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Une date occultée : le 25 Août 1958

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le 26.08.17 | 12h00 Réagissez

Par Ali Haroun

Homme politique et avocat

Parmi les dates qui jalonnent notre histoire contemporaine — comme le 1er Novembre 1954 ou le 19 Mars 1962 — le 25 Août 1958 semble totalement occulté. Et pourtant, la nuit du 25 au 26 août de cette année-là marquait un tournant déterminant de la lutte pour l’indépendance. Le FLN ouvrait un second front en déclenchant sa guérilla urbaine sur l’ensemble du territoire de la France métropolitaine.

Cette nouvelle forme de lutte avait pour but d’amoindrir le potentiel économique de l’Etat colonial, maintenir une partie de l’armée française sur le sol métropolitain, affaiblir de la sorte l’importance du contingent face aux Moudjahidine dans les maquis d’Algérie, et enfin sensibiliser un peuple français encore peu conscient des horreurs de la guerre de reconquête menée en son nom depuis près de quatre années.
C’est ainsi que les responsables du FLN en France, s’estimant prêts à l’action, allaient fixer au 25 Août 1958 à zéro heure le déclenchement de ce combat singulier. Parmi les nombreuses actions entreprises, celle menée contre les dépôts pétroliers de Mourepiane près de Marseille a particulièrement marqué les opinions interne et internationale, alertées par les médias, surpris par l’événement et stupéfaits par ses répercussions. Mais l’attaque de Mourepiane s’inscrit dans le cadre global de ce second front ouvert, selon les directives du CCE transmises, en mai 1957, par Abbane Ramdane à Omar Boudaoud, chef de la Fédération de France du FLN.

Heure après heure

Nous nous intéresserons ici tout particulièrement à la région sud de la France, mais l’action s’est déroulée sur tout l’Hexagone. Cette nuit-là, heure après heure on enregistre à :

— 2h15 : Le Havre, sabotage et incendie du dépôt de carburant et de la raffinerie de Notre Dame-de Gravenchon.
 — 2h30 : Paris, boulevard de l’Hôpital, attaque et incendie d’un garage de la Préfecture de police ; 3 gardiens tués, un blessé.
— 3h : Bois de Vincennes, tentative de sabotage de la Cartoucherie ; un policier tué.
— 3h15 : Marseille, sabotage et incendie du dépôt Shell.
— 3h15 : Narbonne, sabotage et incendie du dépôt de carburant.
— 3h15 : Saint-Mandé, accrochage avec une voiture de militants qui tente de forcer un barrage.
— 3h15 : Port-la-Nouvelle, sabotage et incendie du dépôt de carburant.
— 3h18 : Frontignan, tentative de sabotage de la raffinerie ; 5 bombes découvertes.
— 3h20 : Paris, Porte des Lilas, fusillade avec des militants, en voiture, qui tentent de forcer un barrage.
— 3h20 : Toulouse, incendie et sabotage du dépôt de carburant.
— 3h35 : Ivry, incendie d’un dépôt de véhicules militaires.
— 3h35 : Gennevilliers, incendie du dépôt de carburant du Port de Paris.
— 3h43 : Marseille, bombes découvertes dans les dépôts de carburant des Aygalades et du cap Pinède.
— 4h : Aérodrome Villacoublay, tentative de sabotage et interception du commando.
— 5h : Salbris, découverte du sabotage de la voie ferrée Paris-Vierzon.

Pour la presse, rien ne présageait l’événement. Dès 2h15, le premier flash arrive à l’AFP, le second à 2h30, le 3e à 3h, le 4e à 3h05. Après, ce fut le branle-bas. Flash sur flash, on annonçait une nouvelle plus importante que la précédente. A 8h, c’était la mobilisation de l’ensemble des journalistes, rédacteurs et commentateurs. Franchissant la Méditerranée, la guerre coloniale venait ainsi de s’installer chez le colonisateur. C’est un exploit qu’aucune autre Révolution n’a pu réaliser jusque-là. L’événement s’avérait de portée internationale. La guerre d’Algérie se déroulait sur le territoire français. Jamais les tenants du pouvoir n’imaginaient un seul instant que le FLN pouvait déclencher le combat en France et particulièrement à Paris où toutes les représentations diplomatiques devenaient les témoins de l’Histoire.

L’Organisation Spéciale

Dans le cadre de cette action globale qui vise particulièrement les points stratégiques, l’Organisation spéciale (l’OS) est divisée en plusieurs zones dont la zone 3 couvrant le sud de l’Hexagone comprenant elle-même 5 régions. Aïssaoui Ouahmed, responsable de cette zone 3, est assisté d’un artificier, Ouznani Mohamed, d’un responsable de l’armement, Belhaoues M’hamed, et de trois agents de liaison, Nadia Seghir, Halima Kerbouche et Yamina Idjeri dite «Antoinette». Comme chef de zone, il supervise 5 régions : Marseille, Port-de-Bouc, Alès, Lyon-Grenoble, Bordeaux-Toulouse dont les responsables sont respectivement : Meziane Cherif dit «Allaoua» ; Ali Bouchina-Arbi ; Ali Belhocine ; SNP Amar dit le Manchot ; Ali Bitrouni pour Bordeaux et Thami Abdel pour Toulouse. Ce seront principalement les fidayine des 2 premières régions (Marseille et Port-de-Bouc) qui mèneront les actions contre les installations pétrolières de Mourepiane.

La presse de l’époque

Pour ne pas citer les rapports internes de la structure du FLN dont on pourrait suspecter l’auto-glorification, reportons-nous aux journaux français de l’époque. France Soir daté du mercredi 27 août 1958 publie en première page sur six colonnes : «Marseille, le feu menace de nouveaux réservoirs» —  «Dix-huit pompiers blessés au cours d’une journée et d’une nuit de terreur autour du dépôt pétrolier de Mourepiane, incendié hier par des terroristes, nord-africains» — le tout illustré par la photo des habitants évacués de leurs demeures deux kilomètres à la ronde, par crainte d’une nouvelle explosion.

Dès le 26 août au matin, le correspondant du journal transmet les premières informations : «De longues et épaisses fumées s’élèvent toujours ce matin dans le ciel de Marseille. Le dépôt de carburant de Mourepiane brûle… Hier soir, alors que les pompiers luttaient depuis près 17 heures déjà contre le sinistre — la première explosion s’était produite à l’aube peu après 3 heures — tout à coup, la nuit devient lumineuse. Le ciel dans lequel tournoyait jusqu’alors une épaisse fumée vira du sombre au jaune vif, puis au rouge, comme si un gigantesque météore incandescent était passé au-dessus de Marseille. Il était 19h50. Une nouvelle explosion, la plus grave de la journée, venait de se produire…

Après une nuit d’efforts, les pompiers ont décidé d’isoler les 5000 mètres carrés en flammes et d’attendre que les
10 420 mètres cubes de carburant soient consommés… Mais le danger subsiste… Deux bacs brûlent… Les ingénieurs ont tenu une conférence avec les pompiers à la caserne Mirabeau… Si les deux cuves qui brûlent encore explosaient, 2000 mètres cubes de mazout se videraient très rapidement dans la mer et le mistral pourrait les pousser jusqu’au vieux port… Par précaution, les Chantiers du port suspendent, ce matin, leurs travaux.

Hier matin, (le 26 août) quatre bacs brûlaient et la vapeur d’essence enflammée montait dans le ciel en gerbes de près de 100 mètres de hauteur. Déjà les flammes paraissaient impossibles à maîtriser. Le feu ronflait dangereusement ; de sèches explosions et le fracas de l’écroulement des bacs faisaient, à chaque instant, craindre le pire…

En fin d’après-midi, une dizaine de bacs avaient déjà explosé. L’incendie paraissait calmé… Soudain, peu avant 20 heures, la terrible explosion se produisait. Aussitôt les sirènes retentissaient. Ambulances, voitures de pompiers et de police traversaient la ville en trombe et se dirigeaient vers le lieu du sinistre».

L’autre envoyé spécial est encore sous le coup de l’épouvante : «Un décor de tragédie était tombé sur le quartier populaire de Mourepiane, éclairé par le feu. Les camions rouges, les cars de police-secours se rassemblaient devant la caserne Mirabeau où le préfet des Bouches-du-Rhône, M. Gaston Defferre, député-maire de Marseille, et le général Gillot, commandant la 9e région militaire, établissaient pour la nuit leur quartier général. Pendant ce temps, des hommes casqués, le visage marqué par l’épouvante, les vêtements couverts de boue, revenaient en titubant vers la zone de sécurité.

‘‘Ça été terrible, nous dit l’un d’eux. J’étais au pied du grand réservoir quand l’explosion s’est produite. J’ai entendu un sifflement formidable et je vis une immense tour métallique se soulever. Il n’y avait plus tout autour de moi que du feu.’’

‘‘Quelle vision horrible, raconte un autre pompier. Certains de mes camarades, terrorisés, hurlant de douleur, s’enfuyaient à toutes jambes. Plusieurs d’entre eux se jetèrent contre le grillage métallique, l’escaladèrent et se perdirent dans la ville. J’ai aperçu un camarade allongé sur le sol… C’était Martin, mon copain de la caserne Plombière. Il n’avait que 20 ans et dix mois de service avec nous’’.

Les flammes immenses illuminèrent pendant de longues heures encore les collines de Lestaque. Mais, par ordre du maire, M. Defferre, les pompiers laissaient désormais brûler le pétrole sans le combattre… Trois camions-pompes restèrent prisonniers de l’incendie. Toute la nuit encore les flammes rougirent les collines avoisinant Marseille. Par ordre du préfet, M. Haas-Picard, toutes les habitations à 2 kilomètres à la ronde du dépôt de carburant ont été évacuées… Le danger pèse toujours sur la rive comme sur la mer. Les pompiers qui encerclent depuis le lever du jour le dépôt de carburant encore enflammé, n’osent intervenir. Sur la mer, les bateaux font des crochets au large pour éviter de s’approcher dangereusement de l’incendie.»

Dévastation sur des centaines de mètres :

Le journal Le Monde qui, généralement, répugne au sensationnel, évoque une véritable panique lundi soir à Mourepiane, où tous les réservoirs ainsi que les dépendances de l’entrepôt ont sauté et brûlé. Sur plusieurs centaines de mètres c’est la dévastation, depuis trente-six heures on ne voit que des tôles tordues et des canalisations déchiquetées. Les flammes de plusieurs dizaines de mètres sont visibles depuis Notre-Dame-de-la Garde et l’esplanade de la gare Saint Charles. Les boutiques et les bars du boulevard du Littoral ont fermé leurs portes et huit cents personnes ont été évacuées. Finalement ont été incendiés 8 200 000 litres d’essence et de gasoil. Cent cinquante hommes de troupe sont réquisitionnés pour veiller sur les raffineries de Martigues-Lavéra. L’incendie de Port-La-Nouvelle, le plus important après celui de Mourepiane, n’est maîtrisé que le lundi après-midi et les habitants évacués sont alors autorisés à regagner leurs domiciles.

On relèvera plus tard qu’un pompier — Jean Péri — est décédé. Il y a dix-neuf blessés, parmi lesquels le maire de Marseille, Gaston Defferre, qui s’était rendu sur les lieux et qui a été touché au pied. Le feu brûle encore à Mourepiane pendant dix jours… 16 000 mètres cubes de carburant sont détruits.

Le 28 août, le gouvernement français décide de confier à l’armée la garde des points sensibles, les congés des policiers sont supprimés, les contrôles systématiques des Algériens se multiplient. En une semaine, 14 000 «musulmans» sont interpellés, dont des centaines arrêtés. Malgré ces contrôles et arrestations, les actions continuent chaque jour, confirmant la détermination du FLN de poursuivre son combat jusqu’au but. Comme il fallait s’y attendre, la répression se durcit. Un couvre-feu pour les Nord-Africains est instauré dès le 27 août dans le département de la Seine, le 3 septembre dans le Rhône, et le 4 en Seine-et-Oise.

La «chasse au faciès» n’épargne aucun «teint basané» à Paris. Elle s’étend à Marseille, Lyon, Belfort, et les «transferts» en Algérie se multiplient. Tout bronzé aux cheveux crépus devient suspect. Les Algériens emplissent les hôpitaux désaffectés, comme Beaujon, ou les casernes spécialement aménagées pour eux. Des milliers d’entre eux sont «triés» au Vélodrome d’hiver, avant d’être internés dans les camps d’Algérie. Mais ni les contrôles incessants ni les arrestations préventives n’empêcheront l’action déclenchée le 25 de se poursuivre, avec moins d’éclat peut-être, mais non sans efficacité.

Sur l’ensemble de l’Hexagone

A Paris, accrochage, dans la nuit du 27 au 28 août, d’une cellule de l’OS avec un groupe de policiers. Trois d’entre eux, Chauvin, Alfred Dufrie et Louis Rougerie, sont sérieusement blessés place Denfert-Rochereau, et l’adjudant-chef André Durau est atteint à la station de métro Bonne-Nouvelle. Le 31 août, attaque réussie de dépôts d’essence à Arles et de l’usine à gaz d’Alès, qui explose. Le 1er septembre, les commandos essuient un échec devant le siège de l’Office algérien d’action économique (OFALAC), avenue de l’Opéra, à Paris. Le 2, explosion d’une bombe près de Rouen. Le 3, sabotage de la voie ferrée Paris-Le Havre. Les commandos s’attaquent, le 4 septembre, à l’aérodrome de Melun et, le lendemain, un sabotage entraîne le déraillement d’un train de marchandises à Cagnes-sur-Mer dans le Midi. Le 7 septembre, une action mineure est menée contre l’aérodrome de Villacoublay. A Lyon, le poste de police de la place Jean-Macé est attaqué : le brigadier Armand Sudon est tué. Espérant rééditer leurs prouesses du 25 août contre les installations pétrolières, les «fidayine» du Midi visent les dépôts des banlieues de Marseille et de Bordeaux à Bègles ce même 7 septembre. Le résultat est mince. Le lendemain, c’est le tour de la centrale électrique de la Boisse, dans l’Ain.

En rade de Toulon, les hommes-grenouilles de l’OS tentent vainement de fixer des charges explosives sur les coques du cuirassé Jean Bart, de l’escorteur Bouvet et du sous-marin Dauphin. Cependant, le sabotage du paquebot Président de Cazalet, qui assure la liaison Marseille-Algérie et sert à l’occasion pour le transport des troupes, fait quelque bruit. Le 5 septembre 1958, le navire quitte Marseille vers 11 heures à destination de Bône. A 12 heures, alors qu’il se trouve à une vingtaine de milles au large, il signale une explosion dans le compartiment des ventilateurs de chauffe, immobilisant les machines, causant d’importants dégâts et soufflant des cloisons. Un commencement d’incendie suit la déflagration. Le navire, en difficulté, est pris en remorque par le Djebel Dira qui se trouve dans les parages. Treize personnes sont blessées et un chauffeur, André Barreda, qui souffre de graves brûlures, succombe deux jours plus tard. L’enquête établit qu’une bombe placée dans le compartiment des ventilateurs en était la cause. Lors de l’arrestation du groupe de Mourepiane, la police découvre qu’il s’agit des mêmes éléments. En tout, quatorze personnes dont deux femmes.

L’immigration enthousiaste

Dans son rapport du 16 septembre 1958, le DPI (Délégué à la Presse et Information de Paris-centre Mahdjoub Benzerfa dit «Marcel») tire plutôt les conséquences politiques et psychologiques de l’offensive : la totalité de l’émigration algérienne accueillit avec enthousiasme la nouvelle de l’action entreprise par nos fidayine durant la nuit du 24 au 25 août, en territoire français. Ce fut d’abord pour nos frères — du militant de base au permanent — une surprise complète tant le secret fut bien gardé ! Certains virent en ces actions la suite logique de notre lutte pour l’indépendance (ceux-ci sont les plus nombreux) et souhaitent la poursuite de cette nouvelle forme de lutte ; d’autres y avaient déjà pensé sans trop y croire et sont aujourd’hui émerveillés — le mot n’est pas trop fort— par la synchronisation des actions et l’ingéniosité des fidayine.

Le DPI de la Wilaya II adressait d’ailleurs, avec son rapport du 29 août, un compte rendu très instructif sur les conditions de détention du «Vél d’hiv», établi par un militant qui y séjourna plusieurs jours consécutifs. Un plan détaillé est dressé avec la position des 1er, 2e, 3e et 4e groupes et de l’allée centrale. Sont décrits aussi : la réception à coups de crosse par les CRS ; leur acharnement contre les jeunes qui passent de l’interrogatoire à l’infirmerie, et contre les porteurs de blousons, considérés comme «chefs» ; la naissance spontanée d’un service d’ordre interne du FLN réglant tous incidents entre les détenus, ainsi que le comportement de ce «brave» gendarme qui se propose d’acheter du tabac aux internés, collecte dans un seul groupe 75 000 francs et… disparaît.

Traitant de la répression qui suivit, le rapport mentionne qu’elle «est des plus féroces». Les rafles monstres succèdent automatiquement aux attentats et des centaines de frères sont emmenés dans les centres de triage […] tels le Vélodrome d’hiver, le Gymnase, la salle Japy et l’hôpital Beaujon. De plus, la police ne s’est pas occupée seulement de ramasser les «teints basanés» comme elle l’a fait sans ménagement pour des Espagnols, Portugais et même des touristes sud-américains. Aggravant ses méthodes, procédant souvent à «l’interrogatoire poussé» qui se clôt généralement par la mort du suspect, la DST finit par repérer de nombreux agents de l’OS dans le Midi.

Le bilan au 27 septembre
Aïssaoui, responsable de cette zone, dresse, sans enjoliver, le détail des objectifs attaqués cette même nuit du 25 août et le bilan — somme toute médiocre à ses yeux — de l’action de ses hommes. Froid et peu enclin à l’exagération, il s’avère d’une modestie qui ne traduit sans doute pas les résultats réels de la «nuit rouge», ni l’impact certain qu’elle obtint sur les médias. Il constate : «Si onze objectifs visés furent tous attaqués, malheureusement, plusieurs charges n’ont pas fonctionné.

Cela provenait de la défectuosité des détonateurs et des explosifs récupérés dans les carrières de la région, qui avaient été enterrés durant de longs mois. Nos responsables nous avaient promis trois tonnes de plastic. S’ils avaient tenu parole, ç’aurait été une catastrophe pour la France…». Certes, la presse met en exergue les attentats manqués, néanmoins elle informait sans le vouloir que le FLN dispose désormais de techniciens capables d’utiliser des engins sophistiqués et des bombes télécommandées. Rappelant les faits en 1972, quatorze ans plus tard, Aïssaoui estimait humblement que la nuit du 25 août aurait pu être une catastrophe pour la France. Mais au moment même de ces actions, Le Provençal, journal local, titrait : «C’est une catastrophe nationale».

Après une offensive de quelques semaines, le but fixé par le Comité Fédéral élargi paraissait relativement atteint. Quoi qu’il en soit, retenons la date du 27, puisque des bilans officiels ont été établis jusque-là. Entre le 25 août et le 27 septembre 1958, ont été dénombrés 56 sabotages et 242 attaques contre 181 objectifs. Les opérations ont fait 188 blessés et 82 morts. Nombreux ont été les militants blessés ou tués les armes à la main, déchiquetés par leurs propres engins, abattus par les forces de répression ou assassinés sous la torture. Un grand nombre de ces valeureux fidayine de «La VIIe wilaya historique», ces héros de l’ombre en territoire ennemi, ont été arrêtés, condamnés par les tribunaux militaires français et exécutés. Héroïques dans l’action et modestes en paroles, ils étaient peu enclins à faire état de leurs prouesses ou de leurs sacrifices. C’est pourquoi notre histoire immédiate les passe injustement sous silence.

Des combattants méconnus

Alors que nombre d’entre ces héros oubliés ont péri sous le couperet de l’odieuse guillotine coloniale, aujourd’hui la plupart de ceux qui ont survécu sont morts dans l’anonymat, l’indifférence générale et l’ingratitude d’une patrie oublieuse. Pourquoi donc enseigner dans nos écoles une histoire sélective, héroïsant certains plus que nécessaire, et occultant d’autres dont les sacrifices ne sont pas moindres ?
Sont-ce, encore une fois, les séquelles de la fracture du consensus national de l’été 1962, laissant aux plus forts le droit d’écrire les mémoires de la nation à leur avantage exclusif ? Sans une juste et prompte réhabilitation de la vérité mémorielle, le souvenir de ces héros de l’ombre s’effacerait de nos esprits, comme se sont dissipés les nuages des incendies allumés, dans le ciel de Mourepiane, un certain mois d’Août 1958.

 
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