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Djamila Halliche .Directrice générale de l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique (Anvredet)

Les moyens consacrés à la recherche restent encore dérisoires

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le 04.08.17 | 12h00 Réagissez

Les moyens consacrés à la recherche restent encore dérisoires

Quelle est votre stratégie dans l’accompagnement d’un projet depuis son émergence jusqu’à son parachèvement ?

Notre processus d’accompagnement commence depuis le mode de sélection des projets innovants. L’évaluation est réalisée par des experts extérieurs recrutés par l’agence. Ce sont des spécialistes de très haut niveau technique et scientifique dans différents domaines. Il faut savoir que l’accompagnement est un ensemble d’actions adaptées non seulement au profil du porteur de projet -niveau intellectuel- mais aussi au domaine et à la nature du projet et sa maturité technologique. Il est alors primordial de reconnaître l’aspect innovant -à l’échelle nationale ou internationale- des projets pour bénéficier des services d’accompagnement de l’Anvredet. La période d’accompagnement ou d’incubation peut aller jusqu’à 24 mois.

Les projets peuvent nous arriver à différents niveaux de maturation (idée, prototype ou brevet déjà déposé), d’où une prise charge personnalisée et réalisée au cas par cas. Pour en arriver à accomplir toutes ces opérations d’accompagnement, un long travail a été réalisé au sein de l’agence d’abord dans l’aspect formation de la ressource humaine dédiée à la spécificité de nos missions. Nous avons aussi procédé à la création de la fonction de chargé d’affaires : accompagnateur de projets, ainsi que d’autres outils comme : une charte, des contrats, un comité de pilotage des actions d’accompagnement, un département dédié à la propriété intellectuelle et une cellule de veille et de prospection.

Cet accompagnement s’effectue sur deux volets : technique et financier. L’accompagnement technique englobe le coaching et la formation et le conseil juridique, notamment pour les aspects de la propriété intellectuelle et le suivi du travail. Concernant le financement, il faut savoir que le projet innovant est doté d’un financement qui prend en charge des actions déjà listées et discutées sur une feuille de route.

En plus de ces outils d’accompagnement, la 3e loi de la recherche, promulguée en 2015, vient conforter l’Anvredet dans ses démarches pour développer cette relation tant recherchée université – entreprise. Cette loi peut permettre une meilleure implication de la recherche en tant que base d’une économie durable, fondée sur le savoir et la connaissance et qui prévoit, entre autres points, le développement humain durable sans lequel nous ne saurions construire une société à valeur et valorisante.

Sur quels critères jugez-vous qu’un projet mérite financement et suivi ou pas  ?

Les projets sont avant tout enregistrés, identifiés puis sélectionnés dans leurs domaines correspondants. Un projet est évalué avant tout sur son fondement scientifique et technologique, sur le degré d’innovation, la nature du projet et son adéquation avec la spécificité régionale et surtout avec les priorités et stratégies nationales.  Le projet est aussi évalué par rapport à sa valeur ajoutée, les besoins du marché et le profil du porteur de projet. Nous avons alors élaboré une grille d’évaluation et d’examen des projets qui facilite cette opération. L’évaluation est souvent complétée par un entretien du porteur de projet avec ses évaluateurs. L’évaluation peut se faire en une ou plusieurs séances, avec plusieurs experts ou spécialistes extérieurs recrutés pour l’examen d’un seul et même projet. De plus, une étude technico-économique est aussi incontournable pour la suite à donner à l’opération d’accompagnement.

D’où tirez-vous le financement ?

La plus grande partie du financement est effectuée sur la base du FNRsdt. Certaines actions, comme les frais de propriété intellectuelle, industrielle peuvent être prises en charge sur le budget de fonctionnement de l’agence. Les procédures de financement sont soumises au code des marchés publics. Certaines règles ou lois sont contraignantes, lentes et ne favorisent pas la promotion de l’innovation ni sa prise en charge de manière systématique, rapide, concise et pratique. Ce domaine qu’est celui de l’innovation nécessite, en plus d’un financement dédié et spécifique, une contribution de tous les acteurs, opérateurs de l’écosystème de l’innovation et de l’entreprenariat qu’il soit public ou privé. Il nécessite surtout un climat d’affaires des plus sereins et des plus réactifs.

L’Ansej, la Cnac, l’Angem…sont aussi des dispositifs importants pour le financement des projets. Cependant, les conditions et modalités d’accès ne sont pas toujours adaptées aux projets de recherche innovants. Tous ces dispositifs restent insuffisants car inadéquats et non dédiés à la nature spéciale des projets modernes et leur mise en œuvre reste contraignante, voire lourde. Il serait utile qu’il y ait un fonds d’amorçage ou d’innovation dans le cadre d’une politique qui prenne en charge de manière systématique tous les aspects relatifs à la nature innovante de ces projets.

Où en est l’Algérie en termes de recherche scientifique et développement technologique ?

Le système de recherche algérien est l’un des plus jeunes en Afrique. Ce n’est qu’à partir des années 1990 avec la 2e loi programme de la recherche que celle-ci a commencé à être débattue sur le plan politique. Cependant, le volet valorisation, organisation et structuration, n’a, à mon sens, été que très peu évoqué. Même si l’Anvredet a été créée et réfléchie vers la fin des années 1990 et dotée clairement de ses missions, ses outils d’accompagnement n’ont guère fait l’objet d’une quelconque stratégie ni sur le plan juridique, ni financier, ni politique. Aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation et de l’économie de la connaissance et de l’intelligence, l’innovation est plus que jamais le facteur et levier principal de compétitivité économique d’un pays.

De ce fait, nous devons absolument donner à l’université et à la recherche  un nouveau rôle pour lequel il faut le dire, nos universités et centres de recherche ne sont guère préparés pour impacter d’une quelconque manière. A mon sens, si nous voulons que l’université, à travers la recherche et la formation, ait un impact direct sur la vie sociétale et économique du pays, il est urgent de se donner les moyens et outils adéquats en termes de finances, car il faut savoir que les moyens consacrés à la recherche restent encore dérisoires comparés aux pays africains.

En effet, le budget de la recherche rapporté au PIB est de 0,28%, plaçant l’Algérie en dessous de la moyenne en Afrique qui est de l’ordre de 0,6%, et environ 85% des sommes allouées au fonctionnement sont affectées à la masse salariale et indemnités. D’un point de vue potentiel, nous disposons d’un capital humain et d’infrastructures nécessaires qui peuvent nous permettre de relever le défi face à la mondialisation et à la nouvelle conjoncture économique, moyennant, bien entendu, une politique qui libère les énergies, les compétences et le savoir-faire, par des procédures adéquates et un climat d’affaires flexible adaptable pour recevoir des innovations nationales, les développer et les commercialiser.

En termes de chiffres, combien de projets ont vu le jour grâce à l’Anvredet ?

La spécificité des projets innovants nécessite des outils et des processus d’accompagnement adaptés que nous avons mis en place progressivement depuis 2014. Il faut savoir aussi que ces outils nécessitent effectivement un temps de maturation. De ce fait, le nombre de projets accompagnés reçus et valorisables est de 60, nécessitant accompagnement et financement rapidement. Une dizaine de projets se sont transformés en start-up ou à l’étape de recherche de financement pour la levée de fonds pour le développement et l’expansion de l’entreprise. Ce résultat n’est pas aussi faible qu’il en a l’air. Partout ailleurs dans le monde, sur 100 projets accompagnés, il ne peut ressortir au grand maximum plus de 20 entreprises viables !

Rencontrez-vous des blocages dans l’exercice de vos activités ?

Les blocages sont nombreux et liés essentiellement au manque de confiance dont fait preuve le monde des affaires algérien et les secteurs aussi bien public que privé vis-à-vis du chercheur et des produits de la recherche algérienne. Les autres points contraignants résident dans les lourdeurs administratives, les financements et leurs procédures. Il y a aussi la culture de l’innovation, de l’entrepreunariat, du brevet qui nous fait défaut à tous les niveaux. Les actions de sensibilisation sont certes de plus en plus nombreuses ces dernières années, mais beaucoup de travail reste à faire.

Des projets à venir…

A court terme, nous voudrions lancer une opération de prospection nationale et territoriale par rapport au tissu industriel, entrepreneurial et potentiel d’activités et de résultats de la recherche valorisables qui nous permettra de cartographier nos potentialités, nos besoins territoriaux et donc améliorer nos dispositifs d’accompagnement en fonction de la spécificité du territoire et de ses aptitudes.

Bio express

Djamila Halliche

Professeur et directrice de recherche et docteur d’Etat en chimie organique appliquée. Elle est aussi enseignante au sein de l’USTHB. Djamila Halliche est aussi auteur d’articles scientifiques et de communications. Son parcours lui a valu une nomination comme directrice générale de l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique (Anvredet).
 

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