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Herboristries : Séparer le bon grain de l’ivraie

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le 17.02.17 | 10h00 Réagissez

 
	Il n’existe aucune liste des produits vendus en herboristerie
Il n’existe aucune liste des produits vendus en herboristerie

Après le scandale du complément alimentaire RHB, un mouvement de chasse aux herboristes a été enclenché. En quelques semaines seulement, plusieurs magasins ont baissé rideau. Les herboristes parlent de plusieurs millions de dinars de pertes.

300 milliards de centimes. C’est le taux de pertes estimé par les herboristes de la wilaya d’Alger, dont les magasins ont été fermés depuis quelques semaines, sur décision du ministère du Commerce. «Jusqu’à présent, ces herboristes ignorent quelles sont les vraies raisons derrière ce procédé. Il faut savoir aussi qu’ils n’ont reçu aucune information officielle qui détermine les causes de fermeture de leurs locaux», indique El Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca).

Soulignant que ces commerçants ont contacté des représentants des ministères de la Santé et du Commerce, mais les arguments avancés ne tiennent pas la route : «Vous faites de la sorcellerie, vous vendez des produits interdits», «on a reçu des plaintes de médecins et pharmaciens contre vous et vos produits». Ou encore : «Votre activité n’est pas légale», alors que des registres du commerce ont été délivrés par les mêmes autorités, affirme M. Boulenouar, rappelant qu’en décembre dernier, une guerre aux herboristes a été déclarée par le ministère du Commerce.

La Direction générale du contrôle économique et de la répression des fraudes (DGCERF) a ordonné aux directions de commerce de chaque wilaya du pays d’ouvrir des enquêtes approfondies sur toute enseigne qui propose ce genre de médication. Ainsi leur fermeture  serait l’aboutissement de ces investigations. Cependant, selon le président de l’Anca, jusque-là, cette décision ne concerne que les magasins de la wilaya d’Alger : «Il n’y a pas eu de fermeture dans les autres wilayas du pays.

Les herboristes ont peur de la généralisation, mais continuent leur activité à ce jour.» Relevant que la mesure n’est appliquée que sur les détaillants, les grossistes ne sont pas touchés, ce qui n’est pas logique. Aujourd’hui, ces herboristes espèrent la réouverture de leurs locaux et «demandent aux autorités d’appliquer la loi, qu’on les laisse travailler tout en procédant à des contrôles. Il faut établir une liste des produits et des herbes interdits à la vente».

Activités clandestines

En plus des herboristes, la démarche du ministère du Commerce a fait d’autres malheureux au sein de la population. En effet, vu l’héritage culturel et les coutumes sociales ainsi que la cherté des médicaments, les herbes ou les plantes médicinales sont devenues très prisées par les Algériens. Par ailleurs, le plan financier et économique n’a pas été épargné par les répercussions de cette mesure. Avec ses 4000 registres du commerce, dont 240 à Alger, et 10 000 emplois, la vente des herbes a su devenir un segment commercial important de l’économie nationale.

Selon l’analyste financier Souhil Meddah, les effets escomptés de la fermeture de ces nombreux magasins sont définis à travers quatre volets. «Il y aura une conséquence directe par la non-satisfaction d’un marché qui enregistre une demande considérable, particulièrement dans les milieux ruraux et surtout avec l’apparition de certains produits ou de certaines formules, qui sont à la fois diffusés et valorisés via tous les moyens de communication, et dont le répondant à l’échelle nationale est en nette progression.»

Ajoutant qu’il s’agit aussi d’un gisement important de flux commerciaux qui fait appel directement ou indirectement à d’autres intervenants (transport, fournisseurs…) et d’une source de revenus très importante pour les artisans, dont une grande partie est composée de traiteurs et commençants qui ont opté pour une délocalisation de leurs lieux d’activité en allant vers les grandes villes du Nord. De ce fait, selon l’analyste, une rupture de cette seule source de revenu, à laquelle ils se sont habitués, va sûrement les contraindre à retourner chez eux ou exercer d’autres métiers dans d’autres secteurs d’activités  moins rémunérateurs par rapport à leurs besoins.

«Un ralentissement direct de ce créneau, qui emploie quand même plus de 10 000 personnes, influera négativement, à travers plusieurs axes, dont la fiscalité ordinaire directe obligatoire, qui va se réduire par l’effet d’une perte sèche du nombre de contribuables, ou sur la fiscalité indirecte collée à la consommation générale des individus et des employés, ou enfin sur le plan de la consommation locale, surtout lorsqu’il s’agit d’artisans venant des régions lointaines, du Sud algérien par exemple», explique Souhil Meddah, qui parle aussi «d’activités clandestines». Pour lui, une telle décision, plus ou moins généralisée, de fermeture poussera certains de ces artisans à s’orienter vers des activités clandestines qui seront très difficiles à contrôler par les pouvoirs publics.

Charlatans

Soulignant que l’opération de régulation de ce secteur «devra se faire sur une approche qui tient compte de tous les aspects économiques, scientifiques et sociaux au lieu qu’elle soit une simple formalité administrative. Car dans une société, un ralentissement brutal d’une activité qui enregistre un plein emploi constant influe directement ou indirectement sur les autres activités». Cependant, l’économiste Ferhat Aït Ali ne partage cet avis.

Pour lui, vue sous un autre angle, cette mesure a permis d’économiser 300 milliards aux patients. «Il n’y a aucune économie dans ce genre de marchés qui portent sur des produits naturels du terroir et des dinars dépensés par des patients non pas en remplacement de médicaments importés ou produits dans les normes, mais en accompagnement ou en désespoir de cause», analyse-t-il. Ceci dit, l’expert est contre la fermeture «administrative et empirique» de ces activités qui existent depuis les siècles lointains, tant qu’aucune plainte précise sur les effets d’un produit n’est pas enregistrée à l’encontre de l’un d’entre eux, qui doit être le seul sanctionné si preuve il y a.

Il poursuit : «Ces activités qui ont pignon sur rue et chez lesquelles on s’approvisionne en produits naturels et quelques herbes aromatiques ou médicinales sans effets secondaires, une fois fermées vont passer sous la coupe de vrais charlatans qui vendront en cachette et ces herbes et ce que les vendeurs connus n’ont jamais vendu à ce jour. Toute répression de ce qui est plus ou moins normal entraîne l’existence de ce qui l’est moins ou ne l’est pas du tout, ceci est une règle générale que nos ministres ne semblent pas connaître ou apprécier.»

Pour conclure, l’expert Ferhat Aït Ali espère un réexamen de cette décision et une bonne réglementation. «Je suis pour la réouverture de ces magasins en attendant l’élaboration d’un texte régissant l’activité et les produits vendus, on ne ferme pas des centaines d’échoppes en attendant les textes réglementaires pour aller faire campagne électorale comme si de rien n’était. Ceci renvoie à tout un schéma de gouvernance à revoir de fond en comble avant que cela ne devienne assez dangereux.»

Ryma Maria Benyakoub
 
 
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