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Ghebalou H’Mimed, un valeureux révolutionnaire qui refusait la carte ONM et la pension de moudjahid

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le 27.12.16 | 21h12 Réagissez

 
Retouvaille émouvante à Chenoua (Tipasa), Ghebalou H'Mimed
(droite) et Gaid Tahar (gauche), 59 ans après leur réunion clandestine
tenue au mois d'octobre 1954 à la Casbah d'Alger
Retouvaille émouvante à Chenoua (Tipasa), Ghebalou...

Ghebalou Ahmed  connu  sous  le nom de H’Mimed était  né le 16 mai 1936  à Cherchell. Il est décédé   à  l’hôpital  Ain-Nâadja (Alger) l e 04 décembre 2016.

 De  son  vivant, H’Mimed  avait fait des confidences  au moudjahid Hadj Mohamed  Oulhandi  et  auprès  de Abdelkader Oulhandi, le fils de son  ami  tombé au champ d’honneur en 1958, pour qu’il soit enterré  avec les  08 martyrs  au milieu des  djebels  de Menaceur, au pied  du « Pic ». En dépit  des difficultés  d’accès et  l’adversité du relief, sa  tombe avait été  creusée  à  côté de celle  du chahid Oulhandi  Abdelkader. Le vœu avait été très  bien gardé dans le secret  jusqu’à  l’annonce de sa mort.  

Sa volonté  avait été respectée. C’était un engagement  des  authentiques  moudjahidines  durant  les difficiles  moments de la guerre de libération nationale. Même morts, les responsables  locaux  de l’ALN,  baroudeurs  qui n’avaient jamais étaient  sous  les lumières  des projecteurs,  voulaient  demeurer  ensemble  pour l’éternité. Ghebalou H’Mimed  ne voulait pas détenir la carte  d’adhérent  à  l’ONM (organisation nationale des moudjahidines), « car me disait-il, il y a beaucoup de choses à dire sur certaines personnes qui avaient adhéré à cette organisation, notamment de la présence en son sein des  individus qui n’avaient rien à voire  avec la Révolution ». Ghebalou H’Mimed  vivait  d’une retraite de  sa qualité d’officier supérieur de l’ANP.

Le lieutenant-colonel  Ghebalou  H’Mimed avait démissionné de son poste vers la fin des années  80. Une précision de taille, le capitaine Ghebalou H’Mimed avait été promu au grade de Commandant de l’ALN  en 1961, par l’Etat Major ALN/FLN du CNRA. Après l’Indépendance du pays, il est devenu invisible, pour ne pas dévier ses convictions de patriote algérien dans  l’âme. Le valeureux  H’Mimed n’a jamais  perçu  sa  pension de moudjahid. Il  n’a jamais révélé  cet  acte de solidarité de grande portée de sa part à ses proches. « Nous ne sommes  rien  me disait-il  par rapport  aux  hommes  et  aux femmes  qui avaient  sacrifié  leur  vies,  leurs  familles et leurs biens  pour l’Indépendance de notre pays, rappelles-toi que notre terre est  irriguée par leur sang et nous ne devons pas trahir  leurs serments », m’explique-t-il. Il  était humble. Sa simplicité dans la  vie  était débordante. 

L’ADN du sacrifice pour sa patrie, l’Algérie, ne s’est  jamais détachée de  sa  personne  jusqu’à  son dernier  soupir.  Mon dernier regard sur son visage avait eu lieu  à la morgue de l’EPH de Sidi-Ghilès, la veille de son enterrement.  Incroyable, même mort, le visage de H’Mimed dégageait  une incroyable sérénité. Avait-il hâte de retrouver ses compagnons tombés au champ d’honneur, oubliés par les vivants ? Depuis son jeune âge,  H’Mimed, l’ancien médersien,  s’illustrait  par sa bonne éducation, son exemplarité, son intelligence.  Son militantisme pour la  cause nationale avait été  entamé vers le  début des années  50, alors qu’il était  adolescent. Le jeune  lycéen  faisait partie du groupe  restreint  qui  avait  été réparti  au sein de  05 cellules  clandestines  à  Alger. Le moudjahid  Gaid  Tahar  était  le  coordinateur  des  05 cellules  de jeunes, dans lesquelles  figurait  le très actif  Amara Rachid.

Ces  cellules  clandestines  constituées de jeunes  lycéens  et  lycéennes  est  une  création  de l’architecte  de la Révolution, Abane Ramdane. La présence  des groupes mixtes de  jeunes  lycéens  donnait  non seulement  une fraîcheur au maquis, mais surtout  une autre dimension, celle de la présence et  de l’adhésion des  jeunes  intellectuels  algériens  issus des différents  régions du pays  aux cotés  de leurs  aînés  dans les djebels, pour combattre le colonialisme français et participer à la libération de leurs pays,  malgré  les  difficiles  conditions de vie  et  la spirale de la mort imposée par les  éléments de  la sécurité  de la France  coloniale. 

H’Mimed Ghebalou gardait des souvenirs  vivaces  en  lien  avec  la période  qui  avait  précédé  leur départ  vers  les  maquis de Hammam Melouane (Blida). « Je  suis vraiment surpris  par certains  détails  qui  m’échappent et  que H’Mimed  vient de relater  dans  son intervention « , me confiait  Gaid Tahar, présent  lors  de la conférence organisée  au complexe  de l’ONCI  de  Chenoua (Tipasa). La  conférence  sur  la  journée  du 19 mai 1956  s’est déroulée donc  en présence  de  02  personnes  qui  faisaient  partie des  cellules  clandestines. Les faits  rappelés  par les  02 conférenciers    étaient  authentiques. L’assistance  avait  découvert  qu’un  enseignant  français  qui  affichait  un air  d’animosité envers  ses  élèves   algériens  était en réalité  un sympathisant  de la Révolution et qu’il travaillait avec  Abane  Ramdane. Quand  H’Mimed Ghebalou, Amara Rachid, Boudissa Hacène  et  Saci Boulefâa  avaient été désignés  pour rejoindre un refuge  à Alger  avant de regagner le maquis de la wilaya IV,  c’est  Mr. Malan l’enseignant  français qui  leurs  ouvre  la  porte de son appartement.  

Les jeunes lycéens  sont  choqués  par la surprise Ils  ignoraient que leur enseignant  est un sympathisant de la Révolution algérienne.  Sur le coup, ils ne croyaient pas  leurs  yeux. Ils  avaient pris une douche.  Après avoir transité par la maison de  l’enseignant  français, Amara Rachid  l’un des  jeunes  militants proches  de  Abane  Ramdane  entraine  ses  03  camarades  vers  un  second  refuge  appartenant  à l’autre  sympathisant de  la cause nationale, le français  Pierre Coudre.  Après  quelques  moments  de répit,  Abane   Ramdane rejoint  le  quatuor qui  s’étaient  refugiés  chez  Pierre  Coudre.  L’organisation  du  départ  clandestin   vers  le  maquis  est  magnifiquement  peaufinée.  Abane  Ramdane  avait  chargé son  chauffeur de transporter  les  04  jeunes  vers le maquis.

Quant  aux  autres, les  jeunes  filles, Benmihoub  Meriem, Bâaziz Houria  et  Fadhéla  Mesli, elles  étaient arrivées  courageusement à rejoindre les  maquis de la région de Blida  aux  cotés de H’Mimed Ghebalou et  ses compagnons. En ce qui concerne Zoulikha  Bekkadour  et  Touati Ahmed, ils  avaient été affectés pour l’Oranie. Pour le groupe  des  jeunes qui devait  rejoindre la région de la Kabylie, il était constitué d’Omar Aouchiche, Lamraoui  Ali, Mâabout Hocine, Lamraoui  Mahmoud et Lounici.  Le jeune Saber  Mustapha était parti seul pour la wilaya 06, le sud du pays.  Après avoir embarqué dans le véhicule, le chauffeur de Abane Ramdane  met en garde les  04  jeunes médersiens (Amara  Rachid, Ghebalou H’Mimed, Saci Boulefâa et Boudissa Hacène, ndlr)   qu’ils  courent  un gros risque.

« Si les militaires  me font signe de m’arrêter  dans  un  barrage fixe  au cours de notre  mission nous avoue le chauffeur,  je  continuerai  à  rouler  et  vous  prenez  vos  dispositions  s’ils tirent sur notre voiture,  il  faut que vous le sachiez nous  disait-t-il, bien sûr  que nous  autres ne pouvions rien faire et savions  que  nous  allons  affronter  la  mort,  auparavant nous  avions fait nos ablutions  dans le logement  du français, donc nous avons accepter l’issue de nos  sorts, finalement nous avons échappé au scénario et avons pu rejoindre le maquis », se rappelle  H’Mimed. L’accueil  avait  été extraordinaire. Les  chefs  politico-militaires de l’ALN, Sadek  Dehiles, Amar Ouamrane  et  Benyoucef  Kritli  étaient ravis par la présence  des  jeunes  lycéens  dans  les maquis, bien avant l‘appel du 19 mai 1956.  

Ces  officiers  supérieurs  de l’ALN  installés dans leur  Q.G  au niveau des  monts de l’Atlas blidéen  chargèrent  le jeune Ghebalou H’Mimed et son compagnon Noufi Ahmed connu sous le nom de Abdelhak, de l’organisation des maquis de l’Ouest de la wilaya. Plus tard, Ghebalou H’Mimed  rencontrait  les  militants partis de l’Oranie  dans les montagnes situées  entre  les communes de Gouraya et de  Beni-Mileuk.  La mission  des émissaires du  centre  et  de l’Ouest  était  similaire. Il  s’agissait de terminer le maillage de tous les maquis du centre  jusqu’à  l’ouest, afin d’achever  l’organisation des maquis. Cela s’était passé avant  la tenue du Congrès de la Soummam. Après le Congrès de la Soummam, Si M’hamed Bouguerra  et  le Commandant Zâamoum  Salah étaient venus vérifier  et  s’enquérir  de  l’état des lieux, malgré les denses  opérations  militaires  qui se déroulaient  en  face d’eux.

Les 02 responsables de l’ALN  avaient  tenu à continuer leur mission. L’officier  Ghebalou H’Mimed avait été chargé de présenter  le découpage  de la région 02  qui avait à sa tête le nommé Slimane de Mouzaia, y compris  les noms des  nouveaux  responsable des structures.   La région 2  s’étend  des  gorges  de  la Chiffa  jusqu’à  Damous. La zone  02 de la région 02 de la wilaya IV avait à sa tête les jeunes  lycéens , en l’occurrence  Ghebalou  Ahmed  de Cherchell  et  Boudissa  Hacène  de Médéa.  Ghebalou  H’Mimed avait désigné Yamina Oudaï en qualité de Chef politico-militaire  au début du mois de janvier 1957, à la tête du secteur allant de Menaceur  jusqu’à  Hadjret-Ennous. Cette décision  avait eu lieu selon ses propos au niveau de la zone Djouamâa, à proximité du Pic de Menaceur, alors  que les bombardements  de l’armée coloniale était  concentrés  autour  du café de Guemara  Mouloud. 

Ghebalou H’Mimed avait fait  partie du Commando Djamel. Il avait participé à des réunions aux cotés des responsables de la wilaya IV. Il admirait Si M’hamed Bouguerra  notamment. « Il faut que tu écrives sur la création des écoles dans maquis de la wilaya IV  initiée par Si M’hamed  Bouguerra  me disait-il, il fallait voire  Si M’hamed  Bouguerra ,même  étant   Commandant de l’ALN, en pantalon militaire et en tricot blanc (sous-vêtement, ndlr) , faire des exercices  physiques dans les  maquis avec des gamins me précise-t-il,  il  avait ordonné  aux  familles d’ envoyer leurs  enfants vers les écoles coraniques les plus proches qui dépendaient des zaouïas, en leur interdisant de faire accompagner les bêtes par leurs enfants,  des  bergers illettrés ,  Si M’hamed  insistait sur l’éducation et l’enseignement  des enfants, voyez-vous le génie de cet homme exceptionnel », m’explique-t-il.

Durant son parcours, Ghebalou H’Mimed  avait été  blessé  gravement. Il  était arrivé  à s’échapper  des  mains des militaires français. Les éclats  des  balles  sont  restés  dans son corps (tête, bras, bassin, ndlr) jusqu’à sa mort. Le haut commandement de l’ALN/FLN  avait  alors établi  des  faux documents au profit de ce lycéen dévoué pour son pays. « Abou  Firas  Ghebalou H’Mimed, nationalité marocaine, né le  16 mai 1942  à  Fès (Maroc),  étudiant, résident  à  Fès, au n° 51  de la rue  Maurial », telles  étaient  les mentions  portées  sur son passeport de l’Empire  Chérifien  indiquant le numéro  1453 . Ce  faux document   avait été  délivré  par  l’Etat major du commandement  de l’ALN , afin de  permettre   au jeune  officier  de l’ALN , Ghebalou  H’Mimed, blessé  dans  les maquis algériens,  de s’établir au Maroc.

 En 1959, Ghebalou H’Mimed décroche son baccalauréat  en série mathématique. Il entame ses  études  en mathématique  à l’Université de Rabat avant d’abandonner, pour partir vers la Syrie via  une escale en Espagne,  afin de poursuivre  ses  études  universitaires, mais cette fois-ci  en médecine. Les  déplacements  et  les  études  étaient  à la charge de l’Etat major. Après  l’Indépendance, Ghebalou H’Mimed est  demeuré officier de l’ANP. Le grade de  Sous-lieutenant  lui  avait  été  attribué  jusqu’à 1965, alors qu’il avait le grade de capitaine de l’ALN  et promu au grade de  Commandant en 1961.  

Il avait été affecté par l’institution militaire  pour une année en France jusqu’en  1966  afin  d’étudier à Saumur (France),  avant d’être  envoyer  en URSS de 1966  jusqu’à 1969  pour achever ses  études de doctorat. Il occupe le poste de Directeur de la recherche scientifique,  après Directeur Général de l’ONEX pour ensuite  être  affecté au Secrétariat Général  du Ministère de la Défense Nationale, en sa qualité d’officier supérieur (lieutenant -colonel) avant de partir en retraite en 1989. Ghebalou H’Mimed avait répondu aux sollicitations lorsqu’il  s’agit d’animer des conférences  sur  l’Histoire  de  l’Algérie  à  Cherchell,  à  Tipasa et ailleurs. Ghebalou H’Mimed  avait  évoqué  la date historique du 19 mai 1956  au niveau  du centre  universitaire de Tipasa.

L’évènement  s’est déroulé  sans la sonorisation dans un amphithéâtre plein  à craquer. Au fil des  minutes le brouhaha a subitement disparu pour laisser place au calme. Ghebalou H’Mimed a su parler  dans  une  ambiance marquée par un silence religieux. Les étudiantes, les étudiants et leurs enseignants  n’étaient  pas habitués  à  un langage direct  et  franc, de surcroit  de la part  d’un authentique  acteur. « Mais d’où  as-tu  sorti  un patriote et moudjahid pareil », me disait le Secrétaire Général de la wilaya de  Tipasa,  à l’issue de la conférence.  Agréablement  très  marqué, Ghebalou H’Mimed était aux anges face aux étudiants après  son intervention, d’autant plus  que  la directrice  du  centre universitaire de Tipasa  lui avait offert un bouquet de fleurs  en guise de remerciement. 

Il  tenait  à  parler durant  les mois qui  avait précédé  sa mort,  des faits  glorieux  de  sa  région, des sacrifices  des femmes et des hommes. «  Je veux que tu parles de la martyr  Yamina Oudaï, de son audace, de son esprit d’initiative, de son amour pour la patrie, de sa prédisposition pour se sacrifier, de son courage, de son sens inné dans l’organisation, de sa détermination, de son abnégation, de son intelligence insiste-t-il, oui elle avait personnifié ses qualités à travers  ses actes », me disait-il. Ghebalou H’Mimed n’arrivait  jamais à retenir  ses  larmes  quand  il  parlait de  ses  compagnons martyrs de la  guerre de  libération nationale.

Quelques  « tronçons de son  parcours » d’une  durée de  huit  décennies  ne sont pas  dévoilés. Il  est  parti en emportant  avec  lui  ses  secrets. Son  désir  d’être  enterré  le  plus  loin possible, au  milieu d’une zone  montagneuse enclavée, autrefois  le théâtre des  actions héroïques  de  ses  compatriotes  contre l’occupant  français , dénote  le caractère de  l’homme, H’Mimed Ghebalou, l’ex Abou  Firas  le marocain. L’absence  de  certaines  « personnalités » lors de son enterrement avait suscité des commentaires.

 

                                                                                                                                           

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