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Élection présidentielle en France en 2017

François Fillon joue à quitte ou double

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le 05.03.17 | 12h00 Réagissez

Tout deux en appellent au peuple. Autant Marine Le Pen, candidate de l’extrême droite, que François Fillon, candidat de la droite républicaine ! C’est dire le grand écart et l’ambiguïté de cette aspiration populiste dont tout le monde veut indûment se prévaloir.

Cela rappelle aussi des périodes bien tristes de l’histoire de France alors que le pays entre en cette période électorale dans une crise des valeurs d’un nouveau genre dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences. Marine Le Pen comme François Fillon sont visés par des affaires judiciaires et ils hurlent chacun à sa manière au complot politico-médiatico-judiciaire, faisant fi des équilibres démocratiques de ces pouvoirs qui garantissent les libertés individuelles.

Ce manque de respect des institutions choque de plus en plus la «société civile» que Fillon aurait voulu ressusciter sous ce mot d’ordre hier lors d’un meeting aux Docks de Paris, à la veille, aujourd’hui, d’un «grand rassemblement populaire» auquel appelle le candidat de la droite républicaine, de plus en plus seul. Un rassemblement apolitique, sachant qu’un décompte hier à la mi-journée faisait état de pas moins de 200 personnalités de son parti qui l’avaient abandonné. Le parti centriste UDI avait aussi coupé toute relation. Tous lui demandent de renoncer. Dans un jeu absurde de quitte ou double, Fillon s’obstine pourtant à rester en course, et veut jouer l’homme providentiel. «2000 ans d’histoire nous jugent», écrit-il, non sans prétention, dans son appel.

UNE EXPRESSION ORIGINALE : «LES MILITANTS DE LA FRANCE»

Il fait abstraction des soupçons de détournement de fonds publics et sociaux qui le menacent d’être mis en examen le 15 mars prochain. Lui qui depuis des années avançait qu’un responsable ne pouvait pas continuer sa carrière en étant aux prises avec la justice, il demande de «résister», se plaçant au-dessus de la justice, estimant que seul le suffrage universel vaut en cette circonstance. Pour se maintenir, il se tourne vers ce qu’il nomme, en une expression originale, «les militants de la France», autrement dit le peuple des électeurs.
Fillon, largement plébiscité par la primaire de la droite et du centre en novembre dernier, veut ainsi contrecarrer les responsables de son camp politique qui refusent de le suivre après son intervention extrêmement brutale de mercredi dernier (voir notre édition de jeudi).

Il a déclaré qu’il se passerait des élus, pour se reposer sur le peuple, se rapprochant un tant soit peu d’une thématique d’extrême droite, Marine Le Pen faisant campagne «au nom du peuple». Il faut dire que même dans son camp retranché, on l’abandonne, comme le directeur de sa campagne, Patrick Stéphanini ou le porte-parole Thierry Solère qui ont jeté l’éponge, après le directeur adjoint de la campagne et le directeur financier.

ALAIN JUPPé, CANDIDAT DE SECOURS ?

Aujourd’hui, beaucoup de ses amis politiques en appellent publiquement à la candidature de son challenger battu à la primaire : Alain Juppé. On n’avait jamais vu une telle situation en France à quelques jours du scrutin, le plus important de la vie politique française*. En ce qui concerne Marine Le Pen, soupçonnée d’emplois fictifs au Parlement européen, elle est convoquée par le juge d’instruction pour être mise en examen, mais elle refuse de s’y rendre, affirmant que les magistrats étaient là «pour appliquer la loi, pas pour l’inventer».

Sur le plan de la mise en cause de la justice, la plus haute instance judiciaire, la Cour de cassation, a dénoncé «une atmosphère survoltée (...) autour du travail de la justice», précisant que «les magistrats suivent leur rythme en toute indépendance sous le seul contrôle des juridictions supérieures», «ils ont le devoir de ne pas s’engager publiquement dans le débat électoral». La présidente de l’Union syndicale de la magistrature, Virginie Duval, a le sentiment qu’«en adoptant un tel discours, aussi éloigné des fondements de la République, lesdits candidats tentent de se placer au-dessus des lois. Ces mêmes lois qu’ils sont pourtant toujours prompts à faire appliquer, avec sévérité et célérité, pour les citoyens ordinaires».
Walid Mebarek

* DES EXEMPLES DANS L’HISTOIRE

La dernière fois où l’histoire politique avait été chamboulée, c’était en mai 1958 lorsque des manœuvres politiques menées depuis Alger avaient amené le général de Gaulle à revenir au pouvoir. Quant aux manifestations «populistes», il y a deux exemples dans l’histoire. La manif d’extrême droite des «factieux» en 1934 qui protestaient contre la corruption politique. La gauche avait fait obstacle à la manif qui avait paradoxalement conduit à l’élection du Front populaire en 1936. L’autre repère, celui auquel pense François Fillon, c’est à la fin mai 1968, après un mois de manifestations populaires, lorsque le général de Gaulle avait réussi à retourner la situation en sa faveur après l’immense manifestation organisée par la droite au pouvoir. Un an plus tard, il démissionnait après un référendum qui lui était défavorable…

Walid Mebarek
 
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