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Mohamed Lamine Belkacemi. 28 ans, ingénieur en automatisme. Ingénieur validation chez un constructeur français

Nous avons les capacités, l’intelligence et l’ingénierie qu’il faut pour asseoir une industrie automobile algérienne

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le 12.07.17 | 12h00 Réagissez


- L’université algérienne forme-t-elle de bons ingénieurs capables de lancer une industrie automobile ?

Contrairement aux idées reçues, permettez moi de vous dire que la formation universitaire en Algérie est de bonne qualité. Nos ingénieurs disposent de toutes les qualités requises pour asseoir une véritable industrie automobile, ou autre, d’ailleurs. A savoir l’intelligence et l’ingénierie nécessaires.

En m’inscrivant à l’université de Bordeaux pour un Master 2, je me suis rendu compte que la charge des études représentaient 65% de ce que j’ai fait à Polytechnique, la formation à Polytechnique était plus difficile. Ce qui m’a permis de travailler parallèlement à mes études et obtenir de bons résultats.

A la différence de l’Algérie, la formation ici est étoffée par des programmes d’immersion en entreprise. Des stages pratiques qui nous permettent de nous imprégner du métier. Le diplôme obtenu en France n’est en réalité qu’une formalité obligée pour pouvoir accéder au monde du travail, car nous devons nous munir d’un diplôme français pour ce faire.

Personnellement, je connais une cinquantaine d’ingénieurs algériens issus de l’université algérienne (USTHB, Polytech, Tizi Ouzou et autres), qui travaillent pour de grands constructeurs automobiles français, voire pour des constructeurs aéronautiques. Ils ont bonne presse ici. Tout cela, pour dire qu’il faut arrêter de penser que l’université algérienne ne forme pas de bons ingénieurs, mais des personnes incapables d’apporter un plus à l’économie du pays.

- Que faites-vous exactement dans votre entreprise ?

Je pilote un projet expérimental pour un grand constructeur français. Il s’agit d’un projet hautement stratégique de voiture autonome. La grande tendance mondiale actuellement est à la fabrication d’ici 2020 de voitures intelligentes et autonomes et de systèmes d’aide aux conducteurs. Pour ce faire, je dirige à partir d’ici, en France, une équipe en Inde pour mettre en place ce projet.

A savoir, la prévalidation du système d’aide à la conduite, qui permet de garder le véhicule dans une voie routière) le tout guidé par un logiciel informatique, et à ma grande surprise, j’ai appris à utiliser le même logiciel à Polytec Alger. J’aimerais apporter également une précision, en arrivant ici mon niveau d’anglais était assez moyen, aujourd’hui j’arrive à communiquer avec des équipes un peu partout dans le monde.

Tout cela, pour dire que la barrière de la langue n’a jamais posé problème. Actuellement, tous les ingénieurs, surtout ceux qui travaillent dans l’industrie automobile, apprennent l’allemand dans le but de partir travailler chez les constructeurs allemands. L’ingénierie et la technologie automobile se trouvent là-bas et les ingénieurs algériens sont aptes à relever le défi aux côtés des Allemands.

- Sommes-nous capables de fabriquer un jour une voiture 100% algérienne ?

Je réponds par l’affirmative, oui, nous sommes capables de fabriquer une voiture algérienne avec nos propres moyens. Nous disposons de bons ingénieurs en mécanique, électronique, en automatisme et en chimie. Ils ont les connaissances qu’il faut. Pour cela, il faudrait passer par une période de transition, à savoir profiter au maximum de l’installation des constructeurs étrangers et multiplier les stages dans les entreprises pour les étudiants algériens. Une fois imprégnés de ces entreprises, nos ingénieurs peuvent se lancer d’une manière autonome dans la confection et la fabrication de la voiture algérienne, pourvu qu’on leur en donne l’occasion.

Car cela découle d’une volonté politique sérieuse et à nos politiques de faire confiance à nos ingénieurs, c’est la seule condition pour relancer l’économie et l’industrie du pays. Nous sommes prêts à retourner au pays sans condition aucune pour participer à cet effort national d’industrialisation du pays. Encore une fois, qu’ils laissent les jeunes exprimer leur génie, ingéniosité et créativité, je peux vous dire qu’ils sont en mesure de relever le défi.

- Quel est le modèle idoine de voiture pour l’Algérie ? Doit-on opter pour la technologie de voiture autonome ?

Il faut rester lucide et rationnel. Pour aller vers la fabrication de ce genre de voitures, faudrait d’abord refaire les routes, car l’état dans lequel elles se trouvent ne permet pas de mettre en place ces systèmes de guidage à distance. Il faut un marquage au sol qui réponde aux normes internationales. Ensuite, il faut prendre en considération la réalité sociologique et culturelle, il existe un problème d’incivisme dans notre pays, nos concitoyens ne respectent pas le code de la route, alors que ces nouvelles technologies exigent un strict respect du code de la route.

L’Algérie devrait s’inspirer de ce que se fait ailleurs, ensuite penser à un modèle algérien qui répondrait aux critères mentionnés plus haut. Je reste optimiste, nous sommes capables un jour de fabriquer notre voiture, encore une fois pourvu qu’ils libèrent les initiatives et les énergies. Le jour de mon entretien, mon responsable technique m’avait dit : les Algériens ont une bonne réputation dans notre entreprise et l’Algérien est un exemple de sérieux et de compétence.
 

Zouheir Aït Mouhoub
 
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