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Conférence . À la découverte de cheikh el medjaoui

Un chaînon manquant

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le 22.04.17 | 12h00 Réagissez

L’histoire de l’Algérie reste à écrire, car elle comprend encore de nombreux pointillés et des parties peu éclairées, voire inconnues.

Il existe plusieurs chaînons manquants qui permettraient d’établir des liens entre une période et une autre, un événement ou un autre, une personnalité et une autre, soit de disposer de la traçabilité de l’histoire en termes de causes à effets, d’influences et de conséquences. La recherche historique demeure très faible ou peu diffusée mais on peut constater que des pans du passé se révèlent progressivement à la faveur de travaux universitaires ou non.

Les personnes qui ont assisté à la conférence donnée le 19 avril, Journée nationale du savoir, en après-midi au palais des Raïs (Bastion 23) ont pu profiter de la beauté de ce lieu patrimonial mais surtout découvrir la vie et l’œuvre d’un homme remarquable qui mérite d’être connu. Il s’agit de cheikh El Medjaoui, dont le parcours existentiel éclaire sur les sources et les relais constitutifs du réformisme religieux dans notre pays. Deux de ses arrière-petites-filles, les sœurs Soumia et Habiba Oulmane, ont entrepris depuis plusieurs années un travail de recherche passionné sur leur aïeul.

Sans être historiennes et s’efforçant d’éloigner leur subjectivité en empruntant une démarche scientifique fondée sur la recherche archivistique, elles ont réussi littéralement à exhumer sa mémoire. A travers la biographie de cette forte personnalité, on peut mieux comprendre l’éclosion du réformisme dans notre pays dans les années quarante et l’avènement de l’association des Oulémas à laquelle on attribue souvent, et de manière quasi exclusive, des influences moyen-orientales. Il est établi que la contribution de penseurs et agitateurs comme cheikh Mohamed Abdou ou cheikh Djamel Eddine El Afghani, portée par l’idée centrale d’une Nahdha (Renaissance) du monde musulman, a étendu son influence jusqu’au Maghreb.

Mais l’apport de cheikh El Medjaoui vient nous éclairer sur l’existence de précurseurs de ce courant d’idée en Algérie-même. Il montre que le réformisme des Oulémas algériens n’était pas une simple déclinaison locale mais comportait une chaîne non seulement de transmission mais aussi d’élaboration qui, elle-même, a pu influencer le Machreq. Preuve en est, cheikh El Medjaoui, dont l’activité éditoriale est considérable, a publié de nombreux ouvrages en Algérie mais aussi en Tunisie et en Egypte.
Ce personnage fascinant est né en 1848 à Tlemcen dans une famille d’érudits et de théologiens, que ses déboires dans un contexte colonial particulièrement agressif amena à s’exiler, permettant à son rejeton d’étudier à la fameuse académie religieuse El Qaraouiyine de Fès, datant des Idrissides et fondée en 859.

Doté d’une solide formation, il s’établit en 1869 à Constantine où il enseigne dans diverses medersas sous le contrôle pointilleux de la police coloniale qui le fit changer plusieurs fois d’établissements pour contrecarrer son influence grandissante. Il est l’auteur d’un opuscule dénonçant la politique de déculturation et appelant à la préservation des composantes identitaires du peuple algérien et qui lui valut d’autres ennuis. Extrêmement actif, il participe à de nombreuses initiatives (conférences, rencontres, création de clubs de pensée et d’associations, etc.) ainsi qu’à des mouvements revendicatifs hostiles aux lois coloniales. En 1898, il est muté à la medersa d’Alger où il poursuit son enseignement et y développe sa production éditoriale à travers des journaux ou sous forme d’ouvrages. Il fait feu de tout bois, pourrait-on dire, embrassant dans ses écrits des aspects divers, tous liés à la question de l’identité et de la présence coloniale : théologie, droit, linguistique, astronomie, sociologie, économie, éducation, jusqu’à la poésie qu’il affectionne mais ne peut pratiquer qu’occasionnellement.  Toute sa vie a été inlassablement consacrée à son combat à la fois éthique et politique.

De passage à Constantine, en 1914, alors que la Première Guerre mondiale s’approchait, il décéda. Son enterrement dans cette ville se transforma en plaidoyer de la cause nationale et parmi ceux qui prononcèrent son oraison funèbre, se trouvait un certain Abdelhamid Ben Badis, alors jeune enseignant qui, parlant symboliquement au défunt, lui disait notamment : «Toi dont les lumières ont déchiré les ténèbres de l’ignorance…» Une ignorance qu’il nous reste encore à déchirer.
 

Salim Baïni
 
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