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Réflexion . Edition algérienne et partenariat international

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le 28.04.18 | 12h00 Réagissez


En tant que composante essentielle du secteur des industries culturelles, le livre, produit spécifique, a contribué à l’effort de développement culturel du pays. Jusqu’à l’indépendance, en 1962, l’Algérie comptait un certain nombre de maisons d’édition et de librairies, dont la plus grande partie appartenait au groupe français Hachette. En 1966, l'Etat nationalisait le groupe français et créait la Société nationale d'édition et de diffusion (SNED).

Cette grande entreprise était chargée notamment de l'édition, de l'impression, de la diffusion et de l'importation du livre, elle avait le monopole de tout ce qui concernait le livre. La création de la SNED a marqué le démarrage d’une période importante dans le paysage du livre de l’Algérie indépendante.

Cette attention particulière s’est traduite par la création d’autres entités de grande envergure dédiées au livre, comme l’Office des publications universitaires (OPU) pour le livre universitaire. Pour le manuel scolaire, la souveraineté des contenus a été acquise dès 1963 par la création de l’Institut pédagogique national (IPN).

Avec l’ouverture économique et politique, en 1988, on a assisté à l’émergence de nouvelles maisons d’édition dans le secteur privé, qui comprenaient une vingtaine d’éditeurs jusqu’au début des années 2000, où le ministère de la Culture a mis en place des programmes d’aide à la publication, qui accompagnaient surtout l’organisation de grands événements culturels : «L’année de l’Algérie en France» en 2003, «Alger, capitale de la culture arabe», en 2007, le 2e Festival culturel panafricain (Panaf) en 2009, «Tlemcen, capitale de la culture islamique», en 2011, jusqu’à «Constantine, capitale de la culture arabe», en 2015.

Ces différentes manifestations, ont permis une prolifération des maisons d’édition, qui ont dépassé, certaines années, 650 éditeurs enregistrés au service du dépôt légal de la Bibliothèque nationale d’Algérie. Actuellement, on compte environ 200 maisons d’édition actives.
Durant ces années, le livre est entré dans une phase dynamique, avec la création de plusieurs festivals nationaux et internationaux.

En plus de l’action soutenue du ministère de la Culture en faveur de ce produit stratégique, entre autres la création d’un Centre national du livre (destiné à servir d’observatoire des activités et données autour du livre, de centre d’évaluation, de foyer de réflexion, de laboratoire d’étude et d’outil de proposition pour appuyer et soutenir la politique du livre), signalons la mise en place du «Fonds d’aide à la promotion et au développement des arts et des lettres», la mise en place d’un réseau de plusieurs centaines de bibliothèques couvrant l’ensemble du territoire et conçues selon les normes universelles.

Il y a lieu de relever aussi l’engouement du lectorat souvent présent en masse dans les diverses manifestations liées au livre avec une moyenne de plus d’un million de visiteurs au Salon international du livre d’Alger.

La production livresque se situe actuellement autour de 3000 à 3500 titres par année, selon les chiffres du dépôt légal, avec un tirage moyen de 1000 exemplaires pour les romans, 1500 à 2000 pour les livres d’histoire, 5000 à 7000 exemplaires pour les livres jeunesse, et 7000 à 10 000 pour le parascolaire. Il y a lieu de signaler que le manuel scolaire a été ouvert aux éditeurs nationaux depuis 2003, où les tirages moyens tournent autour de 500 000 exemplaires.

Il y a lieu en outre de signaler que l’édition est le seul métier de l’industrie du livre qui a réussi à émerger par rapport aux autres maillons de la chaîne, et le constat le plus alarmant reste celui de la librairie dont des dizaines ont disparu durant les dix dernières années.

Puissant facteur de dialogue au-delà des frontières et des langues, grâce à la traduction et à la coédition, l’édition est le socle sur lequel se base l’ensemble de l’industrie culturelle, chaque pays construit et fait évoluer son identité, son idée d’elle-même, son propre sens de la vie et des choses.

Mais le livre est aussi un vecteur important du bien-être matériel, car il est un instrument de partage et d’actualisation des savoirs. Au-delà de sa raison d’être pour le secteur spécifique de l’édition, le livre est ainsi un véritable pivot d’échange et d’ouverture sur le monde par la traduction et aussi la coédition.

Depuis les années quatre-vingt-dix, des expériences internationales très intéressantes ont pu être menées par l’édition algérienne et méritent d’être citées, dans la mesure où elles peuvent ouvrir de nouvelles pistes de réflexion dans le futur partenariat algéro-coréen dans le domaine de la traduction et de la coédition.

L’expérience avec l’édition française depuis cette période s’est concentrée sur les cessions de droits et la coédition dans la même langue et a constitué ainsi la forme de partenariat la plus courante. Cette démarche permet de réduire considérablement le prix public pour le lectorat algérien (environ 50% par rapport au prix en France). Depuis 2014, un tournant commence à s’opérer : des éditeurs algériens cèdent des droits aux éditeurs français, certains de ces titres sont même arrivés en lice pour de prestigieux prix tels le Goncourt, Renaudot, l’Adelf…

Ces cas de figure, limités en nombre mais encourageants, marquent un changement : la littérature éditée en Algérie est peu à peu reconnue en Europe, les éditeurs algériens sont identifiés et deviennent de réels interlocuteurs pour les éditeurs européens.
En ce qui concerne la formation, l’expérience algérienne avec l’édition française reste intéressante, riche et variée également.

Tous les métiers du livre en Algérie, l’édition comme la librairie, ont bénéficié de formations périodiques, étalées pour certaines sur plusieurs sessions. Il a été également assuré une formation de formateurs dans les métiers du livre, qui se sont étalées parfois sur 18 mois, en plusieurs sessions, assurées par des professionnels français.

D’autres formations sont assurées également en France chez des professionnels des différents métiers. Des mécanismes de soutien à la traduction de et vers l’arabe et le français ont été mis en place par les services culturels de l’ambassade de France en Algérie afin d’encourager le partenariat entre les professionnels du livre des deux pays.

Avec le Canada, au vu de l’éloignement des éditeurs, ce sont les cessions de droits qui ont été privilégiées. En matière de formation, signalons l’accord entre les deux Etats, le Canada et l’Algérie, dans le cadre d’un accord global entre l’Algérie et l’Agence canadienne du développement international, qui s’est étalé sur 5 ans.

Ceci a permis à plusieurs maisons d’édition d’envoyer en formation leurs collaborateurs dans l’ensemble des métiers qui composent l’industrie du livre, que ce soit en édition, en librairie ou dans la diffusion.

Nouvelle, l’expérience de partenariats africains à partir de l’Algérie a permis de réaliser quelques actions et d’ouvrir de nouvelles perspectives d’échange intracontinentales. Dans le cadre de la deuxième édition du Panaf (le Festival culturel panafricain) à Alger en 2009, plusieurs coéditions et des cessions des droits ont pu être réalisées pendant cet événement continental, et un fonds d’aide a alors été conçu spécialement par le ministère de la Culture, lequel a permis la publication de romans, essais et contes pour enfants de différents pays africains.

En Afrique, au vu des coûts importants de l’impression locale, les éditeurs favorisent souvent une impression unique permettant des économies d’échelle sur l’impression. Les autres frais sont également partagés, cette expérience menée par plusieurs éditeurs algériens a permis de faire connaître la littérature africaine en Algérie et la littérature algérienne en Afrique. Il convient de signaler que dans la plupart des cas, les livres ont été imprimés en Algérie.

Les éditeurs arabes impriment généralement chacun dans son pays, et partagent en revanche les autres coûts, quand il y en a, comme par exemple la révision d’un texte avant publication par rapport à la spécificité de la variante de langue arabe pratiquée dans le pays. Ainsi, chaque projet de coédition présente ses spécificités : le montage financier, juridique, contractuel, logistique du projet se définit au cas par cas.

Il en est de même pour les flux de traduction, le plus souvent de l’anglais, de l’italien, de l’allemand, de l’espagnol vers l’arabe ou le français. Depuis quelques années, des dynamiques nouvelles apparaissent avec des traductions d’œuvres d’éditeurs internationaux, surtout dans la littérature et les livres jeunesse…

Ces échanges se reflètent sur la richesse des catalogues et soulignent la nécessité de favoriser le dialogue interculturel. Ils n’auraient pas pu avoir lieu sans le soutien à la traduction des institutions culturelles de chacun des pays, via des fonds d’aide.

Les coéditions internationales ont apporté à l’édition algérienne de nombreux facteurs positifs. Plusieurs éditeurs nationaux ont pu ainsi diversifier leurs catalogues et construire une meilleure politique de l’offre.

Cela a permis également de défendre des auteurs et des textes de grande importance et donc d’utiliser la coédition comme garantie de textes de qualité. Il est clair aussi que la coédition contribue pour l’éditeur à acquérir une notoriété et à gagner en légitimité au niveau national, vis-à-vis des acteurs de la chaîne du livre et bien sûr du lectorat national. Ce progrès se vérifie dans l’autre sens, soit au niveau international, vis-à-vis des auteurs et éditeurs étrangers engagés dans ces coéditions.

L’intérêt économique de telles démarches se vérifie dans la réduction et l’optimisation des coûts financiers (achats de droits d’auteur, traductions, cessions de droits, impressions…). La prise de risque est atténuée, puisque la coédition permet de mener des projets, difficiles sinon impossibles, à assurer isolément. Ceci est particulièrement notable pour les traductions puisque les coéditions permettent de réduire les coûts de traduction, souvent trop chers pour un seul éditeur.

Enfin, il s’agit de rendre plus accessible le livre au lecteur via un système de péréquation des prix de vente à travers un partage équitable des coûts éditoriaux en fonction du prix de vente du livre dans chaque pays. Et on ne saurait négliger dans ce cadre, l’échange de savoir-faire et de bonnes pratiques professionnelles qu’il encourage.

Les partenariats développés par les professionnels algériens, que ce soit dans l’édition, dans la coédition ou la traduction ont contribué à mieux faire connaître la littérature et les auteurs algériens à l’étranger et, réciproquement, de faire connaître au lecteur algérien les littératures et les auteurs internationaux avec des ouvrages de qualité et de publication récente. Ainsi, toutes ces actions de coédition internationale sont aussi bénéfiques qu’instructives.

Les échanges qu’elles induisent, en plus de l’aspect formatif, favorisent souvent un réel transfert d’expériences. Aussi, élargir ces partenariats à d’autres professionnels venus d’autres horizons ou continents ne peut s’avérer que positif et d’un apport considérable pour l’édition algérienne.

 

Par : Azzeddine Guerfi

Editeur et libraire. Ce texte est tiré de la communication à la Rencontre littéraire algéro-coréenne qui a eu lieu le 19 mars dernier à l’hôtel Sofitel, Alger.

 
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