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       <title>El Watan - Histoire</title>
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           <title>Tahar Benyahia ou le destin poignant d’un militant</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Thu, 16 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Taourirt Mimoun, un des sept villages des Ath Yenni, les «Béni Yenni» du célèbre auteur de L’histoire des Berbères, Abderrahmane Ibn Khaldoun, qui, il y a quelque quatorze siècles, citait la tribu parmi les plus importantes du Djurdjura d’alors, a enterré, le dimanche 21 avril 2013, un homme de 83 ans, que seuls les plus vieux ont connu. 
	Pour ceux qui, sur place, pouvaient encore s’en souvenir, l’annonce de la mort de celui, qui, comme tant d’autres alors, quitta le douar dès la fin des années quarante du siècle dernier pour émigrer en France, avait créé en quelque sorte l’événement. Tahar Benyahia, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’avait remis les pieds chez lui qu’à peine deux ou trois fois en 1962 et 1963, après la fin de la guerre de Libération nationale à laquelle, lui aussi, participa activement, comme tant d’autres d’ici et d’ailleurs. En fait, nombreux étaient les habitants du village qui s’étaient résolus à croire que le parent, voisin ou ami avait cessé de vivre depuis tout ce temps (près d’un demi-siècle !), car nul n’avait plus la moindre de ses nouvelles !

	C’est d’ailleurs par un message des services consulaires algériens en Allemagne, adressé à l’APC des Ath Yenni que la famille fut informée du décès. C’est comme s’il s’agissait d’un revenant. Aussi, l’émotion n’en fut que plus vive chez l’un ou l’autre des rares Yennaouis, qui, aujourd’hui, gardaient encore un brin de souvenir de leur concitoyen. Essentiellement, ses congénères qui, eux aussi, participèrent activement, en France, à la lutte pour l’indépendance nationale, tels Achab Yahia — le cousin et camarade d’enfance, lui-même chef de wilaya en France — Mohamed Boukert, un ancien détenu de Fresnes, l’ancien fidaï de Paris, Makhlouf Toukal, Akli Benyounès le cite dans son récent ouvrage sur la lutte des émigrés algériens en ex-métropole et qui, lui, avait pu à l’occasion, parler aux plus jeunes de Si Tahar, le moudjahid.

	De fait, ceux-ci et quelques autres à présent disparus, connaissaient bien le passé révolutionnaire de Si Tahar, tandis que la plupart des parents, voisins et amis sauront que le défunt fut un haut responsable de l’Organisation spéciale du FLN en France (la fameuse OS) ou la redoutable «Spéciale» — qu’à la faveur de la parution dans le journal El Watan du lundi 15 avril de l’avis nécrologique de la famille Benyahia. Et ce n’était pas banal que d’avoir eu le privilège d’avoir servi à ce niveau dans ce qui fut le bras armé de la Révolution algérienne sur le territoire français; l’instrument de guerre qui permit l’ouverture de ce qui sera aussi connu sous l’appellation «second front» de la guerre du FLN contre le colonialisme français. Visiblement, l’anonymat qui avait donc jusqu’ici caractérisé le passé militant de l’homme à inhumer aura immanquablement rendu plus intense l’émotion que l’annonce de son décès aura provoquée chez les villageois qui, ici comme partout ailleurs et de tout temps, apprécient davantage les êtres discrets et humbles. Sur le visage des nombreux compagnons de lutte du défunt venus de plusieurs contrées de Kabylie et même d’Alger et qui ont tenu à être présents le jour de l’enterrement, on pouvait lire la peine et la tristesse.

	Ces «anciens des années de feu» se reconnaissaient aux marques physiques, parfois aux handicaps très perceptibles, que l’âge et surtout les souffrances du temps de guerre ont fini par imprimer à leur corps. Il y avait là une bonne quinzaine d’hommes, qui manifestement et pour certains, se redécouvraient également, avant de se rappeler mutuellement des séquences de souvenirs du temps jadis. Tous ceux-là ont connu, ou eu à croiser au moins une fois, au cours de leur parcours militant, le regretté disparu, celui que la plupart d’entre les «choquistes» d’autrefois continuaient d’appeler «Ali».

	Le nom de guerre que le résistant s’était choisi, par référence au prénom de celui qui lui donna le jour en février 1930 à Azazga. Le père, celui qu’au douar les plus vieux dénommaient Si Ali ou El Kadhi y exerçait, alors, la charge de cadi notaire. Il était assurément une notabilité bien connue dans la Kabylie du début du vingtième siècle. Né en 1864, l’intéressé eut l’heur de faire partie des premiers effectifs indigènes de l’université d’Alger. Celui-là aurait été bien fier d’entendre, s’il le pouvait de sa tombe, les hommages si peu circonstanciels que les «hommes de la Spéciale» rendirent sur place, unanimement et tout aussi sobrement que spontanément, à son digne héritier. En effet, ce qui a été dit sur Si Tahar par ses pairs présents aux Ath Yenni n’était guère banal.

	Au reste, les propos tenus confirmaient, précisaient ou complétaient les informations diverses que le rédacteur de ces lignes avait, soit glanées précédemment sur le passé du défunt au gré de rencontres inopinées de gens qui, un jour ou l’autre, avaient partagé avec lui une séquence de son parcours de combat, sinon, qu’il avait relevé de ses lectures sur l’histoire de la guerre de Libération nationale. En rapportant fidèlement ici l’ensemble de ce qu’il avait ainsi pu recueillir, ce sera plus que l’hommage mérité dû à l’un des innombrables moudjahidine de France, auquel il sera sacrifié. Peut-être serait-ce aussi et surtout l’obligation de sauvegarder un pan de la mémoire du combat de ceux qui ont fait la guerre, ou l’ont vécue alors qu’ils étaient enfants, qui s’en trouvera de son côté ponctuellement satisfaite.

	Un combat propre à inspirer ou conforter présentement encore l’espoir en un avenir de paix, de démocratie et de prospérité pour les générations d’aujourd’hui comme pour celles de demain. Celui qui permit la libération du pays et auquel, du reste, les Ath Yenni avaient eu, à l’instar de la plupart des localités du pays, à sacrifier des dizaines de leurs enfants : plus de cent soixante noms de chouhada sont recensés sur la stèle commémorative dressée à l’entrée du village de Taourirt Mimoun et parmi eux, une dizaine de femmes.  Et ce, naturellement, outre les dizaines de moudjahidine ou de résistants civils dont, hélas, la mémoire locale ne cultive pas, comme partout ailleurs sans doute, l’intense souvenir que pourtant tous méritent ! Tel celui que, pour le défunt Si Tahar, le présent écrit voudrait évoquer aujourd’hui tant l’itinéraire patriotique de cet homme ne fut nullement quelconque puisque même des sources écrites ont pu en témoigner au passage.

	La fédération de France du FLN

	En effet, déjà, au milieu des années 1980, le premier livre d’Ali Haroun sur La VIIe wilaya, ou la Fédération de France du FLN, signalera que l’intéressé prit la pleine responsabilité de l’OS aussitôt que son compagnon, Aït Mokhtar Nacereddine dit Madjid, avait été contraint de s’exiler en Allemagne pour échapper à une arrestation. Suite à la parution de cet ouvrage, un ancien cadre du PPA/MTLD qui fut en relation avec les maquisards du Djurdjura des années 1945 (Krim Belkacem et Ouamrane) et l’un des premiers militants du FLN en France — Si Saïd Ouali Mouzarine — signera une notice-critique d’une vingtaine de pages dans laquelle il formulera ses observations sur le contenu de l’édition considérée.

	A ce titre, l’auteur de l’écrit rappellera que les «groupes de choc» créés dès le début de l’année 1956 ont constitué la matrice de l’OS. Il citera parmi leurs premiers membres et aux côtés de Teklal Kaci, Slimane Amirat, Arezki Haddad, Mohamed Ouramdhane Saâdaoui, Cherif H’Rioui, Abdel Kader Ould Hamou, Aouli Brahim dit Bouboul, Tahar Benyahia, lequel fera donc partie de ce premier noyau de militants armés dont émergea l’encadrement de base de la future Organisation spéciale.

	Des éléments convaincus et pétris déjà d’expérience que viendront renforcer, à la fin de l’année 1957, plusieurs jeunes étudiants sélectionnés au sein des Sections universitaires (SU) du FLN implantées en France. Et pour justifier à la fois d’une bonne connaissance du terrain et d’un niveau scolaire appréciable pour un travailleur émigré, Si Tahar se trouvera tout naturellement propulsé, très tôt même, aux avant-postes du groupe de militants qui organiseront et superviseront sur le terrain l’exécution des opérations du 25 août 1958 dont le coup le plus spectaculaire fut, tout le monde le sait, l’incendie des dépôts de carburants de Marseille dont s’honorera Abderrahmane Chérif Meziane, celui qui, dans les années 1990, deviendra ministre de l’Intérieur de l’Algérie après avoir été wali d’Alger et de Béjaïa.

	Tahar-Ali Benyahia opérait, au départ, au niveau de la rive droite de la Seine à Paris. Omar Saâdaoui, un cadre très connu de l’OS, ami fidèle de la famille Benyahia présent aux Ath Yenni le jour de l’inhumation, aurait pu en dire beaucoup sur ce que fut l’apport personnel du défunt à la réussite de cette guerre surprise qui ébranla la France durant l’été 1958 si, en la circonstance, lui le témoin et l’acteur de l’événement d’alors, ne s’était davantage préoccupé de mettre en exergue les qualités de son compagnon. A ce titre, l’intéressé soulignera, outre celles de courage, de maîtrise de soi et d’endurance dont au départ chaque élément de l’OS devait faire preuve, le sens élevé de l’organisation et de la précision qui caractérisait en particulier Si Tahar…

	De façon toute discrète, un autre hôte des Ath Yenni avouera de son côté que son ami «Ali» se distinguait surtout par son intransigeance sur le respect des principes et des règles régissant le fonctionnement de l’organisation. Une vertu qui, donc, expliquera les rapports difficiles que, selon d’autres sources, Tahar Benyahia avait pu avoir avec de hauts responsables du FLN en France ! Ce sera sans doute cette même disposition d’esprit qui conduira l’homme, d’abord, à refuser de se joindre aux arrangements auxquels avaient vite céder, au lendemain de l’indépendance, de nombreux cadres du FLN et, ensuite, à se décider de quitter au milieu des années soixante le pays que, comme tout autre sincère patriote, il chérissait tant. N’étant ni un homme de salon, ni également un Don Quichotte et encore moins un opportuniste, l’ancien choquiste avait de fait préféré s’éloigner du pays.

	Peut-être avait-il nourri le secret espoir qu’un jour il y reviendrait pour y couler des jours heureux ? Au lieu de cela, l’homme finit par n’avoir aucun contact avec quiconque de ses plus proches parents ni de ses amis intimes. Non, ce n’était pas pour des raisons personnelles… peut-être avait-il décidé de plonger une nouvelle fois dans une clandestinité que le temps passé lui avait appris à aimer ! Mais ne nous attardons pas trop sur ces aspects, assurément dépassés à présent, pour revenir au passé strictement militant de l’ancien résistant lequel aura, de notoriété, fait preuve sur le terrain des opérations armées d’une efficacité reconnue. Indéniablement, l’homme avait fait partie de l’élite de la «Spéciale» qui permit de transporter la guerre sur le territoire même de la France.

	Une entreprise absolument inédite dans l’histoire des guerres révolutionnaires du vingtième siècle ! Et ce, dans la mesure où ses promoteurs avaient eu la force et le génie, d’une part, de réussir à obtenir une mobilisation massive, organisée et consciente, sinon enthousiaste, des dizaines de milliers d’Algériens composant, alors, la communauté algérienne émigrée en France et, d’autre part, de susciter l’engagement exceptionnel de dizaines de citoyens français, militants sincères et désintéressés de la cause de l’indépendance des peuples colonisés, lesquels prendront souvent des risques multiples à convoyer ou cacher les femmes et hommes du FLN, à transporter les armes…

	Son arrestation fut annoncée par la radio parisienne

	C’est donc dans de ce contexte général, et sur le terrain des actions armées, qu’aura émergé la personnalité transcendante de Si Tahar Benyahia lequel  parviendra, dès la fin de l’année 1958 sinon tout au début de 1959, à devenir un des premiers adjoints de Rabah Bouaziz dit Said — le membre chargé du domaine militaire au sein du Comité Fédéral du FLN en France. Il est loisible de retrouver l’information considérée dans le livre de Lyes Hamdani sur les Services Secrets algériens lequel a pu, en même temps, préciser que, à ce titre, l’intéressé avait assuré aux côtés du responsable précité la représentation en France du redoutable MALG d’Abdelhafidh Boussouf (cf. le livre considéré page 17).

	L’information est corroborée par celle que donne Daho Djerbal, l’historien-universitaire auteur du remarquable livre dédié à L’Organisation Spéciale de la Fédération de France du FLN paru aux éditions Chihab au milieu de l’année 2012. C’est sans doute à ce titre que Tahar Benyahia put participer, en compagnie d’Ait Mokhtar mais aussi de Rabah Amroun et de Larbi Driss, à la réunion tenue au début du deuxième trimestre 1959, sous la direction d’Omar Boudaoud, par le Comité fédéral du FLN en France élargie aux chefs de wilaya — cf. page 317 de l’ouvrage cité — et dont la session fut consacrée à la révision des modes de fonctionnement ainsi que de l’organisation des structures du FLN en métropole.

	Faisant, de notoriété, tandem avec Nacereddine Ait Mokhtar dit Madjid, celui que dès le début de l’année 1961 la police française considérait comme le «terroriste FLN» le plus dangereux de la métropole — le futur spécialiste de neurologie qui décédera lui aussi dans l’anonymat il y a plusieurs années —Tahar Benyahia  ne réussira pas à survivre très longtemps dans la clandestinité. De fait, et en dépit de son expérience éprouvée de l’action secrète ainsi que de son sens élevé de l’organisation qui le fit durer aussi longtemps dans le combat, l’intéressé ne parviendra pas à sortir de la nasse qu’avaient patiemment tissée, autour de lui et de ses fidèles compagnons de l’OS, les fins et redoutables limiers des services français de sécurité…

	Son arrestation fut annoncée par la radio parisienne laquelle affirma que la mise hors d’état de nuire du «redoutable terroriste du F.L.N», Tahar Benyahia, apportera un grand «soulagement à la population parisienne». Le commentaire  fit, en son temps, une forte impression sur les membres de sa famille qui ont pu l’intercepter. Aujourd’hui, en pensant à tout ce qui a pu s’écrire dans les journaux d’outre mer et se dire sur les ondes radiophoniques au sujet de l’épopée de notre émigration en France, on est en droit de s’interroger sur la parcimonie des informations qui sont données sur les innombrables femmes et hommes qui ont fait la guerre, chose inédite, sur le territoire même de l’ennemi. On parvient dès lors à déplorer que fussent omis ou carrément ignorés les noms de patriotes qui, un jour ou l’autre, firent partie de ce qui s’apparente vraiment à la célèbre «Armée des ombres» pour reprendre le titre du livre que Joseph Kessel, le membre de l’Académie française, donna au palpitant ouvrage qu’il dédia aux membres de la Résistance française contre l’occupation allemande.

	A l’instant, je pense particulièrement à l’un d’entre eux, un vétéran, feu Slimane Amirat ! Pour en rester toujours à l’itinéraire personnel du disparu dont l’on se remémore, ici, ce sera dans le témoignage qu’en fit, un Français acquis à la cause de l’indépendance de l’Algérie — Diego Masson — celui qui fut le convoyeur et l’agent de liaison de Said Bouaziz que nous pourrons également trouver matière à se convaincre de la force et de la permanence de l’engagement de Tahar Benyahia dans la lutte armée du F.L.N en France.

	Ce fils d’un républicain espagnol anti-franquiste dira avoir retrouvé à Fresnes ce patriote qui, purgeant sa peine à la prison de Fresnes aux côtés d’autres moudjahidine, Saâdaoui et Ali Zamoum — un homme du premier Novembre — le convaincra d’assurer, dès sa sortie de taule, le transport d’armes dans Paris pour le compte de l’OS(cf. Jacques Charby pages 143 à 146 du livre Les porteurs d’espoir Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent). Par ailleurs, dans le livre intitulé 7 ans de guerre en France, quand le FLN frappait en métropole, Raymond Muelle citera à plusieurs reprises Tahar Benyahia.

	A ce titre, les lecteurs intéressés  pourront se reporter aux pages 257, 259 et 261 de l’ouvrage précité où ils pourront, en l’occurrence, relever que le défunt n’était pas, s’il en était peut-être, un supplétif ou un simple intérimaire, puisque sa «mise hors d’état de nuire» n’aura pas manqué d’affecter gravement le moral des troupes de l’OS et ce, de l’aveu même d’un des cadres de l’OS arrêté après son chef Tahar ! Un des hôtes des Ait Yenni venu se recueillir sur la dépouille du moudjahid se rappellera du fait et avouera que le défunt fut indéniablement un «grand chef».

	Craignant, peut-être de n’être pas bien compris de chacun, l’ancien choquiste jugea utile de préciser sa pensée par une formule indéniablement éloquente : «A la limite, il importe vraiment peu de savoir quand Tahar avait effectivement atteint le sommet de la chaîne de commandement de ‘‘l’ALN de France’’. Pour nous les hommes de terrain, Tahar fut toujours le chef parce qu’il était chaque fois à nos côtés lorsque nous passions à l’action ! » Dans le même sens de cette appréciation, il me revient de suite à l’esprit la réflexion d’un autre moudjahid de France, celui-là disparu au milieu de la première décennie du siècle qui commence : Mohamed Hocine Benyahia, un citoyen de Barbacha en Petite Kabylie, celui que les hommes de la «Spéciale» appelaient «Texas».

	A entendre d’un coup cet ancien condamné à mort se remémorer de façon élogieuse son compagnon d’armes, Tahar Benyahia, on reste saisi autant par la sincérité que la spontanéité de l’hommage. Tout bonnement, Texas put, en effet, affirmer devant plusieurs témoins présents à la cérémonie de remémoration d’Abou Bekr Belkaid organisée à El Alia que, lui Mohamed l’ancien de la «Spéciale», se sentait toujours en état «d’exécuteraujourd’hui encore, disait-il quel qu’ordre qui puisse émaner de son ami de jadis, Tahar-Ali !»  
	avait-il émis le voeu d’y être enterré ?

	A présent, bien des années après, le propos de celui qui fut un dur parmi les durs ressemble à un hommage pré-mortem pour celui qui, récemment, s’éteignit en Allemagne. A l’évidence, tous les éléments de la «Spéciale» furent braves; et tous furent des «chefs». Chacun mérite la reconnaissance qui est due à tous. La brève relation qui est faite ici de l’itinéraire d’un des leurs se voudrait être juste une ligne supplémentaire au grand livre de l’histoire de l’arme de guerre du FLN en France dont le récent ouvrage phare de Daho Djerbal a écrit, à n’en pas douter, un des plus éloquents chapitres.

	L’auteur précité avait eu l’audace d’ouvrir des pistes de réflexion à travers plusieurs questions pertinentes émaillant la dernière partie de son bouquin. Dont notamment celle relative aux raisons profondes de l’éparpillement, sinon de l’isolement, qui au lendemain de l’indépendance fut finalement le destin irrévocable de l’encadrement de l’OS. A cet égard, l’interminable exil de l’homme récemment inhumé aux Ait Yenni, et surtout l’assourdissant silence qu’il s’était imposé durant tout le temps — plus  de quarante ans, mon Dieu — qu’avait duré son absence du pays peuvent résonner aujourd’hui comme un écho poignant à l’une des interrogations de l’historien. Car, il est impensable, il est même inadmissible, que ce fût pour des motifs strictement personnels que Tahar Benyahia eut choisi de couper tout contact avec la patrie qu’avec des milliers d’autres il avait contribué à libérer.

	Un demi-siècle plus tard n’avait-il pas émis le vœu d’y être enterré ? Peut-être bien que les proches du regretté disparu parviendront-ils, en reconstituant jusqu’à la plus récente séquence de son passé, faire vivre de nouveau un personnage décidément devenu attachant par le fait même de son tragique destin ? Déjà, on confirme à partir de l’Association des anciens moudjahidine de la Fédération de France du FLN de la wilaya de Tizi Ouzou que l’ancien responsable au sein de l’OS n’est nullement inscrit sur le fichier local ou national des moudjahidine ! Sa famille le pressentait bien, elle qui s’est précipitée à rapatrier, aux modestes frais de son frère Omar et de ses neveux, la dépouille de son aîné. Ses parents tiennent à témoigner toute leur reconnaissance aux amis du MAE et aux autorités consulaires algériennes de Bonn en Allemagne.

	Selon ses pairs, il n’aurait jamais accepté de se voir décerner quelque insigne titre de reconnaissance institué par la République. Il est vrai que, de ce point de vue, Belkacem Benyahia — un ancien militant du PPA/MTLD en France et l’un des premiers cadres du FLN de l’ex-métropole, celui qui fut le directeur de l’hebdomadaire El Moudjahid au lendemain de l’indépendance avant d’assumer longtemps les fonctions d’ambassadeur d’Algérie en Afrique et en Europe décédé il y aura bientôt vingt ans — avait précédé son cadet dans ce choix. Que Dieu couvre de sa Sainte miséricorde le regretté disparu.                                                                                     
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           <title>Village Beni Lalam (Bordj Bou Arréridj) : un symbole de résistance</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 24 Feb 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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	Le village de Beni Lalam, dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, se distingue non seulement par sa position géographique mais aussi par son histoire riche en événements, notamment sur le plan de la résistance à l’occupation étrangère dans notre pays. 
	Une succession de faits historiques qui fait de cette contrée un lieu symbolique, qui rime avec combat. Depuis 1871 et la bataille de Lechbour, au cours de laquelle est tombé le héros Ali Ben Belkacem, jusqu’au déclenchement de la lutte de Libération nationale, le arch des Beni Yalam s’est illustré par sa bravoure et son patriotisme en livrant plusieurs batailles à l’ennemi, comme celle de Ikherbane en 1956, ou celle de Ighil Imoula en 1958, ou encore celle de Resfa dirigée par Si Hmimi et certains membres de la famille Belazoug.
	En 1956, le village a été le théâtre d’une bataille farouche où l’ennemi, sous la conduite du lieutenant Fallan, y a laissé des plumes et des pertes considérables. Les représailles ne tarderont pas puisque le 17 février de la même année, l’occupant fera des lieux une base semant la terreur et la désolation parmi la population «indigène».

	La riposte a été fulgurante et le mois de mars 1956 a été marquant, puisque l’organisation de la révolution s’est dotée, en ces lieux, d’un commandement dirigé par Belazoug Mohamed, secondé par Boukedjar Bachir et Belazoug Abdelkader et un groupe important de moussabiline de la région. a famille Belazoug, pour rappel, a payé un lourd tribut lors de l’insurrection contre l’occupation française et ce n’est pas un hasard, si le nom de cette famille conservatrice et révolutionnaire figure en bonne place dans la stèle dédiée aux chouhada.

	Les rares rescapés de la période de feu vous conteront les faits d’armes accomplis par les fils de cette région, en mettant en avant le rôle de Tayeb Belazoug, le vétéran, né en 1907. Le premier qui a rejoint les rangs de l’ALN en 1955, et qui a eu l’insigne honneur de lancer la révolution dans cette contrée, en la dotant de l’armement nécessaire et qui a pris une part active, avec son épouse, née Redjal, aux batailles de Beni Lalam en 1955, de Tila en mai 1956.  Tayeb a été membre du commissariat politique. Sa connaissance de l’armement, il la doit au fait qu’il commerçait dans ce domaine et qu’il n’a pas hésité, dès son engagement dans la révolution, à doter ses pairs d’un lot important d’armes. Tayeb tomba au champ d’honneur en 1958, non sans avoir semé cette graine qui enflamma cette contrée, insufflant en elle le goût du sacrifice et de la lutte.

	Le village de Beni Lalam, qui a donné ses meilleurs enfants à la patrie, est fier de son passé, truffé d’actes héroïques qui font la fierté de la génération montante, qui se rappelle au souvenir de ses aînés, là-haut sur la montagne où son gravés à jamais les exemples éternels de la résistance … ]]></description>
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           <title>Manseur Saïd, le résistant de Tifrit</title>
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           <pubDate>Sun, 24 Feb 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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	1830-1930, un siècle de colonisation. Cette année est fêtée en grande pompe par les colons. Toute l’Algérie est en effervescence. 
	Aussi, comment se douter que deux années plus tard, l’Algérie allait donner naissance à un enfant qui deviendra le pire ennemi de ces fêtards ? A Alger, rue de la Marine, le 8 février 1932, Saïd Manseur voit le jour dans une famille modeste. «Libérer le pays» sera son cheval de bataille durant toute sa jeunesse et ce, jusqu’à l’indépendance en 1962, à ses 30 ans. A peine a-t-il vu le jour, que la rue est son terrain de jeux. Il n’y a pas de place à l’école pour le petit indigène qu’il est, comme pour tous les petits Algériens d’ailleurs. A neuf ans, alors que les petits Européens jouent aux billes, à cache-cache, aux gendarmes et aux voleurs, Saïd «s’amuse» à travailler au port. A neuf ans, il gagne sa vie, plutôt celle de sa famille et, comme une fourmi, il dépose au creux de la main, qui l’a nourri et bercé, le pécule rudement gagné.

	A 13 ans, Saïd s’intéresse au sport de combat, comme tous les jeunes de son âge. Il pratique la boxe, un sport bien prisé par les jeunes Algériens. Les «événements» du 8 Mai 1945 éclatent comme une poudrière.
	Et d’un seul cri, le peuple opprimé réclame sa liberté. Saïd y prend part, ayant déjà pris conscience de cette injustice qui sévit sur ses terres. C’est un petit homme du haut de ses 13 ans, et cette manifestation, c’est avant tout la sienne. 1945 le voit se transformer en homme, lorsque son sang arrose cette terre tellement chérie : deux balles ont transpercé sa jambe.

	Il lui faut continuer de vivre, mais il n’a pas fait d’études. A 14 ans, il se doit de survivre avec son physique de sportif. C’est ainsi qu’il devient scaphandrier car ayant plusieurs bouches à nourrir. Il s’en sort bien pour un illettré. Seize ans, un âge trop avancé pour faire de la boxe, alors que le pays a besoin de tous ses hommes pour se faire entendre, se libérer.

	Saïd s’engage corps et âme pour la cause nationale : combattre l’occupant par les armes. Il est dénoncé par les cagoulés et arrêté dans un barrage à Port Saïd, un endroit qui porte aussi, ironie du sort, son nom.  Emmené au centre de tri de Beni Messous, il est torturé et suspendu à un arbre par les pieds, la tête en bas. Pour accroître son supplice, on lui écarte les jambes.
	Il restera, dans cette position, plusieurs jours d’affilée, mais c’était sans compter sur cette fougue de jeune avide de liberté, du droit de vivre en toute liberté.

	Relâché après quelques mois, Saïd reprend le combat pour la cause qu’il a épousée le jour de sa naissance. Avait-il entendu ce jour-là la tristesse de sa mère, alors que les colons jouissaient de la belle Algérie ? Cette fois, il est agent de liaison et, est chargé de récupérer des armes. Après plusieurs missions bien accomplies, accompagné d’un camarade de combat, il doit traverser un barrage. Les militaires lui intiment l’ordre de s’arrêter.

	Les armes sont cachées dans le châssis de sa voiture, et il n’a pas d’autre choix que de forcer le barrage. Il est pris en chasse. Une course-poursuite s’annonce fatale pour les deux jeunes Algériens. Pour sauver la vie à son camarade, il le pousse et le jette hors de son véhicule. Son ami s’en sort indemne, mais Saïd est malheureusement blessé. Cette blessure indélébile, c’est le prix de sa liberté, puisqu’il la traînera pour toujours, lui causant une invalidité à vie. Saïd tombe entre les mains de ses pires ennemis. Il est arrêté et torturé.

	La prison est encore un rempart à franchir pour atteindre cette liberté tant espérée. Il y subit les pires sévices.
	Les tortures sont de plus en plus atroces. Meurtri dans sa chair, Saïd ne laisse pas son rêve se briser. Même si, parfois, le doute le ronge lorsque les êtres qui torturent n’ont plus rien d’humain. Les décharges électriques s’emparent de son corps, l’atteignant au plus profond de ses blessures. Emprisonné, Saïd «s’évade» en apprenant à lire et à écrire.

	De cette geôle, il sort blessé dans sa chair et dans son âme, mais toujours aussi fier. 1962 voit se réaliser le rêve de millions d’Algériens. C’est au tour des «indigènes» de fêter dans la liesse, cette Algérie libre.
	Cette indépendance tant attendue a un arrière- goût amer pour Saïd, car beaucoup de ses amis ne sont plus là, ayant sacrifié leur jeunesse pour l’amour de la patrie. Les années passent. Il travaille dur pour élever ses huit enfants, sans se ménager, malgré son invalidité.

	Les amis et les compagnons d’armes de Saïd partent les uns après les autres, et ce chagrin le ronge, l’use lentement… Il perd goût à la vie. Le 8 février 2012, pour ses 80 ans, Saïd Manseur est triste. Il pense tout haut : «Je suis fatigué, je veux partir…». Il faut dire que Dieu était à l’écoute, car, trois jours plus tard, il est parti.Aujourd’hui, Saïd Manseur repose sur une colline de son village adoré, Tifrit Naït El Hadj, à quelques kilomètres d’Azzefoun. Le 11 février 2012, tous les villageois ont œuvré pour dégager les routes bloquées par la neige, afin qu’il repose au cimetière de Taramacht. C’était son dernier souhait.

	Voilà déjà une année qui passe sans lui, sans sa présence, sans son fameux rire à gorge déployée qui s’entendait à des kilomètres, sans ses fameuses phrases si particulières chargées de bon sens. Ses enfants sont fiers de lui, de son parcours. Saïd Manseur a accompli son devoir envers sa patrie. Le premier anniversaire de sa disparition coïncide avec le cinquantième anniversaire de l’indépendance, une indépendance douloureusement arrachée.
	
	Aimer mon père
	Aimer tes cheveux blancs que les ans ont décolorés
	Aimer ton visage que la souffrance de la vie a modelé
	Aimer tes ridules que le temps a creusées
	Aimer ton cœur, noyé dans la candeur
	Aimer ton rire et tes qualités
	Encore plus tes défauts, car ils font ta singularité
	Aimer ton invalidité que ta bravoure a générée  
	On t’aime, depuis que la vie coule dans nos veines,
	Jusqu’à ce qu’elle s’éteigne, ce sera toujours idem.
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           <title>le 14 janvier 1952 décédait Mohamed Belouizdad</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Mon, 14 Jan 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Mon, 14 Jan 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Nous sommes en 1942, le débarquement des Alliés, principalement les forces anglo-américaines, a eu lieu le 8 novembre. Nous, les jeunes de cette époque, nous sortions à peine de l’adolescence. 
	L’école que je fréquentais, un cours complémentaire qui préparait au brevet élémentaire (BE) est occupée par les soldats alliés. Seul «indigène» dans ma classe, c’était pour moi l’abandon définitif des études, malgré ma forte envie de m’instruire. Les élèves européens étaient dans leur totalité transférés dans une école de la périphérie d’Alger. Les contacts entre les jeunes musulmans des divers quartiers se multipliaient. Nos têtes bouillonnaient d’idées. On se posait des questions :
	tous les postes d’autorité et bien d’autres encore sont occupés uniquement par les Européens. Pourquoi ? Les écoles, où notre langue arabe est bannie, nous sont fermées, sauf pour une infime minorité. Pourquoi ? En classe, ceux des Algériens qui avaient la chance d’y être admis, comme moi, se sentaient étrangers et hostiles à ce drapeau bleu, blanc, rouge que le régime de l’époque faisait saluer chaque matin. Pourquoi ?

	Notre langue maternelle était non seulement considérée comme une langue étrangère, mais encore pourchassée, puisqu’à l’école primaire il nous était interdit de la parler en cour de récréation.  Lorsque par hasard nous nous trouvions parmi la foule des spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représentait pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avions-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Telles étaient quelques-unes des multiples questions que les jeunes se posaient.

	Dans nos rencontres et nos discussions, nous commencions à admettre la nécessité de «faire quelque chose». Allions-nous rester les bras croisés ? Les plus lucides parmi nous répondaient : «Il faut nous organiser ! Créer une organisation.» Et c’était ainsi que de nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes des années 1942-1943. Toutes ces idées avaient pour fondement la nécessité d’entreprendre une lutte organisée pour changer notre destin, nous donner une raison de lutter et de vivre debout.

	Nos rencontres se déroulaient dans les cafés, dans les fêtes de famille, dans la forêt toute proche du Fort des arcades qui surplombe le quartier de Belcourt. Et ce fut la création du Comité de la jeunesse de Belcourt (CJB), né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France, qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple, en lui fermant toute issue pour retrouver sa dignité et sa fierté. Nous n’avions encore aucune idée ni du programme de ce comité ni de ses moyens d’action. Nous étions d’accord sur un seul point, il fallait s’organiser et se préparer clandestinement pour une action directe le moment venu.

	Chaque membre du comité était chargé de recruter les jeunes de son quartier. Les premiers membres fondateurs de ce comité, les jeunes Mohamed Belouizdad, Ahmed Mahsas, M’hamed Yousfi, Hammouda Larab, M’hamed Bacha Tazir s’engagèrent à recruter, chacun dans son quartier, le maximum de jeunes. A une de nos premières réunions, où les décisions sans qu’on s’en rendit  compte se prenaient d’une manière collégiale, il fut décidé, sur proposition de Mohamed Belouizdad, que notre organisation soit intégrée comme mouvement jeune au Parti du peuple Algérien (PPA).

	Belouizdad nous expliquait que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous, les jeunes, devrions être l’avant-garde. Notre jeunesse, marquée par les épreuves de l’oppression coloniale, s’est révélée d’une maturité étonnante et, en peu de temps, notre organisation prit une telle ampleur qu’elle surprit même les responsables du parti au plus haut niveau. Le parti était à ce moment vraiment en perte de vitesse, traumatisé par une terrible répression.

	Presque tous les dirigeants et militants connus avaient été arrêtés et condamnés à de lourdes peines de travaux forcés. Notre comité, avec l’organisation des autres jeunes de la capitale et des principales villes du pays, allait insuffler un sang nouveau au parti, lui donner une nouvelle jeunesse, le secouer de sa léthargie. Ainsi, le redressement du seul parti révolutionnaire est venu de la base, de sa jeunesse.

	Le CJB étant formé de membres égaux, le moment était arrivé, devant le succès du recrutement et de la diversité des tâches à accomplir, de désigner par nous le «primus inter pares», un coordinateur. Et chose extraordinaire, comme un seul homme, nous désignâmes à l’unanimité et sans qu’il fût candidat Mohamed Belouizdad à la tête du Comité de la jeunesse de Belcourt. Mohamed déployera une intense activité et montrera un talent d’organisateur peu commun, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin.

	Mohamed lui donna le titre d’El Watan (La patrie). Ce fut une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Les premiers articles furent rédigés par Belouizdad et Mahsas. Plus tard, nous nous sommes débrouillé une petite imprimerie manuelle, dont Mahsas s’est fait le spécialiste. Mais l’expérience du journal fut rapidement stoppée sur ordre des hautes instances du parti, après seulement quelques numéros. Peu de temps après en effet, le parti faisait paraître le journal L’Action algérienne qui était bien imprimé et distribué clandestinement uniquement aux militants, lesquels le diffusaient au sein du peuple. Mohamed menait à travers l’organisation une activité incessante. Elle révéla progressivement sa forte personnalité et s’imposa très vite à l’ensemble des militants. Il était un exemple pour nous tous par son courage à toute épreuve, sa modestie et sa simplicité proverbiales.

	Son intelliqence supérieure nous fascinait, il était le seul à ne susciter aucune jalousie ni contestation de la part des militants. Il avait une vision prospective extraordinaire et une grande lucidité. Il nous disait durant les années 1940, par exemple : «Le point noir du problème algérien, c’est le million d’Européens». Prédiction qui s’est révélée exacte. En effet, si la lutte armée a duré près de huit ans, c’est précisément à cause de ce «point noir» qui inquiétait déjà Mohamed une dizaine d’années avant le déclenchement de la Révolution, le 1er Novembre 1954, et qui a fait reculer, par les manifestations racistes des pieds-noirs de février 1956, le gouvernement de Guy Mollet, qui s’apprêtait à entamer des négociations avec le FLN.

	Ce recul du gouvernement socialiste français prolongea ainsi la guerre de plus de six ans. La présence de ce million d’Européens, prépondérant dans tous les domaines, résultat de la politique de peuplement du gouvernement français depuis la conquête, constituait un véritable danger pour l’avenir du peuple algérien. Mohamed Belouizdad était respecté, admiré et aimé non seulement par la hiérarchie du parti et des militants, mais même par les truands du quartier qui n’acceptaient que son autorité. D’ailleurs, la plupart ont fini par adhérer au parti et beaucoup parmi eux sont tombés, après Novembre 1954, les armes à la main, ou torturés à mort par les forces armées françaises.

	Inlassable et infatigable, Mohamed, qui était devenu le président du CJB, avait imaginé, au début des années 1940 et pour canaliser l’ardeur de la jeunesse, des matchs de football inter-quartiers qui se déroulaient sur un terrain vague de la forêt des Arcades. Les premiers contacts avec la hiérarchie du parti se firent par l’intermédiaire de Si Ahmed Bouda, qui venait d’être libéré du camp d’internement de Djenan Bourezgue. Les exposés, les interventions et les conférences de Mohamed
	Belouizdad étaient des chefs-d’œuvre de clarté, de précision et de logique. Son argumentation était très convaincante.

	Dès qu’il entrait dans le vif du sujet, que ce soit en langue arabe ou en langue française, il maniait à la perfection les deux, on était subjugué par l’orateur. On buvait ses paroles comme de l’eau pure qui coule d’une source de montagne. Selon l’auditoire, ses  exposés étaient faits soit en français, soit en arabe dialectal. Mais jamais il ne mélangeait les deux langues dans ses interventions. Il est dommage que les impératifs de la clandestinité n’aient laissé aucune trace des exposés et des conférences de Mohamed Belouizdad !

	En cette période très dure pour notre mouvement, tout écrit qui tombait entre les mains de la police française, c’était tout un pan de notre organisation qui risquait de s’effondrer. Et Mohamed nous enseignait en donnant lui-même l’exemple qu’il fallait préserver notre organisation comme la prunelle de nos yeux.

	La personnalité de Mohamed était réellement peu commune : il alliait à une modestie et une simplicité jamais prises en défaut, un courage, une intelligence et un sens aigu de l’organisation, doublée d’un stratège et d’un tacticien hors pair. C’était lui qui avait imaginé le schéma d’organisation des jeunes de Belcourt dans les années 1940. A la base, il y avait la cellule de 5 à 7 militants, 4 ou 5 cellules formaient un comité local et 3 ou 4 comités locaux formaient un district. Au sommet, les membres du comité étaient chacun à la tête d’un district. Quand Mohamed fut élu à la tête du CJB, ce fut Ghezali Belhaffaf qui lui succéda à la tête du district de Sidi M’hamed.

	Mohamed s’informait de tout ce qui se passait d’important dans le monde, avec l’œil critique d’un véritable révolutionnaire. Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il nous parla déjà de ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui avaient été déplacés par Staline, pour les punir de la mollesse de leur attitude face aux envahisseurs ou de leur collaboration avec les Allemands. La commémoration de la création du PPA, le 11 mars 1937, donna lieu à des conférences sur l’histoire du parti. Le conférencier le plus transcendant était toujours Mohamed, que l’on écoutait avec admiration et avidité.

	De Massinissa à Messali, en passant par Jugurtha, la Kahina, l’Emir Abdelkader, El Mokrani, Ouled Sidi Cheikh, rien ne lui échappait de l’histoire du Maghreb en général et de l’Algérie en particulier, preuve de ses nombreuses lectures, car Mohamed lisait beaucoup et vite. Sa façon pédagogique de s’exprimer nous permettait de tirer un énorme profit de ses connaissances pour mieux défendre les thèses du PPA face aux partis adverses des réformistes et des arrivistes, qui liaient leurs intérêts à ceux de l’administration coloniale. Dès 1947, Mohamed m’associa à la récupération d’armes.

	C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant certainement des stocks des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba, où existait une grotte appropriée, l’autre cache dans une petite propriété à Bouzaréah, appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Si Mohamed Saradouni, le vieux militant qui gérait un dépôt de matériel usagé et de vieux moteurs à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed.

	Notre comité se réunissait une fois par semaine, à tour de rôle, dans les modestes maisons de nos parents. Une fois, en me rendant à une de ses réunions qui devait se dérouler chez Hammouda, dans le quartier dit «La carrière», j’ai rencontré en chemin une patrouille de soldats anglais qui me bousculèrent avec d’autres passants, après nous avoir fouillés avec rudesse et quelque peu brutalisés. Arrivé à la réunion, j’ai raconté l’incident à Mohamed, il me répondit : «c’est une bonne chose ce qui t’arrive, car cela doit t’inciter à lutter davantage pour libérer notre pays de toute occupation étrangère».

	Depuis 1830, quel qu’ait été le régime français, royauté, empire, République, la répression n’a jamais cessé à l’encontre du peuple algérien, dont la lutte pour la liberté et la dignité prenait toutes les formes possibles et imaginables. C’est ainsi que bien  avant la grande répression de 1945, beaucoup de militants avaient été  déjà arrêtés et condamnés à de lourdes peines de travaux forcés par les tribunaux militaires français.

	D’autres avaient été soit internés, soit assignés à des résidences forcées ou déportés dans de lointaines colonies française en Afrique et ailleurs. Après le vote de la loi d’amnistie au début de l’année 1946 par l’Assemblée nationale française, des milliers d’Algériens furent libérés des prisons et des camps d’internement. Mais beaucoup d’autres parmi lesquels Si Mohamed
	Mazouzi ne bénéficieront pas de cette loi. Les autorités françaises ayant assimilé leur lutte à celle des droits communs. Les survivants de ces militants de valeur ne furent libérés qu’après la signature des accords d’Evian le 19 mars 1962, soit 17 ans après avoir été emprisonnés avant les événements de 1945. Moi-même et d’autres militants, notamment avec des dirigeants nationalistes connus de l’époque, tels Si Mohamed Khider, Si Lahouel El Hocine étions les derniers à bénéficier de la loi d’amnistie de 1946 et libérés durant le mois de mars de la même année de la prison centrale de Lambèse.

	Nous reprenions avec la plupart des militants structurés rapidement l’activité militante clandestine au sein du PPA. Au nom du parti, je fus installé par Mohamed Belouizdad, en présence des membres du comité, à la tête de la section des jeunes de Belcourt. Je succédai ainsi à Fadel Redjimi Mourad, qui fut appelé à d’autres responsabilités. Pendant la lutte de libération, il fut le collaborateur à Tunis de Hafid Karaman. Durant la guerre de libération, presque tous les anciens membres fondateurs du CJB devinrent des permanents du parti, notamment Mahsas et Yousfi. On appelait ainsi les militants volontaires occupés à plein temps par l’organisation, moyennant un salaire de misère. Le travail de permanent exigeait beaucoup de sacrifices et d’abnégation des militants.

	Beaucoup d’entre eux avaient abandonné des situations enviables pour l’époque, pour se consacrer exclusivement à l’activité clandestine, avec tous les risques que celle-ci comportait. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’eus le privilège d’assister au fameux Congrès clandestin du PPA de 1947, au cours duquel fut décidée, d’une part, la création de l’Organisation spéciale (l’OS) qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée, et, d’autre part, le  maintien de l’organisation clandestine politique.

	Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant à Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée, après son retour d’exil de ce qu’on appelait alors l’Afrique équatoriale française. Les séances suivantes, les plus décisives, se tinrent à Belcourt, rue Beauregard, dans la limonaderie L’Africaine, qui appartenait à Si Mouloud Melaine, militant nationaliste de l’Etoile nord-africaine, puis du PPA. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande Kabylie, Si Ouali, demanda la parole pour une question d’ordre, tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : «Tout participant à ce Congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms des participants sera condamné à mort.»

	Après quelques minutes de silence, plusieurs délégués prirent la parole pour combattre la proposition de résolution du délégué de Grande Kabylie. Tous les arguments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total. C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever. Quelqu’un qui demandait la parole pour la première fois. «Je propose, dit une voix claire, à la diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’, par  ‘‘est passible de la peine de mort’’».

	Ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait, par un intelligent et astucieux amendement, mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un regard de reconnaissance vers Mohamed, mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité, y compris par Si Ouali. A l’occasion d’une de ses visites régulières à Mohamed Belouizdad au sanatorium de La Bruyère en France, Haddanou Ahmed dit «El Kaba» lui a demandé s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui ramener à sa prochaine visite. «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter», lui répondit Mohamed. «Quoi ?», interrogea «El Kaba». «ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El adhan» (L’appel à la prière). Tel fut Mohamed, rahimahou Allah.
	
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           <title>Histoire de l’immigration algérienne</title>
           <author>Yacine Farah </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sat, 05 Jan 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Un volumineux livre couronnant l’exposition sur les Algériens de France et intitulé Algériens de France, 1954-1962 : la guerre, l’exil, la vie vient de paraître aux éditions Autrement, avec la collaboration de la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration. 
	Paris.
	De notre correspondant
	
	Dirigé par les historiens
	Benjamin Stora et Linda Amiri, il se veut être un résumé compact de la vie des Algériens en France durant la guerre de Libération nationale et un fidèle reflet du contenu de l’exposition, qui a débuté depuis octobre 2012 et durera jusqu’au mois de mai 2013.
	Truffé de témoignages de première main et de photos inédites, le livre est comme un gardien vigilant de la mémoire des Algériens en France.

	Il s’ouvre sur deux témoignages, l’un de Mohamed Séfir, l’autre de Chérif Némiche, arrivés en France dans les années 1950.
	Les deux hommes décrivent le travail dans les mines du Pas-de-Calais (nord de la France), les conditions abominables dans les baraquements où ils vivaient, mais aussi l’amitié et la fraternité qui régnaient entre l’ensemble des mineurs algériens, mais aussi avec ceux venus d’Italie, du Portugal ou d’Espagne.  Cependant, malgré les difficultés à s’intégrer au sein de la société française, les discriminations et les lois répressives soumises aux Algériens de France, il est utile de considérer que cette période fut faste à cause de l’abondance du travail.
	Ainsi, selon les statistiques de l’Institut national de démographie (INED), le recensement fait en 1954 évalue le nombre des Algériens en France entre 250 000 et 300 000 personnes. Il s’agit principalement d’une migration de travailleurs, avec une présence moyenne de femmes et d’enfants.

	Ce chiffre va connaître des fluctuations à cause notamment de la guerre en Algérie et des violentes répressions dont sont victimes les immigrés algériens, en particulier lors des fameuses manifestations du 17 Octobre 1961 à Paris. Le livre raconte aussi la vie culturelle, sociale et artistique des Algériens de France.

	
	Rivalités entre le MNA, le MTLD et le FLN

	
	 Ces retrouvailles hebdomadaires dans le cabaret «Al Djazaïr», où la star algérienne de l’époque,
	Shahrazade, dansait toute la nuit au son du luth et de la derbouka, pour les travailleurs, Saoudiens fortunés et juifs du Maghreb, tous amoureux d’elle.
	Un simple monde oriental se retrouvait dans cet endroit pour écouter les chansons d’Oum Kalthoum et voir Shahrazade danser. Le théâtre aussi était vivant, avec notamment Kateb Yacine et le comédien Mahieddine Bachtarzi, sans oublier la musique algérienne qu’on entendait dans les troquets kabyles.
	Et tout ce beau monde travaillait en cachette pour le FLN, ramassait de l’argent pour financer la révolution avec tous les risques qu’il encourait.  

	L’histoire des Algériens de France est très riche en révélations.
	Elle fait désormais partie du quotidien des Français eux-mêmes avec qui des relations se sont nouées depuis leur arrivée.
	D’abord, avec bon nombre de communistes qui n’ont pas hésité à soutenir la guerre d’Algérie, puis avec des chrétiens humanistes qui dénonçaient déjà à l’époque le système colonial. Ensuite, avec les mariages mixtes et qui ont donné naissance par la suite à la première génération d’enfants d’immigrés. Mais l’histoire des immigrés algériens en France a été aussi marquée par les combats politiques et les rivalités entre, par exemple, le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj, le MTLD mais aussi le FLN pour le contrôle et le monopole de la représentation du peuple algérien en France.

	Des signes avant-coureurs des règlements de comptes politiques auxquels on allait assister après l’indépendance, où les espoirs d’une Algérie libre et démocratique ont été douchés par la crise qui a eu lieu au sein du FLN en France et la prise du pouvoir violente par l’armée des frontières en Algérie.
	Si l’après 1962 n’a été que désillusions, voire même regrets chez certains, il n’en demeure pas moins que l’histoire de l’immigration algérienne fait désormais partie de l’histoire de  la France elle-même et des Français. 
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           <title>«J’ai tué en moi les idées reçues de mes ancêtres»</title>
           <author>Nadjia Bouzeghrane </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sat, 05 Jan 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 05 Jan 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Anne Châtel-Demenge, journaliste indépendante, est la petite nièce du célèbre consul Pierre Deval, qui a reçu les trois coups d’éventail du Dey d’Alger en avril 1827, prétexte de la conquête puis de la colonisation  de l’Algérie par la France.
	  
	- Vous êtes allée à la rencontre du consul Pierre Deval ? Pourquoi cette recherche ? Comment avez-vous été amenée à l’effectuer ? A-t-elle été éprouvante d’un point de vue intellectuel et familial ?
	 

	J’ai grandi sous le portrait et dans le respect du consul Deval, qui représentait pour moi le symbole des valeurs de la civilisation. J’ai pris progressivement mes distances pour forger mes convictions actuelles et me ranger du côté de l’indépendance algérienne. Mais trop absorbée par mon activité de journaliste indépendante, j’ai dû attendre la retraite pour vérifier les détails de l’anecdote du coup d’éventail, en me plongeant dans mes papiers de famille et en rencontrant des historiens. Cette démarche fut plutôt amusante, et que mes parents n’étaient plus de ce monde. Cela aurait été plus difficile de leur vivant, car ils étaient affectueux et je n’aurais pas voulu soulever une polémique. C’est une problématique universelle, la piété familiale contre les convictions personnelles.

	 

	- Pourquoi ce titre Comment j’ai tué le consul Deval ?  
	 

	J’ai tué en moi les idées reçues de mes ancêtres. Mais je l’ai fait sereinement, et je ne suis pas une pasionaria de la revanche, algérienne ou autre. Je constate au fil des rencontres qu’il y a des bornés partout.

	 

	- Quel personnage était le consul Deval ?
	 

	De façon certaine, c’était un personnage «peu recommandable» et je crois même un pourri de première catégorie, mais très cultivé, héritier d’une vieille famille versaillaise de diplomates, fins connaisseurs de la régence turque.

	 

	- Cette filiation n’est-elle pas lourde à porter ?
	 

	Pas du tout, car je ne pense pas que les liens du sang soient prioritaires, ni qu’ils vous rendent responsable du cours de l’histoire. A mes yeux, une filiation déterminante est éthique et affective, et je suis plutôt fière d’avoir fondé la mienne dans des valeurs humanistes. A mes yeux, la seule filiation valable est intellectuelle et affective et je suis plutôt fière d’avoir fondé la mienne dans des valeurs humanistes.

	 

	- Quelle réalité, quelles motivations avez-vous découvertes derrière le fameux coup d’éventail ?
	 

	Sur la forme, et d’un point de vue anecdotique, j’ai découvert dans mes papiers de famille le récit recueilli par mon arrière-grand-père, en 1881, de la bouche du valet de chambre de Hussein Pacha, témoin oculaire du coup d’éventail. Quoique très âgé, ce serviteur fait une fidèle et très belle description de la scène et de ses acteurs, un vrai décor de cinéma (costumes, tentures, armes…). Sur le fond, après avoir passé au crible toutes sortes de versions, j’ai l’impression que le consul Deval avait pour mission de faire monter la tension entre les deux pays. Dans un contexte où certains poussaient à la conquête, pour des raisons avouées : stopper l’activité des corsaires, établir les conditions d’un commerce normal en Méditerranée, supprimer l’esclavage des chrétiens, abolir le tribut payé par les puissances européennes à la régence - ou moins avouables - s’emparer des richesses côtières et du trésor du Dey, détourner l’attention de difficultés de politique intérieure, retrouver l’impérialisme de Napoléon.

	 

	- «Affronter» l’Algérie, écrivez-vous dans le prologue de votre récit ? Dans quel contexte êtes-vous retournée en Algérie ? Dans quelle disposition d’esprit étiez-vous ?
	 

	J’ai quitté l’Algérie à l’âge de 4 ans, et n’y ai remis les pieds que 55 ans plus tard, en 2002. Entre les deux, ce fut pour moi «un pays de mots et de plateaux de cuivre», coincé entre le coup d’éventail et la guerre d’Algérie. Après avoir longtemps évité d’affronter une histoire que je savais douloureuse et complexe, je me suis résolue à aller sur le terrain, à la faveur du jumelage Grenoble-Constantine. Outre un attachement irrationnel et mystérieux pour ce pays où je n’ai pas grandi, l’une de mes motivations fut la prise de conscience des retombées dramatiques de la méconnaissance de l’histoire franco-algérienne sur la société contemporaine. Par exemple, je suis de plus en plus convaincue que l’on ne peut répondre efficacement à la montée des communautarismes qu’en ayant une perception très fine du terreau dans lequel ils ont pris racine, la colonisation, la guerre, les conditions de l’immigration. C’est une question non seulement très actuelle, mais qui conditionne notre avenir.

	 

	- Comment ont réagi les Algériens que vous avez rencontrés en Algérie et en France quand ils ont appris votre parenté avec le consul Deval ?
	 

	Curieusement, tout le monde sourit, voire m’embrasse ! Cela me fait plaisir d’être aussi bien accueillie, mais je pense qu’outre le recul du temps, c’est parce qu’il s’agit d’un événement mineur, qui ne fut qu’un prétexte à la conquête.

	 

	- En faisant le voyage à Constantine, aviez-vous le projet de ce récit ?
	 

	Non, pas du tout, je n’étais que curiosité et émotion.

	 

	- Quelles suites ? Quels prolongements à ce livre ?
	 

	La publication de ce livre m’ouvre des pistes inattendues, avec de belles rencontres et des projets stimulants. Je découvre avec plaisir les interventions en milieu scolaire, ou encore des lectures croisées d’extraits de mon texte avec ceux de Maïssa Bey (fille de moudjahid) et Fatima Besnaci-Lancou (fille de harki), toutes trois héritières d’histoires différentes, mais unies par une profonde amitié, des valeurs communes et le désir d’apaiser l’avenir. Je souhaiterais également nouer des relations avec le milieu éditorial algérien, dans l’espoir de toucher le lectorat d’outre-Méditerranée par ce récit dans lequel j’ai mis tout mon cœur.

	 

	- Comment avez-vous ressenti et vécu le voyage du président Hollande en Algérie ? Ses déclarations sur le passé colonial de la France en Algérie de 1830 à 1962 ?
	 

	Il s’agissait d’un exercice particulièrement délicat, sur un terrain encore douloureux et sensible. J’ai apprécié que François Hollande ait écarté la notion de «repentance» au profit d’une reconnaissance des méfaits du système colonial, ainsi que son souci de reconnaître l’ensemble des souffrances engendrées sur les deux rives de la Méditerranée par l’histoire franco-algérienne. Mais ce qui m’a paru le plus innovant  est d’avoir entendu pour la première fois un président français tenir le même langage aux deux peuples, algérien et français, à l’inverse de ses prédécesseurs, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, dont les discours ont fluctué en fonction de leurs interlocuteurs.  
	  ]]></description>
           <link>http://www.elwatan.com/hebdo/histoire/j-ai-tue-en-moi-les-idees-recues-de-mes-ancetres-05-01-2013-198300_161.php</link>
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        <item>
           <title>Le crépuscule de la génération de Novembre</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Thu, 27 Dec 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Thu, 27 Dec 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Abdelhamid Mehri, Pierre Chaulet, Warda El Djazaïria, Ahmed Ben Bella et Chadli Bendjedid ont tiré leur révérence lors du cinquantième anniversaire de l’indépendance. Chacun représente une certaine idée de l’Algérie : Chaulet la voulait libre, Mehri luttait pour qu’elle soit démocratique, Ben Bella rêvait d’une Algérie porte-étendard des pays du Tiers-Monde,  Chadli a fini par ouvrir la porte à l’économie de marché et Warda incarnait une conception surannée du patriotisme. 
	Pierre Chaulet ou la foi dans la justice
	 

	Il faisait partie des «héros méconnus» de la guerre de Libération nationale. Ceux  qui n’ont pas été cités dans les manuels scolaires, mais qui ont porté l’Algérie dans leur cœur malgré les troubles post-indépendance. L’Algérie se souviendra de Pierre Chaulet comme de quelqu’un ayant non seulement préféré la justice à sa mère, mais qui a également apporté sa pierre à l’édification de l’Etat algérien.

	 
	
	Abdelhamid Mehri, le militant acharné
	 

	Abdelhamid Mehri n’était pas homme à abandonner la lutte. Depuis sa participation, il y a cinquante ans, à la libération du pays du joug colonial, il a été l’un des plus ardents défenseurs de l’édification d’une véritable démocratie dans ce pays. De sa longue carrière politique, notamment en tant que secrétaire général du FLN, l’on retient ses tentatives d’arracher le parti FLN des griffes du pouvoir. Dans une lettre adressée au président de la République, en février 2011, il appelait à «la mise en place d’un régime réellement démocratique, capable de résoudre les problèmes du pays et de le préparer à relever les défis de l’avenir». Mehri appelle à un «changement pacifique» réfléchi et porté par la société et non pas imposé par le pouvoir

	
	
	Ahmed Ben bella, l’un des pères de la nation
	 

	Il rêvait d’incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro, de l’Egyptien Djamel Abdel Nasser, de l’Indien Nehru et du Chinois Mao Tsé-Toung la lutte «anti-impérialiste» et le «non-alignement» du Tiers-Monde émergent. Il léguera à l’Algérie le «socialisme autogestionnaire» qu’il tente d’implanter dès son arrivée au pouvoir en septembre 1962, le panarabisme, une politique calquée sur le modèle égyptien.  
	Renversé, en 1965, par son ministre de la Défense, Houari Boumediène, Il n’aura pas le temps de mettre en œuvre ses desseins politiques. Lui qui se voyait le « Nasser algérien », il connaîtra  la prison et l’exil.
	En 1981, gracié et libéré par le successeur de Boumediène, Chadli Bendjedid, Ben Bella s’exile pour un temps à l’étranger, et fonde le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) sans parvenir à mobiliser. C’est que l’homme a valeur de mythe dans le monde entier, sauf dans son pays.

	
	
	Chadli Bendjedid, artisan du multipartisme ?
	 

	Que retenir des 13 années de pouvoir de Chadli Bendjedid ? Le bilan économique catastrophique ? La gestion épouvantable des émeutes d’Octobre 88 ? Les réformes politiques ayant conduit au multipartisme ? Son règne monolithique ? Le passage à l’économie de marché ? L’ancien président algérien, disparu en octobre dernier, laisse un souvenir mitigé.   
	Au pouvoir de février 1979 à janvier 1992, il aurait été à l’origine de la démocratisation des institutions algériennes, notamment par la promulgation d’une Constitution pluraliste en février 1989.  
	Ses mémoires, dont le premier tome a été publié quelques jours après son décès, auront été à
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	
	l’image du personnage : sans grand relief. Il décoche tout de même quelques flèches en direction de l’ancien président Ahmed Ben Bella qui, à l’en croire, «fuyait ses responsabilités».
	
	Warda El DjazaïrIa, le patriotisme
	à la  sauce Entv
	Si dans les pays arabes, Warda est plus connue pour ses chansons d’amour, elle restera, dans la mémoire collective algérienne, l’icône de la chanson patriotique. Celle qui a été de toutes les fêtes d’anniversaire de l’Algérie est morte à peine quelques mois avant la date du cinquantenaire de l’indépendance du pays.  Lorsqu’elle interprétait ses chansons dédiées à l’Algérie, les dirigeants des régimes successifs se mettaient au premier rang et l’ENTV les retransmettait en direct. Peut-être incarnait-elle une conception poussiéreuse du patriotisme, mais ses chansons disaient sans doute vrai quand elles articulaient que ce pays était plus grand que nous.                 
	  Amel Blidi ]]></description>
           <link>http://www.elwatan.com/hebdo/histoire/le-crepuscule-de-la-generation-de-novembre-27-12-2012-197439_161.php</link>
        </item>
        <item>
           <title>les négociations ben bella - FFS de 1965 (Maquis de kabylie) : l’ombre de Omar Oussedik</title>
           <author></author>
           <guid>http://www.elwatan.com/hebdo/histoire/les-negociations-ben-bella-ffs-de-1965-maquis-de-kabylie-l-ombre-de-omar-oussedik-16-12-2012-196023_161.php</guid>
           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Sun, 16 Dec 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sun, 16 Dec 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	En 1965, Omar Oussedik, ambassadeur à Sofia (Bulgarie), avait été désigné par son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, pour une longue mission, qui devait le mener en République populaire de Chine, dans l’Union indienne, au Pakistan, en Mongolie et en République populaire de Corée (Corée du Nord), et ce, dans le cadre de la préparation de la 2e Conférence afro-asiatique, prévue à Alger pour la dernière semaine du mois de juin, et qui ne se déroulera jamais. 
	Le même jour, l’ancien secrétaire d’Etat à la Guerre, au sein du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) entre 1958 et 1960, qu’il avait été, recevait une convocation de la part du président de la République, Ahmed Ben Bella, en personne. Le chef de l’Etat lui demandait  de surseoir instamment à la mission qui lui avait été confiée par le ministre des Affaires étrangères et donc de renoncer au périple asiatique. Omar Oussedik qui ne s’étonnait de rien, connaissant parfaitement le personnel politique de l’époque et même d’après, et son goût particulier pour l’improvisation, n’a pas sourcillé quand Ahmed Ben Bella le chargeait d’une tâche délicate d’entre toutes, auprès des responsables du Front des forces socialistes (FFS).

	Le lendemain donc, Omar Oussedik se rendit auprès de son supérieur pour l’informer du changement de programme. «Le Président m’a chargé d’une mission et toi d’une autre, il faudrait peut-être voir pour vous accorder», lui dit Omar, connaissant d’avance la réponse de son hiérarque.    

	- Il est le chef de l’Etat, tu obéis, lui fut-il répondu, non sans une pointe acide de fatalité  
	- OK. l’Asie attendra donc, dit Omar accommodant.   
	Ce dernier devinait que Bouteflika était intrigué par la décision de l’envoyer, lui qu’il savait pourtant habile négociateur vers le FFS, de surcroît un Kabyle et en plus un des tout premiers maquisards qui avait hanté les crêtes du Djurdjura. Omar était en effet l’hôte des maquis kabyles depuis 1945. On le surnommait «vouthkelmount», (l’homme au capuchon).
	Sans avoir l’air d’y toucher, mais très attentif à la réponse qu’il allait lui donner, Bouteflika s’inquiéta :
	- Quel est son objectif ?
	- Son objectif ?
	- Oui. Quel but poursuit le Président en t’envoyant chez les gars d’Aït Ahmed. D’autant que celui-ci a été arrêté, jugé et condamné et qu’il attend, maintenant en prison, son exécution    
	-C’est évident qu’il veut stopper définitivement le FFS, ou du moins ses résidus qui présentent encore une capacité certaine de nuisance. Autrement dit, il a besoin d’un curetage politico-militaire pour arriver à la Conférence afro-asiatique à la tête d’un pays apaisé, calme, stable, tranquille et un peuple uni autour de sa personne... Ce n’est qu’après qu’il s’occupera de vous...
	- Qu’est-ce qui te fait penser «qu’après il s’occupera de nous ?»  
	- Dans son esprit c’est réglé comme du papier à musique, répondit Omar avant de lui rappeler : il a liquidé le GPRA, les wilayas, toutes les personnalités qui pouvaient présenter une gêne quelconque, telles que Khider, Bitat, Boudiaf, Krim, etc. Maintenant, il veut en finir avec le FFS et calmer les Kabyles. Il ne lui restera plus que l’ANP. C’est donc votre tour qui s’annonce.
	Bouteflika relève la tête et se cale dans son fauteuil ministériel, en regardant droit Oussedik, il lui demande :
	- Et toi ?
	- Comment moi ?
	- Qu’est-ce que tu vas faire ?
	- Il m’a demandé de contacter les gars du FFS, je vais donc aller à Paris pour...  
	- Je ne parle pas de ça... Est-ce que cela signifie que tu prends position contre nous ?   
	- Oussedik feint de n’avoir pas bien saisi :
	-Comment ça contre vous ? Qui vous ? N’êtes-vous pas ceux qui l’avez amené et installé là où il se trouve ? C’est vous qui le protégez.

	Mais depuis quelque temps il voit en vous une menace. Alors de deux choses l’une, ou bien il vous écarte et il restera seul avec des pouvoirs incommensurables, et il lui sera facile de vous «liquider», ou alors vous le devancez et là, bien évidemment, vous sauvez votre peau. Sans parler des nouvelles perspectives qui s’ouvrent devant vous. Pour ce qui concerne la mission dont il m’a chargé, n’êtes-vous pas tous unis contre le FFS ?

	C’est ainsi que Omar Oussedik se rendit à Paris où il s’est mis, dès son arrivée, en quête de Slimane Dehilès (dit Si Sadek). Il connaissait bien le colonel Si Sadek, qui avait succédé, en 1957, à Amar Ouamrane à la tête de la Wilaya IV. Le commandant Omar Oussedik (Si Tayeb) avait été un de ses meilleurs cadres. Mais son ancien officier demeurait introuvable ou du moins intouchable, «couvé» qu’il était par une sa garde prétorienne et d’autres qui voulaient à tout prix, pour des raisons avouables ou non, empêcher la rencontre entre les deux hommes.

	Mais usant de ruse et de roublardise, il parvient à son but.  Aussitôt l’entrevue concrétisée et comme un boxeur qui veut «kaoter» son adversaire dès le premier round, Omar n’y va pas par quatre
	chemins : «Ben Bella et Boumediène vont s’affronter à couteaux tirés jusqu’au finish. Mais il veut, avant cela, en finir avec vous. Autrement dit crever l’abcès.» Si Sadek est cueilli à froid par le jab d’Oussedik.

	- Et alors ?   
	- Et alors... Et alors... Tu ne penses pas qu’il vaut mieux pour tout le monde que vous vous arrangiez afin qu’ils aient enfin leur match ?
	Le cadre du FFS savait parfaitement à qui il avait à faire. Il connaissait depuis longtemps le redoutable politicien qu’il avait en face de lui. C’est la raison pour laquelle il lui donnera carte blanche pour contacter ses amis encore restés dans les maquis en Algérie.
	Au sixième jour, Omar rentrera à Alger. Rencontrant Bouteflika, il lui transmettra les «salutations cordiales de chaïb rass» (chauve).
	- Tu es en train de faire du marketing «ya Si Omar! ».
	Je ne saurai dire si l’émissaire de Ben Bella et l’ancien proche de Boumediène ont échangé d’autres propos, ou si le second voulait en savoir plus quant aux résultats de la mission du premier. Quoiqu’il en fut, le rapport que fit ensuite Omar Oussedik, au siège de la Présidence, à la villa Joly, de sa visite parisienne et de sa rencontre avec Si Sadek avait de quoi apaiser les craintes du chef de l’Etat et, bien plus, de le tranquilliser quant aux intentions politiques du chef du FFS : «Il te dit son souhait que la Conférence afro-asiatique réussisse». Il faut, m’a-t-il confié que : «Ben Bella parle au nom de tout le peuple algérien.»

	Il demande, en retour, une solution qui puisse garantir la dignité de tous les militants qui se trouvaient dans l’opposition. «Ce qui nous intéresse au plus haut point : c’est la Révolution», m’a assuré le colonel Si Sadek.
	Ben Bella, qui se trouvait avec Ali Mendjeli, a bien évidemment écouté avec une attention toute particulière le rapport d’Oussedik. Les deux hommes ont reçu le message avec une certaine émotion complimentant à l’unisson l’ancien colonel de la Wilaya IV pour son «patriotisme» et son sens «des intérêts de l’Etat».

	Sans perdre de temps, dès le lendemain de son retour en Algérie, Omar accompagné de Salah Chellik, un ami commun à Si Sadek, se rendirent dans la région de Tizi Ouzou où ils avaient rendez-vous avec Si Abdelhafid Yaha. Ce dernier est un maquisard de la première heure de la Wilaya III. Il était, avec la création de la rébellion du FFS, le responsable des maquis.
	Omar Oussedik, fort de la carte blanche que lui avait donnée le colonel Si Sadek lors de leur rencontre parisienne, n’a pas eu beaucoup de mal à convaincre Abdelhafid Yaha, que malgré sa position de médiateur, il penchait plutôt de son côté.

	C’est ainsi que le jour même, vers 17h, un passeport a été délivré à Si Abdelhafid par les autorités de Tizi Ouzou. Toutefois, Omar Oussedik a refusé de se rendre à Alger de peur de tomber sur un barrage militaire. D’autant plus que vis-à-vis de l’armée, Si Abdelhafid était toujours considéré comme «un hors-la-loi». Après un nouveau compte  rendu de mission au président de la République, Omar a été autorisé à se rendre, en compagnie de Si Abdelhafid, dans la capitale française, afin d’y rencontrer Si Sadek. Une délégation a été constituée et désignée par Ben Bella. Elle était composée de trois personnalités : Si Zoubir Bouadjadj, membre des 22, Aït Hocine membre du Bureau politique (BP) et Mohamed Lebjaoui, ex-membre suppléant du 1er CNRA, issu du Congrès de la Soummam. Au-dessus de toute autre considération politique, il faut dire que Omar Oussedik souhaitait de toutes ses forces que la guerre se termine en Kabylie.

	Pour cela, il a employé tous les moyens possibles et imaginables afin d’y parvenir. Prenant en aparté Aït Hocine, membre du BP, il lui
	confie : «Ecoute, tu es membre du BP, tu es originaire de la Kabylie, il faut que toute la région t’accorde sa confiance et t’apporte son appui. Pour cela, il est nécessaire que tu préserves la dignité des gars du FFS et tu verras, tout le monde sera derrière toi.» Galvanisé par les assurances de Omar, Aït Hocine s’engage dans la démarche que lui proposait l’ancien commandant de la Wilaya IV.
	Puis ce fut au tour de Zoubir Bouadjadj de rencontrer en tête-à-tête Oussedik qui lui dit :
	-Toi, tu es un homme du 1er  Novembre ?
	- Bien-sûr
	-Les compagnons avec qui tu es aujourd’hui sont arrivés bien après n’est-ce pas ?
	- Oui
	-Si Sadek et Abdelhafid sont du 1er Novembre comme toi. Est-ce que tu peux accepter que des gens comme ça rentrent la tête basse et l’air confus ?
	-Ah  ça non !
	Omar s’est gardé de la même démarche avec Mohamed Lebjaoui. Ces trois hommes, militants de la première heure, avaient été choisis par Ben Bella. La délégation du FFS était composée de Si Sadek, Si Abdelhafid, Mohand Akli Benyounès dit «Daniel», ancien responsable zonal de la Fédération de France, et de «Rouget» un gars de Jijel. La négociation s’est déroulée dans l’appartement de Me Mourad Oussedik,
	un avocat du Collectif des défenseurs du FLN à Paris, un cousin de Omar et qui, comme lui, n’était pas impliqué politiquement avec l’une ou l’autre des parties. Après plusieurs heures de pourparlers, Omar s’adresse aux plénipotentiaires de Ben Bella :  
	-Il faudrait que tous ceux qui sont morts des deux côtés soient considérés comme des martyrs
	-D’accord
	-Que leurs veuves et leurs enfants touchent une pension
	-D’accord
	-Il faut que tous les détenus soient libérés
	-D’accord
	-Il faut que tout le monde reprenne son travail
	-D’accord
	-Ceux qui ont été nationalisés reprendront leurs biens
	-D’accord.

	Puis à la fin, Omar demande la rédaction d’un communiqué commun pour sceller les travaux. Lebjaoui répond : «Je pense que ce n’est pas nécessaire, le FFS va lancer un appel résumant les pourparlers et les points d’accord et, de son côté, le FLN en fera autant et lancera son appel et tout le monde sera content.»
	Omar répond : «Non, des chefs d’Etat vont arriver, il faut rassurer tout le monde.»
	-Ni Sadek, ni Benyounès, ni Abdelhafid, ni Rouget ne voient l’utilité du communiqué commun, rétorque Lebjaoui.
	Omar se retourne vers Zoubir et Aït Hocine et leur dit :
	-N’est-ce pas qu’un communiqué commun est nécessaire ?
	-Bien sûr qu’il faut ce communiqué commun. Nous souhaiterions à cet effet que tu le rédiges Omar.
	Stylo en main, ce dernier s’est mis sur- le-champ devant une feuille : «Le FLN et le FFS décident de mettre fin aux hostilités et appellent tous les militants révolutionnaires à se mobiliser pour la lutte contre la contrerévolution, etc. »
	Omar rentre à Alger en compagnie de Abdelhafid Yaha et Mohand-Akli Benyounès. Dix mois auparavant, Omar Oussedik avait intercédé en ma faveur ainsi que de Boualem Oussedik, ancien officier de la Wilaya IV et ancien député de la Constituante, alors que nous nous trouvions en résidence surveillée, moi à Tamanrasset et Boualem à Timimoun. Omar Oussedik avait émis le vœu de nous accueillir à Sofia, où il était ambassadeur, tout en se portant garant. Ben Bella lui avait répondu : «Viens me voir dans huit jours.»

	Lorsque Omar s’est rendu au rendez-vous fixé, Ben Bella sur le pas de la porte de son bureau le refroidit :
	-Qu’est-ce que tu viens faire ?
	-C’est pour votre réponse au sujet de Boualem et Azzedine
	- Je n’ai rien à dire, ajoutant du haut de son autoritarisme : «fout le camp !»

	Omar après en avoir informé Bouteflika lui demande d’allonger un peu son congé. Ce dernier lui a dit : «Va à Cannes, va à Nice, va dans n’importe quelle boîte de nuit, mais va-t-en ! Tu t’imagines un ambassadeur arrêté, ça va être le premier du genre, et moi ce genre de publicité, je n’en veux pas ! »
	Omar ne se l’est pas fait répéter. Dare-dare, il a pris le premier vol venu et m’avait-il avoué, «c’est en survolant la péninsule italienne, que je me suis senti hors d’atteinte de la vindicte présidentielle».
	Pourtant lorsque Omar était revenu de Paris avec l’accord de Si Sadek, et avant d’aller au maquis pour contacter les militants du FFS, profitant de cet avantage, il est revenu à la charge et a redemandé à Ben Bella notre libération.
	Ben Bella, cette fois-ci, lui a répondu sur un autre ton et d’une autre manière, plein de déférence : «Ne t’inquiète pas, je te les donne et puis pourquoi je vais les garder, ce sont des militants après tout.»  

	C’est à Paris, pendant les négociations FLN/FFS, dont j’ai rendu compte précédemment, que Omar reçut un coup de téléphone qui l’a informé de notre libération. «Azzedine sera à Alger tel jour, à telle heure.»
	Omar appelle Salah Chellik : «Va à l’aéroport et dit à Azzedine de ne rien déclarer à la presse, de se taire et surtout ne le lâche pas d’une semelle, car je connais cette tête de mule. Qu’il m’attende, j’ai beaucoup de choses à lui dire.»
	Au retour de Omar de Paris avec les gens du FFS, il vint me voir et m’informer que la situation évolue «positivement», je compris qu’il voulait dire que «ça va éclater» et qu’«il poussait dans ce sens».
	Il m’a dit également que sa préférence allait «vers les militaires plutôt qu’à Ben Bella».
	«Cet homme est machiavélique», me dit mon ami, «il a accédé à ma demande de te libérer, mais il a gardé Boualem dans ses geôles. C’est un moyen pour lui d’exercer des pressions sur nous».

	Pour l’anecdote, quelque temps avant le 19 juin, Mustapha Fetal, qui était alors le préfet de police de Ben Bella, s’était rendu à Timimoune afin de sonder les détenus Amar Bentoumi, ancien ministre de la Justice et Boualem Oussedik.  Fetal a demandé à Boualem pour avoir son point de vue :  «Qu’en penses-tu, quel est ton avis ?» Boualem a répondu que pour ce qui le concerne, il se trouvait «très bien à Timimoun».

	Omar en rentrant à Alger, avec la délégation du FFS, a rencontré Aït Hocine à l’aéroport et lui a dit : «Je n’ai pas de message spécial à transmettre au Président, tu as bien constaté que Si Sadek a été plus que chaleureux et il n’a pas changé d’avis. Pour ma part, je vais rejoindre mon poste d’ambassadeur et ce serait bien que ce soit toi qui fasses le compte rendu. Après tout, tu es membre du BP.» Cette suggestion a plus que convenu à Aït Hocine, qui n’en demandait pas plus.

	Omar se rend auprès de Bouteflika et lui présente le communiqué signé par les délégations du FFS et du FLN. Communiqué qui avait été rendu public le jour même. A la vue du document, il fit un bond que lui aurait envié l’athlète soviétique Valéry Brumel, alors champion du monde de saut en hauteur :
	-Quoi ? Un communiqué commun avec une organisation illégale ?
	-Oui, répondit Omar imperturbable feignant de n’avoir pas remarqué l’étonnement de son ministre.
	-Mais Omar, c’est contre le principe du parti unique !
	-Avant de partir d’ici, et tu le sais, je t’ai dit que je ne suis pas concerné par le FLN. J’ai des amis en face et mes amis, je les défends. J’ai réussi à faire passer le communiqué commun à ton membre du BP, j’ai eu aussi Lebjaoui. C’est moi qui ai poussé à la confection et l’adoption du principe du communiqué commun et je l’ai fait pour mes amis, parce que leur dignité me concerne et je m’en suis senti responsable   
	-Je ne peux te blâmer pour ça. Bien au contraire, je voudrais compter sur ton amitié dans des moments difficiles, lâcha Bouteflika.
	-Jusqu’à présent, nous nous entendons bien. De plus, mon amitié t’est acquise. Et Omar d’ajouter : -Mais à cette condition, laquelle me paraît du reste une évidence... il est nécessaire que cette entente repose sur la réciprocité.
	-Est-ce que Si Sadek a changé d’opinion ? S’enquit Bouteflika.
	- Non.

	Désireux d’approfondir la conversation, le MAE de Ben Bella invite Omar : «Ecoute, pour une discussion plus sérieuse, je te propose que nous allions chez moi.» En se rendant à l’appartement de Bouteflika, sur les hauteurs de la ville, Omar passa me prendre pour aller à son rendez-vous. Une conversation longue, qui allait durer quatre heures environ, s’est engagée. Nous serons rejoints plus tard par Chérif Belkacem, premier questeur de l’Assemblée constituante, membre du Comité central du FLN et ministre de l’Orientation nationale. Il était accompagné de Kaïd Ahmed, ministre du Tourisme, démissionnaire mais toujours député à l’Assemblée. Je connaissais bien Kaïd Ahmed, puisque nous étions tous deux adjoints de Boumediène, avec Ali Mendjeli, à la tête de l’état-major général durant la guerre de Libération. Le troisième personnage, qui arriva vers la fin de notre conversation avec Bouteflika, était Ahmed Medeghri, un autre proche de Boumediène, plutôt très discret et qui occupait la fonction de ministre de l’Intérieur et a également démissionné publiquement en 1964, pour marquer son opposition à la politique de Ben Bella.  

	Dès que nous nous sommes retrouvés chez lui, Bouteflika, avide de connaître l’opinion de chacun sur la situation qui prévalait, posait une question sur une autre. J’avais l’impression que parfois il savait à l’avance ce que nous allions lui dire.
	- Comment voyez-vous la situation ?
	C’est Omar Oussedik qui analyse avec cette précision le caractérisant :
	-Maintenant les choses sont très claires. Vous allez être arrêtés le 25 juin, autrement dit le jour de l’ouverture de la Conférence afro-asiatique. Ben Bella va se lever pour dire : «Un complot vient d’être déjoué, l’armée est impliquée, les responsables sont Boumediene, Bouteflika, Kaïd Ahmed, Chérif Belkacem et d’autres...»
	-Quels sont tes éléments d’information ?
	-Voilà, l’armée égyptienne a renforcé ses positions à Boufarik (base de l’aviation militaire), de plus, il y a une partie de la marine de Nasser qui se dirige sur Alger en provenance d’Alexandrie pour soi-disant, une visite officielle...
	Je précise que durant les quatre heures de discussion, notre hôte avait mis de la musique classique afin d’empêcher ou de parasiter les écoutes éventuelles.

	Omar poursuivit son intervention par une description des forces en présence et des réactions probables :
	-Commençons par la Wilaya III : elle ne bougera pas pour défendre Ben Bella. Il en sera de même pour la Wilaya II, ainsi que la wilaya IV. Quelques réactions peut-être en Wilaya V, mais sporadiques et velléitaires, bref, sans grande importance. Quant à la wilaya VI, elle ne bougera pas pour les raisons que tu sais : le colonel Chaâbani ayant été exécuté. Khider, en exil genevois, multiplie les déclarations hostiles au Président ainsi que les multiples arrestations de militants. La Wilaya I ne bougera pas aussi. En revanche, le danger viendra d’Alger. Vous n’y avez pas de base populaire. Et si Alger bouge, attention, il y a risque de propagation.
	- Et alors ?, s’inquiéta Bouteflika.
	- Alors, la meilleure façon de faire échouer son complot et de le renverser, c’est d’aller au-devant des demandes du FFS et d’appliquer honnêtement les accords conclus. Il faut aussi commencer par dégager les troupes de l’ANP se trouvant en Kabylie.
	-Je voudrais vos numéros de téléphone, nous demanda le ministre des AE.

	Après cette rencontre Omar et moi avons dîné à El Biar, puis nous nous sommes dirigés chez Bachir Boumaza, membre du BP du FLN et à la tête d’un super ministère depuis 1963, qui regroupait l’Economie, les Finances, le Commerce et l’Industrie. Ce dernier était l’homme du Président, mais Ben Bella a voulu le relever de son poste au profit de Medeghri. Ce dernier a refusé tout en le faisant savoir à Bachir Boumaza. Celui-ci avait déclaré à Omar Oussedik : «Si jamais on m’apprend qu’il y a une embuscade qui est montée contre Ben Bella, même si je suis dans le convoi, et au risque de laisser ma peau, je ne l’avertirai pas.»
	Pour la petite histoire, pendant mon séjour forcé à Tamanrasset où j’avais été expédié par Ben Bella, pour des raisons que j’ignore encore, Bachir Boumaza s’était montré d’une grande correction avec ma famille, et il a même délivré à ma sœur un billet d’avion gratuit avec une autorisation de me rendre visite dans la capitale du Hoggar. Malgré certaines divergences politiques, je lui ai toujours été reconnaissant pour ce geste humanitaire.

	Pour revenir à notre propos, nous arrivons donc chez Bachir Boumaza, ce dernier a été d’une très grande franchise avec moi en me disant : «Lorsque tu as été arrêté, je n’ai pas bougé le petit doigt pour ta libération, mais aujourd’hui je suis heureux de te voir.»
	Le 11 juin 1965, un peu plus d’une semaine avant le coup d’Etat, Ben Bella après avoir reçu un président africain à Tamanrasset a demandé à me voir en me disant entre autres :  «Ce sont tes anciens amis de l’EMG (état-major général), qui m’ont induit en erreur. Mais une fois à Alger, je réparerai ça.» De toute évidence, il voulait comme on dit «me mettre dans sa poche».

	Quand nous avons donc rencontré Bachir Boumaza à son domicile, quelques jours avant le 19 juin, nous avions eu une petite discussion alors qu’il s’apprêtait à sortir, et il nous posa quelques questions. Il voulait avoir des nouvelles des gens du FFS : «Comment va Si Sadek ? Quel est votre sentiment sur la situation ? Car moi cela fait quelques jours que je n’ai pas vu Ben Bella.»
	Encore une fois, Oussedik s’est collé au débriefing : «Le colonel va bien et il te salue. J’ai beaucoup de choses à te dire. Il y a quelques jours, nous avons vu les frères Bouteflika, Chérif Belkacem, dit Si Djamel, Medeghri et Kaïd Ahmed. Je ne te retiens pas, va à ton rendez-vous mais n’oublie pas que Ben Bella a voulu te sacrifier pour faire plaisir aux militaires.»
	Je constatais qu’il portait une arme de poing au ceinturon et que sur lui veillaient 18 miliciens, tous de sa région (Kherrata), prêt à faire feu pour le protéger.

	De sa voix rocailleuse, Boumaza prévenait :
	-Ça va chauffer, il va y avoir de la casse, faites attention.
	Après cette discussion, Omar se tourne vers moi et me dit : «Essayons de disparaître.» Omar s’est orienté vers La Casbah et moi je suis tout bonnement rentré à la maison.

	Le 19 juin vers 3h du matin, Bouteflika téléphone en vain à Si Omar. Celui-ci vient me prendre à 6h du matin. D’un commun accord, nous décidâmes de nous rendre aux Affaires étrangères, mais afin de prendre la température de la ville, nous prenons le chemin des écoliers à travers Alger qui s’éveille en cette splendide journée de juin.  Voici la place des Martyrs, puis le square Bresson,  fraîchement rebaptisé Port-Saïd par Ben Bella, lors de la première visite de Gamal Abdenasser dans notre capitale. Nous avons ensuite gagné la Grande-Poste, puis le siège de la Radio nationale. Partout les blindés de Boumediène et du Conseil de la Révolution avaient pris position. La radio serinait toutes les heures le communiqué militaire n°1et les appels au calme.  

	Puis nous sommes passés chez Abdelmadjid Benaceur, nous lui avons dit de prendre ses précautions et de quitter sa maison, puis de là, nous nous sommes dirigés vers le ministère des AE. Bouteflika était là.
	Plutôt content que surpris de nous voir, Bouteflika invite Omar à faire partie du comité de rédaction du communiqué qui allait proclamer la prise de pouvoir par le Conseil de la Révolution, que devait lire au 20 heures son président, le colonel Houari Boumediène.
	-Pas de problème, accepta Omar, mais, ironisa-t-il, vous avez déjà une équipe merveilleuse occupée à préparer le discours d’ouverture de Ben Bella pour la Conférence des chefs d’Etat.

	Bouteflika passe un coup de téléphone. Hadj M’hamed Yala, ancien ambassadeur à Conakry (1963) et à Pékin (1964), et Abdelmalek Benhabylès, ancien secrétaire général du MAE (1963-1964), puis ambassadeur au Japon (1964- 1967), qu’on surnommait «Socrate», voient arriver vers eux les militaires,  croyant que c’étaient en liaison avec leurs écrits. Bouteflika les reçoit et leur dit : «Il faut faire un appel. Ils ont rédigé le discours (seuls ou avec d’autres ?).»

	En sortant de chez Bouteflika, on apprend qu’il y avait des foyers de résistance à Alger. Nous décidons de nous rendre auprès de Boumediène, lequel nous reçoit sur-le-champ.
	-Omar : Tu as pris le pouvoir, félicitations, mais Alger résiste,
	-Boumediène : et alors ?
	- Omar : il faut maintenant que les motions de soutien arrivent,
	-Boumediène : qui doit les faire ?
	-Omar : la première doit être la Wilaya III,
	-Boumediène : c’est une très bonne idée, si vous pouvez la mettre en application. Allez voir Kaïd Ahmed à la radio pour qu’il vous rétablisse le téléphone.
	Mais revenons un peu en arrière, Omar avait réuni les gars du FFS et certains du FLN, lorsqu’il avait fait descendre les gars du maquis. Il leur avait dit, Ben Bella et Boumediène vont se déchirer à mort, je vous demande de protéger la Kabylie, elle mérite la paix. Ils ont pris l’engagement de laisser la Kabylie en paix.

	Omar appelle Ahmed Zmirli, le préfet de Tizi Ouzou (les walis n’existaient pas encore), mais il était absent. Il appelle alors le responsable du parti, lui aussi n’était pas là, pas plus que le responsable de la milice ou le maire (délégation spéciale). Il tombe sur un petit responsable et Omar, après s’être présenté évidemment, demande qu’on lui envoyât quelqu’un de toute urgence. Moins d’une heure après qu’il eut raccroché, un homme se présente à Omar. Ce dernier lui remet un stylo et lui dicte la motion de soutien au Conseil de la Révolution, déclaration qui dénonce au passage le culte de la personnalité de Ben Bella, etc. Toutes les wilayas se sont alors cru obligées de suivre. Omar retourne ensuite voir Bouteflika et lui dit :
	-Tu sais bien que la majorité de nos ambassadeurs sont des lèche-bottes de Ben Bella ?
	-Oui bien sûr, répondit le MAE, connaissant parfaitement son personnel.
	-Les ambassadeurs sont les représentants du chef de l’Etat, ils sont accrédités par le chef de l’Etat auprès d’autres chefs d’Etats. Sur le plan international, la meilleure façon de le liquider, c’est que les ambassadeurs retirent leur confiance à Ben Bella.
	Omar, en tant qu’ambassadeur de l’Algérie auprès de la Bulgarie, rédige une motion de soutien de trois lignes. Mais ceux qui étaient réputés proches de Ben Bella ont écrit des demi-pages pour invectiver l’ancien chef de l’Etat.
	Puis vint le drame de Annaba. Les manifestations populaires hostiles au putsch ont été durement réprimées et l’on a compté 4 morts, selon un bilan officiel.
	
	Les «Ben Bellistes» ont fait circuler l’idée que le chef de l’Etat déchu «est un nationaliste qui s’était élevé contre le régionalisme». Que son renversement est intervenu à cause de «son accord avec les Kabyles», que cette armée est «une armée de division». Les initiateurs de la manifestation étaient convaincus qu’elle allait faire boule de neige.
	Un chauffeur en provenance de Annaba apporte des nouvelles fraîches à Omar. Ce dernier en informe Boumediène de vive voix.
	-Tout cela parce que tu n’as pas appliqué les décisions, celles de libérer les gens du FFS, lui reprocha Oussedik.
	-J’ai donné ordre dans ce sens au ministre de la Justice.
	-Il ne l’a visiblement pas appliqué.
	Boumediène prend le téléphone et appelle Mohamed Bedjaoui, ministre de la Justice (1964-1971) :
	-Qu’attends-tu pour libérer les militants du FFS ?
	-Monsieur le Président, je prépare une loi d’amnistie, répondit le ministre respectueux des formes.
	-Ta loi d’amnistie mets la où je pense. Tu es ministre, je te donne un ordre, es-tu prêt à l’exécuter, si tu n’es pas prêt, tu sors de ton bureau, je place quelqu’un qui les libère, répliqua Boumediène.
	-Non, Monsieur le Président, ils seront libérés
	-Tu avertis immédiatement la prison de Berrouaghia, ajouta-t-il avant de raccrocher le combiné.
	-Omar avait écouté en silence l’admonestation, puis avant de prendre congé il demanda :
	-Maintenant, est-ce que je peux aller voir Medeghri ?
	-Tu as ma confiance, lui répondit le nouvel homme fort de l’Algérie.

	Omar s’en va donc voir Medeghri et lui demande d’appeler le préfet de Médéa, pour lui demander de mobiliser tous les moyens de locomotion, taxis, autobus, camions. Il faut que les détenus de Berrouaghia arrivent ce soir à Alger. C’est ainsi que
	2625 détenus furent libérés. Pendant ce temps, à Timimoun, Boualem Oussedik, toujours en résidence surveillée, était en train de conseiller au sous-préfet et au préfet de la Saoura de rédiger des messages de soutien à la nouvelle direction de l’Algérie. Ces responsables, hésitants, attendaient chaque jour de voir si la nouvelle situation était irrémédiable et si l’on ne s’acheminait pas vers un renversement de situation. Boualem Oussedik les prévenait : «Attention, chaque minute compte, vous prenez des risques en perdant du temps.»

	Deux jours après, Omar s’en retourne voir Boumediène et l’informe que Boualem Oussedik se trouve toujours en résidence surveillée et que sa famille le tarabuste, pour qu’il obtienne sa libération.
	Boumediène a demandé à la direction de la région militaire de s’occuper de ce cas, et de faire en sorte à ce que Boualem soit acheminé vers Alger par les moyens les plus rapides. Un avion a été mobilisé à cet effet.
	Quelques heures après son arrivée, il lui a été demandé comme échange, s’il lui était possible de faire un communiqué de soutien à la junte.

	Si Boualem s’y est volontiers plié et a déclaré qu’il adhérait «au programme figurant dans la déclaration du Conseil de la Révolution».
	Par téléphone, le nouveau pouvoir demande à Omar de se préparer pour partir en Afrique, maintenant que Boualem est rentré chez lui, et de se rendre à la Présidence avec moi. Nous y trouvons Boumediène en compagnie de Bouteflika. Boumediène s’adresse à Omar :
	-Tu disais qu’Alger est la région la plus sensible
	-Je le pense toujours et les faits me donnent raison
	-Ta mission en Afrique, peut attendre, je souhaite que vous vous occupiez de la zone d’Alger.
	Boumediène voulait mettre à profit notre parfaite connaissance de la capitale, connaissance acquise notamment pour avoir dirigé la deuxième Zone autonome d’Alger et notre lutte acharnée contre les tueurs de l’OAS.

	En sortant de chez lui, nous avons contacté les militants de la ZAA. En commençant par Si Mohamed Flici, qui avait été responsable du secteur de Saint-Eugène. Après avoir approché son staff, un communiqué de soutien au nouveau pouvoir a été adressé et communiqué à la presse. Ce communiqué a fait tâche d’huile et s’est étalé sur toute la capitale et sa région. La Fédération d’Alger s’était effondrée.
	Une lutte âpre, heureusement sans effusion de sang, s’était engagée entre nous et les éléments fidèles au désormais ancien régime. Car n’oublions pas que cette fédération était lourdement armée. Notre tactique a consisté à ouvrir des brèches dans les organisations de masse, afin de les amener à perdre du temps et à colmater les dégâts que nous leur avions causés, alors que le temps s’écoulait et que chaque heure pour ainsi dire, voyait le nouveau pouvoir se renforcer. Beaucoup de militants rejoignaient les rangs des nouvelles autorités, qui par conviction, qui par calcul, qui par peur, qui par intérêt tout simplement.

	Un grand militant de valeur que nous aimions beaucoup, Rebah Lakhdar est venu nous voir. Il y a eu entre nous un débat contradictoire, mais fraternel, sans arriver à un accord, nous lui avions dit :
	-Vous êtes courageux, nous sommes courageux, vous êtes des patriotes, nous sommes des patriotes, vous êtes capables d’appuyer sur la gâchette, nous aussi, vous êtes pour Ben Bella, nous sommes contre lui. Mais si vous voulez qu’on se donne en spectacle devant une population qui continue à nous respecter, nous ne commencerons jamais les premiers à tirer sur nos anciens compagnons d’armes, mais nous nous battrons.

	Nous avons eu gain de cause, car sur le plan politique on avait raison, mais il n’y a pas de quoi bomber le torse face à des compagnons de lutte. Notre sentiment était que  Ben Bella était tellement sous l’influence du président égyptien, que s’il était resté au pouvoir il aurait fait de l’Algérie historique un satellite de l’Egypte. Il faut dire que le temps était aux «mariages d’Etat à Etat» et que si nous avions poursuivi la politique des épousailles en vogue, l’Algérie aurait fini comme une simple étoile dans un drapeau qui n’était pas le nôtre, avec un autre hymne que Qassaman, dont la Constitution de 1963 soulignait «le caractère provisoire». Le coup d’Etat réussi, il y avait toujours deux hommes en prison : Aït Ahmed et Si Moussa Ben Ahmed.

	Le pouvoir a demandé à Omar de rendre visite à Aït Ahmed pour le mettre au courant de la nouvelle situation, et des accords conclus entre le FLN et le FFS. Omar a refusé sans donner d’explication. Ce sont Mourad Oussedik et Abdelhafid Yaha qui ont pris la relève.
	Après le 19 juin, Aït Ahmed, qui se trouvait à Lambèse, a été transféré vers la maison d’arrêt de Maison-Carrée. Après la libération des 2625 détenus FFS, Abdelhafid est allé voir Aït Ahmed en prison pour lui dire que les autorités demandent la restitution des armes.
	La réponse d’Aït Ahmed est la suivante : «La première négociation a eu lieu avec Ben Bella au pouvoir, elle a abouti à l’accord que nous savons. Ce dernier est arrêté, il faut recommencer les négociations pour discuter de la composition du pouvoir.»
	A bien comprendre, le leader du FFS désirait que sa formation soit membre du Conseil de la Révolution et que ses éléments participent au gouvernement. Abdelhafid retourne voir Omar et lui dit :
	-Quand vont-ils libérer
	Aït Ahmed ?
	-Je ne sais pas, répondit Omar, mais c’est sûr qu’ils le libéreront
	- Car il faut absolument qu’il sorte de prison
	- Oui, mais si vous faisiez une chose
	- Laquelle ?
	-Voilà, exposa Omar, le FFS a été constitué en opposition à Ben Bella, qui avait accaparé tous les pouvoirs, instauré le pouvoir personnel et multiplié les abus. Maintenant que Ben Bella est écarté et mis en état d’arrestation, ne penses-tu pas qu’il faut envoyer un message pour dire que vous êtes prêts à ouvrir un débat politique avec le Conseil de la Révolution ?
	Abdelhafid a répercuté la suggestion d’Oussedik à Hocine Aït Ahmed, mais celui-ci a répondu par la négative et a privilégié la proposition de reprendre la négociation sur la composition du Conseil de la Révolution.
	Abdelhafid en fait part à Omar.
	Ce dernier lui rappelle :
	- Ecoute, quand je suis venu te voir au maquis et lorsque tu en es descendu, ne t’avais-je pas dis que ça allait éclater entre les deux parties
	- Oui
	-Je t’avais aussi dit que si vous ne tombiez pas d’accord, je m’engage à te ramener au maquis
	- Oui, reconnut Abdelhafid.
	-Ce que j’avais prévu est arrivé, maintenant tu es libre, l’accord, je ne te l’ai pas imposé. Il a eu ton aval, il a eu aussi l’aval d’Aït Ahmed. Si vous voulez revenir sur vos négociations, moi, je ne suis pas le pouvoir et cette fois-ci débrouillez-vous seuls. Reprenez les négociations vous-mêmes.
	Abdelhafid a éclaté en sanglots en disant :
	- Mais qu’est-ce qu’il veut cet homme, notre liquidation ou quoi ? On n’a pas la possibilité de reprendre les armes.
	Pendant un bon bout de temps, Omar faisait traîner les choses avec Chérif Belkacem, membre du Conseil de la Révolution. Puis un jour, ce dernier téléphona à Omar en lui disant de venir avec Azzedine. Chérif Belkacem s’adresse à Omar en lui disant :
	-A compter d’aujourd’hui, tu es déchargé des contacts avec le FFS. Tu enveloppes trop. Nous préférons, Boumediène et moi, que cela soit Azzedine qui prenne les choses en main.
	Etant assis à côté de mon ami, celui-ci répondit du tac au tac, devançant ma réponse,  que cela était un bon choix tout en me pinçant sous la table afin que je me taise.

	Après avoir pris en charge l’affaire, nous avons appris que dans la délégation du FFS, il y avait une taupe qui informait les services.
	Nous avons appris aussi que Hocine Aït Ahmed, dans sa cellule, était sur écoute. Tout ce qui se disait était su par le pouvoir. Sachant que le FFS voulait sa part dans le gouvernement, ils ont laissé traîner, jusqu’à ce que Ben Bella soit totalement liquidé.
	Puis un jour, Chérif Belkacem nous a appelé Abdelhafid et moi. S’adressant à Abdelhafid :
	-Vous ne voulez pas rendre les armes comme stipulé dans les accords, d’accord. Nous, nous avons pris le pouvoir et nous ne reviendrons pas sur les décisions que nous avions prises.
	Les hommes libérés resteront dehors, mais tout ce qui bouge ira en prison. Nous vous donnons huit jours pour rendre les armes, sinon, nous irons les chercher et nous savons où elles sont.
	Abdelhafid rendit compte des derniers développements à Aït Ahmed, lequel de guerre lasse, sans doute, se résigna :
	-Fais ce que tu veux, enjoignait-il
	à son compagnon.
	C’est avec beaucoup d’émotion qu’un jour me raconta Omar Oussedik :
	-J’étais en poste à Sofia, lorsque j’ai appris votre arrestation (Boualem et moi) par Ben Bella.
	J’ai décidé de quitter la Bulgarie pour rentrer sur Alger. Trois heures avant que je ne prenne l’avion, j’ai envoyé un message à Bouteflika pour lui dire que je viens pour consultation.
	Un télégramme signé par Bouteflika tomba juste au moment où Omar s’apprêtait à partir vers l’aéroport de Sofia. «Je t’ordonne de rester en place, te convoquerais en temps opportun.» Quinze jours après il me convoque :
	-C’est pour Si Boualem et
	Si Azzedine, m’a dit Bouteflika
	- Oui.
	-Je ne voulais pas que tu viennes. L’atmosphère n’était pas très bonne pour toi. Tu peux voir les gens que tu veux. En ce qui me concerne, je suis d’accord pour que tes amis soient mis en liberté immédiatement. Si tu as du temps à perdre et tu veux voir Boumediène et les autres, tu es libre de le faire.
	Omar a fait effectivement le tour des décideurs. Tous les décideurs, sans exception, étaient tous en accord avec lui, mais aucun n’a bougé ! ]]></description>
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	Le commandant Azzedine avec le président Ferhat Abbas, tous deux ont été déportés au Sud, en 1964, par Ben Bella.
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           <title>Le devoir de mémoire</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Histoire</category>
           <pubDate>Mon, 26 Nov 2012 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Mon, 26 Nov 2012 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	En 1961, Fatima Bedar, 15 ans, a été jetée dans la Seine l La mairie de Saint-Denis baptisera le futur jardin public en son nom. 
	Mohamed Ghafir, alias Moh Clichy, était tout heureux d’annoncer la nouvelle, lui qui après avoir milité à la Fédération de France du FLN, se voue, depuis des années, à relancer le travail de mémoire afin que nul n’oublie.
	La bonne nouvelle est que Fatima Bedar, la jeune fille de 15 ans, jetée dans la Seine avec son cartable en 1961, aura eu la reconnaissance méritée de la part de la ville de Saint-Denis, où se côtoient 136 nationalités.

	En effet, la mairie de cette ville vient de donner son accord en votant la dénomination du futur jardin public dans le quartier, Gare Confluence. Le vaste espace vert, qui ouvrira en 2014, s’appellera Fatima Bedar. L’acte tend à renforcer la reconnaissance publique de ce crime colonial, que François Hollande a reconnu en le qualifiant d’atrocité. Le conseil municipal de Saint-Denis a adressé une correspondance au frère de Fatima, Djoudi Bedar, dans laquelle il dénonce le crime abominable qui s’est déroulé le 17 Octobre  1961, à Paris. Il annonce, par ailleurs, «que le prochain combat sera d’obtenir la déclassification des archives de la préfecture de police, afin que toute la lumière soit faite sur les responsabilités politiques d’alors, et le rôle joué par le sinistre préfet de police, Maurice Papon». Pour rappel, Fatima Bedar, née le 5 août 1946, est issue d’une famille  modeste.

	C’est à l’âge de 5 ans qu’elle quitte Béjaïa pour rejoindre, avec sa mère, son père ouvrier à Gaz de France. Le 17 octobre 1961, elle participe aux manifestations, malgré les vaines tentatives de  sa mère de l’en dissuader. Le 31 octobre, on retrouvera le corps de Fatima noyé dans les profondeurs du canal de Sains. Le 17 octobre 2006, après 45 ans, les restes du corps de la chahida sont ramenés au sol natal, à l’endroit qui l’a vu naître, pour sa réinhumation dans cette terre si chère à elle. Moh Clichy, qui a tenu à nous en informer, regrette que les autorités nationales n’accordent aucun intérêt à l’histoire de cette «gamine» morte pour la cause nationale.
	  ]]></description>
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