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Rapport du Secours catholique : Les étrangers, plus pauvres que les pauvres

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le 14.11.17 | 12h00 Réagissez

 
	L’état de pauvreté est préoccupant dans un pays qui reste une des premières puissances économiques du monde. Cela concerne les nationaux, mais aussi les étrangers, surtout les irréguliers.
L’état de pauvreté est préoccupant dans un...

La France est loin d’être un eldorado. Les étrangers qui viennent s’y réfugier en font l’amère constatation en rejoignant les rangs de la population pauvre française, dont le chiffre, selon le Secours catholique, dépasse le million et demi de personnes, secourues par ses antennes à travers le pays, hommes, femmes et enfants.

Le rapport «Etat de la pauvreté en France», extrêmement détaillé, qui vient de paraître, rejoint les nombreux états des lieux conçus ces dernières années par les autres structures opérant en France, comme le Secours populaire, ou encore le CCFD (Comité de lutte contre la faim et pour le développement). La méthode a été d’aller vers les gens pour qu’ils parlent de leur situation, avec leurs mots, même si, souvent fustigés, les pauvres ont du mal à s’exprimer, encore plus ceux qui parlent mal la langue française.

Ce qui a été relevé est en particulier le poids des préjugés qui pèsent sur ces personnes en marge de la société: «Les pauvres font des enfants pour toucher les allocations familiales»; «les étrangers viennent profiter de la générosité du système social français» ; «on est moins pauvre lorsqu’on vit à la campagne» ; «si on cherche du travail, on trouve» ;  «le chômage est la principale cause de la pauvreté» ; «les pauvres préfèrent ne pas travailler» ; «les pauvres sont des assistés et des fraudeurs» ; «les pauvres ne savent pas gérer leur budget».

Les étrangers secourus sont de plus en plus des irréguliers

Le rapport conclut que les étrangers représentent désormais plus de la moitié de l’ensemble des adultes rencontrés. «L’augmentation régulière du nombre d’étrangers rencontrés dans les accueils, amorcée en 2008, se poursuit en 2016: ils représentent 39% des personnes de référence rencontrées, soit une croissance de près de 3 points par rapport à l’année précédente. Plus d’un tiers des femmes accueillies aujourd’hui par le Secours catholique et un peu moins de la moitié des hommes sont de nationalité étrangère.

Cette augmentation régulière traduit la grande fragilité des étrangers en situation de pauvreté extrême, plus sévère encore chez les hommes : la part des étrangers en situation régulière est trois fois plus importante dans les accueils que dans la population générale. Leur surreprésentation dans les accueils est avant tout la conséquence d’une situation légale, sociale et économique de plus en plus précaire».

Pour le Secours catholique, «cette vulnérabilité est à mettre en relation avec la précarité accrue du statut légal des étrangers accueillis. Les étrangers sans statut légal stable constituent désormais un peu plus de la moitié des étrangers accueillis (51%). Parmi eux, deux tiers sont des demandeurs d’asile ou des personnes en attente d’un titre de séjour et un tiers sont des sans-papiers et/ou des personnes dont la demande a été déboutée».

L’évolution concerne également l’origine de ces personnes : «Les personnes originaires du Maghreb et les ressortissants de l’UE sont minoritaires et leur part continue de diminuer, tandis que la part des personnes originaires d’Afrique subsaharienne (un tiers des étrangers rencontrés en 2016) et des pays européens de l’Est (hors UE) et d’Asie centrale (un quart des étrangers) continuent d’augmenter.»

La précarité extrême des ménages étrangers s’explique en partie par la grande proportion de ménages étrangers accueillis qui ne perçoivent aucune ressource (44%), à savoir ni revenu du travail ni transferts sociaux en particulier. Cela permet au Secours catholique de battre en brèche un préjugé tenace qui veut que les étrangers viennent profiter des avantages sociaux en France : «Lorsque ces droits existent (et sont connus), la lourdeur et la complexité des procédures condamnent bon nombre d’étrangers à ne pas les faire valoir.»

Devenir citoyens à part entière

Un calcul du Secours catholique établit que «près des quatre cinquièmes des chômeurs étrangers rencontrés ne perçoivent pas d’indemnités. Comment pourrait-on sans discernement leur reprocher de profiter d’un système social dont ils ne connaissent pas nécessairement le fonctionnement, qui ne reconnaît pas leurs droits, voire auprès duquel ils ne les font pas valoir ?»

Le Secours catholique se fait véhément en disant que «certaines idées reçues sur les migrants peuvent facilement être déconstruites par des faits et des chiffres, mais d’autres sont tellement subjectives que seuls des acteurs de terrain qui connaissent et rencontrent les personnes, véhiculant ces préjugés, peuvent leur porter la contradiction ou témoigner de la réalité». Ils veulent devenir citoyens à part entière : «Les migrants ne veulent pas s’intégrer, est un bon exemple de préjugé à déconstruire (…).»

Le rapport conclut que c’est plutôt aux pouvoirs politiques d’aider les arrivants dans les apprentissages de base, comme avant celui de la langue, particulièrement pour les demandeurs d’asile en attente d’examen de leur demande. Le Secours catholique s’est engagé dans un plaidoyer inter-associatif intitulé «Le français pour tous». Pour Flore Gubert, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) : «Les étrangers sont souvent perçus par l’opinion publique comme étant un fardeau pour les comptes sociaux.

Est-ce effectivement le cas ? Quelques travaux récents réalisés dans le cas de la France (…) viennent mettre à mal cette perception. En comparant très précisément les bénéfices que les immigrés retirent du système public de protection sociale (transferts sociaux, éducation, santé, retraite, etc.,) avec la contribution qu’ils y apportent par les différents prélèvements obligatoires dont ils s’acquittent à différents âges, les économistes montrent que (…) la différence entre ce qu’ils versent et ce qu’ils reçoivent est positive, mais qu’elle est sensiblement inférieure à celle des natifs, surtout pour les immigrés venant d’un pays hors de l’Union européenne.»

Lire le rapport complet sur https://www.secours-catholique.org/prejuges-sur-les-pauvres

Walid Mebarek
 
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