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Mohamed Taher Srairi. Enseignant-chercheur à l’IAV Rabat, coordinateur Camed-Maroc

Privilégier les échanges Sud-Sud

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le 11.04.18 | 12h00 Réagissez


Comment se présente le projet Camed Maroc ?

Nous avons des étudiants en ingéniorat depuis février au niveau de Mhamid El Ghizlane, à la frontière est avec l’Algérie et travaillons sur deux principaux axes, à savoir les paramètres démographiques des élevages de camelins dans des conditions du terrain, les intervalles entre les mises bas, les problèmes de mortalité, l’usage des ressources naturelles et pâturages spontanés et les logiques des éleveurs, notamment en matière de main-d’œuvre, le décalage générationnel, comme les jeunes sont scolarisés et ne veulent pas reprendre les élevages familiaux.

Nous nous intéressons particulièrement aux formes de mobilité, celles longues à la quête perpétuelle d’herbe, et nous constatons que le nomadisme est en voie de disparition et qu’il faut confirmer cela par des études. 

Il y a aussi la transhumance, qui est une mobilité courte, voire carrément de la sédentarisation, et là nous sommes sur des logiques de mise en valeur du dromadaire sur des produits immatériels, notamment le tourisme, bivouac location de jeunes mâles ou mâles pour le transport des touristes vers des lieux de villégiature en plein désert.
 

Quelles sont vos premiers constats de terrain ?   

Au Maroc, les zones de consommation de  viande de dromadaire se situent à 600 km de celles la produisant. Les consommateurs ont immigré vers les grandes villes et ont gardé leurs habitudes alimentaires, d’où le souci du moyen de leur faire arriver cette production.

Se pose aussi la question de la saisonnalité de cette dernière, notamment le lait. L’environnement oasien est encore plus désertique et en train de connaître de réels changements, parmi eux il y en a un qu’on ne peut nier et qui est la fermeture des frontières pour des raisons  de contrôle des frontières de part et d’autre, ce qui a énormément limité les déplacements des animaux, des hommes et des marchandises, aussi bien licites qu’illicites.

Le second point est le changement climatique, on ne le quantifie pas suffisamment, mais on a plus de fréquence de sécheresse de longue durée, sachant qu’il s’agit de milieux ultra arides, mais il y avait parfois quelques pluies qui pouvaient apporter quelques ressources, selon des témoignages d’agriculteurs, mais il faudrait confirmer cela par des études, notamment cartographiques, qui montrent l’état de la végétation, que l’élevage du dromadaire est en difficulté.

Il faut ajouter à cela les mutations sociales, des aspirations au bien-être, la scolarisation dans des écoles fixes et cela crée des perturbations sur le système d’élevage du dromadaire. Au Maroc, l’intérêt pour le dromadaire est lié au fait d’être dans des zones frontalières, il y a aussi l’intérêt qui est maintenant partagé par toute la communauté scientifique à l’adaptation aux changements climatiques.

On a longtemps considéré que la vache est le principal fournisseur de lait, c’est vrai ça va le rester, mais il ya une niche que le dromadaire peut exploiter, déjà fournir du lait de qualité pour les populations locales,  et puis les gens sont curieux de connaître les produits du dromadaire, des consommateurs entendent parler du bio.

Le dromadaire s’il est bien mené et contrôlé par des scientifiques et des instances de développement agricole peut donner lieu à des produits bien rémunérés et créer de la valeur locale. Je suis un peu plus sceptique sur l’aspect vertueux, car ça demande à être confirmé par des études scientifiques, il s’agit surtout de produits naturels, même le bio est à prendre avec précaution.

Comme le disent mes confrères algériens d’expérience, si le dromadaire est élevé dans des systèmes intensifs, ou carrément amener les animaux à la périphérie des grandes villes, où on les installe dans des systèmes hors sol et qu’ils consomment des produits qui n’ont plus rien à voir avec leur système alimentaire de base, on va dévoyer leur production.
 

Quelles sont les perspectives de ce projet au Maroc ?

Face aux changements que connaissent les systèmes d’élevage, le besoin d’accompagnement scientifique s’impose, mais il faut savoir que le Camed est un projet de taille réduite, aussi bien en termes de fond que de participants, et l’idéal serait de s’en servir comme tremplin pour des études un peu plus poussées, et là on pourrait viser des projets financés par l’Union européenne avec plus de fonds et des ambitions scientifiques un peu plus évoluées.

Les échanges, le partage, la multidisciplinarité sont de mise. Nous comptons aller si possible dans des aspects de rentabilité et espérons privilégier les échanges Sud-Sud en accompagnant des chercheurs algériens par d’autres marocains et vice versa.

Nous comptons beaucoup sur les thésards pour produire de l’information de bonne qualité et bien sûr le couronnement de tout travail scientifique, c’est la publication dans des revues internationales.
 

Houria Alioua
 
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