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Théâtre : Chroniques avignonnaises

Instantanés d’Alep, ville meurtrie

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le 09.09.17 | 12h00 Réagissez

Instantanés d’Alep, ville meurtrie

Depuis la fin juin jusqu’en septembre, Arles, ville romaine, se transforme en galerie d’art de la photographie. Parmi les exposants, nous avons rencontré Katharine Cooper, qui revient d’Alep.

Anne Clergue, fille du grand photographe décédé, Lucien Clergue, a accueilli cet été dans sa galerie le reportage photographique de Katharine Cooper sur Alep, réalisé au lendemain de sa délivrance du prétendu Etat islamique. «Je découvrais ses images ‘‘pleines de vie’’ par ses envois par internet», explique-t-elle.

«Des sourires, des parfums, des fleurs, de l’espoir sur les visages, de la douceur dans les regards. Je voyais cette ville antique revivre avec une intensité époustouflante. Jour après jour, la décision de présenter ce travail tout frais s’imposait à moi : le Printemps d’Alep, l’espoir retrouvé. J’attendais le retour de Katharine avec impatience. Chaque jour, son arrivée était retardée. Il lui fallait du temps pour vivre la vie des Alépins. Du temps pour revenir avec cette histoire sans paroles qui vous transperce avec des images».

Le résultat de cette attente est saisissant. Katherine Cooper n’aime pas faire des photos à l’arraché. Elle fait des photos posées. Elle se confie à El Watan : «C’est le matériel qui veut ça. Je travaille en argentique, ce n’est pas très discret. La prise de vue est lente, demande la mise au point que je dois faire moi-même. Si je ne veux pas rater la photo, il faut vraiment que la personne soit d’accord et au courant que je prends la photo. C’est une collaboration avec le sujet et moi.»
 

Elle énonce ce qu’en un terme de métier elle nomme «le moment décisif». Ce moment idéal, où on sait qu’en appuyant sur l’obturateur on figera une image rare. «Je demande à la personne l’autorisation, mais j’attends quelque chose qui va se passer», résume-t-elle.

Devant une photographie, elle détaille pour nous le processus: «Là, par exemple, sur cette photo, il y a Omar avec sa fille assis sur le tabouret devant la maison, j’ai fait plusieurs photos, puis j’ai attendu. Une femme est passée avec une poussette et des légumes. Elle est complètement voilée, la petite fille sourit et le père la regarde. Il y a une histoire qui se crée et je l’ai pris dans cet instant décisif dont je vous parlais. Dans le cadre construit de mon intention de prendre l’image, le spontanée intervient et c’est là que cela devient intéressant ».

«C’EST LE RôLE DU PHOTOGRAPHE DE TéMOIGNER ET DE PARTAGER »

A Alep, la photographe a pris son temps. Elle y est restée deux mois et demi. «C’est mon plus long séjour pour travailler sur une actualité», estime-t-elle. «J’aime avoir une totale liberté de faire ce qui me porte. Je suis entrée à Alep par le biais d’une association humanitaire française qui s’appelle SOS chrétiens d’Orient, qui a des antennes en Syrie, au Liban, en Irak… Une association très ouverte dans la solidarité, pas seulement avec les chrétiens, par exemple avec les yézidis. Ils ne font pas de distinction entre les peuples victimes du terrorisme. En Syrie, pendant le Ramadhan, l’association a préparé des centaines de repas pour la rupture du jeûne. Je n’avais aucune directive de leur part».

Pour cette série de photographies, qui sont le témoignage d’une ville syrienne meurtrie, Katharine Cooper nous explique qu’elle ne pouvait pas «être indifférente à ce qui s’y passe, au sort de cette ville. Je voulais avoir la confirmation que je soupçonnais. J’avais une espèce d’intuition qu’on ne nous disait pas les choses telles qu’elles étaient. C’est le rôle du photographe de témoigner, de partager». Auparavant, l’Afrique du Sud et le Zimbabwé ont, dans une précédente expérience été son sujet, notamment les Blancs africains, en 2013, pendant quatre mois. «C’était mon terrain», dit-elle. «Je suis née en Afrique du Sud et j’ai grandi au Zimbabwé. J’ai commencé mon travail de reporter photo aussi avec le Moyen-Orient en 2015 avec un premier voyage en Syrie, à Damas. Puis de nouveau en 2016, en Syrie, j’ai pu aller à Palmyre, qui venait d’être libérée pour la première fois. Ensuite Daech l’a reprise mais détruite avant une nouvelle libération. Je suis aussi allée en Irak».

Quand on lui demande ce que lui apprennent ces déplacements sur l’humanité, elle répond avec simplicité : «Il suffit d’avoir du respect pour les gens pour avoir un vrai échange, quelque chose qui se passe, des amitiés qui naissent. Je reviens de chaque voyage avec des amis. On garde le contact par facebook ou whatsapp. On se donne des nouvelles. Ces voyages, ça construit, ça bouleverse, ça change. On est différent après qu’avant.»

D’ailleurs, Anne Clergue confirme : «Dès son retour, j’ai compris que Katharine avait vécu quelque chose qui n’appartenait qu’à elle. Qu’elle pourrait en partager une partie, mais pas la totalité ».

Walid Mebarek
 
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