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Élections législatives : Quand plane le spectre des inégalités

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le 06.06.17 | 12h00 Réagissez

Selon les récents sondages, le mouvement politique créé en 2016 par Emmanuel Macron remporterait le scrutin législatif, dans un pays où la question sociale devient majeure avec, en creux, un accroissement des inégalités.

Si la tendance sondagière se confirme, le président Emmanuel Macron, élu largement le 7 mai dernier, pourra disposer le 18 juin d’une majorité parlementaire qui lui permettra d’appliquer son programme libéral. Au moins 400 sièges sur les 577 lui sont pronostiqués.

Les socialistes seront ramenés à un nombre quasi insignifiant de députés, eux qui, en 2011, tenaient la France avec la majorité des grandes villes, des départements, des régions et du Sénat, avant d’avoir la présidence de la République, puis la majorité à l’Assemblée nationale en 2012. Le retournement est total et la déconfiture annoncée, après le piteux résultat de Benoît Hamon au premier tour de la présidentielle. La droite, conduite par le parti Les Républicains, ne devrait pas réussir mieux, après avoir raté la séquence Fillon.

A l’extrême droite, le Front national, qu’on disait prépondérant, ne commettrait pas la razzia que les médias ne cessaient depuis des années de prédire. La défaite de Marine Le Pen est trop cuisante. A gauche de la gauche, les communistes et les écologistes ne sauveront même pas les meubles. Enfin, les Mélenchoniens de la France insoumise, forts du bon score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, auraient une vingtaine de députés.

Mais au-delà de ces projections que prédisent les oracles, la question posée est de savoir dans quelle France les choix de la nouvelle majorité interviendront. Et de se demander si les potions amères prescrites par le «docteur Macron» seront efficaces. Un rapport qui vient d’être rendu public par l’Observatoire des inégalités permet d’en douter. Il dresse en effet un constat peu mirobolant sur les équilibres sociaux dans le pays.

A commencer par le sort des immigrés extra-européens (Africains, Maghrébins, Turcs…). Le rapport donne un nouveau coup de projecteur sur les discriminations qui touchent les immigrés en France, sachant qu’un immigré est quelqu’un qui est né ou a un parent né à l’étranger, mais qui peut pour autant être de nationalité française, selon la définition de l’Institut de la statistique (Insee).

Les immigrés aux premières loges de l’austérité

Ainsi, à profil équivalent de formation et de niveau, en 2014, 20% des immigrés non-européens étaient au chômage, contre 9,1% pour les Français et le même taux pour les Européens résidents. Le rapport précise que «cette discrimination s’explique en partie par un moindre accès à certains emplois. Il s’agit des 4,4 millions de postes de la Fonction publique ou d’entreprises publiques (SNCF, Banque de France), dont certains sont même réservés aux Français (Défense, enseignement, police…).

D’autres professions réglementées instaurent une barrière de fait liée à l’obtention d’un diplôme français ou d’une autorisation spéciale : notaires, médecin, dentiste, avocat…» Au total, selon des estimations de l’Observatoire des inégalités, plus d’un emploi sur cinq est de fait rendu inaccessible aux non-européens. Pour les Français aussi les inégalités, de revenus notamment, s’accroissent, pourtant, affirme France Culture, «il est très difficile de les mesurer, car les outils statistiques ne sont pas adaptés».

Le rapport s’alarme : «Que les riches s’enrichissent, c’est monnaie courante, lit-on dans le rapport, que les pauvres s’appauvrissent, cela change la donne.» Comme la concentration des richesses se fait au niveau mondial, elle se fait aussi dans un pays comme la France. Le rapport de l’Observatoire stipule que «les inégalités sont encore plus flagrantes lorsqu’on observe le patrimoine des Français. L’ensemble des possessions des 50% les plus pauvres ne représente que 8% du patrimoine total, alors qu’à l’autre bout de l’échelle sociale, 1% des Français les plus riches concentrent 17 % des richesses».

La radio publique estime que «c’est un changement structurel majeur, un vrai retournement par rapport au siècle passé de progrès social».
Autrefois, on pensait pouvoir améliorer sa situation ou que ses enfants le feront. C’est aujourd’hui compromis. Ainsi, «outre l’inflation, l’un des éléments d’explication se retrouve dans ce chiffre : 70% des chômeurs supplémentaires entre 2008 et 2016 sont des employés ou des ouvriers. Inégalité de revenus, inégalité face au chômage, inégalité au travail».

Au «stress surmédiatisé des cadres», l’Observatoire des inégalités oppose «la pénibilité physique de ceux qui manipulent des charges lourdes et respirent des poussières». «Un constat à rapprocher de la volonté du gouvernement de supprimer le compte pénibilité», ajoute France Culture.

Les plus riches sont plus riches et les plus pauvres plus pauvres !

Pour le Parti communiste français, il faut y chercher des raisons politiques, dont le choix de l’austérité : «L’association met clairement en évidence que les inégalités s’accroissent entre les plus riches (plus de 3000 euros mensuels nets après impôt pour une personne seule) et les plus pauvres. Elle révèle aussi qu’en 10 ans, les catégories les plus modestes ont aussi vu leur niveau de vie chuter dramatiquement. Les plus touchés par cette dégradation et par la précarité de l’emploi sont les jeunes et les femmes.

Il s’agit pour l’Observatoire des inégalités d’une ‘‘inversion de tendance historique’’, c’est le résultat humain et social des politiques d’austérité menées depuis 2008 par Nicolas Sarkozy, puis François Hollande et que le PCF n’a eu de cesse de dénoncer et de combattre.» Les communistes pointent dès lors du doigt «les premiers pas du gouvernement d’Edouard Philippe et du président Macron, (qui) en confiant à Bruno Le Maire (Ndlr, droite, Les Républicains), le ministère de l’Economie, et à Gérard Darmanin (Ndlr : idem), celui des Comptes publics, confirment un maintien du cap néolibéral qui conduit à cette dégradation».

Outre les coupes budgétaires et les désengagements de l’Etat en matière de politique de l’emploi, comme de l’éducation, la «flexisécurité, dont le nouveau Président en a fait son credo, fragilisera encore un peu plus les catégories modestes de la population». Le journal Le Monde met pour sa part l’accent sur la pauvreté, telle que l’analyse le rapport : «La pauvreté s’étend. Entre 2004 et 2014, la France a compté 950 000 pauvres de plus, c’est-à- dire les personnes vivant avec moins de 50% du revenu médian, soit moins de 848 euros par mois, prestations sociales incluses et impôts déduits.

Cela porte à 8,1% de la population (5 millions de personnes dont 1,2 million d’enfants et d’adolescents) le taux de pauvreté en France.» D’ailleurs, il est précisé que «la première cause de la pauvreté reste le mal-emploi (chômage, précarité, temps partiel subi), qui touche 7,7 millions de personnes. Inactifs et chômeurs représentent 71% des personnes pauvres, 20,3% des ouvriers non qualifiés sont au chômage (chiffre de 2015), soit deux fois plus que la moyenne de la population active (10%) et cinq fois plus que les cadres (4%)».

Enfin, autre aspect des inégalités, le logement, et là encore cela fait mal, explique Le Monde : «Le logement, source d’inégalités. La hausse des prix et des loyers, depuis 2000, a creusé le fossé entre les plus aisés, qui consacrent 13% seulement de leurs revenus à se loger, et les plus modestes qui y sacrifient 31% de leur budget, six points de plus qu’en 2001.» C’est dans cette France qui paraît bloquée que le gouvernement en place devra trancher et apporter des solutions après le second tour des législatives. Le travail ne sera pas mince et augure de temps pas vraiment tranquilles.
 

Walid Mebarek
 
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