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Politique de régulation du lait

La solution est dans l’élevage du bovin laitier

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le 10.01.18 | 12h00 Réagissez

Le premier aliment de tout mammifère, dont l’homme, le lait en l’occurrence, est cycliquement une source de crise pour le consommateur algérien.

Le très réputé sachet de lait est devenu une obsession pour les pères et mères de famille et un gros problème de gestion pour le gérant de la supérette du quartier.

Cette «crise du lait» est un phénomène quasiment endémique nécessitant des études approfondies. Dans le n°15 de la revue Nouvelle économie de février 2016, Zaïdi Wassila, chercheuse au centre universitaire Morseli Abdellah de Tipasa, s’est intéressée à la question en effectuant un travail intitulé «Evaluation de la performance de la nouvelle politique de régulation de la production nationale de lait cru». Dès l’entame de la publication, la chercheuse a rappelé les positions idéologiques depuis l’indépendance par rapport aux aliments «stratégiques».

Ainsi, Zaïdi Wassila rappelle qu’en Algérie «tous les programmes et dispositifs politiques instaurés dans le but de construire une filière lait autosuffisante et solide aspirent à développer l’élevage du bovin laitier.

Cela, via l’amplification de la taille du cheptel national et l’amélioration de ses performances laitières, d’une part, et la régulation des prix de cession du lait cru aux laiteries, d’autre part». Mais de cette volonté, le résultat escompté n’a pas été atteint.

«Après toutes ces années, les mesures gouvernementales entreprises sont parvenues à endiguer le déficit protéique de l’après-guerre, sans pour autant réussir à ériger une vraie production nationale. Le recours à l’importation de la poudre de lait est très vite devenu le mot d’ordre de la filière, renforçant ainsi la dépendance de l’économie nationale du marché extérieur», tranche-t-elle juste après.

Inefficacité

Face à cette situation de dépendance, la chercheuse a voulu démontrer que malgré la trentaine d’années de mesures de soutien aux prix du lait, «le secteur de l’élevage n’a toujours pas passé le stade embryonnaire et demeure loin d’atteindre le but qui lui est assigné, à savoir l’autosuffisance». Une autosuffisance souhaitée mais qui reste un idéal difficile à atteindre, compliqué par une doctrine par trop socialisante. «Au Maghreb et plus particulièrement en Algérie, la gestion du secteur stratégique de l’élevage bovin laitier est fortement réglementée par les pouvoirs publics à travers des programmes et dispositifs visant la garantie de la disponibilité du lait.

Certaines de ces mesures tendent à améliorer le rendement des élevages et impliquent l’intégration de races hautement laitières, alors que d’autres visent l’équilibre financier et la garantie de la mise sur le marché d’un lait frais à un prix à la fois accessible et générateur de profit pour ses producteurs», note Wassila Zaïdi.

Malgré ces efforts, le groupe «lait et produits laitiers» est placé en seconde position en termes d’importations alimentaires. Il représente, en moyenne, 18,4% de la facture des importations, soit l’équivalent de 696,27 millions de dollars de poudre de lait achetée sur les marchés extérieurs en 2015. «Pour l’année 2014, la quantité de lait reconstituée à partir de poudre importée correspond, théoriquement, à la production de plus de 400 000 vaches produisant chacune 6000 litres/an», constate l’étude.

Pour cette même année, la facture des importations de poudre de lait a été estimée à 1,91 milliard de dollars, soit 12% du total des importations du pays. «Par conséquent, le fait que l’indice de la disponibilité per capita soit positif ne signifie guère que la production de lait de vache se porte bien.

Il cache, au contraire, une vérité alarmante, celle d’un accroissement des importations de poudre de lait de plus de 47% au cours de ces 14 dernières années», se désole la chercheuse. En Algérie, le lait de consommation est vendu à un prix administré lorsqu’il est reconstitué à partir de poudres importées et subventionnées et se vend à prix libre lorsqu’il provient de lait cru ou de poudres non subventionnées. Toujours dans le constat chiffré, la chercheuse met en relief la baisse du nombre de vaches laitières en 18 ans. «Le nombre de vaches laitières a connu un net recul entre 1985 et 2003 pour reprendre son ascension et atteindre 911 401 têtes en 2014.

La diminution du nombre global de vaches laitières et de celui des vaches importées est liée aux conditions économiques de la décennie noire, avant l’an 2000 et à l’interdiction d’importation entre 2000 et 2003», écrit-elle. Par ailleurs, et face à cette diminution, l’importation de génisses pleines a repris, à partir de 2004, avec un rythme régulier de plus de 30 000 têtes/an.

«En 2013, le nombre de vaches hautement laitières atteint la barre des 300 000 têtes, soit 30% du cheptel laitier national. Ce nombre demeure, toutefois, insuffisant puisque la satisfaction de la demande locale actuelle ne nécessite pas moins de 700 000 têtes produisant chacune 6000 litres/an, tandis que les potentialités de la vache dite améliorée (prédominante dans nos élevages) n’excède pas les 3000 litres/an», note l’étude .

Cycle de production non maîtrisé

De ce fait, il est constaté une importante carence en génisses hautement laitières et une faible maîtrise des opérations de reproduction. D’où le recours à un rythme d’importation régulier de 30 000 têtes/an en moyenne. «Mais, en réalité, les nouvelles mesures prises par le gouvernement pour relancer la filière devraient coûter plus de 200 milliards de dinars sur les cinq prochaines années, avec 90% de cette enveloppe accordée uniquement en subventions pour la production de lait cru», constate la chercheuse en ajoutant une enveloppe de 25 milliards de dinars accordée à l’investissement dans les différents segments de la filière, dont la production de fourrage et les crédits bonifiés. Ce qui représente «plus de quarante fois le montant des subventions allouées à la filière lait en 2004».

«On parle d’une enveloppe de 452 millions de dinars en moyenne sur la période 1996-1999 qui est passée à 5,7 milliards de dinars entre 2000 et 2005, avec pas moins de 70% des budgets engagés pour la production de lait cru (primes incitatives, production de fourrage et aménagement des bâtiments d’élevage)», énumère-t-elle.

Ainsi, la politique de soutien massif des prix de production et de consommation de lait a engendré un effet contraire à celui escompté, soit l’aide aux catégories défavorisées puisque ces aides ont surtout profité aux couches sociales les plus aisées. Une analyse du FMI révèle – par rapport aux produit subventionnés – qu’«en divisant la population en 5 catégories (quintiles) selon leur revenu, le FMI note que le quintile supérieur (Q5), c’est-à-dire au plus haut revenu, consacre près 26% de ses revenus à la consommation de produits céréaliers. Le quintile inférieur (Q1) utilise moins de 15% de ces revenus pour les céréales et dérivés. Le constat est le même pour le lait et produits laitiers avec 30% pour le Q5, contre environ 12% pour le Q1...

En fin de compte, les plus hauts revenus consomment donc beaucoup plus de produits subventionnés que les catégories défavorisées de la population. Ainsi, l’on peut dire que ces subventions généralisées profitent aux catégories aisées.»

Gaspillage

Par ailleurs, en sus de cette défaillance, il est constaté que les subventions généralisées conduisent indéniablement à la surconsommation et au gaspillage. «Avec des prix n’ayant pas évolué depuis l’an 2000, la société algérienne se permet de consommer plus que ce dont elle a besoin, la preuve en est le taux de consommation per capita qui dépasse, de loin, les recommandations minimales de l’OMS et qui ne tient que grâce aux poudres de lait importées à un prix subventionné», alerte la chercheuse.

En termes de recommandations, Wassila Zaïdi affirme que «le maintien en l’état des différentes subventions paraît autodestructeur et dans un contexte économique de baisse remarquable des recettes de l’Etat, il est impératif de revoir le système global de soutien des prix vers un retrait graduel des subventions et réglementations des prix, tout en préservant les catégories défavorisées.» Par ailleurs, elle recommande une pension de compensation pour les ménages défavorisés avant d’aller vers une véritable économie de marché.

Elle prône également que l’enveloppe dédiée à l’importation de la poudre de lait soit progressivement exploitée dans l’amélioration de l’alimentation et de la reproduction du cheptel laitier. «Ceci pourrait définitivement tirer la production nationale vers l’objectif ultime d’autosuffisance et pallier la forte dépendance aux marchés extérieurs.»

Fatma-Zohra Foudil
 
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