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Abdelaziz Rahabi. Ancien ministre, diplomate

«Benyahia n’était pas étranger aux Affaires étrangères»

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le 23.05.17 | 12h00 Réagissez

 
	Abdelaziz Rahabi
Abdelaziz Rahabi


- En 1979, Benyahia succède à Abdelaziz Bouteflika à la tête du ministère des Affaires étrangères. Vous avez travaillé plus ou moins avec les deux ; comment jugeriez-vous les style, profil et méthode de travail de chacun d’eux ?

J’ai travaillé sous Benyahia de septembre 1978 à 1982. D’abord à un niveau subalterne, puis comme directeur adjoint. J’évoquerai deux ou trois aspects sur lesquels tout le monde est d’accord. Mon intervention, à ce propos, n’a rien de personnel. Benyahia était d’abord un diplomate. Et il l’était avant Bouteflika. C’est ça qu’on oublie. Il est universitaire, qualité très importante eu égard à la rareté de ce profil. Il y avait en effet beaucoup de politiques et peu d’universitaires.

Il est de la lignée d’un Lamine Debaghine, médecin, qui était le patron de la politique étrangère du GPRA. A l’indépendance, l’Algérie troque ce profil pour un bac moins 6... Benyahia avait la maîtrise des concepts des relations internationales et par-dessus tout il était militant, une casquette peu nombreux, à l’avoir. Rédha Malek, Oussedik, M’hamed Yazid, Lakhdar Ibrahimi étaient des diplomates avec un capital militant.

Benyahia était ambassadeur à Moscou. La diplomatie, il sait ce que c’est. En 1979, il a succédé à Bouteflika dans un secteur qui ne lui était pas étranger. Il n’était pas un parachuté au MAE. Et ce n’est, après tout, que justice. Ce ministère lui était destiné. Mais pour des raisons de luttes de clans ; Benyahia n’était étiqueté ni à Oujda ni à la Base de l’Est.

Ce qui fait qu’à l’indépendance il n’est pas devenu ministre des Affaires étrangères, comme ne l’ont pas été les M’hamed Yazid, Oussedik et autres Rédha Malek. Quand je suis entré au MAE, Bouteflika était ministre des Affaires étrangères. Le ministère était dominé à tous les postes de responsabilité importants par les Tlemcéniens. Il faut le dire, même si cette donne n’est pas importante en soi.

Cet élément est toutefois un marqueur chez Bouteflika, et il le demeure jusqu’à aujourd’hui. Ministre des AE, Bouteflika avait 9 conseillers sur 11 de Tlemcen. L’arrivée de Benyahia sonnait le glas de certaines pratiques. Il a introduit par exemple la gestion de carrière du diplomate. Il n’était plus question de rester dix ans à la Centrale sans perspective d’évolution ou de mutation, ou occuper un poste dans une ambassade et y rester pendant une décade.

Sous Bouteflika, le profil de carrière du diplomate n’existait pas. Je pense que c’en est là un des plus grands acquis qu’on doit à Benyahia. C’était révolutionnaire. Le diplomate savait quand et où commençait sa carrière, comment elle allait évoluer : elle n’était plus aléatoire, comme elle l’est redevenue aujourd’hui. Le profil de carrière a sécurisé le diplomate en l’arrachant à la précarité et l’a préservé au fait du prince.

- Quelles ont été les premières décisions de Benyahia à la tête du MAE ?

Benyahia, dès sa prise de fonction, a refait l’organigramme et a nommé pour la première fois depuis l’indépendance des chefs de bureau. Avec Lamamra, j’ai été un des premiers depuis l’indépendance à être nommé au poste de chef de bureau (des affaires consulaires). Les affectations au ministère se faisant du temps de Bouteflika sur des critères régionalistes.

Les directions prestigieuses du MAE étaient réservées aux bien nés, au bon endroit. Je suis très à l’aise pour en parler : étant sorti premier de ma promotion à l’ENA, j’ai moi-même souffert de ce critère. Aujourd’hui, nous retombons dans les mêmes travers : 8 directions sur 10 au MAE n’ont pas de titulaire. Et parmi ces directions, la plus importante d’entre elles, Direction Europe, n’a pas de responsable.

Deuxième aspect : Benyahia, et le mérite revient aussi au président Chadli, c’est d’avoir équilibré la politique étrangère de l’Algérie. Chadli disait à juste titre que l’Algérie est perçue comme un allié des Russes ; or, on n’est l’allié de personne. Aussi bien les pays de l’Est que l’Occident se méfiaient de nous. Il fallait donc travailler dans le sens d’un rééquilibrage, réorientation et recentrage de notre politique étrangère en mettant les principes au service des intérêts de l’Algérie.

Quand je dis cela, certains sont choqués, mais c’est la réalité. Dans le train de mesures et décisions prises par Benyahia, on trouve aussi, à titre d’exemple, la dispense du service national pour les Algériens ayant effectué leur service militaire en France, je cite également la professionnalisation de la gestion consulaire (…), etc.

Bien sûr, Benyahia avait eu des moments difficiles notamment lors des négociations avec Giscard d’Estaing qui voulait dénoncer certaines clauses d’Evian en rapport à la libre circulation et voulait renvoyer, comme Lionel Stoléru (secrétaire d’Etat aux travailleurs immigrés) en Algérie, chaque année, 35 000 porteurs de carte de résidence. Je crois que ce fut là la crise la plus importante qu’a eu à gérer Benyahia.

Je suis bien placé pour en parler car j’étais de la délégation des négociateurs algériens. Avec la Tunisie aussi, les relations étaient devenues très mauvaises (à cause du tracé frontalier). Ce fut tout aussi difficile. Benyahia disait d’ailleurs qu’il était plus économique d’avoir des projets communs, implanter des usines aux frontières que d’y mettre des chars. 

M. Az.
 
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