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Une présidence turque pour le CFCM

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le 13.06.17 | 12h00 Réagissez

Le CFCM, instance voulue représentative des musulmans de France, sera présidé pour deux ans par Ahmet Ogras, et ce, à compter du 1er juillet 2017.

Au départ, l’idée paraissait idéale il y a quatre ans de cela pour le Conseil français du culte musulman (CFCM). Après l’élection de 2013, il semblait difficile de dégager un consensus autour d’un président qui assumerait les six ans de mandat. Il fut donc décidé de mettre en place une présidence tournante.

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, l’Algérien Dalil Boubekeur, avait été le premier, de 2013 à 2015. Le 1er juillet 2015, le Marocain Anouar Kbibech (président du RMF - Rassemblement des musulmans de France, d’obédience marocaine) lui succéda dans le contexte pas facile de la première année marquée par des attentats d’une ampleur jamais connue à Paris (en janvier contre le journal Charlie Hebdo et
l’Hyper Casher, puis en novembre sur les terrasses parisiennes et contre la salle de spectacles Bataclan).

Ces attaques ont entraîné une certaine défiance vis-à-vis de l’islam et des musulmans de France. Puis son mandat se déroula dans une certaine sérénité, dont un des événements marquants avait été le voyage à Rome d’une délégation du CFCM. Plus compliquée en apparence sera la prise de fonction de son successeur, le Turc Ahmet Ogras, le 1er juillet prochain. La procédure est régulière, mais elle crée déjà des remous. D’abord parce que c’est la première fois qu’un responsable de ce pays parvient à ce poste de chef de file de cette institution créée avec le soutien du gouvernement français en 2003 pour avoir un interlocuteur capable de parler aux institutions de la République au nom des musulmans du pays.

Sauf que cette arrivée d’un Turc à la présidence est diversement appréciée et commentée. Plusieurs journaux et radios ont mis l’accent sur le fait qu’il soit l’une des courroies de transmission, en Europe, de l’AKP, le parti islamo-conservateur du président turc Recep Tayyip Erdogan. «Jamais l’islam turc n’a tenu les rênes de l’instance représentative de l’islam de France et jamais un président du CFCM n’a eu autant de proximité avec un parti islamiste. Mais il ne s’agit pas d’un coup d’Etat…

Confronté à des luttes internes incessantes, le CFCM a mis en place, il y a quatre ans, une présidence tournante pour tenter de mettre un terme à une guerre d’ego stérile», écrit le quotidien Libération, avec l’air de dire que les querelles pourraient bien reprendre. L’hebdomadaire Marianne n’a pas de mots assez durs contre le futur homme fort du CFCM : «Ahmet Ogras est un salarié d’Ankara, payé par le Diyanet, l’organisme chargé des affaires religieuses (…).

Ahmet Ogras constitue une pièce maîtresse pour Ankara.» Selon Libération, «Ogras, 46 ans, doit son ascension au sein de l’islam de France à sa belle-famille et aux relations qu’elle entretient avec l’AKP d’Erdogan : son beau-frère, Ali Hasal, et sa belle-sœur travaillent tous deux au palais présidentiel au service des relations publiques.» Né en France, mais ayant vécu au Canada, Ahmet Ogras est un chef d’entreprise. Il dirige une florissante société de voyages.

L’influence turque est réelle sur les lieux de culte de ses ressortissants

«En ce qui me concerne, je ne souhaite pas être sous les ordres de la Turquie», a dit avec force le secrétaire général du CFCM, l’Algérien Abdallah Zekri. Il est l’un de ceux qui se sont opposés au sein du conseil d’administration à l’installation d’Ogras.

Sa position ne fait pas dans le détail : «La question de sa capacité à faire fonctionner l’institution se pose, ce dont je doute fort. J’ai peur que le travail réalisé par le passé soit complètement anéanti par quelqu’un qui n’a pas la carrure ni le niveau intellectuel pour faire face aux défis qui nous attendent. Il faut, je pense, réfléchir à un plan ‘‘B’’ pour sauver le CFCM, il y va de l’intérêt des musulmans de France.» Il ajoute dans un courriel qu’il a adressé à El Watan : «Le CA du CFCM est souverain et libre de prendre les décisions qu’il souhaite.»

Même certains Turcs, cités par Libération, estiment qu’«il n’en a pas les compétences». «Je vais m’occuper du culte», annonce Ahmet Ogras à ceux qui avancent qu’il est un pion politique. «Sauf qu’il n’a jamais dirigé de lieu de culte», disent ses adversaires. Sur son appartenance à la Turquie, il réagit devant les journalistes : «On n’a pas reproché à Dalil Boubekeur ses liens avec l’Algérie, ou à d’autres leurs liens avec le Maroc.» Il reste cependant que l’influence turque est réelle sur les lieux de culte de ses ressortissants, bien plus que l’influence algérienne ou marocaine.

Ceci avait été relevé en 2016 lors de l’enquête sénatoriale sur l’islam en France. Le journal L’Express insiste sur ce point : «Officiellement indépendant, le CCMTF, présidé par Ogras, est en fait un paravent du Ditib, l’Union turco-islamique des affaires religieuses. Rattaché au Premier ministre turc, le Ditib encadre l’islam officiel turc à l’étranger et est devenu, sous l’impulsion d’Erdogan, son bras politique. En France, 253 mosquées — soit les deux tiers des salles de prière turques sur le territoire — fonctionnent sous son autorité. Si l’accession d’Ahmet Ogras à la présidence du CFCM ne fait pas les frais de luttes internes, quelle sera la légitimité de ce représentant de l’islam ?»

L’hebdomadaire cite Samim Akgönül, historien à l’université de Strasbourg : «Sera-t-il le cheval de Troie d’un régime de plus en plus autoritaire ? S’il devient président du CFCM, Ankara considérera avoir son mot à dire sur l’islam de France et on peut s’attendre à des déclarations fracassantes d’Erdogan.»

 

Walid Mebarek
 
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