Pages hebdo France-actu
 

Salim Bachi : Jusqu’au bout de sa vérité

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 07.02.17 | 10h00 Réagissez

 
	Salim Bachi
Salim Bachi

Dans son nouveau livre, un récit attachant sous bien des aspects, l’écrivain Salim Bachi, établi à Paris,  nous prend à témoin de son exil.

Dans son livre Dieu, Allah, moi et les autres, qui vient de paraître aux éditions Gallimard (janvier 2017), l’écrivain Salim Bachi va jusqu’au bout de son intimité dans un témoignage autobiographique dans lequel il se raconte, de l’Algérie vers la France. Rarement un auteur de son âge — il est né en 1971 — n’a entamé une telle démarche éditoriale dans cette période de son existence.

Il faut dire qu’entre son enfance et sa jeunesse à Annaba et sa vie à Paris où il est à présent installé depuis une vingtaine d’années, la trajectoire n’est pas anodine. Il s’y penche, en remontant à ses premières années, celles de l’école algérienne.

Des moments durs, faits de brimades et de violence, «à l’image de ce qu’ont vécu les enfants de mon époque», explique-t-il. «C’est ma vision ; j’espère que l’école a changé depuis», souhaite-t-il, convenant avec nous que dans cette école tout n’est pas à jeter et qu’il ne faut pas généraliser. «C’est mon témoignage», nous confirme-t-il. Outre la coercition, Salim Bachi voit dans ces années scolaires 1970 «un cercle arabo-islamo-vicieux».

Il prend son courage à deux mains pour avouer son athéisme en écrivant notamment : «Enfant, je cherchais Dieu sous les ailes des avions. Plus tard, j’étais heureux de fuir l’Algérie où l’on s’ennuyait beaucoup et où Allah était omniprésent .» «Pour moi, nous confie-t-il, cela n’est pas du courage de dire Dieu n’existe pas. D’autres le disent. On se rappelle que Rachid Boudjedra s’était exprimé là-dessus.» Sauf qu’on croit se souvenir qu’à l’époque, Boudjedra avait démenti très vite par une pirouette inoubliable. Salim Bachi reconnaît : «Ce n’est pas pareil ici et là-bas.»

Et dans le livre, il note avec précaution : «Lorsqu’on me pose des questions sur ma foi, j’ai tendance à me dérober. Je ne parle plus qu’en présence d’un avocat, du diable si possible.» Un signe que cette question le taraude et qu’elle ne serait peut-être pas aussi réglée qu’il veut le faire croire. Salim Bachi s’éloigne rapidement de la petite enfance, en glissant progressivement vers une histoire plus complexe et plus personnelle ; notamment familiale, dans la région de Annaba.

Une maladie rare qui lui a ouvert un horizon insoupçonné

Cela le mène à pénétrer dans l’intimité, en parlant de sa maladie rare qui lui a valu des souffrances dont il ne cache rien. «C’est la première fois que j’en parle ainsi dans un livre grand public. J’avais écrit une nouvelle pour ma sœur qui est dans le livre. D’ailleurs, si j’ai écrit cela, c’est parce que je pense qu’un écrivain peut partager des choses très personnelles», nous dit-il.

Il invoque Camus dont la maladie a traversé toute l’existence. Bachi le transcrit noir sur blanc : «La maladie m’a tenu à l’écart. Elle m’a sauvé (…) Lorsque j’ai quitté l’Algérie pour être soigné...» Sauvé parce que cela lui a permis de s’ouvrir sur un autre monde, portant malgré tout une affection redoutable qui ne lui a rien facilité : «La tête de mon fémur, qu’il fallait opérer, était nécrosée, une complication génétique qui avait tué ma sœur et qui menaçait mon existence.

Aujourd’hui, j’ai encore des hanches de vieillard qu’il faudra un jour remplacer par des prothèses», raconte-t-il dans ce livre, dont il nous avoue qu’il est une «introspection que je pensais nécessaire». Parfois, nous explique-t-il, «on me dit que généralement ce genre de témoignage intervient plus tard dans la vie. Moi, à la quarantaine, j’ai eu besoin de le faire, mais peut-être le referai-je dans dix ans.»

En ce sens, ce qui ressemble à la mise à nu d’un auteur heureux d’avoir déjà publié plusieurs œuvres, dans une prestigieuse maison d’édition parisienne, lui permet, ainsi qu’à ses lecteurs qui le suivent depuis longtemps, de marcher avec lui d’un même pas difficile. Ce qui lui a permis aussi de faire des rencontres amicales qui lui ont ouvert des portes ! Ce cheminement le mène aussi, ce qui est plus rare pour un écrivain algérien, à raconter sa vie sentimentale et sexuelle en toute simplicité, mais sans détail saugrenu. Il parle aussi des siens, dont son père, avec une sincérité qui émeut.

Pour lui, aller dans ce domaine privé lui est apparu naturel à partir du moment où il désirait faire un point sur sa vie, avec ses chances et ses écueils. Cela lui était d’autant plus nécessaire qu’outre le décès très tôt de sa sœur, un de ses amis proches était mort pendant ses premières années en France. De plus, son amour de jeunesse, en quelque sorte sa promise, ne lui était plus destinée. «C’est là, bien sûr, que les questions d’ancrage sont importantes», nous confie-t-il.

Aussi ardente que les questions d’identité qui survolent le texte, alors que l’auteur voudrait se débarrasser de cette sujétion qui le hante. Algérien avec tout ce que vocable suggère, Français devenu par la force des choses ! En fait, peut-être un hybride qui se pose par la plume pour comprendre ce qu’il est.

Dans son livre, Salim Bachi écrit : «Ecrire des livres, c’est participer à ce mystère ancien qui vise à convoquer des ombres.» Continuera-t-il dans cette veine souffreteuse, ou débutera-t-il un cheminement vers une littérature heureuse ? Il répond, avec un petit rire, que sa veine littéraire ne le conduit pas encore vers ses rives souriantes. 
 

Walid Mebarek
 
Du même auteur
Présidentielle en France : La campagne de tous les scandales
Premier débat télévisé de la présidentielle française : Macron et Mélenchon s’affirment
Les mariages mixtes en augmentation régulière
Présidentielle de mai 2017 : Quelle place pour les musulmans ?
Présidentielle en France : Recomposition politique ? Et alors !
 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Vidéo

Constantine : Hommage à Amira Merabet

Constantine : Hommage à Amira Merabet
Chroniques
Point zéro Repères éco

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie