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Qui sont les radicalisés ?

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le 03.04.18 | 12h00 Réagissez

 
	A la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ)
A la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ)

L’étude n’est que parcellaire, mais elle vaut d’être observée de près.

La direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ), organisme dépendant directement du ministère de la Justice et chargé de suivre les jeunes justiciables, a confié à Laurent Bonelli et Fabien Carrié, sociologues et chercheurs de l’université Paris Ouest Nanterre, une recherche inédite sur le phénomène de la radicalisation chez les jeunes suivis par la PJJ.

Dans le rapport qu’ils viennent de rendre à la ministre de la Justice, Mme Belloubet, ils écrivent : «Entre septembre 2016 et décembre 2017, nous avons eu accès aux dossiers de 133 jeunes poursuivis pour des affaires de terrorisme ou signalés par les services de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) pour  ‘‘radicalisation’’.

Il s’agit d’abord de mineurs qui ont été jugés, ou qui vont l’être, pour des départs en Syrie, des tentatives d’attentats ou des attentats commis sur le territoire français.»

Ils ajoutent que «ces mineurs représentent l’intégralité de ceux qui sont poursuivis pour terrorisme depuis 2014. A ceux-ci s’ajoute un échantillon d’autres mineurs suivis dans le cadre d’affaires pénales ordinaires mais dont les comportements et les propos sont apparus inquiétants aux professionnels de la justice (apologie du terrorisme, volonté de partir en Syrie, attitudes rigoristes, etc.)».

Ils indiquent du reste que, selon eux, cette enquête, menée directement auprès de personnes concernées, est une première.
Cela permet d’une certaine manière d’aller plus loin que les médias, qui balancent des explications pas toujours sensées. En effet, existe et prolifère une «littérature foisonnante, mais parfois insatisfaisante.

Cette mobilisation institutionnelle, ainsi que l’actualité de la menace, ont également suscité un déferlement de commentaires et d’analyses.

On ne compte plus le nombre d’ouvrages et d’articles dans lesquels des psychologues, des psychanalystes, des sociologues, des anthropologues, des spécialistes de l’islam, du Moyen-Orient, de la géopolitique, mais aussi des professionnels (des magistrats notamment), des journalistes ou des ‘‘experts’’ plus ou moins autoproclamés, présentent des explications, confrontent des points de vue et énoncent des ‘‘solutions’’».

«Les actes les plus sérieux sont perpétrés par ceux que l’on soupçonnait le moins»

Foisonnante et contradictoire, cette littérature apporte parfois des éléments de connaissance indéniables, mais elle souffre néanmoins d’une sérieuse limite : l’absence quasi complète d’enquête sur les principaux intéressés. On parle simplement de «nihilisme générationnel», de «dérives sectaires» et de «manipulation mentale», de l’apparition d’un «islamo-gangstérisme», ou encore de l’impossible constitution d’un «surmoi musulman».

Les chercheurs démontrent au contraire que «les actes les plus sérieux sont perpétrés par ceux que l’on soupçonnait le moins : jeunes issus de familles stables, pour la plupart inconnus des services sociaux, plutôt bons élèves et avec des parents actifs, et non pas par les jeunes les plus défavorisés des quartiers populaires et aux situations précaires, pourtant régulièrement confrontés à la violence».

Ils constatent que les mineurs délinquants habituellement suivis par la PJJ sont moins enclins à basculer dans un processus de radicalisation violente de type association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste.

«Cela va à l’encontre des a priori faisant de l’engagement radical et du passage au terrorisme le propre d’individus les plus précaires et délinquants».

Selon des conclusions notables, le rapport indique que, contrairement à ce qui se passe, notamment sur le plan médiatique, il ne faut pas «sur-réagir, au risque de renforcer les mineurs dans leur logique de révolte et dans une posture radicale».

L’enquête met en lumière «de nombreux exemples dans lesquels une réaction inadaptée peut renforcer la logique des processus de radicalisation».

Walid Mebarek
 
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