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Aïssa Merah. Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Béjaïa.

Il y a un manque d’intérêt flagrant et un opportunisme protocolaire qui étouffent les initiatives associatives et juvéniles

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le 14.07.17 | 12h00 Réagissez


- Les infrastructures existantes sont-elles suffisantes ?

Pour les loisirs pratiqués à l’extérieur des foyers, les infrastructures relevant des secteurs les plus concernés, la culture et la jeunesse et des sports sont insuffisantes et surtout loin de répondre aux normes par rapport aux caractéristiques des populations et aux exigences des activités.

D’ailleurs, la gestion bureaucratique des structures et le manque de formation des encadreurs pénalisent leur fonctionnement. Le problème dépasse la question des structures. C’est avant tout une question de stratégie et de vision. Par ailleurs, au moment où d’autres pays ont diversifié et élargi les usages de leurs infrastructures par des procédés de polyvalence, d’alternance, de réutilisation et d’aménagement, nos structures sont sous-exploitées.

La vision bureaucratique limite les opportunités de partenariat et envisage les infrastructures comme équipement à préserver plus qu’à fonctionner et à exploiter. La majorité absolue des équipements publics, des communes, du MJS et ministère de la Culture, tournent au ralenti.

- L’Etat a consacré des budgets astronomiques pour les loisirs. Malheureusement, sur le terrain, pas grand-chose n’est fait. Selon vous, est-ce voulu ?

Je ne peux pas dire que c’est voulu, mais plutôt il y a un manque d’intérêt flagrant et un opportunisme protocolaire qui étouffent les initiatives associatives et juvéniles non contrôlées. Je considère que la gestion actuelle des secteurs et acteurs partie prenante du dossier loisirs a démonté ses limites. Ces budgets astronomiques ne sont pas inscrits dans le cadre d’une stratégie globale et multisectorielle à long terme et à indicateurs chiffrés.

La description des loisirs pratiqués permet de constater l’ampleur du malaise et les frustrations des populations notamment les jeunes et les parents. Ces établissements supposés accueillir les publics et les pratiquants en amateurs (culture et sport), sont peu fréquentés voire certains mal représentés dans la société. Pour les activités d’animation en festivals et manifestations, elles sont entachées d’approximation, d’improvisation et d’arbitraire. Qu’en est-il d’ailleurs de la décision du ministère de la Culture d’instaurer le principe d’évaluation des événements culturels  ?

La même question s’impose pour le tissu associatif à assainir. Pourquoi le mouvement associatif (juvénile et sportif) ne peut pas jouer son rôle d’animateur et d’encadreur ?  Et pourtant les expériences de ces jeunes et de ces associations ont inventé en matière de loisirs : le bénévolat et le volontariat. Donc la machine est en panne du côté des pouvoirs publics.

- On ressent une nette augmentation des prix des loisirs.

Pensez-vous que les parties organisatrices profitent de la situation ? Je ne pense pas que des organisateurs d’événements culturels privés profitent. D’ailleurs, cette activité n’est pas rentable car les prix pratiqués sont calculés sur la base des prix de revient. Ces derniers sont devraient être amortis par les subventions publiques, le mécénat et le sponsoring.  Les pouvoirs publics considèrent l’entrepreneur culturel et l’organisateur d’événements des concurrents à domestiquer.

L’expérience que nous fournissent les grandes manifestations culturelles, le processus d’institutionnalisation des festivals et le mode de subvention des cérémonies commémoratives et communautaires relève du registre de la récupération et du contrôle. Les prix jugés forts sont ceux pratiqués dans des endroits peu accessibles surtout les hôtels de luxe, les nouveaux parcs d’attraction et les centres commerciaux. Soyons francs, les Algériens savent qu’ils seront au moins en sécurité et donc préfèrent la cherté à ‘’l’emmerdement’’.

Par contre les équipements culturels et sportifs publics sont soit gratuits ou à prix soutenus voire symboliques comme les théâtres, musées, les cinémas, etc. Mais le problème est dans la qualité de l’organisation et pour ne pas parler de sécurité. Sans démagogie : l’accès gratuit et le prix symbolique posent un grave problème pour la promotion des loisirs en Algérie. Ce problème s’aggrave avec le peu de civisme dans nos villes et la clochardisation des espaces publics.

- On remarque un net recul des activités des maisons de jeunes. Selon vous, pourquoi ?

Je confirme le constat sans pour autant pouvoir le diagnostiquer. Plusieurs facteurs ont engendré ou aggravé la situation qui devait être meilleure, compte tenu des investissements en équipements.

Je peux avancer : la bureaucratisation du métier d’animateur culturel et juvénile, les horaires d’ouverture relevant de l’administratif, le manque d’encadrement spécialisé des ateliers et des clubs des établissements de jeunesse, (ici je pense que les écoles des cadres de la jeunesse ne peuvent plus répondre aux besoins actuels du secteur).

Et pour être plus concret, je pense que l’option de centralisation et de bureaucratisation de gestion des structures juvéniles est accentuée avec les Offices des établissements de jeunesse.

Les activités des maisons de jeunes fonctionnent avec les subventions accordées associations de leurs adhérents. Les modalités d’attribution des subventions dans le cadre des fonds du ministère, de wilaya, de l’APW et de l’APC sont floues. C’est pourquoi elles sont peu fréquentées et ses équipements sont sous-exploités, mis à part certains complexes sportifs de proximité dans les grandes villes. Ajouter à cela, les directeurs qui souffrent du manque en personnel diplômé et surtout permanent.

- Selon vous, que faire pour redonner aux loisirs leur place ?

Je pense que l’Algérie ne dispose d’aucune institution d’observation dans ce domaine. L’amélioration et la promotion des loisirs sont déterminées par la pertinence du diagnostic et de la stratégie adoptée en matière de paramètres de sa faisabilité, des caractéristiques socio-démographiques des populations bénéficiaires et de la mobilisation des acteurs en interaction. Je considère qu’un observatoire des activités de loisirs, ou des pratiques et expressions culturelles et artistiques, des pratiques médiatiques.

Seul un observatoire sur la base des enquêtes empiriques peut avancer. Les loisirs sont des activités et surtout des moments à vivre, un savoir-vivre et un savoir-être. Donc, ils constituent dans toute société est un indicateur de son développement humain et du bonheur de ses populations dans toutes leurs diversités. Je considère que les agents traditionnels de socialisation (la famille, l’école et l’entourage) sont interpellés pour y contribuer.

Sofia Ouahib
 
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