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Marie Richeux. Ecrivaine, productrice sur France Culture

«La manière dont les gens accaparent l’espace»

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le 24.10.17 | 12h00 Réagissez

C’est un livre français et, en même temps, il réussit la prouesse d’être profondément algérien. Climats de France, de Marie Richeux, paru aux éditions Sabine Wespieser, est un roman à double entrée comme le deuxième S qu’elle a ajouté au nom de la cité algéroise dans son titre.
Tout commence à Alger en 2009, avec l’émotion profonde de l’auteure au moment où elle découvre cette cité Climat de France construite par Fernand Pouillon à la demande de Jacques Chevallier, maire d’Alger.

La pierre de taille, les perspectives imposantes, elle les connaît intimement : elle a grandi à Meudon-la-Forêt, dans un ensemble bâti par le même architecte. De là naquirent des recherches qui la conduisent à ce livre où elle parle à merveille du déchirement des êtres pris par le tourbillon de l’histoire et ce qu’ils laissent. Les pierres ne parlent pas, mais la vie en suinte. Le livre passionnant est un raccourci romanesque et pas pesant du tout, avec en filigrane, l’Algérie contemporaine, de la période coloniale à la guerre jusqu’à l’indépendance et la période noire des années 1990. C’est percutant et sincère. Dans un entretien, Marie Richeux a accepté de nous accompagner dans cette réappropriation de ce qui fonde les histoires entremêlées.

- Comment est née l’idée de faire ce livre ?

J’ai vu Climat de France. Une amie m’avait montré cet endroit. J’avais été saisie par la beauté et l’aspect monumental de l’édifice. En rentrant à Paris, j’ai effectué quelques recherches sur les immeubles imaginés par le même architecte, Fernand Pouillon, qui avait aussi été l’auteur de la cité dans laquelle j’avais vécu à Meudon-la-Forêt. Par la suite, j’ai découvert, lors d’autres visites à Alger, Diar Essaâda et Diar El Mahçoul. Cela est resté dans ma tête pendant plusieurs années.

- Vous aviez déjà l’urbanisme dans vos centres d’intérêt ?

Pas aussi clairement que ça. La question de l’espace, de la rue, la manière dont les gens accaparent l’espace, oui. Cela m’intéresse.

- Il y a plein de strates dans votre ouvrage. Au-delà des immeubles, ce qui vous intéresse c’est le vécu, les êtres humains ?

Je construis mon ouvrage à partir de cela. C’est par là que la question architecturale revient, à partir de la relation et du dialogue entre les deux personnages du roman, Marie et Malek, la jeune femme de trente ans et le vieil homme de 80 ans. Des générations différentes. Un passé différent. Lui qui a passé sa jeunesse en Algérie et l’a quittée en 1956, et l’autre qui vit dans un pays où la question de l’identité française et celle de l’immigration sont présentes. Mon roman, c’est une manière de dire comment l’espace et l’architecture traversent les êtres.

- Ne montrez-vous pas aussi que la vie telle qu’imaginée par l’architecte et la vie telle qu’elle se développe par elle-même sont deux choses différentes, à Meudon comme à Climat de France ?

Exactement. Pour le bien ou le moins bien. On peut dire que la manière dont Climat de France a évolué n’est pas forcément le projet de Pouillon. Mais je ne dis pas que c’est moins bien ou mieux. La cité vit par elle-même. Les paliers imaginés à Meudon ont permis les rencontres, les contacts, les échanges. Malek et Marie se parlent.

- Il est une personne à laquelle votre livre rend hommage à sa façon, c’est le maire d’Alger, Jacques Chevallier. Pourquoi ?

Cela a été pour moi une surprise. Non seulement à Climat de France, où j’ai découvert que la cité est née de sa volonté lorsqu’il est arrivé à la tête de la municipalité d’Alger. J’ai découvert le personnage à travers la biographie de José Fralon et ensuite à travers ses textes. C’est un homme qui cherchait la justesse. J’ai ressenti la même chose dans les écrits de Germaine Tillon. Sans savoir s’ils se sont un jour parlé ou pas.

- Votre livre, c’est aussi la Guerre d’Algérie et l’histoire contemporaine du pays. Comment avez-vous travaillé cet aspect-là  ?

C’est vrai que ce n’est pas le sujet central, mais je voulais placer le livre dans le présent qui se pose face à l’histoire. C’est aussi pour le lien avec Malek que Marie interroge cette histoire, jusqu’à l’histoire de l’immigration proprement dite.

- Cela donne un livre à la fois français et aussi algérien. Quelque chose de rare. Alors que beaucoup de livres depuis le mois de septembre sont sortis sur l’Algérie, tous écrits par des femmes...

Oui, Alice Zeniter, Brigitte Giraud, Kaouther Adimi et moi-même. Je n’en ai lu aucun pour l’instant, mais j’ai été étonnée de cette parution simultanée, je ne pensais pas que l’Algérie serait aussi présente pour la rentrée littéraire. Sachant que chacune travaille isolément bien évidemment. Moi, cela fait plusieurs années que j’avance sur ce projet.

- Une coïncidence heureuse, selon vous, qu’on parle ainsi de l’Algérie ?

Cela dépend de ce qu’il y a dedans. J’ose espérer que oui. Beaucoup de questions qu’on se pose sont importantes et on ne peut pas faire l’économie du dialogue à leur propos. Mon intérêt a commencé sur ces questions-là par un master de recherche à l’Ecole des hautes études, où je réfléchissais à ce qui se transmettait de la génération des parents qui avaient immigré à celle des jeunes gens qui vivaient en France.

J’ai grandi avec ces jeunes-là. J’ai été animatrice, j’ai encadré des enfants pour qui l’origine étrangère de leurs parents se posait. Certaines hypothèses de ce travail de recherche avaient trait à la question du silence. Et à quel point ce silence a des résonances avec des silences plus politiques.                   

Walid Mebarek
 
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