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La débrouille des adultes de demain

Des gamins qui ignorent la crise mais ressentent la pauvreté

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le 05.01.17 | 10h00 Réagissez

L’après-midi du dernier jour ensoleillé de l’année 2016. Le long de la RN 11, exactement entre l’Unité de développement des énergies solaires (UDES) et l’ex-Institut supérieur maritime (ISM) de Bou Ismaïl, au moment où les automobilistes se croisent à toute allure pour préparer à leur manière la célébration du Nouvel an, des gamins qui ignorent totalement ce manège s’affairent en poussant leurs brouettes pour rejoindre une camionnette stationnée au bord de la route.

A quelques encablures de l’endroit où se trouvait la camionnette, des vendeurs de fruits et légumes avaient transformé les abords de ce tronçon de la RN 11 en un marché improvisé, où d’autres familles joyeuses convergent vers «les lieux du commerce» spontanés et incontrôlés. Les produits paraissent frais. Un marchand de poisson ne s’est pas empêché d’étaler ses casiers pleins de diverses variétés de poissons blancs sans respecter les mesures d’hygiène naturellement. Le laxisme des fonctionnaires de l’Etat chargés de faire appliquer les lois ne cesse de croître.

Mais le plus intéressant dans ce triste décor, c’est incontestablement la présence de ces adultes de demain qui ne manquent pas d’idées et qui montrent le degré de leur intelligence et de leur savoir pour donner des leçons aux adultes du présent. Ils sont issus des familles nombreuses démunies qui habitent dans les quartiers truffés de constructions illicites. Ces enfants mal habillés fréquentent tous l’école. Les visages angéliques et innocents de mes interlocuteurs sont marqués par la misère.

Les gamins ignorent la crise, mais ressentent la pauvreté. Ils les affrontent courageusement, sans se plaindre. Ils avouent que leurs parents n’arrivent pas à leurs acheter les vêtements, ni les aliments qu’ils désirent manger. Fayçal, Lamine, Hassen, Réda et Mustapha avaient incroyablement l’air des personnes sûres d’elles, pourtant ils sont âgés entre 12 et 14 ans. Ils fréquentent la classe de 1re année moyenne dans les établissements scolaires de Fouka et de Bou Ismaïl. Ils connaissent les cours sur le marché des «produits» qu’ils vendent. Chaque brouette est chargée des emballages en plastique et en acier jetés par les adultes mais qu’ils récupèrent ; néanmoins, le poids diffère d’une brouette à une autre.

«Nous avons ramassé tout cela dans nos quartiers, les poubelles et le long des routes, pour les vendre afin de pouvoir acheter les vêtements, sans oublier de remettre une partie de notre argent à nos parents, me disent-ils ; quand il fait beau comme aujourd’hui, nous nous sommes donné rendez-vous ici pour écouler ce que nous avons recueilli, ajoutent-ils ; c’est normal pour nous, nous avons l’habitude de travailler comme ça, sans abandonner nos classes, mais vous allez nous montrer à la télévision ?» m’interrogent-ils. «Mais je n’ai pas de caméra», répondis-je. Chegrani Boualem, âgé de 44 ans, avait acquis une camionnette dans le cadre du dispositif de la CNAC.

Il est papa d’un garçon qui fréquente la 3e année primaire. «J’ai mon registre de commerce, mais je n’arrive pas à trouver du travail, car là où je stationne je suis chassé, me dit-il, alors j’ai trouvé ce créneau qui me permet d’aller jusqu’à Constantine, Sétif, Zéralda, Tidjelabine pour acheter les emballages jetés afin de les vendre au parc de Fouka, ajoute-t-il ; j’ai un ouvrier qui travaille avec moi et nous nous en sortons tant bien que mal, nous vivons même si les revenus ne se chiffrent pas à des dizaines de millions de centimes, Hamdou Lillah», conclut-il.
Une atmosphère de confiance et de convivialité s’installe entre l’acheteur et les vendeurs.

C’est une manière de montrer une issue pour celles et ceux qui méprisent l’environnement, un secteur d’activité prometteur qui n’arrive pas à s’imposer dans l’esprit de nombreux jeunes en quête d’emploi. Nos politiques se contentent pour le moment de discours. Les adultes de demain aiguillent déjà les regards vers un horizon producteur de richesses.
 

M'hamed Houaoura
 
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