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Sid Ali Abdelhamid. 96 ans, ancien membre du BP du PPA/MTLD, doyen du mouvement national

Et si le PPA n’avait pas existé ?

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le 09.03.17 | 12h00 Réagissez

Toujours égal à lui-même. Disponible et avenant. Il a gardé l’humilité de ses origines modestes et la fertilité d’une mémoire prodigieuse. Animé du sentiment nationaliste très jeune, dès le milieu des années 1930, Sid Ali ne tardera pas à se frotter à la politique dont il mesurera les subtilités et les turpitudes au PPA, dont il deviendra l’un des piliers.

Il en connaîtra tous les arcanes, les inquiétudes, mais aussi toutes les luttes terminées hélas en queue de poisson, à cause notamment de l’entêtement de son chef, Messali, aveuglé par son ego et le zaïmisme. Sid Ali a été arrêté le 8 avril 1950 après le démantèlement de l’OS. La veille, il s’était réuni avec Krim et Ouamrane. Il subit les tortures à la villa Mahieddine, avant d’être transféré à la prison de Tizi Ouzou, puis à celle de Barberousse.

En 1953, «une délégation composée de Lahouel, Dahlab, Souyah et moi-même est partie voir Messali pour le ramener à la raison, en vain, se souvient-il. En fait, le zaïm avait demandé davantage de pouvoirs. La crise déclenchée début 1954 a été marquée par un travail fractionnel de sa part, alors que nous œuvrions pour l’unité et l’action».

Sid Ali a été arrêté le 22 décembre 1954 et libéré en mars 1955. De nouveau arrêté le 26 mars 1955 avec l’équipe de l’UGTA pour une longue traversée dans les camps de Bossuet, Berrouaghia, les prisons d’Arcole, Douéra, Paul Cazelles, Saint-Leu, avant d’être libéré fin octobre 1960.

En 1962, «on a cessé toute activité politique au FLN parce qu’on était du groupe de Benkhedda, Kiouane et Saâd Dahlab.»
Cette année-là, Sid Ali se retire complètement de la politique. Il reste une référence en matière d’histoire du mouvement national.
Sid Ali Abdelhamid est né en 1921 à La Casbah d’Alger. Il coule actuellement une retraite paisible entouré des siens. Que Dieu prête vie à notre doyen.

- Ce samedi 11 mars 2017, le PPA aurait fêté ses 80 ans. Pouvez-vous nous en résumer la trajectoire ?

Le PPA a été créé le 11 mars 1937, suite à la dissolution par l’administration française de l’Etoile nord-africaine, qui commençait à gêner par ses activités politiques. Messali et des compagnons, Radjef et Abdallah Filali, entre autres, ont créé le nouveau parti dénommé Parti du peuple algérien et non populaire comme certains continuent de l’appeler, entretenant la confusion avec son homonyme français de l’époque créé une année avant à Saint-Denis, devenu un parti extrémiste fondé par d’anciens communistes.

En le dénommant PPA, ses initiateurs ont sans doute voulu rassembler toutes les couches sociales algériennes, bien que l’essence du parti était ouvrière. Le congrès constitutif s’est déroulé à Nanterre à l’issue duquel Messali Hadj a été élu président. Ses revendications étaient un Parlement algérien élu au suffrage universel, l’abrogation du code de l’indigénat, ainsi que toutes les lois d’exception et l’indépendance de l’Algérie.

- Comment en êtes-vous arrivé à intégrer ce parti ?

J’étais déjà sympathisant dès sa création, lorsque j’étais jeune télégraphiste à la poste de Nelson, à Bab El Oued. Je portais les télégrammes aux dirigeants du parti, comme Lahouel Hocine. C’est comme cela que j’ai pu connaître physiquement les responsables dont l’aura et la réputation auprès des masses étaient incroyables.

J’ai assisté à un meeting de Messali au cinéma Le Musset, à Belcourt. J’ai pris part aussi à une réunion tenue par Kehal Arezki dans un local de la marine. Par la suite, je portais régulièrement des télégrammes de solidarité de la part des sections à Messali, qui était emprisonné à Barberousse, puis transféré à la prison militaire en sous-sol à Bab El Oued (actuelle DGSN) entre 1939 et 1941. Par la suite, Messali a été transféré à Lambese.

- Les nostalgiques continuent à chérir leur parti. D’autres l’ont mis sous l’éteignoir en raison de l’attitude controversée, en fin de parcours, de son leader, Messali...

Pour moi, le PPA est l’émanation du peuple, dont le souhait intime et profond était l’indépendance de l’Algérie. De par son activité, à sa tête Messali, le parti, en arrivant à maturité, malgré les divergences qui l’ont miné, a une part importante dans le déclenchement de la lutte.
Maintenant, glorifier ou minimiser le rôle des uns et des autres me paraît futile, dès lors que c’est l’histoire qui jugera le comportement des hommes.

Ce sont les enfants du PPA qui ont été à l’origine de la déflagration du 1er Novembre. Pour la petite histoire, en 1997, lors d’une conférence sur le mouvement national organisée au musée du Moudjahid par son directeur Bitam Mustapha, une question a été posée par Tahar Zbiri, ancien militant du PPA, sur la position de Messali vis-à-vis de la lutte.

Je lui ai répondu qu’en tant que membre du comité central, je ne pouvais pas me fendre d’un jugement quelconque, c’est du ressort exclusif de l’Histoire et des historiens, seuls en mesure d’analyser objectivement et scientifiquement cette période troublée. Après l’indépendance, la question du rôle de Messali a été largement débattue et chacun a pu avoir une idée précise sur son rôle du début jusqu’à la fin. Ce que je peux dire aussi, c’est que dans le journal La Nation algérienne, organe du parti, paru au moment de la crise à l’automne 1954, un éditorial préconisait une direction collégiale du parti. Ce que Messali n’avait pas accepté et a farouchement refusé.

- Beaucoup n’ont retenu du PPA que la crise qui l’a secoué au crépuscule de son existence...

Lorsqu’il y a eu la crise, Lahouel Hocine avait fait venir Boudiaf qui était responsable du parti en France. Une réunion a eu lieu au domicile de Lahouel, 11, rue Marengo (Arbadji actuellement). On était 3 : Boudiaf, Lahouel et moi-même. Après discussions, on a décidé d’inclure Dakhli Mohamed dit Bachir pour une autre réunion constitutive au Nadi Rached, 2 place Rabbin Bloch (Djamaâ Lihoud). J’étais secrétaire général du Nadi et cofondateur de l’association.

Pourquoi ce lieu  ? Il y avait une pièce occupée par Bencheikh El Hocine Abdelhakim, ancien militant et dont l’épouse connaissait nos activités. C’était donc rassurant pour une raison de sécurité. On s’est concertés, chacun a donné son avis et après discussions, on a conclu à la création du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action. Pour nous, c’était un moyen de ressouder les rangs, renouer avec l’unité et enclencher l’action. Les cadres du parti étaient pour le comité central et la base pour Messali. A ce moment-là, le comité s’est élargi avec Bouchedouba Ramdane et Dakhli Mohamed.

Cela s’est passé le 23 mars 1953. Les deux arrivants étaient moins visibles, donc moins exposés à la surveillance policière et ils pouvaient nous suppléer Lahouel et moi lorsque le parti en a décidé ainsi. Boudiaf a appelé Didouche Mourad et Mostefa Benboulaïd, éléments de l’OS qui avaient échappé à l’arrestation. Auparavant, Boudiaf, Lahouel, Dakhli et moi-même avions décidé de recréer le journal Le Patriote.

Le premier stencil avait été tapé par Boudiaf Mohamed en personne dans le local des Scouts musulmans algériens à la Pêcherie après avoir récupéré les clefs chez Louanchi Salah, responsable des scouts, sans qu’il sache pourquoi nous étions dans ses bureaux. Par la suite, lorsque les représentants du comité central, Dakhli et Bouchedouba, ont constaté que Boudiaf et ses amis voulaient accélérer le mouvement insurrectionnel. Il y a eu une rupture, car ces derniers et le comité central d’une manière générale avaient considéré que c’était prématuré et que les moyens n’étaient pas encore disponibles pour l’action.

- Selon vous, le rôle historique du PPA a tendance à être occulté. Pourquoi ?

Au déclenchement de la Révolution, le 1er Novembre 1954, des militants issus du PPA étaient les principaux animateurs du Front de libération nationale. Par la suite, d’autres personnes de différentes obédiences ont rejoint la lutte de libération, dont certains à titre individuel. Malgré cela, le parti avait consacré une somme de 1 million de francs à Boudiaf pour les besoins de son action. Entre-temps, le parti avait délégué M’hammed Yazid et Hocine Lahouel au Caire pour s’enquérir des moyens que l’Egypte allait mettre à la disposition du parti. Leur arrivée au Caire a coïncidé avec la veille du déclenchement.

- L’histoire est parfois écorchée, voire agressée, comme on l’a constaté dernièrement avec la petite fille du Bachagha Bengana, qui a glorifié dans un livre son aïeul sanguinaire. Quel sentiment vous inspire cet épisode ?

Du dégoût. Bengana a fait beaucoup de mal aux Algériens par son comportement et son action contre les populations de la région de Biskra. Il a rejoint les Montagnac, Saint-Arnaud, Pellissier de triste mémoire, qui ont massacré, enfumé des populations entières. Il n’y a pas que Bengana. D’autres Algériens étaient membres de l’Assemblée algérienne, désignés par l’administration française, dont ils étaient des supplétifs qui ont fait aussi du tort à leurs compatriotes, mais personne n’en a parlé.

- En tant que Casbadji, que vous inspirent les réhabilitations récurrentes, mais sans résultat probant de la vieille citadelle ?

Il y a eu un grand retard pour réhabiliter les constructions de La Casbah, dont certaines tombent en ruine. Nous avions, en tant que comité de défense de La Casbah déjà en 1971, avec Ali Haroun, Keddache et d’autres, soulevé le problème d’une manière précise, mais rien n’a été fait. Maintenant, on en reparle. Souhaitons que cela se fasse sérieusement. Trop d’argent a pourtant été dépensé, surtout depuis le classement du site au patrimoine mondial, mais aucun compte n’a été rendu ni aucun résultat significatif n’a été enregistré.
 

Hamid Tahri
 
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