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Kieran Cooke. Journaliste britannique spécialisé en environnement

On commence à peine à comprendre comment le sable du Sahara est charrié sur de vastes distances

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le 22.09.17 | 12h00 Réagissez

 
	Il devrait aussi y avoir une meilleure coopération entre les pays pour gérer cette question : malheureusement, la coopération ne fait pas partie des priorités ni au Moyen-Orient, ni en Afrique du Nord.
Il devrait aussi y avoir une meilleure coopération entre les pays...

Depuis une quinzaine d’années, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord connaissent de plus en plus de tempêtes de poussière et de sable. Un phénomène en partie lié à la multiplication des barrages.

- Une conférence internationale s’est tenue à Téhéran, parrainée par l’ONU et l’Iran, sur l’augmentation de la récurrence du phénomène des tempêtes de sable et de poussière ces quinze dernières années. De quelle manière s’est-il amplifié ?

La conférence de Téhéran était la première grande conférence jamais parrainée par les Nations unies sur ce thème. Organiser cette conférence était un joli coup pour l’Iran, pour qui les tempêtes de sable et de poussière, au même titre d’autres questions environnementales, ont été très présentes lors de l’élection présidentielle en mai dernier.

De nombreux Iraniens ont le sentiment que pendant que leur gouvernement néglige l’environnement, d’autres pays de la région, principalement dans le Golfe, aggravent le problème des tempêtes de sable par leur inaction. Du coup, ces tempêtes entrent, d’une certaine manière, dans la querelle entre les Saoudiens sunnites et les Iraniens chiites.

- Et les tempêtes de sable sont liées à un autre phénomène, qu’elles amplifient, la désertification…

Oui, les tempêtes de sable sont aussi liées à des problèmes comme la désertification. Le sable soufflé sur les terres peut avoir les mêmes effets que lorsqu’on reçoit du sable dans les yeux : il blesse la terre et, dans la plupart des cas, l’endommage. Il peut mener à un assèchement des sols et contribuer à la désertification.

Dans la plupart des cas encore, il peut se fixer sur les cultures et les arbres et empêcher ou bloquer le processus de croissance. Mais dans certains cas, les tempêtes de sable peuvent également apporter des nutriments – le sable transporté depuis le Sahara jusqu’en Amérique du Sud a permis de fertiliser les sols de la forêt amazonienne.

- La cause de cette recrudescence des tempêtes n’est pas établie avec certitude, mais un des facteurs avancés est la construction des barrages...

La question de l’augmentation des tempêtes de sable dans certaines régions est particulièrement complexe. Incontestablement, la construction de barrages est un facteur déterminant, l’eau aidant à unifier les sols. Les barrages stockent l’eau qui, autrement, filtrerait dans la terre.

Dans la région du Moyen-Orient et en Afrique du Nord, il y a eu ces 50/60 dernières années une hausse dramatique de constructions de barrages, les Etats cherchant à sécuriser leur eau à la fois pour leur consommation personnelle et à des fins d’irrigation. Les terres qui étaient autrefois alimentées en eau se sont retrouvées soudainement sèches et poussiéreuses. Les vents ont ensuite soufflé et fouetté ces sols secs en créant des tempêtes de sable.

- Jusqu’à 5 % des poussières désertiques du monde entier proviennent du Sahara : comment imaginer les conséquences de ces poussières, qui parcourent de longues distances, à des milliers de kilomètres, en Asie par exemple ?

Oui, il est étonnant que le Sahara génère autant de sable et de poussière, souvent à des milliers de kilomètres. Les scientifiques commencent à peine à avoir une plus grande compréhension de la façon dont les systèmes de vents fonctionnent et comment le sable du Sahara et d’autres déserts peut tourbillonner plusieurs kilomètres dans le ciel pour ensuite être charriés par des vents violents sur de vastes distances. Comme je l’ai dit plus haut, certaines des conséquences de ces tempêtes sont néfastes, mais certaines, par le dépôt de nutriments sur les sols, peuvent être positives.

- De quoi s’alarment les météorologistes ou les spécialistes de la santé ?

Il n’y aucun doute sur le fait que les tempêtes de sable et de poussière contribuent à l’augmentation des problèmes de santé dans certaines régions. C’est le cas en particulier dans les Etats du Golfe, où le taux de maladies respiratoires est parmi les plus élevés au monde. Par exemple, 25% de la population en Arabie Saoudite souffre de problèmes d’asthme.

Mais on aurait tort d’accuser uniquement les tempêtes de sable et de poussière : les hommes fabriquent aussi de la pollution à partir des installations pétrolières, des usines de béton et d’autres industries que l’on peut aussi imputer aux problèmes de santé. Une consommation élevée de tabac et des modes de vie sédentaires influencent aussi grandement sur la santé dans la région.

- Selon les calculs de l’ONU, les tempêtes représentent des pertes annuelles d’environ 13 milliards de dollars de PIB dans toute la région. Quels sont les secteurs qui en pâtissent le plus ?

L’agriculture est un des secteurs les plus touchés, car les cultures peuvent se retrouver enterrées sous la poussière et le sable, et leur croissance ralentie. Mais d’autres secteurs en souffrent aussi : les violentes tempêtes de sable peuvent obstruer les machines ou les sorties de cheminées.

Indirectement, les problèmes de santé impliquent aussi une baisse de la productivité – puisque les gens ne peuvent pas travailler. Enfin, lors de telles tempêtes, les accidents ont tendance à augmenter, spécialement sur les routes où la visibilité est limitée. Et cela a des répercussions en termes de coûts pour les services de santé.

- Avec les systèmes de surveillance, comme le centre de super-calcul qui a ouvert à Barcelone pour le suivi des tempêtes, il est désormais possible de prévoir ces vents de sable. Mais comment les prévenir ?

Non, on ne peut pas les prévenir, puisque dans un certain sens, ils sont un phénomène naturel. Mais leur impact peut être réduit par de meilleures politiques environnementales, en particulier en ce qui concerne la préservation et la consommation de l’eau. Il devrait aussi y avoir une meilleure coopération entre les pays pour gérer cette question : malheureusement, la coopération ne fait pas partie des priorités ni au Moyen-Orient, ni en Afrique du Nord.

 

Kieran Cooke

Journaliste britannique, ancien correspondant à l’étranger pour la BBC et le Financial Times, collabore toujours avec la BBC et de nombreux autres journaux internationaux et radios.

Mélanie Matarese
 
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