes du pays. Ainsi apparurent les sections  Al Raja et Al Sabah à Constantine (1936), la section Al Igbal à Blida (1936), la section Al Qotb à Alger  (1937), la section Al Hayat à Sétif (1938), la section Al Hilal à Tizi Ouzou (1938), la section Al Raja à Batna, et enfin la section Al Noujoum à Guelma (1938).

	Devant l’accroissement des sections de scouts, Mohamed Bouras pensa à la création de la Ligue des scouts musulmans algériens qui obtint l’agrément du gouvernement du Front populaire. Le congrès constitutif eut lieu à El Harrach, du côté de la Prise d’eau, sous la présidence d’honneur de Cheikh Abdelhamid Ben Badis. Les activités du mouvement scout et les sections se multiplient  à travers le pays, suscitant un intérêt après avoir obtenu le patronage des oulémas réformistes qui supervisaient les rassemblements de scouts dans les différents villes d’Algérie. Ibn Badis à Constantine, Tayeb El Okbi à Alger, et Bachir El Ibrahimi à Tlemcen.

	Le mouvement se transforma en véritable école de nationalisme pour inculquer aux jeunes les idées nationalistes, c’est pourquoi les Scouts musulmans ont constitué un véritable réservoir d’hommes prêts à accomplir des actions armées. Pour revenir à Mohamed Bouras, père du scoutisme algérien, il a été fusillé le 27 mai 1941, après d’horribles tortures  au polygone du Caroubier, de sinistre mémoire. Hamdane a pris part au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Bucarest, en Roumanie, en 1953. «Le chef de notre délégation était Mahfoud Kaddache, qui deviendra un éminent historien et Ahmed Bouguera, futur colonel de la wilaya IV, qui avait ramené des fanions et des drapeaux algériens qu’on distribuait aux délégations étrangères.» Quelques mois après, en juillet 54, les délégués des SMA s’étaient regroupés pour partir à Damas où se tenait le premier Jamborée des  scouts arabes.

	«Je me rappelle qu’on s’était déplacés à bord du premier bus Mercedes qui venait de rapatrier les hadjis. On a pris la route en passant par la Tunisie, la Libye et l’Egypte. Au Caire, nous avons été reçus par MM. Aït Ahmed Hocine et Khider Mohamed,  fin juillet 1954. On a séjourné dans un cercle réservé aux Jeunes musulmans. C’est Ali Meghari, un gars de Palestro, qui vivait dans la capitale égyptienne en étant responsable des étudiants algériens au Caire, qui nous a fait connaître la ville : c’est cet homme qui a fait partie du groupe chargé de convoyer  de l’armement par bateau vers l’Algérie quelques années plus tard.

	Au Caire, on a défilé avec notre drapeau en entonnant des chants patriotiques. Le porte-drapeau était Omar Lagha, les Egyptiens n’avaient aucune  idée des Algériens qu’ils assimilaient aux Français. On a été reçus par Nasser qui avait prononcé un discours flatteur à  l’égard de l’Algérie, soutenant que l’Egypte sera toujours aux côtés de l’Algérie combattante ! les prémices du soulèvement étaient dans l’air ! Aït Ahmed, Khider et Ben Bella étaient présents, de même que Amimour et Cheikh Bachir Brahimi qui s’est fendu d’un discours chaleureux et galvanisateur. Je ne vous cache pas que sur le moment, je voulais intégrer une école militaire. Je l’ai fait savoir à Khider qui m’en a dissuadé, en  soulignant que ma présence en Algérie serait plus utile en sensibilisant la jeunesse et en étant prêt à toute action à venir.

	A Damas, en août 1954, notre séjour a été des plus enrichissants à Zabadani. Le 20 du même mois, nous nous sommes recueillis sur la tombe de l’Emir Abdelkader, en présence des scouts syriens. Dans la capitale syrienne, nous avons exposé des photos des massacres du 8 Mai 1945 et des atrocités commises par l’occupant français. Je me rappelle que lors du défilé, le drapeau le plus grand déployé était le nôtre. En 1955, j’ai pris part au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Varsovie en Pologne, aux côtés de Drareni, Hamdane Abdelwahab, Lagha et bien d’autres.»

	Marginalisé

	De retour en Algérie, où la guerre battait son plein, Hamdane poursuit ses activités militantes et rejoint le maquis en 1957, à la Wilaya V. Il poursuivra son combat jusqu’au jour (en 1961) où il fut sérieusement blessé à la hanche et évacué à l’hôpital de la Havane, à Cuba, où il y séjournera durant 7 mois. A l’indépendance, il rentre à Alger, où il est opéré avec succès par le professeur Zemirli.
	En 1963, il est démobilisé et recruté à la wilaya d’Alger, où il exerce pendant 18 ans dans les services des biens de l’Etat, sans obtenir de titularisation. Il a sollicité tous les responsables pour sa régularisation, mais sans succès jusqu’en 1980, où l’effet rétroactif lui est refusé !

	Aujourd’hui, Hamdane s’interroge sur la marginalisation des anciens qui ont été mis sur la touche sans aucune explication. Les SMA actuels ne le font pas rêver, car il ont été  «caporalisés» depuis l’UNJA, le mouvement a été politisé et il sert beaucoup plus à des ambitions personnelles qu’à l’épanouissement des jeunes. L’homme s’interroge : «Pourquoi donc s’acharne-t-on à détruire les liens, à bloquer toute transmission à cultiver l’amnésie ?» Son rêve ? Réunir tous les anciens scouts et créer une association pour perpétuer le souvenir…
	
	
	
	
	  ]]></description>
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        <item>
           <title>«Pourquoi sont-ils allés le chercher si loin ?»</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Sat, 16 Mar 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 16 Mar 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	«Aimer, c’est la moitié de croire»
	Victor Hugo 
	Angelo Scola, l’archevêque de Milan, l’archi favori pour succéder  à Benoît XVI, est dans ses petits souliers. Il est passé à la trappe. Contre toute     attente, c’est l’argentin  Bergoglio ne figurant même pas dans les prévisions et sur les tablettes des bookmakers qui décroche le titre de chef suprême de l’Eglise. A Rome, la rue gronde. «Scola a été victime des siens ; les Italiens, comme dans une pathétique tragédie romaine, se sont ligués contre leur ‘‘frère’’, lui fermant les voies de la consécration».
	En réalité, Scola n’a jamais été aimé par ses pairs, on ne sait si c’est à cause de son tempérament ou de sa volonté résolue de réformer la Curie.

	Scola, mis en avant et surmédiatisé aura tiré les leçons en méditant cette vérité : en religion comme en politique, celui qui tire le premier est mort d’une mort subite.
	Cela nous rappelle les chamailleries italiennes de 1978 lorsque la rivalité entre les deux favoris italiens a atteint  un tel degré de férocité qu’elle a abouti à leur neutralisation. Et dans ce cas de figure assez insolite, mieux valait pour les cardinaux électeurs adopter le vieil et si efficace principe qui stipule : «Entre deux solutions, choisis la troisième». La futur Jean Paul II, de son nom Wojtyla, modeste outsider, se voyait ainsi propulsé, tirant profit de la situation incongrue  créée.  Il avait fallu 8 tours de scrutin pour en arriver là !

	
	élection surprise

	
	A l’époque, comme pour les péripéties qui ont présidé à cette élection, la dramaturgie bien huilée avait bien fonctionné. Le rituel immuable avec son rideau rouge et son suspense est, vous en conviendrez, beaucoup plus proche du théâtre que de la chapelle.
	Le processus du conclave qui n’a finalement duré que deux jours était peu ordinaire, puisqu’il s’agissait d’une succession à une démission et qu’il fallait faire le bon choix en cette période de doute et de crise  pour l’Eglise, qui a certainement emporté  le démissionnaire Benoît XVI.
	Alors, pour rénover cette Eglise quelque peu rabougrie, quel type d’homme vont devoir choisir les 115 cardinaux ? Un ecclésiastique de mes connaissances m’avait averti en insinuant que les critères exigés étaient difficilement trouvables en un seul homme capable de réformer la curie romaine, de se distinguer par son charisme, de s’imposer par ses connaissances théologiques et de reblanchir la soutane maculée !
	Cet homme-là devra aussi prendre son bâton de pèlerin pour redéployer le christianisme soumis à son corps défendant au brusque accès de fièvre de la modernité et ses nouvelles donnes et mutations sociétales de plus en plus pressantes.
	Alors, le pape nouvellement élu pourra-t-il remplir toutes ces missions sans casser la boutique ?

	Ce pape fraîchement élu avait déclaré en 2009 : «La pauvreté est une violation des droits de l’homme.» c’est cet homme timide, austère et réformiste qui s’est opposé au mariage gay en 2010 et a affronté la présidente de l’Argentine, Mme Cristina Kirtchner, sur cette question et avec laquelle il est en froid depuis qui a émergé contre toute attente.
	Jorge Mario Bergoglio, premier pape à prendre le nom de François, est le premier pape jésuite et le premier pape des Amériques. Avec sa discrétion et son refus du luxe et de l’ostentation, le nouveau pape incarne la défense des pauvres. Et ce n’est nullement fortuit si le nouvel élu jésuite a choisi le nom pontifical de François, en référence à Saint François d’Assises. Jésuite ? C’est l’un des ordres religieux numériquement les plus importants de l’Eglise catholique romaine. Les Jésuites, péjorativement hypocrites professent  les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance à la volonté de Dieu et au pape.

	
	Une église mortifiée

	
	Quant à Saint François d’assises (1181-1226), c’est un religieux catholique italien fondateur de l’ordre des frères mineurs caractérisé par la prière, la joie, la pauvreté, l’évangélisation et le respect de la création. François se fait  pauvre et s’habille d’un vêtement gris et se ceint la taille d’un cordon exactement comme s’habillaient les pauvres de son époque.

	
	Qui est le nouveau pape ?

	
	Agé de 76 ans, Jorge Mario Bergoglio est né en Argentine. Il est connu pour son mode de vie humble et sa lutte discontinue contre la pauvreté et les injustices. Il soutient une doctrine conservatrice, particulièrement en ce qui concerne l’avortement, l’euthanasie,  le contrôle de la natalité, l’homosexualité,  l’ordination des femmes prêtres. Archevêque  de Buenos Aires depuis 1998, le nouveau pape est issu d’une famille modeste d’immigrants italiens. Son arrière-grand-père, venu du Piémont transalpin, s’est installé  en Argentine en quête de travail à la fin des années 1880...
	Selon son biographe, François se lève à 4h30 tous les matins et se couche à 21h. Ne possédant pas de voiture, il emprunte les transports en commun de Bueones Aires et n’hésite pas à rendre visite à ses collègues qui œuvrent dans les bidonvilles encerclant la capitale argentine.
	«Etonnamment, Jorge Bergoglio n’aime pas voyager», affirme Eduardo Garica, évêque  auxiliaire de Buenos Aires, qui prédit que le nouveau souverain pontife ne sera pas un pape voyageur comme l’était Jean Paul II, adepte des déplacements à travers les quatre coins du globe.

	Bergoglio est reconnu pour fuir les politiciens tout comme les médias . Malgré  cela, il incarne la seule véritable figure d’opposition au clan Kirchner, dont il dénonce l’autoritarisme et qui dirige l’Etat argentin depuis 2003. Kirchner a déjà associé au Moyen-âge et à l’Inquisition  des positions de Bergoglio, notamment sur la place des femmes et la contraception. Taxé de rétrograde, Bergoglio a encaissé sans  répondre à la première dame de son pays, comme le lui suggérait son entourage. «Ma meilleure réplique, répétait-il souvent, est mon action sur le terrain pour aider et soulager mes concitoyens broyés par la politique suicidaire du gouvernement destinée à anéantir les démunis et les plus vulnérables.» Le passé controversé de l’Eglise catholique argentine est souvent brandi par les contempteurs du nouveau souverain auquel on reproche sa passivité et celle de l’église qu’il dirige, alors que les religieux ont soutenu la lutte contre la répression au Brésil et au Chili dans les  années 1970.

	
	Chemin de croix

	
	En 2007, un prêtre argentin avait été condamné  pour torture et complicité de torture avec la dictature. Bergoglio avait alors déclaré que l’Eglise n’était pas responsable des crimes  commis, rejetant la responsabilité sur des individus isolés. «Il me semble que mes frères cardinaux sont allés le chercher à l’autre bout du monde le nouveau pape François. Je vous demande (à l’adresse des présents à la place   Saint Pierre) une faveur, je vous demande de prier le seigneur pour qu’il me bénisse.» Telles sont les premières paroles du nouveau souverain pontife, plus métaphysiques que celles prononcées par Jean Paul II en 1978, qui avait harangué la foule de la même place en l’exhortant à ne pas avoir peur, allusion à la résistance au rideau de fer et aux dictatures qui sévissaient dans le bloc dit de l’Est. Prompt à dénoncer le néo-libéralisme et la mondialisation ravageuse, Jorge Bergoglio,  autorité morale en Argentine, devra mettre les bouchées doubles pour redonner une autre image de l’Eglise, éclaboussée depuis des années par des scandales sexuels, par la pédophilie, mais aussi par sa proximité avec  la mafia et le financement occulte du Vatican, qualifié d’Etat voyou. Tout un programme pour un homme enclin plutôt à la prière et la restauration de la paix dans un monde gagné par le bruit et la fureur.

	De plus, le nouvel élu a l’ambition de redonner une dynamique plus soutenue au dialogue des religions et une implication plus accrue dans la gestion des affaires du monde. Avec toutes ces missions, le pape aura-t-il le temps de faire un clin d’œil au club argentin de football de 1re division , San Lorenzo, dont il suit avec ferveur les résultats et dont il est lui-même membre de l’association des supporters. Comme on l’imagine, le plus heureux des hommes a été sans conteste le président du club San Lorenzo qui s’est démultiplié en louanges sur son site, en souhaitant au pape de marquer beaucoup de buts dans son exaltante et complexe mission.
	Mais le président a-t-il oublié que le pape est beaucoup plus un respectable défenseur qu’un attaquant téméraire  ?
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           <title>la femme qui a grandi dans un cinéma</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Sat, 09 Mar 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 09 Mar 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	«ll faut prendre tout au sérieux, rien au tragique.» Thiers
	  
	En allant à la rencontre de Khadra, on pense découvrir une femme oublieuse  qui aurait du mal à nous retracer le fil de sa vie qui se confond avec le cinéma. Eh bien, non ! Comment imaginer le contraire quand on s’aperçoit combien le septième art l’a tant bercée en prenant une bonne place dans son cœur. Ce qui charme d’entrée en sa présence, c’est sa manière d’égrener les multiples étapes de sa vie, calmement, sans élever la voix, avec humilité. Dans ses phrases, des mouvements saccadés. A l’écouter, on se rend vite compte qu’elle a grandi au milieu de films, dont on peut imaginer le nombre impressionnant qu’elle a dû voir lorsqu’elle était placeuse à la Cinémathèque d’Alger, où elle y a exercé durant plus de quatre décades.

	Au cours de cette longue période, Khadra a vécu des moments fabuleux en côtoyant des «monstres» du septième art. Dans son sac à histoires, elle a un paquet truffé de  faits tout aussi insolites les uns que les autres. Elle nous en sort les péripéties de Youcef Chahine à la Cinémathèque d’Alger. Chahine aimait beaucoup l’Algérie, dont il disait qu’elle était à l’origine de l’éclosion de sa carrière. Youcef Chahine avait ses habitudes à la Cinémathèque qu’il fréquentait souvent. 

	«Il m’avait demandé, un jour, s’il pouvait trouver un endroit pour se reposer avant le débat qu’il allait animer avec les cinéphiles. Je lui avais proposé le fauteuil qui trônait dans mon bureau, mais il avait refusé, exigeant un lit pour s’étendre et se prélasser. Je n’ai eu d’autre alternative que lui montrer le lit du veilleur de nuit qui n’était pas du meilleur confort. Chahine l’accepta avec plaisir et se laissait aller à des sommeils profonds.  Quand il se réveillait, il s’adonnait au rituel de l’eau en se rinçant le visage de ce liquide, en empruntant mon peigne pour coiffer ses cheveux et en me demandant de l’aider à  être le plus présentable possible. Je m’y pliais sans façon.

	En contrepartie, Chahine, qui était très difficile, acceptait de recevoir pour des interviews les journalistes que je lui présentais. N’empêche, une fois, le cinéaste égyptien est entré dans une colère noire parce qu’un journaliste, véritable ou présumé, avait eu l’outrecuidance de lui poser la question de savoir quel était son premier film réalisé. Chahine avait perçu cela comme une offense et l’a fait vertement savoir à l’imprudent. Vexé, Chahine se tourna vers moi comme pour me prendre à témoin : ‘‘Il se dit journaliste et ne connaît même pas mes films. C’est une honte’’, lança-t-il en élevant le ton.»

	La misère des salles obscures

	Khadra a fait la connaissance de la Cinémathèque en 1965. Avant même la fondation de cette salle mythique, elle exerçait au cinéma Hollywood, au quartier Meissonnier. Elle en garde un souvenir merveilleux. «Un jour, Ben Bella et Che Guevara sont venus, c’était au début de l’année 1964, pour inaugurer la salle baptisée Sierra Maestra, en hommage au combat internationaliste du Che, qui  avait une aura incroyable. Vous vous imaginez un mythe vivant à vos côtés ! C’était presque un rêve». Quelques semaines plus tard, Ahmed
	Hocine, alors directeur de la Cinémathèque, fait appel à Khadra qui n’en demandait pas tant. Elle y restera quarante ans. «Au début, j’étais caissière, mais je doublais car je faisais aussi la placeuse afin de gagner davantage, car j’avais besoin d’argent. C’était une époque formidable, les jeunes venaient de partout, surtout de La Casbah voisine.»

	Son ami Boudj, qui a longuement présidé aux destinées de ce musée, se souvient et parle avec tendresse de Khadra : «Nous n’oublierons jamais à quel point, jeunes étudiants alors, nous étions frappés par la beauté de ses yeux et par son regard félin transperçant la petite lucarne par laquelle nous pouvions à peine glisser notre monnaie et  recevoir notre ticket.» Principales vertus mises en évidence, ses qualités d’éducatrice, son humanisme et son amour des autres.

	Fille de martyr du 8 Mai 45, elle répétait souvent à son fils qu’elle a  élevé seule : «J’ai perdu mon père quand j’étais enfant et je sais ce que signifie le mot orphelin. Mais tant que je serai avec toi, tu n’auras pas à connaître le sens de ce mot». Son garçon, elle l’a  si bien élevé qu’elle en a fait un ingénieur compétent. Elle a pu, raconte Boudj, surmonter certains moments délicats dans leurs rapports, comme celui où, adolescent et lycéen, son fils lui avait enjoint  de porter le hidjab. Avec fermeté, elle l’avait remis à sa place. Elle se rappelle aujourd’hui de cette période trouble au beau milieu de la décennie noire et ses ravages tant sur les esprits que sur les corps. «Mon fils était aussi à la merci de cet âge ingrat pour affirmer sa personnalité», résume t-elle avec un sourire complice.

	Le cinéma se meurt

	Le cinéma ? Depuis qu’elle est petite, c’est une passion. Elle se délectait de films. L’adolescence  et sa présence quasi quotidienne dans la mythique salle obscure de la Cinémathèque renforceront son addiction pour les films. «Ah, c’était toute une époque !», s’exclame-t-elle en donnant l’air de regretter le temps passé. Sa voix et ses gestes emplissent l’espace réservé au films amazighs au sein de la  Bibliothèque nationale, où elle exerce depuis cinq ans. C’est dans ces lieux qu’elle nous reçoit en toute simplicité. «ici, je travaille bénévolement aux côtés de M. Assad qui a créé le Festival du film amazigh et qui fait beaucoup pour le tamazigh. J’aime bien ce que je fais dans un environnement culturel, en contact permanent avec les intellectuels et les hommes de culture. Je me sens vraiment dans mon élément», confie-t-elle.

	Ceux qui fréquentaient la Cinémathèque dans les années 1970 s’en souviennent. Si l’impact des films visionnés reste gravé à jamais dans les mémoires, l’image de cette dame digne, qui nous recevait avec politesse et déférence dans un endroit  plutôt réservé aux hommes pouvait surprendre. La présence de cette ouvreuse sonnait à l’époque comme une entorse à la normalité ambiante. «J’ai très bien vécu cette période sans anicroche, ni complexe, ni animosité parce que les gens étaient cultivés, bien élevés, pudiques et surtout respectueux. Pas comme maintenant. Il faut dire que sans la placeuse, il n’ y a pas de projection.

	Tout était numéroté et les retardataires étaient sûrs de trouver leurs places. Je faisais des réservations même par téléphone. On avait une tenue stricte comme les hôtesses… On faisait vraiment partie du décor.» Khadra se souvient très bien du premier film qui l’a enchantée, La comtesse aux pieds nus. «L’histoire d’une femme pauvre devenue très riche et nullement grisée par la gloire, elle est restée elle-même, car elle n’a pas oublié d’où elle est venue. Cette histoire m’avait émue.» Pourtant, Khadra en a vu d’autres. Des milliers de films de tous les pays du monde, desquels émergent El Ard de Youcef Chahine, ou Les bracelets d’or, un film hindou qui a eu une immense audience à l’époque. Les films relatant les faits de la lutte de libération ne sont pas en reste.

	«J’ai beaucoup apprécié La voie de Mohamed Slim Riad, rarement diffusé à la télévision et qui assurément n’a pas eu l’audience méritée. Le film  me rappelle, à s’y méprendre, Le Trou, chef-d’œuvre de Marcel Carné», commente-t-elle. Elle laisse un silence s’installer avant de reprendre le fil de la discussion : «En fait, quand on aime le cinéma, on aime tous les films. Vous savez, il y avait un public attentionné et connaisseur, il y avait même des ministres qui venaient régulièrement. L’un d’eux avait proposé, un jour, de créer l’association des amis de la Cinémathèque. Hélas, le projet est resté sans suite. Il y avait aussi d’illustres personnages, comme Momo, un habitué des lieux avec sa queue de cheval, son panier et sa démarche ; il se pointait avec sa femme en haïk. Il me disait, mi-amusé, mi-goguenard : ‘‘Khadra, je t’ai amené Zohra, tu t’en occupes et tu nous trouves une bonne place’’.»

	Tout le monde avait peur des «sorties» imprévisibles de Momo. Robe Grillet, le célèbre réalisateur français, quand il était de passage à la Cinémathèque, s’inquiétait avant de franchir la porte de la salle, il me chuchotait : «Dis moi, est-ce que Momo est là ?» ; il y avait une sorte de crainte vis-à-vis du poète de La Casbah, dont on redoutait les réparties et les réactions… incontrôlées. Momo n’avait pas froid aux yeux, il était sans pitié dans la critique, et les gens le redoutaient. «Mais la Cinémathèque est aussi un bouillon de culture et un carrefour du cinéma international devenu une référence, tant et si bien que tous les cinéastes de renommée internationale sont passés par ce lieu légendaire.»

	Souvenirs, souvenirs

	Khadra se rappelle de ces films sublimes qu’elle n’oubliera jamais et des stars féminines comme Ava Gardner, par exemple, avec ses lunettes noires masquant un regard glaçant, ou Marylin Monroe qui a brisé tant de cœurs, ou beaucoup d’autres qui ont fait le prestige de cet art. Des femmes fortes, retorses, séductrices, parfois violentes, souvent ambiguës. Puissamment campées par des actrices incomparables. Aujourd’hui résignée, elle regarde le train de l’indifférence passer sans esquiver la moindre réaction.

	«Les temps ont changé, en pire hélas ! Le chômage fait des ravages, les loisirs sont un luxe, alors que l’éducation est presque une vue de l’esprit. On ne la voit ni dans l’école ni dans le milieu familial. Il y a trop de misère et la vie est trop chère. Il n’ y a qu’à voir le nombre impressionnant de mendiants dans les rues, constate-t-elle, amère. Parler de cinéma dans ce cas paraît presque déplacé. Il n’ y a plus de cinéma, la production est insignifiante si elle n’est pas  nulle. Il faut que l’Etat se réengage en finançant la production, sinon on va de mal en pis. Tenez, par exemple, Bouguermouh a dû mendier pour terminer son film La colline oubliée qui reste une référence, alors que le film a été réalisé avec un budget dérisoire ! Dans ce film, le rôle de la femme dans la société est mis en exergue.»

	Pour Khadra, une société qui aspire au progrès et à l’équilibre ne peut se construire sans l’apport de ses forces vives, y compris la gent féminine. La femme ne saurait se résumer à la célébration du 8 Mars, Journée internationale de la femme, qu’on célèbre régulièrement et qui coïncide, demain, avec la journée de l’année en cours. Cela ne l’enthousiasme plus depuis la mésaventure qui lui est arrivée, qu’elle raconte avec un humour sarcastique malgré sa gravité. «On m’avait avisée, en mars 1997, qu’on allait me rendre hommage et qu’il me fallait me présenter au Palais de la culture pour la cérémonie. Comme pour les célébrations, je m’y suis préparée en me faisant la plus jolie possible, en arborant mes meilleurs habits. On avait omis de m’envoyer l’invitation officielle, mais qu’à cela ne tienne.

	Arrivée sur les lieux dans une salle comble, la speakerine égrenait les noms des récipiendaires vivants et ceux qui n’étaient plus de ce monde. Arrivée à mon tour, elle eut l’indélicatesse de m’annoncer parmi les défunts en exhortant un membre de ma famille à se présenter sur l’estrade pour recevoir le trophée… Comme j’étais bien vivante, j’ai rejoint l’estrade et quelle fut la surprise de la speakerine, confuse et consciente de sa bévue, alors que la salle émue et enthousiaste, le ministre de la Culture y compris, applaudissait à tout rompre. Vous conviendrez que ce n’était pas la meilleure manière de reconquérir les gens, mais je n’y ai mis aucun
	acharnement ni ne tins rancune à quiconque.»
	
	  ]]></description>
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           <title>simple amuseur populiste ?</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 28 Feb 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«J’ai besoin de la lumière qui éclaire et non pas de celle qui éblouit.»
	                                             (Dicton italien) 
	Avec l’avènement de Giuseppe Pierro Grillo, le bouffon populiste qui a investi la scène politique italienne en se classant en troisième position lors des dernières élections et en se positionnant en tant qu’arbitre entre les deux grosses tendances traditionnelles (gauche-droite), on mesure le poids de l’image dans nos sociétés modernes.
	Car la nouvelle star politique italienne est avant tout un homme du spectacle et les Italiens qui en sont férus, trop enclins aux apparences, en sont servis en accordant leurs suffrages à cet auteur de théâtre, de cinéma ou de télévision provocateur, agitateur d’idées, dont le blog d’opinions politiques et sociales est parmi les plus visités en Italie.

	Beppe a senti que le fait politique, tel qu’il est pratiqué par les temps qui courent, est plus que porteur. C’est pourquoi il s’est empressé d’investir les lieux en créant son mouvement politique, qui talonne les vieux dinosaures.
	Diplômé en comptabilité, Beppe se découvrit comique presque par hasard, en improvisant un monologue lors d’un casting. Deux semaines plus tard, il apparut pour la première fois à la télévision, découvert et lancé par Pippo Baudo dans l’émission de variétés Secondo Voi, diffusée en 1977 et 1978.

	Suite à un accident de voiture qui coûta la vie à trois personnes qui étaient avec lui, il fut condamné, en 1980, pour homicide involontaire à 15 mois de prison.A sa sortie, il reprend ses activités artistiques et le succès ne tarde pas à arriver grâce à des émissions comme Telado lo America (1981), en quatre épisodes ou Il Brasile (1984) dans lesquels il racontait son expérience personnelle liée à sa visite aux Etats-Unis et au Brésil, avec des anecdotes et des répliques en rapport avec la culture, le style de vie et la beauté de ces lieux. Sa popularité allait crescendo avec une autre émission basée sur ses propres expériences personnelles.

	Mais à quoi est dû l’engouement du public pour cet acteur atypique, qui utilise la dérision et l’humour pour dépeindre des situations parfois tragiques ? Ces apparitions commencèrent à se caractériser par un contenu satirique croissant, exprimé sous une forme toujours plus directe et corrosive.  Ses attaques étaient tellement directes que le public, ravi, en demandait plus.

	Vous avez dit comique ?

	Ainsi, en 1987, pendant une émission de variétés du samedi (Fantastico), il attaqua par de lourdes allusions le Parti socialiste italien et son président, Bettino Craxi, qu’il fut éloigné tout simplement de la chaîne publique ! Son ardeur et sa détermination ne furent pas affectées, puisque Beppe travailla dans trois grands films de Comencini, Risi et Laudadio, tout en collaborant  régulièrement avec l’hebdomadaire Internazionale. Le 1er septembre 1985 il fit paraître, avec le  concours d’autres citoyens, une  page dans La Republica, dans laquelle il faisait un appel explicite à celui qui était alors gouverneur de la Banque d’Italie, afin qu’il démissionne suite au scandale sur l’OPA Antonvenneta.

	Un populiste engagé

	En 2005, l’édition européenne de l’hebdomadaire Time l’élit parmi les héros européens de l’année pour ses efforts et son courage dans le domaine de l’information publique. Cet homme extravagant, que ses adversaires surnomment «le clown», est né le 21 juillet 1948 dans une famille modeste de Gênes. Ses détracteurs vont jusqu’à le qualifier  de «bouffon politique».
	Lui s’en fiche éperdument, multipliant les shows dont le public raffole. «Le monde politique, qui nous a toujours traités comme le petit peuple, nous explique comment sortir d’une crise qu’il a lui même provoquée. Berlusconi, Bersani, Monti  se retrouvent à se rejeter les responsabilités de faits causés par leurs gouvernements. Cette fois, un signal fort et clair doit partir, les Italiens ne veulent pas être roulés dans la farine et  tournés en ridicule. Le prochain gouvernement doit être formé de personnes et non pas de politiques. 

	Des personnes lambda, issues de la société. Choisissons un gouvernement qui se détache du passé, qui soit garant de nous et garanti par nous, qui nous fasse sentir Italiens et Européens», a déclaré Beppe juste après la proclamation des résultats. Il  est vrai que Beppe s’est réveillé, mardi, dans un nouveau rôle. «Il n’est plus ce bateleur d’estrades battues par la pluie, le vent et la neige, quand les autres candidats se réchauffaient sous les sunlights des plateaux de télévision», écrit la presse italienne mi-interloquée, mi-ravie qu’un intrus vienne bousculer l’ordre établi. Aujourd’hui, Beppe et son parti comptent dans l’échiquier politique. Son Mouvement 5 étoiles a placé des dizaines de parlementaires. Avec un quart des suffrages exprimés, le mouvement est devenu le premier parti politique italien du Parlement et la troisième force nationale. Ses parlementaires sont jeunes, donc sans expérience, certains ont à peine 25 ans, l’âge minimal requis pour entrer à la Chambre.

	Mais cette propulsion, bien qu’elle donne une autre  image à la vie politique mouvementée de l’Italie, sème aussi le doute parmi l’intelligentsia : «Quand un pays fait confiance, lors d’élections, à des comiques populistes, c’est que la démocratie est en réel danger. Comme il est anormal que Berlusconi puisse faire un retour en force sur le devant de la scène quand tout le monde connaît ses travers ! Tout comme il est navrant de voir que le seul homme sérieux, à savoir Monti, se fait désavouer ! Eh oui, le pays préfère vivre avec la gangrène que de se faire opérer. Avoir des comiques à la tête de la pyramide décisionnelle, la faute à qui ?», murmure la rue «à ceux qui, démocratiquement, nous mentent ouvertement, annoncent des mesures irréalisables, privilégient l’idéologie au succès des réformes», résume un intellectuel de gauche, qu’on ne peut soupçonner de sympathie pour Berlusconi.

	Certains médias n’hésitent pas à faire le parallèle entre ce comique et son compatriote, Coluche, qui utilisent le même créneau antisystème à l’image de Le Pen, Sarkozy ou encore Berlusconi. L’un des chroniqueurs les plus avisés de Corriere de la Serra a un avis tranché sur la question : «Coluche évoquait la question des classes sociales et des disparités : ce n’est pas le cas de Beppe qui surfe sur la démagogie populiste. Pour lui, il n’y a que des corrompus, qu’il suffit de remplacer par des techniciens. Mais il faut reconnaître à Beppe son acharnement et sa persévérance. Ce tribun, qui a su mettre à profit les avantages de l’image et de la télévision, en a tiré des dividendes. Il a su séduire nombre d’Italiens exaspérés par la classe politique, qu’ils soient de droite ou de gauche ! Il a su attirer nombre d’Italiens, notamment les jeunes.» L’ascension de Beppe et ses amis s’est encore accentuée au regard des scandales de corruption dans les  partis politiques qui ont éclaté ces derniers mois dans la péninsule. Aussi, de «simple mouvement citoyen», écrit le Point, le Mouvement 5 étoiles est devenu «une véritable force politique»…

	Une voix qui compte

	Cette force politique va-t-elle faire des compromis avec les ténors ? «Le mouvement ne s’allie avec personne», comme il l’a toujours dit. «Je m’oppose farouchement à toute formation d’une grande coalition droite-gauche. De toute manière, le système est déjà à terre», ironise le nouveau chef de file, qui se fait plus prudent. «Nous ne sommes pas contre tout le monde. Nous allons voir réforme par réforme, loi par loi. S’il y en a des compatibles avec notre programme, nous allons les étudier. Ce n’est pas le moment de parler d’alliances !»

	Ancien comptable de 64 ans, tignasse et barbe sel et  poivre, ce «politique» d’un nouveau type est désormais la vedette de toutes les télévisions, où il continue à jouer son rôle, mais cette fois avec une certaine suffisance qui renvoie à son éclatante victoire. Il se laisse parfois aller à des confidences, comme celle-ci : «Etant jeune, j’ai fait une pub à la télé, mais ensuite, j’ai compris certaines choses sur la publicité. Quelques années plus tard, j’ai commencé à en vouloir aux hommes politiques parce que les choses allaient mal, mais ensuite, j’ai compris certaines choses sur la politique : qu’elle est contrôlée  par l’économie. Il y a quelques années, j’ai débuté un spectacle en y détruisant un ordinateur, mais désormais, j’ai compris un certain nombre de choses sur internet qui, finalement, est notre seule défense…» Sans commentaire.
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           <title>le grand blanc à la caméra rouge</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 21 Feb 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«Un peuple qui n’est pas heureux n’aime point la patrie ; il n’aime rien et si vous voulez fonder une République, vous devez vous occuper de tirer le peuple d’un état d’incertitude et de misère qui le corrompt.»
	Saint-Just 
	C’est connu et vérifié. Le cinéma est un excellent médicament contre l’angoisse et la banalité, et les films sont une pharmacopée formidable. Ils pansent des blessures, soignent, calment et soulagent. Bien plus, ajoute René Vautier du haut de ses 85 ans, «ils sont la boîte noire de notre vécu, de notre culture et balisent l’écume des jours».
	«Ses films sont à la fois subtils et érudits, qui se voient en donnant à penser en scène l’essentiel de la vie humaine», témoigne un technicien photo qui, dans le milieu cinématographique, connaît René mieux que nul autre.
	Mais les films de Vautier ne sont pas que des images chatoyantes. «Si un sujet n’est pas censuré c’est qu’il est anodin», répète sentencieusement le vieil artiste, mi-amusé, mi-provocateur et qui a fait sienne cette maxime de Godard, son vieil ami : «Pas une image juste, juste une image.»

	Dès son enfance à Camaret-sur-mer, le 15 janvier 1928, il a eu le choc des images et l’attrait de la caméra pour témoigner et «donner la parole aux sans-voix. C’est ce qui m’est arrivé de plus important dans la vie», confie-t-il. Au fil des ans, la passion s’est affermie et René est toujours là au bon moment, au bon endroit pour éterniser l’instant encore tout nimbé d’émerveillement enfantin et heureux comme un joyeux luron. Depuis son premier film en 1950, qui a été salué positivement par la critique, jusqu’à ses productions récentes, il n’a cessé de mettre à nu les blessures du monde  en exhortant les hommes à les soigner par la résistance et, si nécessaire, par la rébellion. Les ravages de l’exploitation humaine sont peints sans fard mais avec dignité, pourfendant la sauvagerie colonialiste. De son combat mené lors de la Révolution algérienne, René parle avec pudeur. «Je ne me suis jamais posé de question concernant ma présence, caméra au poing, aux côtés des Algériens luttant pour leur indépendance. J’assume complètement», constate tout simplement ce cinéaste atypique que ses pairs avaient pourtant si bien encensé.

	Grand par la taille et par le talent

	«Si l’on veut parler d’honneur, René  Vautier, ce Breton têtu, est l’honneur du cinéma français», écrivait Yvan Audouard, chroniqueur du Canard enchaîné, il y a quelques années. «Lorsque éclata le coup de tonnerre, le 1er Novembre 1954, j’étais à Paris, travaillant sur un projet de film sur l’histoire du Maghreb. Finalement, vu l’urgence de faire connaître en France les raisons que les Algériens avaient de se battre pour pouvoir vivre dignement chez eux, le film change d’orientation. Il me semblait important de faire connaître par l’image et le son, à partir de documents irréfutables, les raisons réelles de la conquête de l’Algérie et la façon dont cette conquête avait été menée.»

	La conquête de 1830 à 1870 est ainsi présentée à la Ligue de l’enseignement, dont le président a eu ces mots détonants  : «Bien que très correctement réalisé et basé sur des documents irréfutables, ce film présente une vision de la conquête de l’Algérie en opposition complète avec les directives de l’enseignement sur cette période, ce qui en rend toute projection inenvisageable.» Peu de temps après, René apprenait qu’il était poursuivi pour atteinte à la sûreté interne de l’Etat pour cette phrase : «L’Algérie sera de toute façon indépendante et il faudrait discuter dès maintenant de cette indépendance avec ceux qui se battent avant que des flots de sang ne viennent séparer nos deux peuples.» Pour le ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand, c’était une atteinte caractérisée au principe «l’Algérie c’est la France» qui avait force de loi. C’est seulement 45 ans après que Mitterrand écrira : «L’Algérie c’est la France…». C’était juste légalement, mais faux politiquement.

	La Caméra, arme redoutable

	René rejoint l’Algérie clandestinement par les maquis dès 1956 et participe, caméra au poing, aux côtés des combattants algériens, qu’il filme dans les djebels. Au printemps 1958, il se rend au  Caire où il rencontre les leaders de la Révolution auxquels il soumet son travail cinématographique réalisé aux côtés des djounoud. René sera envoyé en Tunisie via la Libye et sera neutralisé, incarcéré avant d’être libéré sans aucune explication. Dès l’indépendance, il s’installe à Alger où il  est nommé directeur du Centre audiovisuel d’Alger de 1962 à 1965.

	Il y est aussi secrétaire général des cinémas populaires. Il filme les premiers jours de l’indépendance algérienne et tente de créer un dialogue grâce à la vidéo entre les deux peuples, français et algérien. En 1970, René rejoint sa Bretagne natale, lui qui s’est toujours méfié du microcosme parisien. En 1973, René met sa peau dans la balance en observant une grève de la faim dans un petit lit d’hôpital de Quimper. Ce qu’il demande ? La suppression de la possibilité pour la commission de censure cinématographique de censurer des films sans fournir de raison. Il obtint gain de cause quinze jours après son action.

	Avoir 20ans dans les Aurès

	Le film Octobre à Paris, de Jacques Panigel, obtenait son visa après avoir été interdit car il dénonçait la répression policière à l’encontre des Algériens en 1961. Et au bout de 23 jours de grève, «un haut fonctionnaire de l’Etat est venu me voir à l’hôpital : "J’ai vu votre film Avoir 20 ans dans les Aurès. J’ai apprécié",  m’a-t-il confié, en poursuivant : "Ils m’ont dit que vous faisiez la grève de la faim et que le gouvernement allait vous laisser mourir plutôt que de faire de la peine à la censure ; je les ai rassurés. Le gouvernement ne peut pas se permettre de fabriquer un martyr de la liberté d’expression."»

	En réalité, René a toujours dû crapahuter contre l’ordre établi, surtout lorsque celui-ci se hasarde à limiter les libertés. René s’était déjà révolté à 20 ans lorsque, en 1948, Léon Blum, après une visite aux Amériques, avait scellé le sort du cinéma français en autorisant l’entrée et la diffusion, pratiquement sans quota, des films américains en France. Les réalisateurs qui l’ont marqué ? «Resnais. Car il m’a fait toucher Van Gogh. Quand j’étais encore à l’Idhec, c’était de tous les anciens le seul qui m’impressionnait». Le film de Vautier, Les Statues meurent aussi, était sublime, mais il avait été censuré tout comme son film fétiche Afrique 50 qui ne sortira de l’ombre qu’après quatre décades.

	«On m’avait proposé la réalisation d’un film destiné à montrer aux élèves des lycées et collèges de France, de Navarre et autres lieux, comment vivent les villageois d’Afrique occidentale française. Rien de révolutionnaire dans le propos. Je devais accompagner une équipe de routiers éclaireurs de France, ramener des images. J’avais 21 ans. Libre avec ma caméra, sans idée préconçue.» Le film fut diffusé fin 1950 sans visa ni existence légale.
	
	Rebelle et révolté 

	Vautier fut convoqué manu militari (au sens propre !) à la caserne Revilly, à Paris, «où un officier m’avertit que l’on avait "égaré" mon dossier militaire contenant mes états de service dans la résistance et qu’en conséquence, je devais faire un an de service militaire. J’étais en quelque sorte un insoumis. L’officier sournois me fit comprendre que je devais accomplir ce devoir, ce à quoi je répondis par une gifle qui me valut le cachot. J’en sortis en juin 1952. Entre-temps, le film Afrique 50 remportait le titre de meilleur documentaire mondial de jeune réalisateur». René avait 21 ans ! Mais le film censuré attendra 40 ans pour renaître…

	Plusieurs films de René ont disparu, nous dit l’ami Boudjemaâ Karèche, père de la Cinémathèque algérienne, aujourd’hui injustement marginalisé. Nous laisserons le soin à l’inénarrable «Boudj» de nous conter quelques aventures avec le grand blanc à la caméra rouge. René avait adapté une histoire réelle pour le cinéma. Jean, de retour en Algérie après l’indépendance, parle de la guerre d’Algérie qu’il a faite en précisant qu’il n’a jamais blessé ni tué personne. «Je n’étais qu’un simple troufion. Mon travail consistait à mettre des mines dans les champs.

	Mon service militaire terminé, je suis reparti chez moi en France. Quelques années plus tard, je suis revenu dans ce pays comme technicien dans une base pétrolière. Mohamed, le chauffeur qui travaillait avec moi, m’invita chez lui à Souk Ahras pour la fête de l’Aïd. J’ai accepté, car c’est dans la région de Souk Ahras que j’ai fait mon service militaire. Tout s’est bien déroulé. Nous avons sacrifié le mouton, mangé un couscous succulent et savouré un café et des gâteaux. Mohamed m’a emmené faire un tour en ville et là, tout a basculé. A chaque fois que nous croisions quelqu’un marchant avec des béquilles, Mohamed me disait tout simplement ‘‘il a sauté sur une mine’’. Cette phrase, il me l’a répétée à la vue d’autres handicapés.

	Soudain, j’ai ressenti un malaise car j’étais certain qu’en me disant cela, mon ami faisait allusion à mon passage dans l’armée pendant la guerre d’Algérie. Me sentant de plus en plus mal, j’ai alors décidé de retourner à la base pétrolière. Depuis ce jour, je n’ai cessé de penser à ces vacances à Souk Ahras qui m’ont aidé à voir clair dans ma vie. Jusque-là, je croyais que je n’étais coupable de rien…».

	Ce film «techniquement si simple» de 30 minutes n’a presque jamais été diffusé, il a été détruit lors du vol et du saccage de la maison de René en Bretagne par des hommes du FN. «Ce qui est bien avec René, ajoute Boudj, c’est qu’il connaît beaucoup d’histoires. Une soirée en sa compagnie passe vite, trop vite même. Il nous abreuve d’anecdotes, récentes ou anciennes, aussi truculentes les unes que les autres, tant il possède l’art de raconter. Il sait y mettre le ton, l’accent et les chutes sont formidables. Bien sûr, René ne raconte jamais ses histoires uniquement pour le plaisir. Un souci pédagogique les accompagne toujours. Et en plus, quel humour ! En voici une dont nous avons gardé le souvenir.

	Tout le monde sait que dès l’indépendance, René Vautier a beaucoup activé pour le cinéma itinérant. Parcourant le pays du nord au sud et d’est en ouest, il a su utiliser de façon intelligente et efficace le réseau des ciné-pops qu’il avait créés. Un beau jour, il se retrouva donc à Biskra pour une projection nocturne et en plein air du Cuirassé Potemkine de S. M. Eisenstein. En complément du film, il avait prévu un petit documentaire éducatif sur  la lutte contre les mouches. Soulignons d’emblée la pertinence de ce programme : Potemkine, le plus grand film de tous les temps en hommage à nos paysans et à leur bravoure  ; le documentaire sur les mouches par respect pour les enfants victimes du trachome, ce terrible fléau.

	Les cinébus étant à l’époque bien équipés, la projection s’était déroulée dans de bonnes conditions. Sur l’immense écran blanc, les images étaient belles. Les spectateurs, nombreux et assis à même le sol, avaient suivi la séance avec beaucoup d’attention. Le débat, comme il était d’usage du temps des années pops, avait commencé. ce soir-là, il fut mené et bien mené par René, malgré un vocabulaire en arabe plutôt réduit. Si les paysans ne parlèrent pas beaucoup de Potemkine, ils furent par contre intarissables sur le documentaire. Tout y passa : les mouches, leur histoire, leur danger, les dattes, les microbes, les mains, les yeux, le sable, etc. Ils en savaient beaucoup sur le sujet, ces braves gens.

	Le bouquet final fut apporté par l’un des plus vieux, des plus sages, qui, d’un ton tranquille et dans un français parfait, conclut le débat en déclarant à Vautier : "Nous tenons à vous remercier, Monsieur le cinéaste. Nous avons compris que vous vous intéressez beaucoup  à nous et à  nos enfants. Vos longs cheveux blancs nous indiquent combien vous êtes savant. Cependant, nous aimerions vous tranquilliser en vous disant que les mouches à Biskra, certes il y en a beaucoup, mais heureusement pour nous et Dieu merci, elles  ne sont ni aussi grosses ni aussi grandes que celles que nous avons vues sur l’écran". René comprit immédiatement que les gros plans sur les mouches venaient de lui jouer un mauvais tour à lui, qui savait bien pourtant que le regard cinématographique est le produit d’une éducation. La solution radicale du problème était donc d’enseigner le cinéma à l’école. Avec lui, nous avons toujours partagé ce rêve… ]]></description>
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           <title>Emirat minuscule à l’appétit vorace</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 31 Jan 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«L’argent mène à tout, à condition d’en sortir…  beaucoup». 
	De ses trois épouses, cheikh Hamad a 24 enfants dont 11 garçons et 13 filles. Monarque multimilliardaire grâce à un lac de gaz sous-marin, le plus grand gisement du monde, Hamad règne sur un micro-Etat à peine visible sur la  carte du monde. Depuis quelques années, l’émir s’est fait connaître à travers la planète en s’appuyant sur la très influente chaîne Al Jazeera, qu’il finance totalement. Le Qatar part à l’assaut des marchés mondiaux et des chancelleries, séduites par cet argentier hors pair. Hamad est l’homme des offres qu’on ne peut  refuser !

	Quand il débarque à Tunis en 2012 avec une escarcelle de 500 millions de dollars, des centaines de manifestants lui lancent à la figure «Dégage !», le soupçonnant d’aider en sous-main les islamistes d’Ennahda. En Libye et au Moyen-Orient, le Qatar s’impose avec ses dollars. Mais c’est en France qu’il fait les affaires  les plus juteuses, à la grande joie de cet émir à la carrure imposante que raillait El Gueddafi.  Mais qui est donc Hamad Bin Khalifa Al Thani, né le 1er janvier 1952 à Doha, diplômé de l’académie royale militaire de Sandhurst en 1971 ?

	Un état microscopique

	Hamad est l’émir d’un pays de 2 millions d’habitants dont moins d’un dixième sont Qataris de souche. Le PIB du Qatar est le plus fort au monde (18,7%) . Le Qatari est le plus riche de la planète, devant l’habitant du Liechtenstein ou du Luxembourg. Le taux de croissance de la population est de 5%, le plus élevé du globe devant le Zimbabwe. La majorité écrasante de la population est constituée d’étrangers, qui travaillent essentiellement dans l’industrie pétrolière et gazière et dans le secteur de la construction.
	En vingt ans de règne, rien n’est venu secouer le Qatar, pas même la vague de contestation qui a enflammé le Monde arabe et dont le Qatar a été un élément moteur. Le pouvoir est entièrement concentré entre les mains de l’émir. Le pays ne compte ni parti politique ni force d’opposition.

	Selon une enquête réalisée il y a deux ans, les jeunes Qataris ne sont que 33% à considérer que le multipartisme est très important. Leur priorité est plutôt un environnement sûr et un salaire juste. En moins de dix ans, le pays est devenu le premier exportateur de gaz naturel liquéfié de la planète. L’argent de la rente pétrolière et gazière (520 milliards d’euros) est investi dans le monde entier : à New York, Londres, en Suisse et, dernièrement, en France.

	Lorsqu’on lui pose la question brûlante de savoir comment prône-t-il une démocratie à l’extérieur, alors que celle-ci est inexistante chez lui, l’émir a une réponse toute prête : ses 200 000 sujets, qui jouissent du revenu par tête et du taux de croissance les plus élevés de la planète, ne lui en ont jamais fait la demande, ce qui, en fait, est corroboré par la réalité.

	Après les Printemps arabes et leurs fumeuses et fumantes conséquences, le Qatar s’est attelé à surfer sur l’humanitaire. Aussi, la visite de l’émir à Ghaza  il y a quelques mois a été considérée comme historique et saluée comme telle par les Palestiniens. Une visite de six heures, ponctuée par l’inauguration de projets que l’émirat s’est engagé à financer. Le Qatar a porté son aide de 254 à 400 millions de dollars pour financer la reconstruction d’infrastructures routières et de logements dans les territoires palestiniens dévastés par l’opération israélienne «Plomb durci». Cette visite, aussi généreuse fut-elle, n’a pas été du goût de l’OLP, rivale laissée sur le carreau, qui, tout en soulignant son soutien à la reconstruction de la bande de Ghaza, a appelé «les pays arabes à ne pas poursuivre la politique d’établissement d’une entité séparatiste dans la bande de Ghaza qui sert fondamentalement les desseins israéliens».

	Le Qatar est porté par Al Jazeera, média créé en 1996, qui est devenu aujourd’hui le principal forum politique de la scène arabe. C’est cette chaîne qui diffusait régulièrement les messages d’Oussama Ben Laden. Comment cette chaîne peut-elle se permettre de défier l’ordre impérial ?

	Libertés confisquées

	Olfa Lamlouni, politologue, explique comment cette chaîne si controversée «exprime les attentes démocratiques confisquées par les régimes autoritaires mais aussi le ressentiment arabe vis-vis des Etats-Unis». Par quel mystère Al Jazeera peut-elle tenir autant de rôles, alors qu’elle est financée par l’émir du Qatar, un des alliés privilégiés de Washington dans le Golfe ?
	La chaîne avait pris un tel essor que ses animateurs en étaient grisés. Jusqu’à inscrire sur le fronton du siège cette phrase : «Tout le monde regarde CNN, CNN regarde Al Jazeera»...

	Entre le coup de colère de George W. Bush, au printemps 2004, et l’implantation, il y a quelques jours en Amérique, d’Al Jazeera, il y a comme un hiatus. L’ancien président américain aurait même envisagé de bombarder le quartier général de la chaîne qatarie, l’accusant d’être   «du côté de l’ennemi», selon des confidences rapportées par Tony Blair. Aujourd’hui, Al Jazeera a confirmé avoir racheté, pour 500 millions de dollars, Current TV, cofondée en 2005 par l’ancien vice-président Al Gore. Current TV sera tout simplement effacée pour être remplacée par une chaîne d’information «destinée au public américain» et basée à New York. Elle sera lancée au cours de cet été.

	Finies donc les réticences de ses détracteurs qui l’associaient souvent à la diffusion des vidéos de Ben Laden et des leaders d’Al Qaîda, après le 11 Septembre 2001. Mais il y a d’autres considérations… sonnantes qui en ont dissuadé plus d’un, en premier Al Gore, qui aura empoché 100 millions de dollars, même s’il encaisse les critiques du genre «riche hypocrite de gauche qui a refusé de vendre la chaîne à Glenn Beck, héraut de l’ultradroite, préférant la céder à la voix de la terreur anti-américaine».
	Prônant la démocratie hors de ses frontières, le Qatar n’est pas particulièrement connu pour être partisan des libertés et de la démocratie à l’intérieur de ses terres. Dernièrement, un texte du poète Mohamed El Addami qui égratignait l’émir, a valu à son auteur une condamnation à perpétuité.

	Dans un autre registre, le Qatar n’a jamais caché son attirance pour l’islamisme politique qu’il n’hésite pas à encourager par tous les moyens. Ce n’est un secret pour personne si ce minuscule pays à l’appétit vorace abrite depuis des décennies les radicaux activistes islamistes de tous bords. En offrant aussi refuge au Hamas palestinien, qui a choisi la capitale qatarie comme siège social.

	Al jazeera, une arme redoutable

	Sans omettre que le très médiatique prédicateur égyptien, naturalisé qatari, Youssef El Qaradaoui, est considéré comme le prêcheur officiel en officiant régulièrement sur la chaîne Al Jazeera, en distribuant des fatwas dont la violence tranche souvent avec les préceptes sages de l’islam. On laisse entendre que c’est Sarkozy en personne, en sa qualité de superconsultant des Qataris, qui aurait suggéré à ces derniers d’utiliser à fond la carte sportive. D’où les facilitations pour l’achat du PSG, l’implantation d’Al Jazeera en France et l’émergence de la chaîne Bein Sport qui donne du fil à retordre dans les droits de retransmission à Canal+ qui, pourtant, possède une expérience et un savoir-faire indéniables en la matière. On laisse entendre que c’est Sarkozy, encore lui, qui a tout manigancé aux dépens de la chaîne cryptée.

	Le Qatar s’est promis de placer près de 10 milliards d’euros dans le CAC40 en investissant dans les sociétés françaises les plus huppées. C’est l’émir Hamad qui a été à l’origine de l’acceptation par la FIFA de faire jouer la Coupe du monde 2022 au Qatar.
	Même si les stades, animés par des joueurs ramenés à coups de millions de dollars des quatre coins du monde, la plupart en fin de parcours, sont tristement vides dans un championnat qui, visiblement, n’intéresse pas grand-monde.
	Qu’à cela ne tienne. Le Mondial sus-cité aura bel et bien lieu dans cette contrée désertique, où l’émir a décidé de la construction de stades supersophistiqués, dotés de sols réfrigérants pour pouvoir supporter les températures suffocantes qui pourraient aller au-delà de 40°C.

	Le Qatar, sous-traitant

	Pour rester dans le domaine sportif, le Qatar s’est acheté le PSG avec l’espoir avoué d’avoir un grand club d’Europe, en faisant venir les meilleurs joueurs, à l’instar d’Ibrahimovic. On n’est pas regardant sur les dépenses tant que les caisses débordent.
	Mais voilà que le Qatar vient d’être mis à l’index à travers une longue enquête publiée avant-hier par un grand hebdomadaire sportif français, pour avoir corrompu bon nombre de pontes de la FIFA afin d’obtenir l’organisation du Mondial 2022, «Qatargate». Voilà qui va jeter un voile de discrédit sur le fastueux projet qatari.

	En effet, il y a deux jours, France Football publiait une enquête explosive où les reporters décortiquaient l’attribution du Mondial 2022 au Qatar. «Cette attribution s’est faite en dehors de toute logique, dans un faisceau de pratiques aussi troubles que compromettantes», y lit-on. Sans étayer ses «vérités», le journal compte sur le président de la commission d’éthique de la FIFA, un ancien juge d’Interpol, pour essayer de faire toute la lumière sur ce «scandale». Ailleurs, on préfère plutôt parler de «lobbying puissant» qui fait et défait le monde grâce à une manne financière prodigieuse.

	Le journal fait savoir que «le Qatar a présenté le plus mauvais dossier des candidats à l’organisation. Cela ne l’a pas empêché de connaître le verdict final 15 jours avant sa proclamation». Les journalistes, auteurs de l’enquête, impliquent même l’ancien président Sarkozy, ami de l’émir, qui aurait joué un rôle central dans ce choix, en dissuadant le puissant Platini plutôt porté sur le choix des Etats-Unis…
	Comme dit le proverbe arabe, «l’argent fait un chemin dans le désert». Mais le Qatar en a usé et peut-être trop abusé…  
	.
	
	
	
	
	
	
	
	  ]]></description>
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	l Le Qatar a-t-il acheté le Mondial 2022 ?
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           <title>mieux que Pelé et Maradona ?  Mais si, mais si…</title>
           <author>Hamid Tahri </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Portrait</category>
           <pubDate>Thu, 10 Jan 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	«Il ne s’agit pas d’être modeste, mais d’être le premier… »De Sechelles
	
	                
	à l’instar de la majorité des puristes, Ali Benarbia ne s’était pas trompé en tablant, il y a quelques semaines, sur la énième consécration de Messi. En effet, et pour la quatrième fois consécutive, le prodige barcelonais s’est imposé sans coup férir, remportant de nouveau le Ballon d’or. Ainsi, il a ravi la vedette à ses éternels concurrents, Iniesta et Ronaldo. Mais ce résultat des suffrages était tout sauf une surprise. Sur le plateau de télévision et en sa qualité de consultant, Ali, l’ancien meneur de jeu du PSG et de l’équipe nationale, ne tarissait pas d’éloges à l’endroit du lauréat, tout ravi dans son costume à pois et son nœud papillon en recevant le trophée.

	En faisant un clin d’œil affectueux à son compère du Barça, Iniesta, mais pas à son rival de toujours, visiblement déçu. Les mots d’Ali s’égrènent comme des coups francs bien bottés qui font mouche. «Bien plus que Pelé, Cruyff et Maradona qui ont marqué  leur époque, Messi est sans doute le meilleur footballeur de tous les temps. C’est un génie, un être exceptionnel qui sait tout faire avec un ballon, doué de surcroît d’une vision de jeu éclairée et limpide et de dribbles déroutants. Sans lui, le Barça serait une autre équipe et son rendement réduit de moitié», explique Benarbia qui sait de quoi il parle, pour avoir été lui aussi, sans comparaison fortuite, un talentueux meneur de jeu.

	Un jeune doué

	Messi s’identifie à Barcelone où il nous étonne à chaque instant du match, qu’on ne regarde pas seulement mais qu’on savoure. Sur le terrain, Messi est incontournable. Il ne reste jamais à la même place, il est présent sur toute l’attaque, se faufile au centre, parcourt les ailes, envahit la surface de réparation et revient en défense. Dès qu’il foule la pelouse, Messi s’endurcit physiquement, aucune tâche ne l’intimide, aucun marquage ne le freine et aucun défenseur central ne court plus vite que lui. Quand il touche la balle, Messi parle, jase, monologue. Il a aussi appris à dialoguer. C’est  justement ce qui lui manquait - les longues passes - pour devenir le meilleur parmi les meilleurs. «Le coup de sifflet a pour lui des vertus médicinales. Messi troque alors son comportement autiste, pour porter une attention méticuleuse presque excessive au jeu. Il est branché sur ses coéquipiers, ses adversaires, et surtout il ne perd pas des yeux le ballon», commente le journal El  Païs.

	Lionel Andres Messi est né à Rosario, en Argentine, le 24 juin 1987. A l’âge de 5 ans, sa grand-mère l’emmène passer des tests dans le club local Grandoli, où il ridiculise ses adversaires de 12 ans. Il se retrouve par la suite dans le prestigieux club des Newels Old Boys.
	A 10 ans, il ne mesure que 1,11 m ; un médecin décèle une maladie hormonale. Sa carrière professionnelle est compromise. «Sans hormones de croissance, Lionel aurait atteint au mieux 1,50 m à l’âge adulte», racontait son père, Jorge, au journal L’Equipe.

	A l’époque, aucun club argentin ne voulait s’engager à payer son traitement. La famille Messi ne pouvait s’acquitter des 750 euros mensuels. Mais la famille ne se résigne pas et le présente en test au FC Barcelone. Lors d’un ultime test au FC Barcelone en 2000, Carles Rexach, le responsable du centre de formation Blaugrana n’hésite pas et, selon la légende, fait signer le père de Messi sur une serviette en papier, un contrat «symbolique» en échange de la gratuité des soins médicaux.
	Après cet essai concluant, la Masia, le Centre de formation du FCB prend en charge les soins médicaux de l’Argentin, qui s’installe en Catalogne en 2000 avec sa famille.

	Mais des vents contraires vont secouer la carrière naissante de notre prodige. Lors de son deuxième match avec les jeunes du Barça, Messi se fracture le péroné et devient indisponible pendant 3 mois. En 2001, c’est un litige avec son ancien club qui l’éloigne des terrains de février à juin. Le jeune Messi se reprend et gravit les échelons pour évoluer en équipe première.
	A 17 ans, avec une taille désormais acceptable, il est convoqué pour la première fois avec l’équipe professionnelle.

	Contrat jusqu'en 2014 

	Il fait, le 17 octobre 2004, sa première apparition et participe par la suite à une série de bouts de matchs. Contre l’Albacete, Messi rentre dans l’histoire du club grâce à son premier but d’une balle piquée sur une combinaison avec Ronaldinho. A 17 ans et quelques mois, le petit numéro 30 devient alors le plus jeune buteur pour le Barça au cours d’un match de Liga. Messi devient peu à peu un sérieux concurrent de Giuly, alors titulaire sur le côté droit. A la fin de 2005, le Barça renouvelle son contrat jusqu’en… 2014, avec la même clause de départ que Ronaldinho (150 millions d’euros). Lors du huitième de finale de la Ligue des champions contre Chelsea en 2006, Messi est titularisé par Riijkard aux côtés de Eto’o et Ronaldinho.

	Encore méconnu du grand public, il réalise une grande performance qui le révèle au niveau mondial. Malheureusement, il est victime d’une grosse blessure lors du match retour au Camp Nou et il manque la fin de la saison pendant laquelle le Barça remporte la Liga et la Ligue des champions contre Arsenal (2-1). L’année 2007 est celle de la confirmation, où Messi relègue définitivement Giuly sur le banc. Le 18 avril 2007, lors de la demi-finale aller de la  coupe d’Espagne face à Getafé, Messi marque un but exceptionnel. Partant de son propre camp, il élimine successivement tous les défenseurs adverses puis le gardien de but, avant de loger le ballon au fond des filets. Un but identique à celui légendaire, lors de la Coupe du monde 1986, inscrit par Diego Maradona contre l’équipe d’Angleterre.

	La comparaison fait frémir le jeune Lionel dont l’idole, on l’imagine, tient une bonne place dans son cœur. Maradona est fier de son jeune compatriote. «Messi me ressemble assez. C’est vraiment le meilleur joueur du monde. Il ne sera ni meilleur ni moins bon que moi. Il sera Messi et personne d’autre, parce qu’il a l’étoffe du champion qui sait prendre ses responsabilités. Je connais bien le nom de celui qui prendra ma place dans l’équipe d’Argentine. Son nom est Lionel Messi. C’est un talent à l’état pur. En tant qu’Argentin d’abord, puis en tant qu’amoureux du football. Peu importe qu’il ait seulement dix-sept ans, car le talent on l’a ou en ne l’a pas», confessait Maradona en 2006. Dans le même sillage, Raul, capitaine du Real Madrid, qu’on ne peut soupçonner de sympathie pour le rival catalan,  va lui aussi de ses qualificatifs élogieux : «Ce que j’aime chez Messi, c’est sa tranquillité et sa façon de jouer. C’est le joueur le plus déséquilibrant du monde.»

	Quant à Fabio Capello, pourtant sévère dans ses jugements, il est subjugué : «Je vous avoue que pendant quelques instants, j’ai cru revoir Maradona sur la pelouse. Je n’ai jamais vu un joueur de son âge faire ce qu’il fait à pareille vitesse.»
	Son premier entraîneur, Dominguez, a révélé quelques-uns de ses souvenirs, en signalant qu’il a surtout été marqué par le physique fragile de l’Argentin. «Il mettait toujours son maillot dos à nous, face au mur. Je supposais qu’il y avait quelque chose, et un jour, sans le vouloir, j’ai vu sa poitrine et il n’avait pas de cage thoracique. Il avait la poitrine très enfoncée.» Un témoignage  fort, suivi d’un message destiné au Barça qui a pris soins du petit Léo : «Grâce à Dieu, grâce au Barça et aux gens de Barcelone il est tombé dans ce club, il ne serait pas devenu ce qu’il est aujourd’hui sans eux.»

	Palmarès éloquent 

	Depuis son éclosion, Messi qui a du talent, beaucoup de talent, a prouvé qu’il sait bien s’en servir. Le palmarès de celui qu’on surnomme «la puce» est éloquent. Jugez-en : deux Ligues des champions (2009-2011), quatre Ligas (2009, 2010, 2011 et 2012), meilleur buteur du championnat espagnol (2010). En 2012, il a, à son actif, 63 buts en 52 matches, toutes compétitions confondues.
	L’Argentin a inscrit 243 buts en 321 matches avec le Barça et est devenu le meilleur buteur de l’histoire des Blaugrana la saison dernière.

	Avec 9,3 dribbles par match et une réussite de 60%, Messi est devenu le roi incontesté dans ce domaine.  Messi est aussi le joueur qui marque le plus en Ligue des champions.
	Avec 14 buts en 2012 (1,40 but match), l’Argentin a égalé l’Italo-Brésilien, José Amalfi, en 1962-1963 avec le Milan AC. Messi est toutefois moins efficace avec son équipe nationale, l’Albiceleste, avec laquelle il s’est contenté de 22 réalisations en 97 matches.
	Messi est aussi un des joueurs qui gagnent le plus d’argent. Selon France Football, Messi domine le classement mondial des revenus annuels avec 33 millions d’euros, devant David Bekham et Cristiano Ronaldo, 29,20 annuels (salaires, primes, contrats publicitaires).

	Messi touche un salaire de 10,5 millions (875 000 euros) par mois. Ronaldo, éternel second dans les sondages, peut se consoler. Il compte plus de fans sur Facebook que Messi ; 42 636 688 pour le Portugais, contre 34 490 728 pour  l’Argentin .
	L’image de Ronaldo est plus vendable selon une étude de l’école de marketing espangole. Plus glamour, l’image de marque de Ronaldo est évaluée à 40 millions d’euros contre 37 pour Messi. Messi est-il le meilleur joueur du monde ? Peu en doutent.
	Arsene Wenger, l’entraîneur d’Arsenal, a dit de lui qu’il était un joueur de play-station. C’est aussi le joueur le plus efficace. Selon une étude  menée il y a une année, si Messi était dans n’importe quelle équipe parmi les dix premiers de la Ligue, celle-ci deviendrait championne !

	«Sur un terrain de foot, il se métamorphose et  devient quelqu’un d’autre. L’exact contraire de ce qu’il est dans la vie quotidienne», révèle sa mère. Elle n’a pas tort. Le dédoublement de la personnalité est bien perceptible chez ce petit lutin de 1,69 m et 67 kg.
	«En étant aussi timide, lui demandait une amie d’enfance, comment peux-tu entrer sur le terrain et jouer devant cent mille types qui ne te lâchent pas du regard ?» Messi a alors souri et a fait cette remarque très significative : «Je ne sais pas. Je ne suis pas moi.»   ]]></description>
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	Une 4e consécration mondiale plus que méritée.
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