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Leïla Sebbar. Écrivaine

«La fiction a davantage de force que le témoignage»

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le 07.03.17 | 12h00 Réagissez

L’écrivaine franco-algérienne Leïla Sebbar publie un recueil de nouvelles, L’Orient est rouge (Editions Elysad). Elle nous dit, à brûle-pourpoint, d’où lui provient son inspiration pour ce livre de souffrance offerte comme un sacrifice.

- Pourrait-on dire que ce livre est un cri de femme ?

Non, je ne le dirais pas ainsi. Tout ce que je vois,  j’entends, je lis, me donne envie d’écrire de la fiction, pas des essais. Je ne suis pas historienne ; je ne suis pas sociologue ; je ne suis pas journaliste. J’écris de la fiction et au travers de cela un certain nombre d’éléments sont déjà là, d’une certaine manière, dans le réel extérieur ou dans le réel intérieur. Je n’analyse pas. Je suis habituée à l’analyse critique, mais là non.

- S’il fallait tirer un fil entre votre Carnet de Sherazade, paru en 1985, et ce récent livre, quel serait-il entre cette Sherazade rêvée ou honnie et les femmes déchirées que vous créez dans votre livre ?

La violence qu’elles subissent et la violence dont elles sont capables. Ce qui revient souvent dans ce que j’écris, c’est la fugue. L’errance, le maladif, l’exil et les guerres.

- En tout cas, ce n’est pas anodin de parler de la femme qui subit la violence et celle qui la fait subir...

Non, ce n’est pas anodin. Les femmes sont capables de violence. La violence familiale est la plus courante. La violence sociale, guerrière, cela existe aussi…

- … Et la violence contre soi ? Celle qu’on retrouve dans le djihadisme...

Aussi. Elles sont prêtes à exercer une violence contre les autres.

- Votre œuvre est multiple, entre pages sur l’exil, regard sur des personnages illustres, comme Isabelle Eberhardt, mais pourquoi l’orient y est-il toujours le point commun ?

L’orient et l’occident ! Je ne peux les séparer. Je ne serais pas capable d’écrire que sur l’orient ou sur l’occident seulement. J’ai besoin de ce croisement, car c’est ce qui m’a fait naître. Je suis à la croisée de ces chemins qui m’ont donné la vie : mon père et ma mère. L’un représente l’orient et l’autre l’occident.

- Quelle lecture, quel retour attendez-vous de votre dernier ouvrage L’Orient est rouge ?

D’abord, faire réfléchir. Quand j’écris, j’espère que mes lecteurs soient amenés à une réflexion à partir de ma fiction. Réfléchir aux rapports de force, aux violences qui s’exercent en permanence les uns sur les autres. Réfléchir à la liberté.

- Peut-être aussi à une certaine fragilité des êtres, non ?

Si, c’est vrai, mais cela va de pair avec la liberté. Si on n’a pas de désir de liberté, on est moins fragile, je pense.

- Dans ce livre, on est au cœur d’un chaos, de la déraison, de ce qui est déraisonnable dans l’humanité…

Je dirais que mon livre est au cœur de la folie. C’est ce que j’ai voulu écrire. Cela me paraît le moteur.
La planète traverse beaucoup d’épisodes douloureux. Ecrire, est-ce porter témoignage ?
Je ne dirais pas témoignage. C’est toujours une manière d’enlever de la force. Je pense que la fiction a davantage de force que le témoignage lui-même.

- Pourquoi avoir écrit ce recueil de nouvelles ? Est-ce l’actualité de ces dernières années en orient, en Europe, en France aussi, qui vous a poussée à l’écrire ?

Je m’intéresse à ce qui se passe aujourd’hui partout, en particulier dans les pays du Moyen-Orient, au Maghreb, en France et en Europe. C’est-à-dire tout ce qui concerne les relations entre Orient et Occident.

- Les thèmes de vos nouvelles sont prenants, porteurs et émouvants. N’aimeriez-vous pas écrire sur des thèmes plus doux, plus agréables lorsque, comme vous, on est originaire de cette partie du monde ?

Je ne sais pas si j’ai envie d’écrire sur des choses douces et agréables. Non. Je n’ai pas envie. Cela ne veut pas dire que je n’écrive pas des choses autres, comme le roman Colporteur aux yeux clairs. Parmi tous les livres que j’ai écrits, il n’y a pas que des livres liés à la guerre. Mais c’est vrai que les guerres, certaines guerres m’inspirent, car j’ai moi-même vécu pendant la guerre d’Algérie.

- Pour vous, on peut dire que c’est la guerre initiale...

Oui, bien sûr.

- Un petit mot pour dire pourquoi cet ouvrage est publié en Tunisie…

J’ai déjà publié en Tunisie et Elysad a publié plusieurs de mes titres. J’avais envie que ce livre soit publié dans un pays arabe et les éditions Elysad sont diffusées en France et dans les pays francophones.

- Et l’Algérie, votre pays d’origine ?

L’Algérie, c’est compliqué pour moi. Jusqu’ici, les éditeurs n’ont jamais publié chez eux des textes que j’ai fait paraître en France. Pourquoi ? Ils ne me l’ont jamais dit.


 

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