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Quand Michel Rocard dénonçait l’enfer des camps de déplacés dès 1959

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le 26.02.17 | 12h00 Réagissez

En septembre 1958, Michel Rocard, jeune énarque occupant le poste d’Inspecteur des Finances, est envoyé en mission en Algérie «dans le cadre d’une opération de ‘‘renforcement administratif’’ décidée par le général de Gaulle» (Jeune Afrique du 4 juillet 2016). Il est d’emblée frappé par une vaste opération de déplacement de populations.

«Dès février 1959, [il] adresse un rapport réquisitoire sur les camps de regroupement à Paul Delouvrier, délégué général en Algérie», rapporte Slimane Zeghidour dans son livre. Le 18 avril 1959, Le Monde en divulgue la teneur, ce qui ne manque pas de provoquer un grand émoi en France. «[Il] a fait scandale, parce qu’il y expliquait que plus de 2,5 millions de paysans algériens avaient été déplacés de force par l’armée, c’est énorme ! Lui-même, Michel Rocard, parlait de crime contre l’humanité, parce que certains de ces paysans sont morts de faim», relève l’historien Benjamin Stora dans une interview à Libération (du 16 février courant) en pleine polémique Macron sur les crimes coloniaux. Dans ce «Rapport sur les camps de regroupement», Rocard dénonce : «La situation alimentaire est préoccupante dans la quasi-totalité des centres de regroupement. Des moyens d’existence doivent être à tout prix fournis à ces populations pour éviter que l’expérience ne se termine en catastrophe». Soulignant le caractère inédit de ce document explosif, Tassadit Yacine écrit : «Destiné à alerter les responsables politiques sur ce ‘‘génocide’’ qui ne dit pas son nom, ce rapport situe le problème à un niveau autre que celui du conflit armée française/FLN, et pointe la responsabilité de la France face à la question des droits de l’homme jusque-là bafoués, car la répression et la torture sont dénoncées de façon claire. La radicalité politique de ce texte est manifeste, ce qui est alors franchement inattendu à la SFIO, ‘‘même dans la minorité’’, dans la mesure où Michel Rocard est de ceux qui ont réellement revendiqué l’indépendance de l’Algérie dès 1954.» (Monde Diplomatique, février 2004). Et de faire remarquer : «C’est en ce sens que l’on peut dire que ce rapport est révolutionnaire, car non seulement il décrit la situation désastreuse d’une population civile déracinée, humiliée (le nombre de ces déshérités s’est élevé jusqu’à deux millions vers la fin de la guerre), mais il attire l’attention des pouvoirs publics et de la communauté internationale sur la menace quotidienne qui pèse surtout sur les enfants, victimes de malnutrition, de manque d’hygiène et de soins : il en mourait plus de 500 par jour.»
 

Mustapha Benfodil
 
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