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Arnaud Montebourg en Algérie à partir d’aujourd’hui

«Il est nécessaire de clore ce long débat des querelles mémorielles»

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le 10.12.16 | 10h00 Réagissez

Arnaud Montebourg, candidat à la primaire de la gauche pour l’élection présidentielle de mai 2017, effectuera une visite en Algérie de deux jours à partir d’aujourd’hui. La première étape de ce déplacement est Oran, où Arnaud Montebourg visitera l’usine Renault. Il se rendra ensuite à Notre-Dame de Santa Cruz.

La seconde partie de la visite sera d’ordre privé, puisque le candidat à la primaire de gauche rencontrera des membres  de sa famille maternelle, sa mère étant originaire de la région d’Oran. Arnaud Montebourg s’envolera ensuite pour Alger où il aura, lundi, des entretiens avec des  responsables politiques, des chefs d’entreprise et des représentants de l’UGTA ainsi que la presse. Il visitera en outre La Casbah et la Grande Mosquée.

 

Quel projet ? Quel programme proposez-vous aux Français pour la prochaine élection présidentielle ?

Je propose un programme de redécollage économique. Pour cela, je veux mettre fin aux plans d’austérité en France et en Europe, et tourner la page du quinquennat que nous venons de vivre, où les inégalités et le chômage ont augmenté. Pour reconstruire l’économie, je propose un plan de soutien et de développement aux PME, ce que j’appelle une grande politique du Made in France, les circuits courts, tant pour la production que la distribution.

Pour luttter contre la mondialisation excessive, il est nécessaire d’établir des plans gagnant-gagnant entre les pays, et non des plans gagnant-perdant. Il est temps que la France protège ses intérêts et que l’Europe se réforme en profondeur. Il ne s’agit pas de limiter les échanges économiques, mais de les rendre justes et équitables, sur la base de règles de réciprocité.

La multiplicité des candidatures à la primaire de la gauche, et hors primaire, ne risque-t-elle pas d’entraîner une dispersion des électeurs ?  A moins que vous vous présentiez en candidat de rassemblement des diverses gauches ? Et avec quels arguments ?

La primaire doit être une première étape du rassemblement. Je pense que si la primaire est un succès, elle entraînera un rassemblement nécessaire plus large. C’est ce que je m’attacherai à faire. Si nous laissons l’ensemble de la gauche dans cette situation de division, alors oui le succès sera bien plus difficile, et le risque d’un scénario noir d’un second tour entre M. Fillon et la famille Le Pen et d’une victoire possible de cette dernière est écrit. Je construis méthodiquement cette candidature du rassemblement. Mes propositions sont au cœur des gauches, gauche du travail, gauche des valeurs, gauche entrepreneuriale, et peuvent réunifier le peuple de gauche aujourd’hui dispersé.

Quelle place des musulmans et de l’islam dans la société française ?

Une place semblable pour tous les Français, voilà ce que je souhaite. Ni plus ni moins. Nous sommes un pays égalitaire et qui doit pratiquer «l’égalité», pas seulement la proclamer. Je ne veux pas qu’on catégorise, qu’on classifie, qu’on hiérarchise. Je veux qu’on protège et qu’on assure à chaque Français quel qu’il soit les mêmes droits et devoirs, sans discrimination. De nos jours, nos compatriotes de confession musulmane vivent mal le fait d’être soupçonnés et ressentent une forme de stigmatisation. Ils ne doivent pas être assimilés à ces criminels, ces terroristes djihadistes qui exploitent, pour mener leur projet totalitaire et barbare, la religion de l’islam.

C’est pourquoi je crois que la seule riposte aux attaques que nous avons subies est l’unité nationale et l’association de nos compatriotes de confession musulmane au devoir d’entraide national. Je combattrai toute forme de stigmatisation et les discriminations qui l’accompagnent, en recréant ce lien égalitaire et fraternel dans la société française.

C’est ce que j’appelle «refaire France». C’est dans ce sens qu’il faut considérer ma proposition de rétablissement du service civil, militaire et humanitaire, obligatoire de 6 mois, afin de permettre à tous les Français  (jeunes hommes et jeunes femmes) de se retrouver et de réapprendre à se connaître et à vivre et travailler ensemble, quels que soient leur milieu, leur parcours, leur histoire et leur géographie.

Quels sont les fondements des relations que vous souhaitez entretenir avec l’Algérie sachant que le volet humain de cette relation est conséquent, eu égard aux 7 millions de Français qui ont un lien avec l’Algérie alors que plus de 740 000 Algériens (chiffre de 2011) vivent en France ?

La relation franco-algérienne doit se développer puissamment pour faire face ensemble aux défis considérables que nous avons intérêt à affronter ensemble : codéveloppement énergétique, technologique et économique de l’Afrique, problèmes migratoires entre nos deux continents, crise climatique, sécurité et terrorisme. Nous pouvons nous appuyer sur nos deux peuples, ces millions de Français, d’Algériens, de Franco-Algériens qui disposent de liens historiques si puissants. Nos échanges économiques doivent beaucoup plus se développer. Il y a grande matière à les densifier.

Nous devons travailler et investir ensemble en Europe et en Afrique ! Nous avons, pour réussir cet atout que constituent les millions de personnes dont le cœur bat pour nos deux pays, un magnifique pont humain entre nos deux rives.

Lors du débat télévisé qui l’avait opposé à Alain Juppé, à trois jours du deuxième tour de la primaire de la droite  et du centre, François Fillon avait affirmé que «la France n’a pas pour vocation d’être multiculturelle». Quelle est votre réaction à cette affirmation ?

Je ne comprends pas ce que M. Fillon veut dire. Car, peut-on nier la réalité qu’un tiers des Français ont un grand-parent étranger ? Que chaque année se nouent en France 50 000 mariages mixtes entre Français et étrangers ? Peut-on nier les innombrables réussites en France des générations venues de vagues successives de l’immigration ? Il y a de la place sous le toit vaste de la République pour être un Français fervent et patriote tout en vivant selon ses choix et sa culture. Nier les différences, c’est nier la France. Ces faux débats ne font pas avancer notre pays et soufflent sur les braises de la division.

Quelle part accordez-vous à la dimension historique qui constitue une ligne de crête dans les rapports algéro-français ? Pensez-vous comme François Hollande qu’il y a «une place désormais pour un regard lucide et responsable» de la France sur son passé colonial en Algérie ?

Je pense, en effet, qu’il est temps de regarder avec sincérité ce passé. Il est lourd et douloureux. Il existe cependant des liens importants entre nos deux pays. Il est nécessaire de clore ce long débat des querelles mémorielles. Si je suis en condition d’exercer les plus hautes responsabilités du pays, j’ouvrirai un nouveau chapitre de notre histoire commune, en laissant le soin aux historiens des deux rives d’écrire cette histoire. Ce travail a bien évidemment commencé. Mais la France et l’Algérie doivent maintenant se tourner ensemble vers l’avenir.

Au plan économique, alors que vous étiez ministre du Redressement productif dans le gouvernement de François Hollande avant que vous ne le quittiez, vous aviez fait prévaloir le concept de «pacte de coproduction» et de «délocalisation». Est-ce toujours d’actualité ?  Est-ce toujours votre objectif ?

Oui, c’est évidemment toujours d’actualité. Qu’est-ce que la co-localisation ? C’est le partage des tâches de production entre le Nord et le Sud. Plutôt que de laisser délocaliser en Asie, notre intérêt commun serait plutôt de bâtir des usines au Maghreb. J’ai déjà commencé à le faire et à le réaliser concrètement. Il faut amplifier largement ce mouvement et favoriser les échanges dans les deux sens. Nos deux pays ont tout à y gagner.

Nadjia Bouzeghrane
 
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