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El Tarf : Le musée à ciel ouvert

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le 05.09.17 | 12h00 Réagissez

La mer et la montagne proches l’une de l’autre, de la verdure et de l’eau un peu plus qu’ailleurs dans le pays, des plages sublimes et des paysages fabuleux, du moins ils l’étaient, et puis ces flaques d’eau qui scintillent au soleil, les seuls lacs du pays qui ne s’assèchent pas et qui renvoient une sensation de fraîcheur au plus fort de l’été.

Quoique l’homme a réussi à le faire aussi en absorbant toute leur eau. El Tarf a établi sa notoriété dans le pays et ailleurs par la diversité et la richesse biologique et esthétique de ses milieux naturels.

C’est l’une de plus belles régions du pays et un «réservoir de la biodiversité» de la Méditerranée, région elle-même considérée comme une exception à l’échelle de la planète. Si on ne rate pas une occasion pour vanter les belles images d’El Tarf, on n’est plus en mesure d’affirmer, en dépit de la création du Parc national d’El Kala voilà 34 ans, que la définition «Réservoir de biodiversité» est encore acceptable et que les milieux naturels et les fabuleux paysages ont gardé l’authenticité qui a fait leur grande valeur patrimoniale. El Tarf est moins connue pour d’autres trésors tout aussi inestimables quelle cache jalousement autant qu’elle peut.

Moins visibles, et dénués de tout intérêt sauf pour les archéologues, les anthropologues, les historiens et les férus de culture, des dizaines de sites préhistoriques et archéologiques parsèment son territoire sous l’épais couvert de la végétation qui les masque et les a préservés. C’est la région du pays qui a donné en volume le plus de pièces archéologiques de la période punico-libyque (entre moins 500 avant J.-C. et 200 après J.-C.). Ces vestiges remontent à l’aube de la préhistoire puisqu’on a trouvé et on trouve encore des éléments de pebble culture, l’industrie des galets taillés pour obtenir des outils, à proximité de cavernes abritant des gravures rupestres du paléolithique.

Des champs de dolmens et des sarcophages taillés à même le roc (destruction de ceux situés en pleine zone touristique d’El Kala, qui auraient apporté une valeur ajoutée), témoignent aussi de cette présence humaine active avant l’arrivée par la mer des premiers visiteurs : les Phéniciens vers moins 1100 avant J.-C. Puis Carthage, fondée en 814 avant J.-C., va étendre son influence au peuple de la région qui l’accepte jusqu’à la période romaine laquelle va se distinguer par le nombre impressionnant de huileries qui continueront de presser des olives jusqu’à l’arrivée des Byzantins.

Le premier inventaire, celui de Stefan Gsel, date de la fin du XIX. On en sait plus aujourd’hui grâce au travail de fourmi mené depuis 2003 par une équipe algéro-italienne qui est allée de surprise en surprise au cours de ses investigations.

En 2012, lorsqu’elle a exposé les premiers résultats de ses travaux, l’assistance, malheureusement peu nombreuse, a écarquillé les yeux devant la découverte de 150 nouveaux sites sur seulement 166 km², deux centres de production d’outils préhistoriques et 13 concentrations de ces outils, deux nécropoles protohistoriques, 142 fermes comprenant 250 presses à huile et bien d’autres choses encore, un trésor englouti sous la végétation.

Ces vestiges ne se laissent pas approcher facilement, ce qui fait tout leur charme et leur valeur patrimoniale, ce que malheureusement les autorités locales n’apprécient pas à leur juste mesure et s’empressent d’ouvrir les accès sans songer aux effets ravageurs d’une surfréquentation. C’est précisément le cas de Ksar Fatma, l’un des plus beaux sites de la région, situé dans la commune d’El Aïoun, classé depuis peu, et accessible maintenant par route, qui a apporté avec elle un tapis d’ordures. Randonnée par une journée de printemps…

Bougous, un camp romain et un champ de dolmens néolithiques

Au cœur de la zone montagneuse au sud du chef-lieu, El Tarf est niché à Bougous, un village sorti des bois. Lorsqu’on quitte l’agglomération vers le Sud, on passe le pont qui enjambe l’oued Bougous. Et on part à l’assaut du Djebel Ghora et ses flancs parsemés de vieilles pierres. La route vers Mdjez Beldi passe par le lieu-dit El Guitna, près d’un site antique parsemé de pierres taillées. Il y en a une grande quantité, parmi lesquelles on devine un arrangement géométrique des pierres. Il s’agirait, dit-on, d’un camp militaire de l’époque romaine. Son implantation sur un replat du flanc de la montagne, qui domine la plaine en contrebas, le laisse croître. Certaines de ces pierres portent des inscriptions. Malheureusement, on en prélève aussi pour différents usages et il manque à chacun de nos passages. La route qui mène à Mechtat Rihane, après avoir traversé la mechta de Aïn Kébir, on remarque dans le paysage formé de champs en pente des mamelons coiffés de pierres aux formes régulières. Chacun porte un dolmen. Généralement, la pierre tabulaire a basculé, mais on peut y voir l’agencement des pierres typiques de ces sites funéraires préhistoriques.
 

El Aïoun, Ksar Fatma

C’est un édifice romain à deux étages dont il reste un pan de mur de 8 m. Une villa mais aussi une ferme et des huileries avec, disséminées tout autour, des presses, des roues, des pierres taillées agencées et un aqueduc de 700 m de long au bout duquel se trouve une citerne. C’est l’un des sites les plus impressionnants de la région par l’ensemble qu’il constitue. Pour s’y rendre, il faut aller à Oued El Djenane dans la commune d’El Aïoun par la route. Autrefois, le plaisir était de partir de sa découverte sous les couverts de magnifiques chêne-lièges et longeant l’oued El Djenane qui fait frontière avec la Tunisie. Aujourd’hui, une route y mène. Au retour, on peut pousser la randonnée jusqu’au site d’Oum El Aïoun qui se trouve au-dessus du village de Oued El Djenane où, sur un promontoire qui surplombe la vallée, un site très riche rassemble plusieurs presses.
 

Aïn Khiar, Ksir El Djedj

C’est l’un des endroits où on peut accéder sans grande difficulté et sans danger. Ksar El Djedj est un édifice romain de 5 pièces avec des doubles portes. Comme Ksar Fatma, on est subjugué par la sérénité des lieux. Aïn Khiar est au nord du chef-lieu d’El Tarf. On prend la route qui mène vers le nouvel établissement pénitencier, puis on poursuit en direction de Ogbet Chaïr. Le site se trouve au nord de la piste là où elle se rapproche le plus de l’oued El Kébir qu’elle longe à cet endroit.
 

Sarcophages

Il y en a un peu partout et certainement encore beaucoup à mettre au jour. Il y en avait à El Kala- ville, sur la falaise juste sous le fortin (Le Moulin) qui surplombe le port. Ils ont été ensevelis avec l’aménagement de la corniche. On peut encore en voir deux à cet endroit en les cherchant dans les rochers. Les plus accessibles par la route sont au bord de la route de Dey Zitoune dans la commune d’Oum Teboul. Il est assez spectaculaire, puisque c’est l’un des rares où on trouve encore le couvercle à proximité.
 

La Vieille Calle

Avec l’église d’El Kala, c’est le seul site ancien classé de la wilaya d’El Tarf. La Vieille Calle est un comptoir français, dont la construction, qui a commencé au XVI siècle, est jalonnée d’une série de conquêtes et reconquêtes et d’une histoire tumultueuse. Des milliers d’estivants fréquentent aujourd’hui la plage qui servait autrefois de cale sèche. Beaucoup repartent en ayant pas connaissance de l’existence de ce lieu historique. On peut y voir au bout de la plage les ruines du fort avec ses remparts, ses magasins, le corps central avec la prison. Derrière la plage, dans le maquis, les vestiges du village construit plus tard par les négociants pour leur famille.

Dans le maquis, il reste le pan d’une façade de l’église Sainte Catherine, la première construite en terre africaine après l’épisode antique de la chrétienté. Un peu à l’écart vers l’est, ce qu’il reste de la tour du moulin à grain. Ces ruines ne sont malheureusement pas protégées malgré leur classement récent et subissent les effets de la surfréqunetation de la plage.
 

Slim Sadki
 
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