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Les agriculteurs en sont les premières victimes

Les ravages silencieux des pesticides

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le 16.03.17 | 12h00 Réagissez

Les résidus de pesticides présents à une certaine dose dans les fruits et légumes sont dangereux pour la santé des consommateurs», affirme Imène Ouanezar, diététicienne et nutritionniste exerçant à Oran.

«Un usage anarchique, abusif et irresponsable des pesticides se pratique par certains agriculteurs algériens pour améliorer les rendements agricoles», déplore, de son côté, Sofiane Benadjila, agronome, consultant indépendant et expert auprès de l’Union africaine. «Tous les fruits et légumes cultivés, notamment en exploitation sous serre, subissent de nombreux traitements chimiques.

Des produits interdits par l’OMS, comme les néonicotinoïdes et le Glyphosate, sont utilisés en Algérie», regrette M. Benadjila. En effet, dans l’index de 2015, des produits phytosanitaires autorisés à être commercialisés en Algérie, figure le sulfureux Glyphosate sous deux formulations commerciales : le Glyfonut 36 SL et le Glyfozell 36 SLG. Pourtant, le Glyphosate est un désherbant classé comme «cancérigène possible» par le Centre international de recherche sur le cancer.

Un médecin exerçant au centre anticancer de Chlef affirme qu’«aucun cas de cancer imputable officiellement aux pesticides n’est enregistré dans mon service», mais confirme que «les produits chimiques utilisés dans l’agriculture sont susceptibles de provoquer à long terme des cancers». «Les agriculteurs, qui sont les premiers exposés aux pesticides lors des traitements chimiques de leur cultures, sont susceptibles de développer sur le long terme beaucoup de problèmes de santé qui peuvent se décliner par des paraplégies, des cancers, des syndromes myéloprolifératifs, (maladies du sang), des troubles neurologiques et immunologiques…», affirme un cancérologue exerçant à Oran.

Un distributeur de produits phytosanitaires basé à Mascara témoigne que «beaucoup d’agriculteurs, qui effectuent des pulvérisations de pesticides sans être dotés d’équipements de protection, ont développé des problèmes respiratoires et des maladies de la peau». Dans un tel contexte marqué par de fortes craintes autour de l’usage des intrants chimiques, la Direction des services agricoles (DSA) de Sidi Bel Abbès, à l’instar d’autres administrations locales à travers le pays, organise actuellement des journées visant à encourager les céréaliculteurs à l’utilisation des herbicides chimiques.

«Le but est d’inciter les céréaliers à avoir de meilleurs rendements en luttant par des traitements chimiques contre le développement des mauvaises herbes», explique une fonctionnaire du service phytosanitaire de la DSA de Sidi Bel Abbès. Ainsi, le ministère de l’Agriculture encourage l’utilisation des produits chimiques pourtant reconnus comme étant toxiques. «C’est très grave. Au moment où beaucoup de pays africains (dont par exemple la Tunisie) mettent résolument le cap sur l’agriculture biologique, en Algérie, les autorités encouragent l’utilisation des pesticides», critique M. Benadjila.

Alternatives biologiques

Dès lors une question s’impose : les agriculteurs peuvent-ils se passer des pesticides ? «Malheureusement, les pesticides et l’agrochimie ont encore de beaux jours devant eux en Algérie. La fin des pesticides chimiques n’est pas pour demain. Les herbicides naturels ne sont pas encore disponibles sur le marché algérien», estime Mme Charibi, agronome. «Dans certains pays, de plus en plus d’herbicides naturels sont mis au point.

C’est le cas, par exemple, des herbicides naturels à base d'acide pélargonique, extrait du géranium et d’huile de colza (Herbistop de Clairland, Finalsan de Neudorff et Katoun). Des produits qui ne sont pas toxiques, mais qui ne sont malheureusement pas disponibles en Algérie», poursuit Mme Charibi. L’utilisation des pesticides biologiques est encore timide en Algérie.

La filière de la protection végétale biologique n’est qu’à un stade embryonnaire. Des initiatives commencent à émerger à l’Institut national de protection des végétaux (INPV) qui fait des efforts afin de réduire l’utilisation des intrants chimiques par nos agriculteurs. Mais le chemin est encore très long. Des solutions biologiques, respectant l'environnement et la santé humaine, existent depuis de nombreuses années à travers le monde.

Des agriculteurs réussissent à en vivre et à en tirer des rendements suffisants, moyennant des techniques agricoles saines. Avec le concours du ministère de l’Agriculture et de la FAO, l’INPV a mis en place, il y a six ans, un plan de lutte biotechnologique et biologique. «Pour réduire les pesticides, on doit agir sur plusieurs fronts : nous avons mis en place une lutte intégrée, qui consiste en une combinaison de plusieurs méthodes : la lutte biotechnologique, puis la lutte biologique», explique Nawel Bekri, directrice de la station régionale de l'INPV d’Oran. «La lutte biotechnologique est basée sur l’utilisation de phéromones sexuelles. La méthode consiste en la capture par ces phéromones sexuelles attirantes d’un maximum d’insectes mâles afin de les éliminer du circuit de reproduction.

Ce procédé a été très bien accueilli par un grand nombre de producteurs de tomates», indique-t-elle. «Le programme de lutte biologique que nous menons depuis 2011 consiste en un élevage d’insectes auxiliaires, tels que les coccinelles et les Nesidiocoris tenuis, des punaises prédatrices utilisées contre la mineuse de la tomate. Les lâchers d’insectes (importés) réalisés par les centres de production de cette punaise de l’INPV (Alger - El-Tarf - Mostaganem -Oran et Chlef), ont donné de bons résultats. D’autres programmes de lutte biologique sont en cours», poursuit cette scientifique.

Et Mme Bekri de prodiguer un conseil : «Avant de recourir, en dernier lieu, aux produits chimiques, il y a des leviers pouvant permettre une baisse de l’utilisation des pesticides : la rotation des cultures, une plus grande diversité des variétés cultivées, le désherbage mécanique, etc.» «Cela dit, il est vrai qu’il n’est pas facile de convaincre les agriculteurs de complexifier leur production, même si c’est à rentabilité identique», avoue Mme Bekri. «Sur la base de plusieurs études, des chercheurs ont conclu qu’une réduction des intrants agricoles chimiques de 30% n’aurait pas d’effets négatifs sur les rendements», révèle Mme Charibi. Dernière question : qui contrôle les pesticides importés ? Il y a sept ans, l’INPV s’est enfin doté d’un laboratoire d’analyse et de contrôle des pesticides.

Ce laboratoire comprend une unité de contrôle de la qualité des pesticides et une unité d’analyse des résidus. L’analyse des résidus consiste à rechercher des traces de pesticides dans les produits agricoles frais. Sept ans après l’ouverture de ce laboratoire, ces analyses ne sont pas encore réglementées. «Les autorités ne peuvent, certes, pas interdire totalement les pesticides.

Il faut aller vers une phase de transition dans laquelle on remplacera progressivement les intrants chimiques par des procédés biologiques», plaide M. Benadjila. Ainsi, la notion de «zéro pesticide», synonyme de l'élimination totale de ces intrants chimiques dans les pratiques agricoles, restera-t-il un vœu pieux en Algérie ? De plus en plus d’initiatives citoyennes émergent ces dernières années. C’est le cas par exemple de la fondation Djanatu al-Arif, qui œuvre pour le développement durable et le vivre-ensemble, qui a lancé une formation en maraîchage bio. Une façon d’encourager les jeunes Algériens à renouer avec les métiers de l’agriculture saine.                                         
 

Cherif Lahdiri
 
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