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Sonia et pas Sarah

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le 19.05.18 | 12h00 Réagissez


Comparaison n’est pas raison, nous sommes bien d’accord. Mais entre la tragédienne française Sarah Bernhardt, qui a quitté ce monde en 1923, et Sonia Mekkiou, qui nous a quittés dimanche dernier, on peut noter quelques similitudes. La plus évidente est que toutes les deux furent des comédiennes émérites.

Toutes deux, coutumières des planches, ont aussi un peu joué devant des caméras. Toutes les deux disposaient pour l’exercice de leur art, outre un talent avéré, d’un physique particulier. Non pas de la joliesse de boudoir, mais des beautés fortes, marquées par la vie et rendant plus aisée et remarquable l’expression de ses situations.

Toutes deux se distinguaient encore par la force de caractère. Enfin, toutes deux ont été aussi directrices de théâtre (et les premières dans leurs pays respectifs), une fonction qui, encore de nos jours et dans le monde entier, demeure généralement un apanage masculin.

On pourrait ajouter de manière anecdotique que l’homme de théâtre, Rachid Ksentini, qui, lui, nous a quittés en 1944, aurait été un moment, au Théâtre du Chatelet à Paris, figurant dans une pièce de Sarah Bernhardt, tandis que Sonia, aurait certainement rêvé de jouer avec lui, tant elle admirait l’épopée des pionniers du quatrième art algérien. Mais là s’arrête notre tentative, butant contre la différence des idées, principes et modes de vie des deux comédiennes et, bien sûr, des contextes et des époques. L’histoire de notre théâtre n’a pas voulu que Sonia Mekkiou devienne une Sarah Bernhardt, adulée, richissime, star avant l’heure, celle pour laquelle Cocteau inventa l’expression «monstre sacré» devenue universelle.

Comme les comparaisons, les suppositions ne sont pas raison, nous sommes encore d’accord. Mais si Sonia avait pu jouer autant que son illustre devancière, si elle avait bénéficié de conditions aussi favorables que celles du théâtre en Europe au début du siècle, soit durant la «Belle Epoque», si elle n’avait pas eu à subir durant trente ans, comme tous les artistes et auteurs, le diktat bureaucratique sur la culture, puis, l’effroyable décennie qui a failli faire à jamais de l’Algérie un no culture‘s land, avec toutes les misogynies associées, sa carrière aurait été sans doute décuplée, portée aux nues, internationalisée. Aussi, faire ce qu’elle a fait en demeurant dans son pays relève de l’extraordinaire et, à mes yeux, surpasse le bilan de la grande Sarah.

Cette dernière avait eu des obsèques nationales. Sonia a eu un enterrement populaire, simple, émouvant, chaleureux. Le lendemain, sa petite-fille Maïssa, fille de sa fille, Samia Meziane, et de Khaled Benaïssa, comédiens de premier plan, montait pour la première fois sur les planches du TNA pour un spectacle de danse de son école. Là même où sa grand-mère n’avait jamais rêvé de devenir un «monstre sacré» ou de ressembler à quiconque, mais seulement de devenir elle-même. Ce qu’elle a pleinement accompli et de superbe manière.

Ameziane Ferhani
 
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