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Passion pour les uns et regret pour les autres

«Nous, médecins praticiens, avons choisi le secteur public»

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le 18.05.17 | 12h00 Réagissez

Ils se plaignent des agressions récurrentes à leur encontre, des mauvaises conditions de travail qui se sont détériorées ces dernières années dans les structures sanitaires publiques. Mais les médecins assumant leur choix pour ce secteur sont nombreux.

Nous avons interrogé certains d’entre eux lors de leur dernier sit-in près du ministère de la Santé et de la Réforme hospitalière, et leurs avis demeurent divergents. Si les anciens médecins affirment que le travail dans la santé publique est une passion, du moins pour le début de la carrière, les jeunes praticiens avouent que c’est par contrainte d’ordre financier qu’ils optent pour le travail dans le secteur public.

Cela fait 30 ans qu’Amina S. travaille dans l’Etablissement de santé de proximité Bouchenafa (Alger). Un choix qu’elle ne regrette pas. Lorsqu’elle évoque le salaire qu’elle touche après tant d’années d’exercice, elle reconnaît qu’il n’est pas égal à celui d’un chirurgien-dentiste exerçant dans le secteur privé. «Le salaire d’un dentiste dans les structures publiques est l’équivalent d’une journée du travail dans le privé», concède-t-elle. Néanmoins, elle se persuade qu’«il n’y a pas que l’argent dans la vie». Son mari est médecin dans le secteur privé, tandis qu’elle a choisi le public.

«En tant que femme, cela m’arrange de veiller sur la stabilité de mes enfants», avoue cette dentiste rencontrée lors du dernier sit-in des praticiens de la santé publique devant le ministère de la Santé et de la Réforme hospitalière. Sa collègue, médecin généraliste de son état, avance un autre motif ayant justifié son choix pour le secteur public.

Loin des contraintes d’ordre financier, encore moins d’ordre social, cette praticienne à l’EPSP Bouchenafa se souvient du tournant qu’elle avait pris en basculant du privé vers le public. «Le cabinet était prêt. Il ne me restait qu’à commencer. J’avais un local et tout le matériel nécessaire», se rappelle-t-elle. Cette praticienne assure qu’elle ne supporte pas de voir l’image d’un vieillard qui sort quelques pièces de monnaie de sa poche pour payer les soins.

Après 28 ans d’exercice à la polyclinique Bouchenafa, se situant dans un quartier populaire, ce médecin a été confronté à des situations des plus déplorables. «Ce sont les couches vulnérables qui viennent se soigner dans les hôpitaux publics, je ne peux pas les abandonner», finit par lâcher cette femme, se montrant très sûre de son choix de carrière. Au commencement, cela a été toujours un choix pour ces praticiens du secteur public.

C’est le cas également de cette dentiste ayant débuté sa carrière en 1989. A 53 ans, cette praticienne regrette ce choix en raison de la dégradation du cadre de travail. «Les malades ne sont plus comme ceux des décennies précédentes. Ces derniers étaient disciplinés. Tandis que la nouvelle génération est devenue de plus en plus agressive à l’égard des médecins», constate notre interlocutrice. Cette dernière avoue qu’elle a choisi le secteur public par manque de moyens financiers lui permettant d’ouvrir un cabinet à son propre compte.

A son époque, il n’y avait pas de dispositifs de financement pour l’aide à l’insertion professionnelle des jeunes. «Si c’était à refaire, je choisirais mon cabinet. J’ai perdu beaucoup de choses dans le secteur public», déplore cette dentiste. Par perte, elle ne vise pas seulement l’aspect financier, mais surtout le savoir-faire. «Je suis capable d’apporter un plus pour ce métier, ce qui ne m’est pas possible dans le secteur public», admet cette praticienne, qui parle avec amertume des années qu’elle a passées dans les structures sanitaires publiques.

En dépit de son âge, cette femme ne se décourage pas. Après son départ à la retraite, elle compte ouvrir un cabinet privé pour exercer pleinement le métier qui lui tient à cœur. Si cette praticienne est désenchantée après de nombreuses années d’exercice, ce jeune dentiste de l’Etablissement de proximité d’Ouled Aïche ne se fait guère d’illusions par rapport au secteur public, bien qu’il y exerce.

Il avoue que son choix pour le secteur public est dû au manque de moyens financiers qui pourraient lui permettre d’ouvrir son propre cabinet. Questionné au sujet des crédits bancaires accordés aux jeunes qui veulent investir dans le cadre de l’Ansej, ce dentiste estime que c'est par moralité qu’il refuse ces crédits. «Bien que je n’aie pas les moyens d’ouvrir un cabinet privé, je n’opte pas pour ces crédits en raison des taux d’intérêt», explique ce jeune en exercice depuis 5 ans dans un centre de proximité.

Ce dentiste révèle la tendance de la nouvelle génération de praticiens, notamment les chirurgiens-dentistes, qui fuient le secteur public. «La nouvelle génération refuse de travailler dans le secteur public. Les dentistes choisissent le privé, sinon le départ à l’étranger», révèle-t-il. D’ailleurs, lors du sit-in précité, il nous a été donné de constater que la majorité des praticiens ayant pris part à cette manifestation sont des anciens. Le secteur trouvera-t-il des difficultés à recruter à l’avenir ?

Ce médecin en chef, qui exerce dans une cité universitaire, estime que le travail dans le secteur public n’est pas donné à tout le monde. Par son choix pour ce secteur, ce médecin généraliste considère qu’il est plus utile dans le secteur public. «Tous ces praticiens qui exercent dans le secteur public, s’il n’avaient pas la passion, ils n’auraient pas tenu vu les conditions lamentables dans lesquelles il travaillent», estime-t-il.

La réalité du terrain fait état de 98% des praticiens de ce secteur qui sont des femmes. Ces dernières sont-elles plus passionnées ? «Ces statistiques s’expliquent plutôt par le nombre d’étudiantes qui choisissent de suivre des études de médecine», explique Samir Belkacemi, président du bureau de Blida du SNPSP. D’après lui, 80% des étudiants inscrits en médecine sont des filles.                      

D. Rahmani
 
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