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       <title>El Watan - Arts et lettres</title>
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           <title>Tapis rouge sang</title>
           <author>Fayçal Métaoui </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Il n’y pas que les paillettes, les soirées dansantes, les belles rencontres et les surprenantes découvertes à Cannes. 
	Cannes. De notre envoyé spécial
	 

	Le Festival du cinéma est également un rendez-vous d’un autre genre : celui des grandes douleurs de l’Histoire. Trois films ont ravivé les souffrances à la Croisette : L’image manquante, du Cambodgien Rithy Panh, Le dernier des injustes, du Français Claude Lanzmann et Omar, du Palestinien Hany Abu Assad. Les deux premiers sont des documentaires, le troisième une fiction.
	Omar est un long métrage qui replonge dans le calvaire presque quotidien du peuple palestinien. La première image de ce film suffit presque à tout dire : Omar (Adam Bakri) tente d’escalader le mur de séparation pour rejoindre Nadia, sa bien-aimée. A chaque fois, il risque sa vie puisque les soldats israéliens n’hésitent pas à tirer sur ceux qui dépassent le mur. Le jeune Omar, qui brave presque chaque jour le danger, se fait quand même arrêter par des soldats israéliens qui lui demandent de se mettre debout sur une pierre et de ne pas bouger pour l’humilier.

	Mais le jeune ouvrier boulanger croit à l’amour. Et à la résistance à l’occupation. Pour atteindre ses objectifs, il crée avec Tarik (Eyad Hourani) et Amjad (Samer Bisharat), amis d’enfance, une «cellule», loin des chefferies conventionnelles. On voit bien que ces jeunes Palestiniens ne croient ni à Hamas ni à l’OLP. Prise de position du cinéaste ? On peut le penser. Le peuple palestinien cherche aussi son «printemps» pour transcender les conflits politiques entre Ghaza et Ramallah, entre le parti islamiste de Khaled Mechaal et l’Autorité de Mohamed Abbas. Après des hésitations, Omar et ses copains «passent» à l’action en tirant sur un soldat israélien.

	Les services de renseignements, visiblement bien informés, lancent la chasse aux assaillants. Omar est arrêté et torturé. Soumis à un chantage, dont seul le Shabak (services israéliens) possède le secret, il doit céder sur certaines choses pour retrouver la liberté et l’amour. Amour et liberté vont-ils ensemble ? Le jeune homme y croit. Nadia est-elle le seul horizon qui lui reste face à la muraille ? A première vue, oui. Les parents d’Omar sont complètement effacés. A deux reprises, on les voit manger à table. Le père ne dit aucun mot. Echec d’une génération ? D’un idéal ? Le jeune homme évolue dans un univers social où n’existent que Tarek et Amjad et, bien entendu, Nadia. Plus tard, il découvrira que le fil de l’amitié est mince. C’est le double drame. Le long métrage de Hany Abu Assad est raconté comme un roman. Un roman sur la trahison et l’amour, sur l’engagement et le désir de vivre, le désespoir et le rêve, les manipulations et les ruses…

	Le scénario à triple couche est puissant. Il donne toute sa valeur à un film qui ressemble à un thriller sans l’être. Un film qui invite tant à une réflexion libre sur la situation actuelle en Territoires palestiniens. L’idée bien exploitée «d’un traître parmi nous» suggère que le combat pour la liberté ou les libertés n’est jamais gagné d’avance. Par rapport à ses précédents films, Hany Abu Assaâd s’engage plus au plan artistique, mais politique également. Les couleurs du drapeau palestinien «voyagent» le long du film à travers les habits des comédiens. L’acteur américano-palestinien, Waleed Zuaiter, dans le rôle de l’officier traitant du Shabak, est excellent. Autant que le jeune Adam Bakri, natif d’une famille d’artistes. «Les comédiens ont joué avec cœur. Ils se sont bien adaptés au jeu physique. Cela a donné plus d’intensité au film. Les comédiens ont cru à ce film», a confié le cinéaste.  Omar méritait amplement sa place dans la sélection officielle pour la Palme d’Or. Comparé à certains films vus à Cannes, ce long métrage est plus vrai, plus intense, plus proche de l’expression cinématographique sincère. En 2005, Hany Abu Assad avait réalisé Paradis Now, un film qui s’est distingué par une certaine conviction de traiter des sujets sans complexe en contournant les mines qui peuvent exister sur le chemin de tout cinéaste qui aborde la question palestinienne ou le conflit du Proche-Orient.

	Le cinéaste cambodgien, Rithy Panh, a, lui, fouillé dans sa mémoire pour retrouver d’anciens traumatismes. Dans L’image manquante, film d’animation avec des figurines en terre cuite colorée (conçues par Sarith Mang) et des documents d’archives, ce cinéaste et essayiste revient sur l’époque noire des Khmers rouges. «Il y a tant d’images dans le monde, qu’on croit avoir tout vu. Tout pensé. Depuis des années, je cherche une image qui manque. Une photographie prise entre 1975 et 1979 par les Khmers rouges, quand ils dirigeaient le Cambodge. A elle seule, une image ne prouve pas le crime de masse», explique le commentaire. Les Khmers rouges, qui défendaient un certain idéal communiste, avaient réduit le peuple cambodgien à la famine. Menés par le criminel Pol Pot, ils ont commis des exécutions collectives, massacré tous les opposants, éradiqué toute contestation, systématisé la torture, réduit le pays à un immense camp de concentration. Au début, ils étaient venus pour libérer le pays après avoir battu les troupes de Lon Nol en avril 1975. Angkar (Organisation révolutionnaire) allait devenir le symbole de la terreur dans ce pays d’Asie.

	Plus d’un million de Cambodgiens ont été tués par…les libérateurs ! Rithy Panh, interné dans un camp de travail en pleine forêt, garde intacts les souvenirs d’enfance. Il se rappelle de la mort de son père qui a refusé de se nourrir, de l’agonie d’autres gamins. «On se nourrissait de souris et de racines d’arbres. Les cadres des Khmers rouges, eux, mangeaient à leur faim tout ce qu’il voulaient», se souvient-il. Plus loin, il se rappelle encore : «…parfois, un avion traverse le ciel. Est-ce qu’il nous observe ? Est-ce qu’il va me parachuter un appareil photo pour que le monde sache enfin ? L’image manquante, c’est nous… Je n’ai plus de nom, plus de famille, plus d’espoir, mais je garde un cœur humain». Rithy Panh a perdu un jeune frère le 17 avril 1975 à Phnom Penh, jour du débarquement du nouveau pouvoir. «Avec sa guitare, il n’a pas dû plaire aux Khmers rouges, ni son regard, ni sa mèche de 16 ans, ni ses chansons», se souvient-t-il encore. Débordant d’émotion, «L’image manquante» a une certaine valeur historique sur l’une des périodes les plus sinistres du siècle dernier en Asie, même si le film n’est pas une reconstitution des faits.

	Le problème est que cette émotion déborde, au point de brouiller les yeux, voire l’esprit, du spectateur dont il souhaite gagner l’adhésion. C’est déjà presque acquis avec le texte, bien écrit, et le déroulement de ce récit de l’horreur. Inutile donc d’en rajouter. Rithy Panh souffre toujours de ce qu’il a vécu. Sa blessure est toujours ouverte. Depuis 1999, il n’a pas cessé de revenir à la charge sur les horreurs des Khmers rouges. Il n’y a qu’à citer S21, la machine de mort khmère rouge (2002) et Les gens d’Angkor (2003). Dans ses livres, il a poursuivi cette quête de la vérité et de dénonciation de crimes contre l’humanité. «La vie m'a mis à cette place : quand on vit ce que j'ai vécu et qu'on ne meurt pas, on est obligé de témoigner. Transmettre la parole des morts est essentiel pour moi. J'espère que cela peut aider le travail des historiens au Cambodge, le travail des juges aussi, mais je ne le fais qu'en tant que cinéaste», a-t-il déclaré à Télérama. La plupart des chefs de guerre des Khmers rouges échappent à ce jour à la justice. L’impunité qui a couvert leurs crimes est un exemple parfait de ce que peut être une justice muette et ligotée, une justice injuste. Reste que «L’image manquante» de Rithy Panh défend une idée essentielle de nos jours, celle du cinéma de témoignage. Une idée à explorer en Algérie où l’on a bien peu dit et montré sur les nombreux crimes, exécutions sommaires, tortures, enlèvements et massacres des années 90.  

	A 87 ans, Claude Lanzmann continue, pour sa part, à remonter la machine du temps et à dénoncer les crimes nazis contre les juifs d’Europe centrale. En 3h40 il raconte, dans Le dernier des injustes, les souffrances de personnes de confession juive dans le ghetto de Theresienstadt, créé par les nazis en septembre 1941, non loin de Prague. Lanzmann a basé son travail de recherche sur une interview réalisée à Rome en 1975 avec Benjamin Murmelstein, dernier président du Conseil de ce ghetto. «Un ghetto mensonge élu par Adolf Eichmann pour leurrer le monde», soutient le réalisateur. Adolf Eichmann, autrichien d’origine et officier SS, était un haut fonctionnaire du régime d’Adolf Hitler. Il avait été chargé par le IIIe Reïch des «affaires juives». L’Histoire a retenu qu’il avait lui-même mis en place le dispositif terrifiant de la «solution finale» en janvier 1942. Il s’agissait d’exterminer les juifs après leur transfert dans des camps comme ceux de Sobibor, Treblinka et Auschwitz.

	Ce film, qui présente Adolf Eichmann comme «un démon antisémite», montre que le ghetto de Theresienstadt n’était pas «un lieu de repos» comme cela avait été présenté par la propagande nazie. Il rappelle que les nazis avaient installé un Conseil des Anciens pour «gérer» le ghetto et désigné «le plus ancien des Juifs» pour gérer ce conseil. En quatre ans d’existence du ghetto, trois doyens se sont succédé à la tête de ce conseil. Le premier, Jacob Edelstein, un sioniste, avait été déporté à Auschwitz, puis tué. Le deuxième, Paul Eppstein, mourut d’une balle dans la nuque. Le dernier, Benjamin Murmelstein, rabbin de Vienne, avait pu prendre la fuite grâce à un passeport diplomatique de la Croix-Rouge. Après une période de détention à Prague, il avait décidé de s’exiler à Rome. Benjamin Murmelstein s’est lui-même appelé le «Dernier des injustes». Il avait été accusé par des survivants d’avoir «collaboré» avec les nazis. Ce que récuse Claude Lanzmann dans son film où l’on perçoit une certaine réhabilitation de l’homme. Pour lui, Murmelstein était un homme exceptionnel, grand savant, courageux et immensément intelligent.

	Le cinéaste l’avait rencontré lors de la préparation de son film Shoah (1985). A Cannes, Le dernier des injustes a été projeté en présence d’un beau monde : la Première dame de France, Valérie Trierweiler, la ministre de la Culture française, Aurélie Filippetti, le PDG de France Télévision, plusieurs cinéastes et autres personnalités. «Le Festival a toujours tenté de ne pas manquer ce cinéaste. L’œuvre de Claude Lanzmann est en mouvement. Une œuvre qui se déploie, qui embrasse un siècle, puis le siècle suivant. Ce film le prouve. Cela nous rappelle ce que fut notre siècle passé. Le Festival n’est pas le même quand Claude Lanzmann est là ou quand il n’est pas là», a déclaré Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes avant la projection.

	«Il y a quand même du monde, ça me fait plaisir. Je salue Valérie Trierweiler qui a fait le voyage de Paris pour être là ce soir. Thierry Frémaux a aimé tellement mon film qu’il voulait le mettre en compétition officielle. Je l’ai supplié de ne pas le faire en lui disant : laisse moi creuser mon sillon en solitaire», a déclaré Lanzmann en saluant également sa jeune équipe technique et de production. En février 2013, ce cinéaste a reçu un Ours d’Or d’honneur pour l’ensemble de son œuvre au prestigieux Festival international de Berlin. Il a réalisé plusieurs documentaires comme Pourquoi Israël (1973), Tsahal (1994), Un vivant qui passe (1997) et Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures. Ami de Jean Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, Claude Lanzmann a collaboré à la revue Les Temps modernes dont il est aujourd’hui le directeur. Il a été parmi les signataires du Manifeste 121 qui dénonçait la répression coloniale en Algérie. Ainsi, sous les fastes people du Festival de Cannes, sous les éclats de l’industrie cinématographique internationale, le septième art parvient encore à exprimer les douleurs de l’humanité, même si elles ne bénéficient pas, ici, des mêmes attentions et de la même visibilité.  ]]></description>
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	Scene du film Omar
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           <title>A fleur de visage</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[  
	Regardez bien la photo ci-dessous, la seule à paraître dans cette chronique, faite habituellement que de mots et de phrases. Mais il arrive que ni les mots ni les phrases ne suffisent à exprimer ce que l’on voudrait dire et, surtout, transmettre. Aussi, regardez ce visage. Regardez-le bien. Prenez le temps qu’il faut pour vous demander ce qu’il dit. Allez vers ce regard.

	A chaque fois qu’il m’a été donné de le croiser – deux ou trois fois peut-être – je me suis senti plongé dans les abysses de l’Algérie, pris au fond d’une mémoire millénaire dont on ne soupçonne que rarement les méandres et les dédales, la puissance tellurique, la richesse infinie. Le regard de Yamina Mechakra est une histoire où se mêlent dignité, mélancolie, amertume, désillusion, pertinence, élan, douleur aussi. Tellement. Et à chaque fois, j’ai pensé qu’elle ressemblait à ces femmes que peignait Issiakhem, lui qui avait conçu la couverture de son roman, La grotte éclatée (1979), tandis que Kateb Yacine lui écrivait la fameuse préface où il affirmait : «A l’heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant de poudre.»

	Yamina Mechakra portait sur son visage d’une beauté profonde – pour qui sait ce qu’est vraiment la beauté – tout ce qui se retrouve dans son écriture : l’amour sans borne de l’Algérie, les traumatismes de la guerre et, d’abord, l’exécution sous ses yeux de son père, l’horreur des hypocrisies, la peine du destin national, une affection immense pour les êtres. Elle, qui était devenue psychiatre pour soulager les souffrances invisibles des autres, n’a pu se protéger des siennes, trop lourdes et trop vives, à fleur de ce visage où l’on peut lire et la femme et l’écrivaine et l’Algérie. Ce visage de chaouïa, de la fille de Meskiana. Ce visage qui est en fait celui de toutes les femmes valeureuses du pays, «fahlate» sans lesquelles, pour paraphraser Ibn Arabi, "tout lieu serait voué à la décrépitude". Mais, maintenant que son visage est figé à jamais, il est temps que soient rééditées et diffusées ses deux seules œuvres et, notamment, cette «grotte éclatée», si dure mais si lumineuse.  
	  ]]></description>
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           <title>A la rencontre de l’artiste</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Exposition à domicile jusqu’au 10 juin prochain.
	  
	Si Moussa Bourdine expose assez régulièrement dans les galeries, depuis plusieurs années, il a instauré la tradition d’accueillir le public dans sa maison atelier à Zéralda, au lieu-dit «Village des Artistes» puisque quelques-uns de ses pairs y résident aussi. Cette pratique, courante dans le monde, est plutôt rare en Algérie où peu d’artistes disposent d’un lieu adapté à leur travail et où des résidences de création commencent timidement à se mettre en place.

	Avant d’en arriver là, Bourdine a longtemps erré au gré de ses habitations et emplois, puisqu’il lui est même arrivé de produire dans une cabine de projection, comme au cinéma Debussy où il avait un œil sur la lucarne et un autre sur une esquisse. A cette époque d’ailleurs, il n’était pas rare qu’il expose chez le coiffeur du coin, Smaïl, lui-même artiste amateur. Né en octobre 1946 au Clos Salembier, aujourd’hui El Madania, Moussa Bourdine présente le profil typique de l’autodidacte talentueux qui s’est accroché à sa création avant de pouvoir accrocher ses œuvres dans une galerie. Enfance difficile dans une famille modeste. Scolarité laborieuse et sans attrait. Seul l’art constituait son rêve qui commencera à se réaliser avec la rencontre d’un certain Granados qui l’encourage à s’inscrire à la Société des Beaux-Arts d’Alger, sans doute une des plus vieilles associations en Algérie, qui continue à ce jour à œuvrer.

	Moussa y étudiera de 1966 à 1969, notamment sous la houlette de Camille Leroy et notamment l’aquarelle où il excelle. Il y est en tant qu’auditeur libre, puisqu’il doit participer à la subsistance familiale, en tant que garçon boucher, staffeur-décorateur en plâtre, puis projectionniste de cinéma et l’on en oublie sans doute. Un parcours aussi ardu que méritoire pour passer à travers la porte de l’art. Ces sacrifices passionnés et une sensibilité particulière qui forge sa personnalité l’amènent progressivement à une maîtrise technique remarquée. La participation à une première exposition collective, en 1973, à la galerie Racim d’Alger, lui met le pied à l’étrier ou plutôt au chevalet. Il se signalera ensuite régulièrement dans des manifestations similaires en Algérie et à l’étranger, avant d’avoir ses propres expositions. Dans ce parcours, la rencontre avec Issiakhem prendra une dimension importante et, aujourd’hui encore, on peut en repérer l’influence. Cependant, Bourdine a développé depuis son propre style, reconnaissable au premier regard pour qui a déjà vu ses œuvres. Une touche légère et fluide qui produit des effets de transparences lumineuses, le tout au service d’une démarche qui n’a pas fini d’osciller entre le figuratif, le semi-figuratif et l’abstraction, sans référence cependant (ou alors très rarement) aux signes traditionnels. Il est d’abord un peintre de la sensation et du geste, cultivant la spontanéité et refusant la conceptualité. Pour lui, la peinture est d’abord émotion.

	Cette position est, cependant, à la fois bénéfique et contraignante. Bénéfique parce qu’elle donne à ses œuvres une pâte vivante que l’expérience bonifie. On est toujours attiré par ses peintures dont les configurations et les traitements des couleurs produisent des effets sûrs. Contraignante parce que l’on sent qu’il pourrait aller beaucoup plus loin encore.  C’est l’occasion justement d’aller en parler avec lui puisque l’avantage d’une expo en atelier est de voir l’artiste dans son lieu de vie et de travail et de discuter plus librement avec lui. Cela tombe bien car Moussa Bourdine est aussi artiste dans son existence. Il aime rencontrer les gens et parler avec eux. 
	 

	*Atelier Bourdine. Village des Artistes. Villa n° 28, Chemin du complexe touristique, Zeralda. A partir d'aujourd'hui 15 h et jusqu’au 10 juin 2013. ]]></description>
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           <title>Magique Zakes Mda !</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Lorsqu’on évoque la littérature sud-africaine, les auteurs les plus cités sont Nadine Gordimer, André Brink, J. M. Coetzee ou encore Dennis Brutus, Alex La Guma ou Peter Abrahams. 
	Cependant, une nouvelle génération d’écrivains s’affirme. Parmi eux, Zakes Mda apparaît de façon évidente comme l’un des plus doués. En effet, ce romancier sud-africain a su tracer son chemin en étant un artiste complet puisque, au-delà de la littérature, il est aussi peintre et compositeur de musique.
	A ce jour, ses publications sont nombreuses puisqu’une vingtaine d’ouvrages, dont une dizaine de romans, ont été publiés et traduits dans une vingtaine de langues dont le catalan, le coréen, l’allemand, le turc, l’italien et le français. Zakes Mda est aussi un grand dramaturge, puisqu’il a écrit et monté de nombreuses pièces de théâtre au célèbre Market Theater de Johannesburg que j’ai visité et qui est un lieu magique de renouvellement culturel. Zakes Mda est devenu aujourd’hui membre honoraire de ce prestigieux établissement. Il a aussi publié des recueils de poésie et quelques essais sur la théorie et la pratique du théâtre pour le développement social et politique.

	Toute cette effervescence culturelle est récompensée par de nombreux prix littéraires, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis et en Italie. Il a reçu, en particulier, le «Amstel Playwrights», un prix décerné aux écrivains des pays du Commonwealth, le prix du «Sunday Times», le prix «Zora Neale». Aux Etats-Unis le prix tant convoité «Richard Wright» lui a été décerné. Un de ses récents romans, Cion, dont l’histoire se déroule dans le sud-est de l’Ohio, a été nommé pour le prix Naacp. Par ailleurs, son autobiographie, Sometimes there is a void : memoirs of an outsider, a été décrétée ouvrage de l’année 2012 par le New York Times !

	Ce romancier post-apartheid vit entre l’Afrique du Sud et les Etats-Unis où il enseigne la «creative writing» (écriture créative) à l’université de l’Ohio. Un de ses romans, Rachel’s Blues, se déroule justement dans l’Ohio profond, avec une histoire particulière qui raconte le combat d’un violeur qui se bat pour ses droits de paternité sur l’enfant de ce viol. Au plan social, Mda occupe le poste de directeur à la Southern African Multimedia Aids à Sophiatown. Les deux romans qui l’ont placé en tête des auteurs de la période post-apartheid sont : Le pleureur et Au pays de l’ocre rouge. Le premier plonge le lecteur dans le monde dramatique d’un pleureur professionnel nommé Toloki. Avec cette activité qui lui permet de gagner sa vie, il traverse tout le pays, des villages les plus reculés aux bidonvilles insalubres, les townships, où la violence policière est discriminatoire.

	Toloki, personnage truculent, décrit cette période difficile du racisme d’Etat. Il rencontrera la belle et tragique prostituée, Noria, avec laquelle il pansera les traumas de l’apartheid. L’écriture de Zakes Mda relève du réalisme magique, brossant le portrait d'êtres en quête de calme et de tranquillité dans des townships mis à feu et à sang par des affrontements incessants entre bandes rivales. Toloki et Noria ressemblent à de nombreux Sud-Africains persécutés par la répression policière et le romancier décrit comment l'apartheid engendre des cicatrices qui se referment difficilement. Les communautés blanches et noires s'opposent, des luttes intestines déciment les effectifs des mouvements de libération, une donnée que Zakes Mda révèle dans ce roman sans concession.
	L’autre roman, Au pays de l’ocre rouge, est une œuvre superbe, tant au niveau de l’écriture que de la thématique. C’est le troisième ouvrage de cet auteur qui l’a construit sur deux histoires enchevêtrées. La première raconte le mythe de Nongqawuse, une prophétesse Xhosa qui, en 1856, avait prédit que si les paysans tuaient leur bétail, les colons anglais partiraient. Deux clans se formèrent, les croyants et les non-croyants de cette prophétie à cause de laquelle 20 000 paysans moururent de faim.

	En parallèle, une histoire se déroule durant la période postapartheid qui sépare de nouveau cette même population Xhosa en deux clans : les partisans et les opposants à la construction d’un casino. Ainsi, le romancier effectue un va-et-vient entre la période coloniale et celle postcoloniale, le passé et le présent, et il joue sur la relation entre histoire et mythe. Dans la période post-apartheid, c’est la question du travail qui est posée, modernité contre tradition, travail contre immobilisme. Zakes Mda réussit ainsi à écrire un roman fort où émergent les histoires du personnage principal, Camagu, pris dans un dilemme entre les deux femmes qu’il aime et qui appartiennent aux deux camps opposés. Le romancier pose une question essentielle : faut-il s’en tenir à la tradition et aux mythes anciens si ces derniers n’apportent que malheur ? Toute décision doit être personnelle, selon le personnage Camagu.
	Zakes Mda vient de m’informer que son prochain roman, The Sculptors of Mapungubwe, sera publié en Afrique du Sud et en Inde (Calcutta), en juillet 2013 par Vivlia Publishers. Son œuvre apporte à la littérature sud-africaine noire une nouvelle dimension où l’Histoire et les mythes s’entremêlent, où une écriture subtile et imagée donne une dimension supplémentaire à l’excellente réputation d’une littérature sud-africaine si dense et si bouleversante.  ]]></description>
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           <title>Une réhabilitation de la joie</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Sortie officielle d’une création rafraîchissante.
	
	  
	Si vous avez envie de découvrir une petite merveille, allez voir sur internet le clip de la chanson-phare de l’album d’Amel Zen*, son premier qui ne sera, sans doute pas le dernier, de cette jeune chanteuse. Tourné en noir et blanc avec une image impeccable, son montage et sa réalisation, signés W-Wamar Kacimi, méritent les félicitations. Le jeu des acteurs, comme celui d’Amel Zen, qui a tâté déjà de l’interprétation et fait montre d’un talent certain en la matière, donnent une sensation de naturel rare pour un produit du genre.

	L’univers de cette «petite» œuvre est fortement inspiré des débuts de l’épopée du cinéma. Dans la succulente interview que la chanteuse a accordée à Mohamed Ali Allalou sur le site Chouf-Chouf, la chanteuse affirme cette attirance : «Le noir et blanc est un hommage au cinéma et aux grandes personnalités qui m’ont marquée, telles que Charlie Chaplin, Marilyn Monroe et aussi le cinéma algérien des années soixante-dix, l’inspecteur Tahar, etc.» L’un des comédiens du clip – que nous n’avons pu identifier dans le générique – jouant de la clarinette pour les prises sur scène et un rôle principal dans les intermèdes, rappelle un peu Buster Keaton.

	Si le ramage de l’album d’Amel Zen ressemble au plumage de ce clip et de sa chanson, Kan ikolli (Il me disait…), la jeune chanteuse est appelée à une belle carrière, pour peu qu’elle conserve et renforce son souci d’exigence et de qualité. Celui-ci transparaît dans son art de la chanson et de la comédie, mais également dans la bonne organisation de son lancement. Cet après-midi, à partir de 14h, elle sera au Studio’s Megastore de Sidi-Yahia pour la sortie officielle de son album dont le titre est son propre nom d’artiste, signalant ainsi qu’il s’agit d’abord du lancement d’une nouvelle interprète qui entend aller plus loin. Au vu du clip, cette sortie aurait peut-être été mieux placée dans un lieu comme le café Tantonville, près du Théâtre national algérien, ambiance années trente et quarante garanties.

	Mais l’album d’Amel Zen ne se résume pas à la chanson Kan ikolli, elle a choisi un lieu empreint de dynamisme qui prend des allures de FNAC, en combinant la vente de DVD, de matériels audiovisuels et, depuis quelques mois, de livres. Sa préoccupation de ne pas se laisser enfermer dans le rétro, transparaît aussi sur la pochette très contemporaine du disque, où Amel Zen a troqué sa robe blanche du clip pour une tenue moderne, le tout en couleur et dans une rue nocturne. Le style très «variétés» de la chanson du clip cache des surprises par lesquelles la chanteuse entend montrer qu’au-delà de la légèreté musicale, elle sait aussi s’attacher à des questions profondes, comme elle l’a montré en participant à la chanson collective du groupe les Dzartistes au profit des enfants abandonnés.

	Sous ses dehors débonnaires, Amel Zen cache une riche personnalité. De son vrai nom, Ibeddouzene, qui a donné Zen, en diminutif mais aussi en sens, originaire de Gouraya et ayant vécu à Cherchell jusqu’au bac, elle a étudié à l’Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’El Harrach et, depuis cinq ans, elle travaille dans la réhabilitation d’édifices. Si l’on ignore les détails de son métier quotidien, nous savons en tout cas qu’elle contribue à réhabiliter la joie de vivre et l’espoir en des moments où la morosité devient un style de vie.

	
	*Lien du Clip «Kan Ikoli» : http://www.youtube.com/watch?v=xlL8NlmKaso
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           <link>http://www.elwatan.com/hebdo/arts-et-lettres/une-rehabilitation-de-la-joie-25-05-2013-214977_159.php</link>
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           <title>Le conservateur novateur</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Bou Saâda rend hommage à ce grand esprit et invite à revisiter son œuvre irremplaçable. 
	La belle ville de Bou Saâda est la cité du bonheur, comme son nom l’indique. Elle s’efforce toujours d’honorer ses traditions touristiques et, surtout, son hospitalité légendaire, jamais démentie. C’est dans son cadre enchanteur qu’un colloque en hommage à la vie et l’œuvre de Mostefa Lacheraf s’est tenu le 18 mai 2013. L’organisation de cette grande manifestation intellectuelle on la doit à l’initiative de l’association Aïssa Bisker, pour la promotion de la culture de l’enfant, une structure culturelle qui met les enfants en phase avec le monde actuel. Dans ses locaux, l’éveil aux langues étrangères et aux matières artistiques est un credo. La maîtrise de l’organisation d’événements par Tayeb Bisker et Farouk Zahi a permis au colloque de se dérouler dans des conditions optimales.

	Le public nombreux, venu assister à cette rencontre culturelle, s’est montré très attentif aux évocations des différents aspects de cette vie intellectuelle, riche en pensées novatrices et en écrits multiformes. Ainsi, tout au long des différentes interventions, on a pu mesurer l’importance du «geste conservateur» chez Mostefa Lacheraf. Dans l’un de ses articles, le grand intellectuel fustigeait déjà l’amnésie collective et signalait une mémoire nationale qui flanche et vacille. Il pointait du doigt la dilapidation d’archives précieuses, appartenant au patrimoine historique de notre pays. Ces dernières se vendaient sur les marchés publics comme une vulgaire brocante. Il citait l’exemple d’une correspondance entre un officier militaire et sa hiérarchie qui était exposée par terre. Le «geste conservateur» est vital dans une société qui a été constamment agressée et violentée. Mostefa Lacheraf avait compris cela très tôt, car la sauvegarde des lieux, des noms et des archives consolident les liens sociaux. Ils introduisent aussi, dans l’âme d’une nation et de son peuple, l’apaisement et la sérénité pour se consacrer aux tâches les plus nobles.

	L’ancien ministre, Kamel Bouchama, aujourd’hui écrivain, dans une intervention intitulée Mostefa Lacheraf le médersien a retracé le parcours de cet intellectuel à la médersa El Thalibiya d’Alger. Il a montré comment ce lieu du savoir par excellence a formé des générations de contestataires et de révolutionnaires qui ont rejoint le mouvement national pour, ensuite, participer à l’édification de la nation algérienne. De son côté, Mohamed Salem, qui l’a connu à Sidi Aïssa, a apporté des éclairages sur sa vie d’écolier et sa persévérance à réussir. Cette solide formation scolaire a fait de Lacheraf un «homme des revues». En effet, sa perspicacité l’avait conduit à comprendre très tôt le rôle fondamental des revues. Il savait, par définition et expérience, qu’une revue est un atelier ouvert où s’élaborent et bourgeonnent les nouvelles idées. Un lieu investi par des penseurs et des intellectuels atypiques, en marge d’une culture ambiante sclérosante. Un support idéal pour des textes inédits et subversifs qui combattent les normes imposées par les idéologies dominantes. Les revues publient aussi des recueils de poésie, des romans d’inconnus et des études aux points de vue surprenants. Et, ainsi, on est en droit d’affirmer que si un homme fréquente assidûment la revue ou les revues, il est en mesure de devenir un intellectuel exigeant doté d’un esprit perspicace et novateur.

	Cela commence très tôt pour Lacheraf. A peine âgé de vingt ans, il traduisait déjà les Poètes anonymes d’Alger pour la revue Mithra (l’Enrichissement), revue bimensuelle dénommée Cahiers bimensuels de littérature moderne, dont le siège était à Alger. Parmi les collaborateurs de ce titre, on retrouve des noms prestigieux : Max Pol-Fouchet, Albert Camus, Gabriel Audisio et, bien sûr, Mostefa Lacheraf. Plus tard, on le retrouve dans Les Cahiers du Sud. Cette revue, fondée à l’origine par Marcel Pagnol en 1914 sous le titre Fortunio, change de nom en 1923 sous l’impulsion de Jean Ballard. Les Cahiers du Sud accordent une grande place à la poésie, la littérature et aux études critiques dans les deux domaines. Enfin, en parfait bilingue, disposant d’une grande maîtrise de la langue arabe, Mostefa Lacheraf collabore à Al-Mabahith (Les recherches), revue tunisienne fondée en 1938 et paraissant en langue arabe qui a longtemps été dirigée par Mahmoud Messadi. Elle se donnait pour mission de traduire les chefs-d’œuvre littéraires du monde entier pour mettre à la disposition des arabophones les trésors de la pensée humaine. D’autres revues prestigieuses comme Esprit et Les temps modernes, ont accueilli ses articles. Et, comme l’a bien montré Mustapha Madi, son éditeur chez Casbah Editions, son œuvre fondatrice, Algérie, nation et société, est un recueil des articles parus dans toutes les revues citées plus haut. Mustapha Madi a rappelé aussi l’impressionnante bibliographie qui court le long de son œuvre, Des noms et des lieux qui est, selon lui, une sorte de manuel de méthodologie de recherche en histoire et en sociologie que l’auteur a laissée comme un testament aux futures générations.

	Dans la continuité des thématiques chères à Mostefa Lacheraf, le sociologue, Mohamed Benguerna, a proposé à l’assistance de mesurer l’impact de la pensée de Lacheraf sur l’enseignement et la recherche sociologique en Algérie. Selon une étude qu’il a menée sur la période 1984-2005, dans les trois plus grandes universités algériennes, soit celles d’Alger, Constantine et Oran, aucune des 522 soutenances enregistrées alors, n’a été consacrée à la pensée de Lacheraf. Les étudiants algériens s’éloigneraient de plus en plus des thématiques qui concernent leur pays. Pour Benguerna, deux explications peuvent être données à cette désaffection. D’abord la marginalisation de l’homme et de sa pensée et, ensuite, la stigmatisation dont il a été victime de la part de certains milieux conservateurs.

	Le traducteur en arabe de l’œuvre Des noms et des lieux, Mohamed Bakelli, a souligné qu’il est depuis toujours un familier des écrits de Mostefa Lacheraf. Ce dernier voulait qu’on arabise ses livres et non qu’on les traduise. Bakelli affirme que la langue française utilisée par Mostefa Lacheraf, présente des sonorités algériennes particulières. Une langue d’ailleurs dont la rigueur syntaxique dépasse l’entendement.
	Dans l’après-midi, après les débats passionnants et passionnés de la matinée, le colloque s’est poursuivi avec l’intervention de Mohamed Abbas qui a comparé les trajectoires de Lacheraf et de Mohamed Chérif Sahli, deux vies dédiées au mouvement national et au combat libérateur de l’Algérie. Ils avaient tous deux une relation charnelle avec le militantisme. Ils avaient fait connaissance à Paris à l’automne 1945 et avaient développé une sensibilité particulière à la notion d’autodétermination.

	En 1949, lors de la crise dite «berbériste», les deux compères s’étaient opposés aux sanctions prononcées par la direction du PPA/MTLD à l’égard des jeunes militants qui voulaient intégrer la dimension «amazighe» dans la constitution de la personnalité algérienne. L’une des rares divergences entre les deux personnalités réside dans leur appartenance politique. Lacheraf était proche du FLN et Sahli était resté attaché au Parti communiste.
	Dans sa communication, Omar Lardjane a parlé du réalisme historique de Mostefa Lacheraf. Ainsi, pour l’intervenant, il est toujours nécessaire de revenir aux textes et aux écrits du penseur et ne pas rester sur des a priori. Mostefa Lacheraf connaissait bien la société algérienne et ses réalités sociologiques. Lardjane a montré comment la société algérienne a résisté au colonialisme en mettant en avant ses ressorts culturels et la valorisation de l’âme populaire.

	L’historien Daho Djerbal a parlé de l’exemplarité de Mostefa Lacheraf et comment la parution chez Maspéro de son ouvrage, Algérie, nation et société, a été déterminante pour la génération des étudiants algériens de l’époque dans leur prise de conscience et des choix pédagogiques qu’ils ont faits. Enfin, l’ancien ministre, Lahcène Moussaoui, compagnon de longue date de Lacheraf, a présenté une synthèse exhaustive de l’ensemble de la journée. Avec une grande pertinence, il a apporté certaines précisions sur le parcours d’homme d’Etat de Lacheraf et répondu aux détracteurs de l’homme qui ne mesuraient pas l’envergure de ce grand intellectuel. La seule manière de pénétrer la pensée d’un homme, c’est de lire son œuvre. L’omniscience de Mostefa Lacheraf est avérée et la publication des actes du colloque viendra enrichir une bibliographie nationale en berne sur ce type de sujets.
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           <title>Brèves... Et autres nouvelles</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	PATRIMOINE. Gorgone, suite
	 

	Dans notre dernière édition, ici même, nous avions rapporté les propos de la ministre de la Culture, Khalida Toumi, à propos du masque de la Gorgone, volé en 1996 sur le site archéologique d’Hippone (Annaba) et son intervention sur le fait que cette œuvre a été «récemment exposée en Tunisie avec d’autres œuvres, malgré la demande de sa restitution par l’Algérie». Elle avait, en outre, qualifié cette exposition d'«acte de violation» des conventions internationales. Entre-temps, le ministre tunisien de la Culture réagissait à la déclaration de son homologue, en rassurant sur sa claire volonté de restitution du masque de 320 kg en marbre blanc retrouvé, en 2011, chez un gendre du président Ben Ali. A suivre…

	
	
	HUSSEIN DEY. Nouvelle librairie
	 

	La fermeture de tant de librairies se trouve un peu compensée par l’ouverture de nouvelles, apportant un brin d’espoir à ce secteur d’activités qui demeure menacé de disparition dans notre pays. Voilà qu’à Hussein Dey, juste à la sortie de la station de métro Amirouche, autre signe de la restructuration urbaine engagée par ce moyen de transport, une librairie vient de voir le jour. Elle propose une large gamme de genres éditoriaux avec une place de choix pour la littérature, d’autant qu’elle a choisi comme enseigne le nom de l’écrivain Mouloud Feraoun. Mais cette librairie n’entend pas se limiter à la vente d’ouvrages, elle s’affirme déjà comme un lieu d’animation littéraire et culturelle. En collaboration avec la Fondation Mouloud Feraoun, animée par l’un des fils de l’écrivain martyr, elle a créé un club de lecture pour enfants, du nom de Fouroulou, personnage emblématique du roman Le fils du pauvre. De nombreuses autres activités sont prévues dans le plan de bataille de la librairie, comme des concours et des ateliers d’écriture en tirant partie de la proximité du métro et d’un stationnement plus aisé qu’au centre-ville. Eh bien, tous nos vœux de succès et surtout de longue vie !

	 

	ADRAR. Massacre culturel
	 

	Près de 28 000 manuscrits ont été perdus, pillés ou dégradés, durant le siècle dernier, dans les 70 khizanate (bibliothèques particulières) existantes à travers les régions du Touat, Gourara et Tidikelt, dans la wilaya d’Adrar, a déploré le directeur du Laboratoire de manuscrits algériens en Afrique de l’Ouest, Ahmed Djaâfri. Les khizanate se trouvant dans les régions précitées et qui renfermaient quelque 40 000 anciens ouvrages, dont plus de 18 000 manuscrits, ont été pillées par le colonialisme français dans un but d’altération de l’identité nationale, a précisé à l’APS le directeur du laboratoire en question relevant de l’université d’Adrar, en marge d’un colloque national tenu dernièrement à El-Oued sur le patrimoine culturel national. Qui parlait déjà d’œuvre civilisatrice ?

	
	
	FINLANDE. Benyoucef lapon
	 

	Du 16 au 18 juin prochain se tiendra à Lahti, en Finlande, la 26e réunion internationale des écrivains. Pour cette édition, les organisateurs ont invité Farid Benyoucef, poète et écrivain, auteur du roman Les amants de Cordoue, (Média-Plus, Constantine). La réunion de Lahti est un des événements littéraires majeurs en Europe. Depuis 1963, plus d'un millier d'écrivains, poètes et critiques du monde ont participé à ses éditions biennales. La manifestation est centrée sur des discussions libres sur un thème précis. Celui de cette année s'intitule «Comment briser les murs ?». Parmi les activités connexes, le traditionnel match de football entre les auteurs finlandais et ceux du reste du monde. Farid Benyoucef nous fera-t-il honneur aussi sur le gazon ? En tout cas, si vous voulez le voir, il sera ce samedi chez Bourdine (lire page suivante) qui a eu la belle idée d’associer un écrivain à son exposition.

	
	
	BATNA. Le Hic chaoui
	 

	Notre collègue, Hichem Baba Ahmed, alias Le Hic !, dessinateur de presse à El Watan, sera cet après-midi, à partir de 14h30, au Forum culturel aurassien, qui aura lieu au Centre de recherche de l’université de Batna. Il y rencontrera ses admirateurs ainsi que les passionnés de dessin de presse et leur parlera notamment de la place du 9e art dans la presse algérienne. Nul doute que ce forum, organisé par l'association des Amis de Medghacen et l'université El Hadj Lakhdar de Batna, sera relevé et haut en couleur.

	 

	DIWAN DAR ABDELLATIF. Duo pour l’Emir Abdelkader 

	Ahmed Bouyerdene est l’auteur des deux essais : Abd el-Kader par ses contemporains…, (Ibis Press, 2008) et Abd el-Kader, l’harmonie des contraires (Seuil, 2008, 2012)). Abdelkader Djemaï est l’auteur du roman La dernière nuit de l'Emir, (Seuil, 2012, Barzakh, 2013). Tous deux animeront aujourd’hui à partir de 17h, une rencontre intitulée «Sur les traces de l'Emir Abd el-Kader» où ils comptent embarquer, entre histoire rigoureuse et passion littéraire, le public. Organisé par l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC), en partenariat avec les éditions Barzakh, ce Diwan, à la fois historique, spirituel et littéraire sur un personnage passionnant, promet d’être un beau moment. Pour vous y rendre, montez ou descendez, à travers le Bois des Arcades, le chemin Omar Kachkar, entre le Jardin d’Essai et Riad El Feth.

	 

	ANECDOTE. Les absents ont toujours tort
	 

	Président du jury de la 66e édition du Festival de Cannes, Steven Spielberg a le même âge que le grand rendez-vous du cinéma. Bien qu’il croule sous les prix et récompenses, il n’a jamais obtenu la Palme d’Or et Cannes ne lui a valu qu’un prix du Meilleur scénario en 1974 pour Sugarland Express, nominé à la Palme. Explication : il était souvent absent au festival, pris entre les repérages, tournages et montages de ses 31 films, dont plusieurs superproductions, sans compter d’innombrables pour la TV ou en tant que producteur. Où il est prouvé que beaucoup faire empêche de paraître !

	 

	DESSINE-MOI L’AFRIQUE. Une exposition exceptionnelle 

	Sous le titre «Dessine-moi l'Afrique - Ecole d'art au village», cette exposition se situe à la croisée entre dessin et photo. Manifestation internationale d’ampleur humanitaire, culturelle et artistique, elle se tient à Paris, à la Dorothy's Gallery, depuis le 12 avril jusqu’au 2 juin prochain. Elle célèbre dans toute sa splendeur la créativité de l'enfance, son incroyable liberté et la valeur du lien entre les pays du monde entier. Dans 14 pays d'Afrique, en France et auprès de centaines d'enfants, l'association Ecole d'art au village (Edaav) a donné naissance à de véritables œuvres d'art, exposées pour la première fois. L'exposition est accompagnée d'un programme de soirées culturelles et artistiques : concerts, projections, conférences, etc. avec la participation active de la communauté africaine et afro-américaine de Paris.

	 

	ENAG. Trente ans !
	 

	L’Entreprise nationale des arts graphiques vient de fêter ses 30 ans d’existence. Présentée à sa naissance comme la plus grande imprimerie d’Afrique, elle dispose d’une capacité remarquable d’impression qu’elle a modernisée. Elle est aussi une maison d’édition et sa collection Anis, notamment, des grands classiques, joue un rôle fondamental dans la diffusion de la culture universelle dans notre pays. Avec ses nouvelles filiales d’événements littéraires et de diffusion, l’ENAG devient un acteur majeur du monde du livre.

	 

	Journée d’étude : Chrétiens et guerre d’indépendance

	
	Le Centre d’études diocésain d’Alger organise aujourd’hui une journée d’étude sur le «Rôle et l’action des chrétiens durant la guerre de libération nationale». Cette rencontre, qui durera toute la journée (9h30 à 18h) sera ouverte par Rédha Malek, ancien négociateur des Accords d’Evian et ancien chef du gouvernement. Dix conférences seront proposées au public. On y comptera le docteur Darcie Fontaine, université de South Florida ; Denis Gonzalez, Algérien, ancien vicaire général du cardinal Duval ; Barkahoum Ferhati, Cnrpah d’Alger ; Sybille Chapeu, historienne, université de Toulouse ; Jean-Robert Henry, directeur de recherche émérite au CNRS (Aix-en-Provence). L’université algérienne sera représentée par Daho Djerbal, maître de conférences ; le professeur Malika El Korso ; Fouad Soufi, du Crasc d’Oran ; Lahcène Zeghdar de la faculté des Sciences politiques d’Alger. Sera présent aussi l’éditeur, Rachid Khettab, qui présentera son dictionnaire biographique d’Algériens d’origine juive engagés dans la lutte de libération. Du beau monde, de beaux sujets.
	
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           <title>En librairie…</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 25 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	Rue des tambourins de Taos Amrouche 

	Publié en 1960, le roman autobiographique de Taos Amrouche s’offre une deuxième vie. A travers le personnage de Marie-Corail, dite Kouka, Taos Amrouche (1913-1976) raconte son déchirement. Celui d’appartenir à une double culture : française et berbère. Elle évoque ses années passées en Tunisie, son pays natal (elle est née à Tunis en 1913), ses voyages à Ighil Ali, en Kabylie, avec sa famille, ses nombreux tiraillements et ses interrogations… L’auteure narratrice essaie de brouiller les pistes en changeant les noms des personnages. Mais le lecteur n’aura aucune difficulté à les identifier. Caroline, c’est Fadhma Aït Mansour, sa mère. Laurent le Prestigieux, c’est Jean Amrouche, son frère… Rue des tambourins nous renvoie à la rue de la Rivière, adresse où la famille Amrouche a demeuré à Tunis, entre 1918 et 1925. Un bel ouvrage sur l’exil, le déchirement et le déracinement.
	Éditions Casbah (Alger), 2012 - 336 p - 600 DA.

	 

	Les héros de la foi de Lahcène Belhoucine 

	Ce livre rend hommage aux principaux maîtres de la célèbre institution «Madrasset El Falah» du quartier d’Oran, M’Dina J’Dida. Ce berceau de la spiritualité islahiste (réformiste), fondé par les Oulémas, a une grande histoire. Depuis le milieu des années 30 jusqu’en 1962, bon nombre d’intellectuels algériens y ont été formés sous la férule de vénérables cheikhs, tous issus de l’association des Oulémas. Une assemblée fortement inspirée de l’enseignement de Cheikh Abdelhamid Benbadis. De Cheikh Tayeb El Mehadji à Cheikh Mohamed Saïd Zemmouchi, en passant par Cheikh Abdelkader El Yadjouri, ces maîtres ont tous insufflé le savoir et éveillé la conscience patriotique de leurs disciples. Cet ouvrage évoque également le souvenir et le parcours de ces vaillants hommes qui ont tant donné à l’Algérie et à la préservation de son identité culturelle.
	Editions Hibr (Alger, 2013) - 155 p - 400 DA.

	 

	Aux sources de Novembre de O. M. Chaalal et D. Haya 

	Qui ne se souvient du documentaire, Aux sources de Novembre,  produit par la station de télévision de Constantine, sous forme de séries diffusées en 1990 ? Ce document historique réalisé par Djelloul Haya, renaît aujourd’hui de ses cendres en investissant l’univers de l’édition, sous la plume de l’écrivain et poète, Omar Mokhtar Chaalal. A l’époque, le réalisateur avait recueilli les témoignages d’une noria de militants et responsables politiques algériens sur la guerre de Libération nationale. Face à la caméra de Djelloul Haya : Benyoucef Benkhedda, Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat, Abdelhamid Benzine, Hocine Aït Ahmed, M’hamed Yazid, Abdelhamid Mehri, Abderrahmane Kiouane, Hocine Lahoual, Benaouda Benmostefa… Parmi ces acteurs de Novembre, bon nombre d’entre eux ne sont plus de ce monde. Ce qui rend cet ouvrage encore plus précieux.
	Editions Apic, (Alger, 2013) - 145 p - 1500 DA.  
	 
	  ]]></description>
           <link>http://www.elwatan.com/hebdo/arts-et-lettres/en-librairie-25-05-2013-214980_159.php</link>
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        <item>
           <title>Une journée sur le plateau d'El Wahrani : parlons, on tourne !</title>
           <author>Mohamed Kali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Cela fait plus de trois mois qu’Oran et ses environs abritent les préparatifs et le tournage du prochain film de Lyès Salem, El Wahrani. Il reste environ deux semaines à l’équipe pour l’achever. 
	Pour comprendre cette durée, faites le calcul, sachant que pour la mise en bobine d’une séquence de seulement deux minutes, celle d’un pique-nique, il a fallu pas moins d’une journée, entre préparatifs sur les lieux et le tournage proprement dit, et cela pourtant sans perte de temps et dans une organisation du travail rigoureusement planifiée.
	C’était, la semaine passée, dans la forêt de M'sila, sur le plateau qui domine la localité de Boutlélis, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d’Oran. La scène est celle d’un déjeuner sur l’herbe dans une clairière autour d’un méchoui. Nous sommes dans les années 70 : un apparatchik, ancien moudjahid, régale une dizaine de convives.

	A dix heures, cinq camions fourgons de la production arrivent en premier. Sous le contrôle de Nicolas Guilleminot, premier assistant du metteur en scène, le «matos» et les accessoires sont déchargés. Le cadreur et l’ingénieur du son s’occupent de leurs appareillages respectifs. Pendant ce temps, les gens de la régie s’affairent eux-aussi à diverses tâches. L’un ramasse du bois pour allumer le brasier du méchoui.

	Un autre, muni d’un grand sac poubelle, nettoie les lieux du moindre détritus laissé par les campeurs qui hantent habituellement l’endroit. A 10h30, Lyès Salem arrive. Il a énormément maigri, des suites du régime qu’il s’est imposé pour les besoins d’un des principaux rôles qu’il incarne, celui d’un ancien maquisard : «On ne peut pas avoir une mine potelée dans le film quand on est censé crapahuter dans le djebel», explique-t-il. Tout à fait dans la personnalité d’un Lyes Salem perfectionniste, trait de caractère que tous ses collaborateurs apprécient chez lui, même s’il leur en coûte en supplément de travail. Pourquoi ne se contente-t-il pas d’être seulement réalisateur ? «Mais parce que je suis acteur» répond-il, presque étonné de la question (lire encadré ci-dessous). Lyes est arrivé déjà grimé, paraissant ainsi plus âgé qu’il ne l’est.

	Sa coiffure porte la marque des années 70 avec des pattes taillées à hauteur du lobe des oreilles. Après les salutations, il se hâte vers la clairière du pique-nique, inspectant tous ses coins et recoins. Avec en tête le story-board qu’il a imaginé, il en vérifie une dernière fois, la pertinence au regard, les possibilités qu’offre la configuration du lieu.

	A chaque arrêt sur tel ou tel endroit d’un espace de mille mètres carrés environ, il confère avec le directeur de la photo, la script-girl et son premier assistant ne laissant aucun aspect échapper à son attention. On parle séquences, cadrages, mouvements de la caméra, prises de son... Lyes est visiblement sous tension, voire inquiet : le soleil tarde à irradier à travers les frondaisons des pins parasols. Le méchoui, déjà cuit, est rapporté, enveloppé de papier aluminium.

	I l est aussitôt fixé sur le tournebroche qui vient d’être disposé au-dessus des braises. Lyes ne rechigne pas à s’occuper des menues tâches, donnant l’exemple et cherchant le détail qui apporte la vraisemblance. Il ramasse des pommes de pin et des bouts de bois pour renforcer le brasier afin que le méchoui fasse à nouveau ruisseler sa graisse lorsque la caméra se portera sur lui. Il étend lui-même l’épais drap sur lequel s’assiéront ses fictifs convives.

	La plupart viennent d’arriver. Un quart d’heure après, Hassen Ferhani, deuxième assistant, se présente avec le reste du casting. Les acteurs s’installent sur le tapis et commencent les répétitions d’avant tournage. Trois voitures de l’époque sont garées à proximité. Le propriétaire d’une Mercédès noire datant de 1961 nous demande quel est l’acteur qui va camper Ben Bella, son véhicule ayant, dans les années 60, transporté le premier président de la République. Un accessoiriste, qui avait entendu sa question, le détrompe sur la nature du film et des personnages qui y figurent, tous sortis de l’imagination de Lyes Salem, même s’il s’est inspiré de la réalité.

	A midi, la cinquantaine de techniciens et de comédiens sont invités à rejoindre, à cinq cents mètres de là, un vrai pique-nique celui-là. A l’issue de cette pause-déjeuner, les acteurs mettent leurs costumes rapportés dans un des camions fourgons. Quelques-uns des comédiens passent ensuite sous les mains expertes des maquilleuses. Le soleil qui s’était pointé tardivement semble vouloir maintenir sa présence. Lyes Salem s’est enfin détendu. Tout le monde prend place. On commence à tourner.

	Les plans se succèdent avec champs et contre-champs, gros-plans, inserts, etc. A chaque fois que nécessaire, le réalisateur intervient pour expliquer la situation, l’état d’âme de tel personnage à ce moment de l’histoire, ses sensations, ses rapports aux d'autres personnages... Avec les enfants, il est d’une douce pédagogie. Mais on dit de lui qu’il est très directif avec ses acteurs. Il l’admet, considérant cela comme un défaut. Nous lui demandons à ce propos : «Mais vous devriez, vous l’acteur, être du côté des comédiens et ne pas pencher que du côté du réalisateur que vous êtes également, non ?»

	Il n’hésite pas dans sa réponse : «Oui, mais c’est parce que j’ai des choses très précises en tête du point de vue des rôles et du jeu. Néanmoins, s’il y a des propositions d’un acteur sur le personnage qu’il campe dans le sens de ce que j’ai à dire, je suis preneur.» Les acteurs, eux, apprécient plutôt le fait qu’il sache exactement ce qu’il veut en donnant des indications très précises pour l’obtenir : «C’est un vrai directeur d’acteur et c’est rare dans notre cinéma».

	Quelques prises sont refaites à cause d’un problème technique ou, parfois, parce que le réalisateur a perçu un geste trop rapide ou maladroit, un regard jeté sans l’expression souhaitée. C’est Nicolas Guilleminot qui ordonne les actions de l’équipe, soulageant Lyes qui passe tantôt devant et tantôt derrière la caméra, profitant de chaque arrêt pour aller contrôler le rendu des rushes. Hassen, qui opère dans le deuxième cercle du tournage, passe parfois spontanément en soutien au premier.

	Dans la scène-clé de la séquence, un personnage (interprété par Khaled Benaïssa) interpelle presque hargneusement un vis-à vis : «Tu veux dire que nous ne sommes pas des Arabes ? C’est pourtant ainsi que nous appelaient les Français. C’est également grâce à cette identité qui a unifié nos rangs que nous avons réussi la libération du pays !» Sur un ton moins emporté, son interlocuteur (interprété par Nadjib Oudghiri) lui rappelle que, pourtant, l’Algérie est aussi arabe qu’africaine et méditerranéenne.

	Cet échange, qui intervient dans le joyeux brouhaha autour des mets, n’échappe pas à un adolescent dont le teint tranche avec celui de son père putatif, l’ancien moudjahid (interprété par Lyes Salem). En effet, ce jeune est blond, à la différence de sa mère, morte en le mettant au monde, et de tous les autres membres de sa famille. En écoutant la discussion des adultes, il se dit que sa particularité physique pourrait justement s’expliquer par le fait que l’Algérie n’est pas seulement arabe. Ce qu’il ignore en fait — et qu’on lui cache soigneusement depuis sa naissance — c’est qu’il est le fruit du viol de sa mère par un Français.

	Ainsi, mêlant l’intime et le global, la petite et la grande histoire, El Wahrani, titre provisoire du film, évoque une tranche d’histoire qui démarre en 1957, traverse les dernières années de la guerre de Libération nationale  pour s’étendre aux trois premières décennies de l’indépendance. C’est une histoire d’indépendance confisquée et l’histoire d'une Algérie tronquée. Lyes en est le scénariste. Pourquoi ne réalise-t-il pas également des films à partir de textes écrits par d’autres ? «Pour l’instant, j’ai besoin de raconter mes propres histoires», répond-il.

	Deux spécialistes de la question, Baya Kasmi et Michel Leclerc, sont présents sur le tournage. Elle est scénariste tandis que Michel est à la fois scénariste et réalisateur. Ils sont les auteurs du magnifique Le nom des gens, film loufoque dans la forme mais fort en contenu, dont le sujet porte justement sur la mémoire et l’histoire. Baya a lu le scénario quand Lyes Salem était encore en écriture. «C’est un film qui va être magnifique, très complexe, avec une narration qui s’étale sur trois époques. On n’en a pas fait de pareil sur l’Algérie», souligne-t-elle, enthousiaste. Pour Michel Leclerc, le casting est formidable au possible.
	De cela comme du reste, Lyes nous livre quelques clés dans l’entretien qu’il nous a accordé en plein tournage.
	
	
	
	
	
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	Lyès Salem (à droite) dirigent de jeunes comédiens.
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           <title>Fronton : le paradoxe de l’entonnoir</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	Cela fait vraiment de la peine de voir des films algériens être honorés dans les compétitions internationales. Oui, de la peine. Car, bardés de distinctions prestigieuses, ils n’auront pas la chance d’être vus par ceux pour lesquels ils sont censés avoir été réalisés. Ou alors si peu. Et, plus ils ont de succès et plus la peine est grande.

	Tenez, Yema de Djamila Sahraoui, a déjà été sélectionné dans une quarantaine de festivals internationaux sur tous les continents, à l’exception de l’Océanie. Il a déjà glané une dizaine de prix sans achever son tour du monde. Combien de fois est-il passé dans son propre pays ? Sans doute moins qu’ailleurs. Combien d’Algériens l’ont vu ? Moins que les autres. La question vaudrait pour le beau Garagouz d’Abdenour Zahzah qui a fait une razzia de prix internationaux mais n’a été vu que de manière confidentielle ici.

	Tombant récemment sur une enquête que j’avais réalisée au début des années 80 à Algérie-Actualité, j’ai constaté qu’on pourrait la resservir aujourd’hui en la passant simplement au micro-ondes. Elle s’intitulait : «Salles de cinéma : le coma». La terrible question de la distribution se pose toujours, et ce, en dépit d’efforts remarqués, mais non remarquables, car la population, la jeunesse et les besoins se sont considérablement accrus. Aussi, chaque prix obtenu par un film algérien à l’étranger vient creuser la plaie.

	Vous me direz que cette douleur-là de voir des œuvres algériennes n’être justement pas vues, concerne d’autres disciplines. Les écrivains se plaignent de n’être pas assez lus, les gens de théâtre de ne pas se produire suffisamment, les musiciens autant, etc. L’activité culturelle ressemble de plus en plus à un entonnoir pris dans un paradoxe géométrique. Plus le cône s’élargit et plus le tube devient étroit sans changer de diamètre ou de longueur. Ces dix dernières années — et personne ne saurait le nier — la vie culturelle s’est considérablement accrue et diversifiée.

	Le désir de créer et de montrer ce que l’on a créé s’est trouvé naturellement encouragé chez les artistes, tandis qu’apparaissent de nouvelles générations de créateurs qui piaffent d’impatience. Cette indéniable avancée, c’est le cône. Mais le tube, lui — soit les espaces, les lieux, réseaux et autres supports d’accueil et de diffusion — ne s’élargit qu’à un rythme trop lent pour le débit suscité par un tel regain.

	Il existe un ambitieux programme d’équipements culturels. Mais utilise-t-on toutes les possibilités alternatives ? Celles des chapiteaux itinérants, des places publiques et de l’art urbain, des salles de spectacle disponibles dans certains lycées ou entreprises — avec entrées indépendantes —, de la récupération des centres ou espaces culturels occupés par des institutions, de la réhabilitation de friches industrielles, etc. ? Jamais on n’arrivera au bout de la demande sans aller chercher d’autres tubes à ce problématique entonnoir. La distribution et la diffusion sont les nouvelles batailles !
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           <title>...et les autres nouvelles</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[  
	-Warda : protéger l’icône

	Le fils de la chanteuse, Warda El Djazaïria, Reyad Kasri, a exprimé mardi son rejet de tout projet cinématographique «exploitant le nom et l’image de (sa) défunte mère à des fins purement commerciales», rapporte l’APS. Reyad Kasri, qui intervenait à l’occasion d’un hommage à la chanteuse organisé par le Forum d'El Moudjahid a souligné que «tout projet dédié à la diva de la chanson arabe doit être à la hauteur de son œuvre». L’hommage, auquel a assisté Mounès Khammar, réalisateur du clip Ayaâm (Les jours) de Warda, diffusé à titre posthume la semaine dernière, et nombre de personnalités du monde de la culture, a permis de passer en revue l’œuvre de la grande artiste algérienne décédée il y a juste une année.
	
	-Parlers : Wahlech pourquoi ?     

	Une conférence-débat sur le patrimoine linguistique national par la sociolinguiste Ibtissem Chachou était programmée, lundi dernier, au siège de la direction de la culture d’Oran. L’universitaire a choisi un titre original et  accrocheur pour emballer son intervention : «Vous parlerez quelle langue demain ?»
	La question est déjà d’actualité. Organisée par l’association Nomades dans le cadre de la célébration du Mois du patrimoine, la conférence a porté, entre autres, sur l’origine des mots dialectaux algériens, notamment ceux dont l’origine est peu connue.
	Il s’agissait de souligner les influences et l’impact des différentes occupations qu’a connues l’Algérie sur le parler algérien, langue vernaculaire, a précisé la vice-présidente de l’association Nomades, Hayar Kerras. «Qui de nous ne s’est pas un jour posé la question sur l’origine d’un mot ou un autre ?» soulignait l’argumentaire de la conférence destiné à apporter des réponses quant à l’origine d’un certain nombre de mots. Cette conférence figure parmi les activités organisées dans le cadre du programme «Revivre Oran», organisé par l’association pour célébrer le Mois du patrimoine. Une initiative qui respire l’intelligence.

	-Khalida Toumi : grogne et Gorgone

	Le masque de Gorgone, volé en 1996 du site antique d’Hippone (Annaba), a été «récemment exposé en Tunisie avec d’autres œuvres, malgré la demande de sa restitution par l’Algérie», a indiqué dimanche à Alger la ministre de la Culture, lors de l’ouverture de la 2e session de formation sur la protection du patrimoine culturel et la lutte contre le commerce illégal des biens culturels. Elle a qualifié cette exposition «d’acte de violation» des conventions internationales. Ce masque de 320 kg en marbre blanc a été retrouvé, début 2011, chez Sakhr el Materi, gendre du président tunisien déchu. En 2012, le ministre tunisien de la Culture avait déclaré que cette pièce archéologique serait «restituée à l’Algérie après le parachèvement des procédures légales». Cela met autant de temps ?
	
	-Cannes : malgré la pluie

	C’est l’acteur, Léonardo Di Caprio, qui a déclaré l’ouverture officielle du 66e Festival de Cannes, avant la projection du film Gatsby le Magnifique, où il interprète le rôle principal. Il était accompagné de l’acteur indien, Amitabh Bachchan, avec lequel il joue dans le film de Baz Luhrmann. Une façon de souligner l’hommage du Festival de Cannes au centième anniversaire du cinéma indien. Une façon aussi pour Hollywood de tendre la main à Bollywood. La météo, plutôt pluvieuse, n’a pas compromis la première montée des marches, ainsi que le spectacle des danseurs exécutant une chorégraphie des années 20 pour la promotion de Gatsby le Magnifique. Steven Spielberg a été très ovationné, déclarant : «J’ai grandi avec le festival. On en est à la 66e édition et j'ai 66 ans !» Notre confrère, Fayçal Métaoui, est déjà sur place pour vous relater le reste durant les éditions suivantes. A suivre.
	
	-Montréal : nuits d’Afrique

	La 27e édition du Festival Nuits d’Afrique, qui se tient chaque année à Montréal, aura lieu du 9 au 21 juillet 2013. Cette grande manifestation, essentiellement musicale, est l’une des plus importantes du genre dans le monde et réunit les meilleurs artistes du continent africain, mais également des Antilles et des Caraïbes. Attirant des dizaines de milliers de spectateurs, les organisateurs annoncent un programme des plus alléchants, combinant des concerts dans plusieurs salles et des plateaux en plein air.
	
	-Rencontre : droits culturels et pays musulmans

	Une table ronde sur le renforcement des droits culturels dans le monde islamique s’est tenue jeudi au siège de l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (Isesco) à Raba avec la participation des experts en la matière, notamment les instances de la société civile, ont annoncé samedi les organisateurs. La table ronde visait à passer en revue le projet des «Grandes lignes du document sur les droits culturels dans les pays du monde islamique», document considéré comme un référentiel au projet de «Déclaration islamique sur les droits culturels», a précisé l’Isesco reprise par l’APS. Les deux documents seront soumis à la 8e Conférence islamique des ministres de la Culture en décembre à Médine (Arabie Saoudite), à l’occasion du lancement de cette ville sainte comme capitale 2013 de la culture islamique.
	
	-Anecdote : Magritte contre Magritte

	De tout temps, les rapports des artistes avec l’argent ont été pour le moins étonnants et souvent en contradiction avec l’image qu’ils voulaient donner d’eux. Ainsi, le peintre surréaliste français, René Magritte (1898-1967), avait épousé une authentique bourgeoise dont le train de vie lui revenait cher. Pour couvrir les frais, l’artiste est allé même jusqu’à faire des copies de ses propres œuvres ! Il ne risquait pas ainsi de se faire attaquer pour plagiat, puisque l’auteur des œuvres originales c'était lui-même. Mais cette faiblesse n’enlève en rien à son immense talent.
	
	-Evénèment artistique : Maqamate de Rachid Koraïchi

	Du 17 mai au 13 juin, les amateurs d’art pourront voir, dans le magnifique cadre de Dar Abdellatif, des œuvres récentes du grand artiste contemporain algérien, Rachid Koraïchi. Organisée par l’AARC, cette manifestation comporte une exposition et une rencontre. L’artiste propose 80 lithographies dédiées à dix grands maîtres du soufisme. Dans les jardins, ce sont sept sculptures en bois d’ébène qui seront visibles. Cette série, intitulée «Prière pour l’absente», a été réalisée par Koraïchi à la mémoire de sa mère. L’exposition est accompagnée d’une rencontre autour de l’œuvre de l’artiste par d’éminents professionnels de l’art qui ont accompagné Rachid Koraïchi dans son évolution internationale. Une occasion aussi de découvrir Dar Abdellatif par la porte de l’art et de la spiritualité.
	Voir site www.aarcalgerie@org pour les détails.
	
	-Conférence : Emir Abdelkader et dialogue des cultures

	Philosophe et sociologue, professeur à l’université d’Alger, spécialiste du dialogue des cultures et membre de la Fondation Emir Abdelkader, Mustapha Chérif reviendra, jeudi prochain, 23 mai, à l’Institut français d’Alger sur la contribution du grand personnage historique aux grands courants humanistes de son temps et d’aujourd’hui. L’Emir Abdelkader Al Djazaïri, fondateur de l’Etat moderne algérien, chef de la résistance et maître spirituel, est une figure universelle majeure du dialogue des cultures, des religions et des civilisations. Il disait : «C'est par référence à la vérité que l'homme intelligent connaît les autres hommes.» Il s'agit de dialoguer, connaître l'autre et respecter sa singularité en vue du partage. Il enseignait que l’interconnaissance et le respect du droit à la différence sont les conditions pour vivre ensemble dans la justice. A l’heure où la civilisation fait défaut dans le monde, la pensée et l’œuvre de l’Emir Abdelkader Al Djazaïri à ce sujet restent d’actualité et doivent êtres rappelées. Entrée libre à partir de 17 heures.

	-Cinéma :  au village…

	Le pavillon Algérie au Village international du Festival de Cannes a ouvert ses portes mercredi dernier pour la deuxième année consécutive. Il informera les professionnels sur la production algérienne récente ainsi que sur les films en cours. Des journées thématiques sont prévues sur les mécanismes de production cinématographique en Algérie ainsi que la promotion du pays comme destination de tournage. Conçu et organisé par l’AARC, ce pavillon sert aussi à engager des contacts en vue de coproductions et partenariats. ]]></description>
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           <title>Vladimir Velickovic. Artiste peintre : «Peindre est un acte de libération»</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Du trauma de sa jeunesse, son grand talent a tiré une œuvre tragique et universelle. 
	-Quel écho vos œuvres ont-elles à Belgrade ?

	J’entretiens une relation étroite avec la Yougoslavie. En réalité, j'existe entre deux espaces géographiques : mon pays de naissance et celui où je vis, la France. Et je tiens à maintenir le lien entre les deux. Deux expositions sont prévues en mai 2013. Les médias yougoslaves publient des articles relatifs aux expositions programmées en France. Et il est de mon devoir de leur montrer concrètement mes peintures.

	-Votre peinture est métaphorique, chargée de symboles et de significations allégoriques. Quelles sont les figures dominantes dans votre œuvre ?

	La figure humaine est l'élément central de ma peinture. Elle est représentée dans tous ses états et toutes les positions. Elle est entourée de deux autres éléments qui constituent également la matrice de ma peinture : la nature et les animaux, en l'occurrence les rats, les chiens et les oiseaux de proie tels que les rapaces et les charognards qui se nourrissent de cadavres. Lors de ma dernière exposition organisée aux «Abattoirs», le Musée d'art moderne et contemporain de Toulouse (2011), nous avons constaté une redondance des thèmes d'une salle à une autre. Des sujets traités dans les années 60 ont réapparu en 1990. L'organisation chronologique de cette exposition a permis de mettre en lumière les différentes manières de traiter le corps humain. Par moments, cette figure humaine avait complètement et volontairement été éliminée. Ce type de configuration a également mis en évidence des variations dans mon traitement du mouvement.
	
	-Votre peinture revêt une dimension tragique qui a une fonction cathartique. Votre représentation picturale joue un rôle de purification, libère les peurs, les angoisses, les fantasmes. Qu'évoque pour vous ce type de lecture ?

	Peindre est un acte de libération et d’expiation. C'est par le geste créateur que j'exprime mon rejet de la violence. C'est d'abord à mon niveau que s'établit le dialogue avec l'image, puisque lorsque je peins, je me livre à un échange avec ma création. J’agresse le support et cette communication devient un combat. Ma peinture suscite deux attitudes chez les spectateurs : l’adhésion car les thèmes, les images et les métaphores leur permettent de réfléchir sur le monde. Et le rejet et le refus en bloc. Ces deux attitudes me réjouissent. Je ne supporterais pas un comportement d’indifférence. Par la peinture, j'invite le regardeur à réfléchir sur les violences qui sont une réalité quotidienne dans plusieurs contrées du monde. Ce qui me semble important, ce n'est pas tant les apports du geste créateur à l'artiste mais ses effets sur le regardeur. Une peinture qui ne provoque pas un dialogue est, de mon point de vue, un échec. L'échange entre la toile et la personne qui la regarde est absolument nécessaire pour l'artiste. Le contact que j'ai eu avec le public durant l'exposition au musée de Toulouse était bouleversant. J'ai vu des gens pleurer. Je les ai vus regarder, chercher, décortiquer. C'était une expérience très intéressante et émouvante.
	
	-Certaines de vos compositions mettent en scène une vision christique des corps, mutilés, suppliciés, crucifiés... Cette vision puise-t-elle dans l'iconographie chrétienne ?

	Certaines représentations ont un lien avec cette iconographie. Je ne suis pas croyant. Mais c'est la notion du mal, de la souffrance, de l'agressivité que nous portons en nous que je mets en lumière. L’histoire de l’art regorge d’iconographies de ce type. Il existe en Serbie des fresques dans des monastères qui datent des IXe et Xe siècles. De nos jours, on ne crucifie pas le Christ, mais l'homme. C’est ce déplacement et ces actes de violence que je montre en images. Des scènes de crucifixion pendant la guerre de Yougoslavie étaient insupportables et inadmissibles.
	
	-Vos représentations humaines sont exclusivement masculines. Comment expliquer l'absence du féminin dans votre peinture ?

	J'ai réalisé quelques compositions représentant des femmes en situation d'accouchement. Ces parturientes font partie d'une série de toiles qui mettent en évidence des naissances qui ont lieu dans une violence effroyable. La présence du corps masculin est prédominante dans ma peinture pour plusieurs raisons. D'abord parce que l'anatomie de l'homme m'est proche et familière, étant donné que je suis un homme. C'est en quelque sorte mon corps que je mets en image. Puis elle me permet d'exprimer cette violence, certes pas étrangère aux femmes, mais qui est notamment le fait des hommes qui sont en grande partie «coupables» de ce qui nous arrive.
	
	-Les corps sont anonymes, très souvent vus de dos. Ils n'ont ni tête, siège de la réflexion, ni visage, surface de révélation de soi. Il émane une idée de stagnation et d'empêchement. L’homme échappe-t-il à toute volonté individuelle ?

	Il fut une période où, dans ma peinture, les corps représentés étaient sciemment amputés de leurs têtes pour mettre l'accent sur l'anonymat de ces êtres et sur l'absence de volonté individuelle. Je voulais montrer que l'homme est privé d'initiatives et contraint de vivre dans un huis clos. Cette représentation de l'homme empêché exprime ma vision de la vie. Nous vivons dans un monde caractérisé par une absence de liberté individuelle. Nos chemins sont tracés. Nos choix sont plus ou moins imposés. Cette absence de liberté qui entrave l'action de l'homme me touche profondément.
	
	-Votre univers pictural est fantastico-morbide. Il est chargé d'atrocité et de sauvagerie. Il est «la représentation de ce qui a été agi». Quelle est la signification de cet angle de vue ?

	C'est la trace de ce qui s'est passé sur le champ de bataille que je mets en scène et propose au regard. L'horreur que je donne à voir après le mal est la preuve de notre échec. Dans ce combat pour la survie, nous sommes les perdants face à un ennemi qui est omniprésent. C'est cette faillite humaine que je tente de montrer à travers ma peinture.
	
	-Racontez-vous en peinture l'épopée de l'absurdité de la vie et de la mort ?

	Ma peinture évoque la vie, la naissance et ce coup fatal qui est la mort. On ne peut pas y échapper. Tout un pan de mon travail met en scène l'itinéraire suivant : l'entrée en scène (naissance), la marche (la montée) et la chute qui est la finalité de l'homme. Nul ne peut y échapper. On tente de repousser ce délai mais on n'y parvient pas.
	
	-Trois couleurs dominent vos compositions : le noir-ombre, le rouge-vif et le gris-cendre. Ont-elles une fonction symbolique ?

	Je ne suis pas très intéressé par les couleurs vives. Mais, de temps en temps, il y a, dans ce que je peins, une échappée vers le rouge et le gris. Le noir est une couleur très lumineuse. Je pense que l'on peut être coloriste en utilisant le gris-noir qui est une palette incroyablement riche. Ces couleurs correspondent parfaitement aux messages véhiculés à travers mes créations picturales.
	
	-Dans cette domination du sombre, un halo de lumière représenté par une minuscule couche de blanc, traverse vos œuvres. Est-ce là un espoir de sortie de ce huis clos infernal ?

	Ma peinture évoque la mort et le néant, le bien et le mal. L'image de la terre brûlée envahie par le feu, les nuages et le sang est très prégnante. J'introduis, cependant, de la couleur blanche pour suggérer que le désastre a une limite et l'idée que l'existence d'un espace qui ouvre sur une vie sans violence est possible. La lumière et l'optimisme sont à peine évoqués, mais suggérés tout de même.
	
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           <title>la veuve et le coffre-fort</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Le premier roman maghrébin sur les banques. 
	Anissa Bellefqih nous vient du Maroc. Elle a une tendresse particulière pour l’Algérie à travers des amitiés et des échanges avec notre pays. Elle a déjà publié deux romans : Yasmina et le talisman et Je ne verrai pas l’automne flamboyant. Par ailleurs, elle est l’auteur de deux essais liés à ses recherches universitaires au Maroc et portant sur le personnage d’Arsène Lupin, le «gentleman cambrioleur» créé par l’écrivain français, Maurice Leblanc, au début du XXe siècle ! Son dernier roman, paru aux éditions L’Harmattan, nous transporte dans le monde impitoyable de la finance.

	Une thématique qui répond au besoin de scruter cet horizon où se sont multipliées les banques privées au Maghreb. Une véritable jungle qui fait un peu peur. Années volées d’Anissa Bellefqih pourrait également s’intituler Le monde de la finance expliquée aux profanes ou à ma fille, selon la formule consacrée. Le lecteur sent, tout au long du récit, le désir de l’auteure de mettre à sa disposition une terminologie auparavant absconse, mais devenant limpide au fil des pages. L’intrigue donne envie de faire ce voyage dans les méandres des chiffres et des billets sans trop tarder.

	En effet, dès l’entame du roman, Yasmina, veuve d’un entrepreneur, se trouve aux prises avec la banque où les comptes de son mari étaient domiciliés. Son défunt époux, Younès, avait toujours eu de bonnes relations avec cet établissement financier. Or, voilà qu’il exige des héritières, Yasmina et sa fille Ghizlaine, d’honorer les dettes contractées par la société du disparu auprès de BCG qu’on peut traduire par Banque de crédit et de gestion.

	Cette nouvelle thématique, qui fait une entrée remarquée dans la littérature maghrébine, exprime une réalité économique nouvelle qui a complètement transformé l’activité commerciale en Afrique du Nord. En effet, sous couvert d’une libéralisation totale du marché, beaucoup de banques privées se sont créées et ont saisi l’opportunité de proposer toutes sortes de produits financiers aux clients. Dans cette jungle, où le commun des mortels perd son latin, certaines banques et leurs conseillers financiers font preuve de beaucoup d’indélicatesse pour recouvrer leurs créances.

	Anissa Bellefqih, nous montre à travers le cas Yasmina, un exemple édifiant des déboires que peut rencontrer un citoyen lambda, non rompu aux codes qui régissent le monde de la finance. Ainsi, lorsque l’huissier débarque chez la veuve pour l’avertir d’une saisie de son appartement, elle se sent acculée et démunie. Tout ce qu’elle a construit en tant qu’enseignante, menace de s’écrouler par la magie d’une notification fallacieuse.

	Ayant bénéficié d’un sursis de trois jours, elle s’adjoint les conseils d’un avocat qui la rassure sur les stratégies à adopter pour sortir de ce guêpier ubuesque. Mais, au fil des jours, son conseiller s’avère de connivence avec le mastodonte financier. Ce double jeu de l’avocat marron l’écœure et la met hors d’elle. Ainsi, elle trépigne d’impatience d’en découdre avec ses adversaires, même si, les mois passant, l’avantage est à la Banque de crédit et de gestion. Car, la banque, non seulement veut lui prendre son appartement de Casablanca, mais aussi un lot de terrain à Marrakech. Ses créanciers redoublent de férocité pour la dépouiller en entier et/ou l’intimider pour qu’elle abandonne ses poursuites.

	C’est à ce moment qu’elle décide de prendre les choses en main en s’initiant au langage ésotérique des contrats commerciaux. Ses recherches et sa persévérance mettent en lumière tous les dysfonctionnements du contentieux qui l’oppose à la banque. Elle découvre les failles tapies dans les tournures des articles qui saturent les contrats et leurs clauses ambiguës. C’est ce côté Sherlock Holmes (ou Arsène Lupin ?) de Yasmina qui rend le roman à la fois passionnant et initiateur des arcanes du monde bancaire.

	Le lecteur suit avec attention cette incursion et les recherches menées pour percer les mystères d’un monde inaccessible. L’aide qu’elle reçoit de Me Zerhouni et de certains universitaires, experts en droit financier, lui permettent de cheminer et de ruser avec les embûches posées sur son chemin. La relecture des contrats et le bluff qu’elle perçoit au détour de certaines formules lui permettent de renverser la situation et faire pencher la balance en sa faveur. C’est ainsi que la peur, si on ose dire, change de camp et que les responsables de la banque tentent de négocier avec elle en revoyant leurs prétentions à la baisse. Mais Yasmina, forte de sa détermination et de son bon droit, ne lâche pas prise et espère un dénouement en sa faveur à cette affaire rocambolesque.

	L’arrogance de ses adversaires en prendra, pour sûr, un coup. A travers le parcours de cette héroïne moderne, c’est la volonté de l’humain qui est mise à l’honneur. Années volées d’Anissa Bellefqih montre que des vertus, comme la patience et la ténacité, mènent toujours loin. Yasmina a persévéré pendant cinq ans contre un monde qui a enfermé, sans vergogne, ses scrupules dans un coffre-fort. Ce roman est un hommage à la femme maghrébine à l’avant-garde des combats libérateurs.         
	       
	Anissa Bellefqih, Années volées, roman, Ed. L’Harmattan, Paris, 2012.
	  ]]></description>
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           <title>En vue…  : made in Japan !</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[  
	Au moment où certains parlent de la mort annoncée du livre, tel qu’on l'a connu jusque-là, au profit des tablettes numériques et autres procédés ou machines, des phénomènes éditoriaux viennent parfois tempérer ces prédictions terribles pour tous ceux qui tiennent le livre comme un véritable outil d’éducation, voire un tremplin de civilisation.

	L’un de ces exemples vient du Japon où, pourtant, les gadgets électroniques ne sont pas en reste. Les Japonais, en effet, lisent plus qu’on ne le pense généralement. L’Empire du Soleil levant est fort d’une tradition littéraire remarquable qui remonte à des pratiques très anciennes des belles lettres et, notamment, de la poésie, et qui s’est prolongée à l’époque moderne avec de grands écrivains, tels Mishima ou encore Yasunari Kawabata et Kenzaburo Oe, tous deux prix Nobel de littérature, respectivement  en 1968 et 1994.

	Depuis, de nouveaux écrivains sont apparus dans les nouvelles générations et sont lus par des milliers sinon des millions de lecteurs. De nombreux prix littéraires prestigieux sont décernés chaque année avec des dotations financières importantes et des effets importants sur les ventes. C’est le cas du plus connu d’entre eux, le prix Akutagawa, qui présente la particularité d’être remis deux fois par an, en janvier et juillet, ses lauréats recevant une montre et un chèque d’un million de yens.

	Où peut-on voir un livre tiré à un demi-million d’exemplaires en premier tirage avec 350 000 exemplaires vendus en 3 jours ? Des librairies ouvertes 24 heures sur 24 pour en assurer la promotion et la vente ? D’autres commencer à travailler à partir de 7 heures du matin, trouvant devant leur portail, des files  attendant depuis la nuit ? Des lecteurs et lectrices, incapables d’attendre plus longtemps, et qui, une fois le livre acheté, s’installent sur des bancs publics, ou même sur le trottoir, pour commencer sa lecture ? Tout cela a commencé à partir du
	12 avril pour le lancement du dernier roman de Haruki Murakami, l’écrivain le plus lu dans l’Archipel et dans le monde. Un véritable phénomène littéraire, et même de société, qui compte dans son lectorat une grande partie de jeunes.
	Ses précédents romans ont connu des succès énormes : Chronique de l’oiseau à ressort, La Ballade de l’impossible, Kafka sur le rivage, etc. Tout comme le dernier de ses ouvrages, au titre énigmatique, 1Q84, la dernière fournée de Murakami s’intitule, selon une traduction mot à mot, L’incolore Tasaki Tsukuru et l’année de son pèlerinage.

	Un pavé de 400 pages pour lequel l’écrivain, nommé par son prénom au Japon, comme c’est la tradition pour les grands écrivains de ce pays, s’est excusé auprès des lecteurs, affirmant qu’il avait l’intention d’écrire une histoire courte mais que celle-ci l’avait dépassé ! Des excuses inutiles, car ses lecteurs sont habitués à ses romans fleuves et même en redemandent. Le précédent 1Q84 faisait environ… 1500 pages ! Cela ne l’avait pas empêché de faire exploser les ventes au Japon, d’être traduit en quarante langues et de s’écouler à des millions d’exemplaires à travers le monde.  Qui disait que les Japonais étaient les champions de la miniaturisation ?

	Haruki Murakami, fils d’un enseignant de collège en littérature japonaise, est né en 1949 à Kyoto. Passionné d’abord de théâtre et de cinéma, il veut devenir scénariste. Son premier roman, Ecoute le chant du vent, en 1979, lui vaut le Prix Gunzo. Depuis, il n’a pas cessé d’avancer pour atteindre une stature mondiale. Son univers littéraire est celui du fantastique et du surréaliste qui surgit de la banalité quotidienne. Son exemple, de même que celui d’autres écrivains japonais, est un signe d’espoir pour la littérature et le livre. ]]></description>
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           <title>«C’est mon histoire, je veux l’assumer»</title>
           <author>Mohamed Kali </author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 18 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	entretien sur le plateau avec un réalisateur exigeant sur le contenu, l’art et les techniques 
	-Après le déjanté Mascarades qui, sous l’apparence de la légèreté, démontre tout de même que l’Algérie est dans une impasse, vous voilà sur un film à la tonalité plus grave dans la forme !

	Cela s’est trouvé comme cela. Mon premier long métrage, je le voulais une comédie mais, comme vous le soulignez, avec du contenu. Dans ce deuxième film, j’ai eu envie de replonger dans mes souvenirs d’enfance, dans ce qu’a pu être la génération de mes parents, ou plutôt de mon père qui est algérien. J’en ai sorti cette histoire de deux copains qui se sont engagés dans la guerre d’indépendance au même moment. L’un, qui l’était politiquement, avait, sans le faire exprès, entraîné l’autre dans le combat. L’un a été mis au service de la diplomatie du FLN à l’étranger, l’autre est devenu maquisard. De retour à la vie civile, en 1962, ce dernier découvre que son épouse est décédée durant son absence. Le reste du film, ce sont les 30 années qui ont suivi l’indépendance. Grosso-modo, ce qui est raconté, c’est comment deux révolutionnaires, profondément sincères, se transforment en apparatchiks avec le temps.

	-En somme, si vous voulez, El Wahrani explique comment on est passé de Mascarades à l’Algérie de la mascarade…

	D’une certaine manière, bien sûr. Dans ce deuxième film, ce qui est aussi abordé, c’est la diversité de l’identité algérienne...

	-Mais alors, pourquoi avoir choisi le prisme d’Oran ? Dans El Wahrani, le lieu de l’action est spécifié alors que dans Mascarades, il est indéfini…

	La différence c’est que Mascarades est une parabole. Elle ne pouvait se situer dans un endroit précis de l’Algérie. Néanmoins, j’ai la prétention de penser, malgré la détermination des lieux dans El Wahrani, que l’Oranais est représentatif de tout autre Algérien. Par ailleurs, si j’ai choisi Oran, c’est parce que j’ai eu une sorte de coup de foudre pour cette ville la première fois que j’y suis allé, à l’occasion de la présentation de Mascarades. Puis, en faisant connaissance avec la ville, j’ai découvert qu’elle était culturellement diversifiée… On sent une influence très espagnole… C’est une ville de la fête. Et comme j’avais le projet de parler de la diversité de la culture algérienne, j’ai su qu’il me fallait me placer à Oran, une ville à l’architecture révélatrice de toutes les communautés et nationalités méditerranéennes qui ont fait son histoire.

	-El Wahrani jette la lumière sur le milieu des apparatchiks qui ont pris le pouvoir en 1962 et se sont éloignés de leurs origines révolutionnaires. Avez-vous l’intention de faire grincer des dents ?

	L’intention première n’est absolument pas de faire grincer des dents, même s’il y en a qui vont grincer. Mon intention, et le tournage du film m’en a confirmé la justesse, c’est de rappeler au spectateur que dans ce pays, à un moment donné (avant les années 1990, NDLR), on vivait. Vraiment. On n’était pas dans l’austérité. Les gens vivaient et la vie avait un sens.

	-Comment et en quoi ce tournage a-t-il renforcé votre conviction ?

	Pendant les repérages, et j’en fait beaucoup à Oran, Mostaganem, Tlemcen, Sidi Bel Abbès et Témouchent, il y a une chose qui m’a terriblement frappé lors de la visite de maisons de maîtres, de belles bâtisses datant de l’ère coloniale. Combien de gens, en me faisant visiter leur maison, m’emmenaient, pour citer un exemple, au sous-sol ? Ils me montraient la chaudière en m’expliquant son principe de fonctionnement. Le problème, c’est qu’elle ne fonctionnait pas ! Et quand je posais la question de savoir pourquoi, on me répondait que ses occupants initiaux, les Européens, eux, savaient vivre et construire ! J’avais envie de hurler : mais c’est votre maison maintenant, profitez du confort qu’elle offre ! L’autre chose qui m’avait frappé, c’est le fait que ces gens qui possèdent de belles demeures, avec de belles entrées, des jardins, des escaliers majestueux du perron, et bien, ils y entrent plutôt par derrière, par l’entrée des domestiques. Seraient-ils restés colonisés dans l’esprit ?

	-Comment se fait-il que les cinéastes algériens, de la troisième, quatrième génération vivant en France, soient si viscéralement attachés à l’Algérie, à son présent et à son passé alors qu’ils sont nés plus d’une décennie après l’indépendance ? Vous, Baya Kasmi, etc. ?

	Parce que cela fait partie de notre histoire, de notre histoire cachée. Dans le film, il y a le personnage du jeune Bachir qui illustre cela. Bachir est né d’un viol durant la guerre. Une nuit, Djaffar, son père, tue par inadvertance Kotias, un garde champêtre qu’il connaît depuis qu’il était tout petit et à l’endroit duquel il n’avait aucune animosité, bien au contraire. La guerre fait qu’il le tue. C’est un peu une métaphore de ce qui est arrivé le 1er Novembre 54 dans les Aurès, avec cet instituteur de village tué alors que la mission consistait à éliminer le caïd. Dans mon film, quand le FLN apprend le fait, il exfiltre Djaffar vers le maquis. L’armée coloniale l’apprend également et le fils de Kotias va violer la femme de Djafar. Celle-ci meurt en couches, laissant Bachir, un garçon blond aux yeux bleus. Djaffar le découvre en revenant de la guerre. Il lui taira la vérité, lui affirmant toujours qu’il est arabo-musulman !

	-Ce personnage, c’est un peu vous, le produit de deux identités culturelles ?

	Par extension, je dirais plus. Ce personnage de Bachir, c’est la nation algérienne à laquelle on a occulté une partie de son histoire pour lui plaquer une histoire officielle qui, si elle n’est pas fausse en entier, comporte des parts d’ombre trop importantes. Moi, je recherche notre vérité historique et cette vérité n’est pas plus moche ni plus belle qu’une autre. Ce pays a été colonisé durant 132 ans par les Français mais aussi, avant ces derniers, il a été occupé par d’autres pendant des siècles et des siècles. Tout ce passé est le mien, c’est mon histoire et je veux l’assumer entièrement. Pour en revenir aux gens de ma génération, comme Baya Kasmi — pour ma part, je suis né en Algérie et suis parti en France plus tard — c’est pareil. Ils sont tous en quête d’identité. Pour ceux qui n’ont pas de fondations fermes dans leurs propres familles, il est difficile d’être émigré.

	Difficile lorsque, déjà dans ton pays d’origine, ton histoire est vacillante. Tu ne peux émigrer sainement et sereinement ailleurs que si tu sais d’où tu viens exactement. Il y a eu une guerre. Nous, on est nés après. Et pourtant cette guerre, on nous la fait porter sur les épaules, que ce soit du côté algérien ou français. Elle est toujours là. Moi, j’aime bien dire que je ne suis pas né le 7 juillet 1973 mais le 5 juillet 1830 parce que je porte une histoire en moi depuis ce moment-là. Mais, je la porte de façon non assumée, avec des blancs d’un côté comme de l’autre. Je pense que notre génération doit servir à ce qu’on lise cette page d’histoire avec tout ce qu’il y a d'écrit dessus, avec des choses qui vont faire mal et des choses qui nous rendent fiers d’elle.

	Une fois qu’on l’aura lue, cette page, on pourra la tourner et enfin avancer. C’est vrai, le FLN a libéré ce pays, mais le FLN c’est aussi les cinquante ans qui ont suivi. Vous vous rendez compte comment on a célébré le cinquantenaire de l’indépendance ? Presque en catimini ! Je n’en veux à personne. Vous verrez dans la scène que je vais tourner tout à l’heure, les deux personnages, Hamid et Djaffar  qui sont de ceux qui ont fait l’Algérie d’aujourd’hui, je les aime, il n’y a aucun souci. Sauf que je les montre tels qu’ils sont, des hommes qui ont des contradictions, qui ont eu à faire des choix compliqués, mais qui n’ont pas fait les meilleurs.
	  ]]></description>
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           <title>La diva de la nouba</title>
           <author></author>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 11 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	De tout temps l’Algérie a compté parmi ses enfants de nombreuses femmes de grand mérite activant dans divers domaines. 
	L’une d’elles, au 19e siècle, a marqué durablement les esprits des adeptes de l’art musical andalou. Exigeante, autoritaire, conservatrice et moderne en même temps, elle forçait le respect de ses contemporains par sa maîtrise du répertoire musical algérois qui lui valut d’être la seule femme élevée au rang de Maâlma, ou maîtresse émérite. Ainsi était Yamna bent El Hadj El Mahdi. Née en 1859, à une époque où le monde musical était exclusivement masculin, elle a su se frayer un chemin dans un milieu peu habitué aux incursions féminines. Vers l’âge de dix ans, elle présentait déjà de belles capacités pour le chant comme pour la pratique instrumentale. Curieuse, elle s’initiait en se faufilant discrètement dans un café de son quartier, pour écouter un musicien réputé qui maniait le guenibri avec aisance. Le manège de Yamna attira l’attention de Cheikh Hassen Ben Brihmat, directeur de la dernière médersa de La Casbah. Grand érudit et mélomane, il est en admiration devant le potentiel artistique évident de Yamna. Malheureusement, l’époque n’encourage pas la pratique musicale par les jeunes filles. Les traditions sont là, implacables, cela ne se fait pas !

	Cheikh Ben Brihmat, en homme intelligent et éclairé, va user de son influence et trouver une façon de permettre l’épanouissement artistique de la future Maâlma. Homme pieux, respecté par toute la communauté, il décide de parler au père de Yamna, lui demandant d’accepter que sa fille vienne chez lui pour aider son épouse dans l’accomplissement des tâches ménagères. El Hadj El Mahdi accepte et, ainsi, Yamna commence un apprentissage des plus enrichissants. Cheikh Ben Brihmat lui enseigne la langue arabe et ses subtilités. Auprès de lui, elle comprend et apprend les poésies andalouses. Des témoignages recueillis auprès de la famille Brihmat nous apprennent que c’est son fils, Sid Ahmed Ben Brihmat, interprète et musicien militaire, qui fait découvrir à Yamna la nouba et ses secrets. Elle s’entraîne à la mémorisation du répertoire. Quelques années plus tard, en 1876, quand son père décède, elle n’est plus une enfant fragile mais une jeune fille pétrie de culture qui ne demande qu’à s’épanouir. Elle prend sa vie en main et décide d’aller à la rencontre de son art et de toutes les techniques vocales et musicales. Elle recherche la perfection. Yamna continuera de se rendre chez les Ben Brihmat pour de petits concerts privés qui faisaient la joie de la famille et qui lui permettaient de se parfaire. Elle est subjuguée par son ainée, Cheikha Kheïra Djabouni, qui anime les fêtes familiales. Yamna, encore à la recherche de son style, la suit et s’en inspire. Son talent se révèle chaque jour un peu plus. Multi-instrumentiste, elle manie aussi bien la mandoline que le violon, la kouitra, le tar, l’oud, le piano et même le qanoun !

	Les groupes de femmes-chanteuses – appelées messemaâtes, d’bayate, meddahate ou encore fqirate – ne se produisaient que lors des fêtes familiales, dans des milieux exclusivement féminins. Kheira Djabouni et Kheira Tchouchana, joueuses de kouitra, dirigeaient des ensembles très recherchés pour leur répertoire de aroubi, haouzi, zendani, madih et même de classique andalou. Quand ces deux cheikhates décèdent, Hanifa Ben Amara et Aïcha El Khaldia, membres de leurs troupes, les remplacent. C’est alors qu’apparaît Yamna bent El Hadj El Mehdi.

	Elle révolutionne le monde musical par ses connaissances techniques très poussées. Née dans la seconde moitié du 19e siècle, Yamna est surtout celle qui a décidé de marcher sur les pas des grands maîtres, tels Maâlem Mnemeche (1809-1891), Mohamed Sfindja (1848-1908), Mouzino (Saul Durant)... Elle les côtoie, fréquente le salon que Sfindja a construit dans son jardin à Bouzaréah et où il enseigne la musique. Yamna a une mémoire phénoménale. Sa formation auprès de ces derniers grands maîtres, renforce son assurance déjà affirmée. Elle va dans le détail de son art, aimant la précision par dessus tout. Elle en arrive même, parfois, à pousser dans leurs derniers retranchements certains artistes confirmés, tel son contemporain, Mohamed Ben Teffahi (1870-1944). Elle se mesure et débat avec Edmond Nathan Yafil (1874-1928) sur les poésies andalouses mais aussi avec Kouider Bensmaïl (1850-1922), auteur de la désormais légendaire poésie Sidi Sahnoun et de Ayaw neghenmou selouane, ode à Sidi Abderrahmane Eth Thaâlibi.

	Elle s’enrichit de ces échanges et, en 1880, quand elle constitue son premier orchestre, elle entend respecter la filiation spirituelle qui la lie à ses illustres prédécesseurs. Intransigeante, elle ne tolère pas la médiocrité, n’acceptant auprès d’elle que les meilleurs musiciens. On cite en exemple le violoniste virtuose, Cheikh Mahmoud Oulid Sidi Saïd (dit Qelb Eddelaâ, décédé à Blida en 1932), très apprécié aussi pour ses interprétations de hawzi. Tous les orchestres de ce temps étaient à dominante israélite. Celui de Yamna marquait sa différence en ne comptant que des musulmans. Avec son orchestre masculin, Yamna anime des mariages pour une assistance masculine, affront suprême pour ses concurrents et rivaux. De nombreuses inimitiés se révèlent qu’elle gérera en travaillant plus dur et en s’imposant davantage sur la scène algéroise. En plus de la nouba classique, elle reprend tout le patrimoine des qaçaïds, domaine réputé masculin, genre aroubi, quadriète, madih dini (sacré) ou profane. Seule femme à maîtriser tous les répertoires, elle s’impose définitivement comme Maâlma.

	Pour répondre aux nombreuses sollicitations pour l’animation de fêtes familiales, elle constitua un orchestre féminin. On citera parmi les musiciennes, Haoula à la kouitra, Houria à la derbouka, Tamani au tar et elle-même au violon. Quand elle acceptait la célébration d’un mariage, elle se montrait très pointilleuse et insistait sur le respect des us et coutumes.  D’un côté, cette femme très moderne et progressiste n’hésitait pas à briser les tabous et d’un autre elle tenait au respect des traditions, symboles de la société qu’elle voulait faire évoluer à sa manière. Le peu qu’on sache de la vie privée de Yamna nous donne à penser qu’elle aimait le faste et la belle vie. Ceux qui l’ont connue ont véhiculé l’image d’une femme qualifiée de «mouloukia» (littéralement «royale», qui aimait prendre ses aises). Yamna fut sans doute la première femme algérienne, et la seule à Alger, à posséder une voiture avec chauffeur.

	Mahieddine Bachtarzi parle, dans ses mémoires, du cérémonial des mariages observé jusqu’en 1914, et en vigueur dans les milieux aisés. Les chanteuses en charge de l’animation de ces grandes cérémonies acceptaient «le contrat» après engagement de la famille. Un mariage durait sept jours. L’usage était que, pendant tout le temps d’une noce, l’ensemble musical au complet était logé et nourri sur les lieux-mêmes de la fête. Plusieurs mois auparavant, la maîtresse de maison prenait à sa charge les frais de couture des costumes de la Maâlma et de ses musiciennes. Elles s’accordaient toutes deux sur le choix des étoffes et des couleurs. Yamna ne dérogeait jamais à cette coûteuse tradition, avec, de plus, des exigences particulières pour les menus. L’orchestre était installé sur des matelas dans le patio de la maison. Derrière l’orchestre, se tenaient des haddarate chargées de maintenir l’ambiance par la danse et les youyous. Les dames plus âgées se mettaient en retrait. Il y avait aussi les ferradjates, femmes du quartier qui venaient assister au spectacle. Il n’était pas pensable de rater Maâlma Yamna dans son Dakhli M’samai, Rana Djinek, célèbre hymne à la mariée. Spécialité purement féminine, elle lui a donné sa forme et en a fait l’incontournable et majestueuse ouverture marquant le début de chaque mariage jusqu’à nos jours. Un mariage animé par Yamna était un véritable événement chargé d’une intense émotion.

	Dans le sillage des maîtres andalous, Yamna aidait à la promotion des plus jeunes. Un jour de 1928, Maâlma Yamna se rend à Tlemcen pour animer un mariage. Cheikh El Bakhchi lui propose d’intégrer dans son orchestre un jeune chanteur qu’il avait pris sous son aile depuis peu et qui se nommait Abdelkrim Dali. La Maâlma accepte. Elle est déjà un monument de la chanson. Quelques mois auparavant elle avait donné un grand concert au théâtre Kursall d’Alger avec Mahieddine Bachtarzi. Elle s’était produite, debout, accompagnée d’un orchestre masculin devant un public essentiellement masculin, une première dans l’histoire du spectacle algérien. Le soir du mariage à Tlemcen, Abdelkrim Dali se voit confier un tar. Yamna remarque très vite ses qualités vocales et lui demande d’interpréter un istikhbar. Abdelkrim Dali se lance dans un mode araq qui lui vaudra les félicitations et de précieux conseils de la Maâlma. La réputation de Yamna a dépassé les limites d’Alger. Elle est demandée partout en Algérie et dans tout le Maghreb. On raconte que le roi Mohamed V a assisté à l’un de ses concerts, mais surtout que le Dey de Tunis la faisait venir régulièrement pour des festivités en son palais.

	Femme de tête à la prise de décision rapide et juste, Yamna a superbement mené sa carrière. Sa curiosité toujours aiguisée, elle s’intéresse à la technologie de l’époque et découvre les enregistrements sur cylindres déjà effectués par son maître, Sfindja. Elle veut fixer pour la postérité ce qu’elle a appris et apporter sa contribution à la sauvegarde du patrimoine. Aujourd’hui encore, ces enregistrements, en cours de numérisation, sont une référence parmi lesquels on a retrouvé des pièces musicales très particulières appelées «tasbihate». Répertoire méconnu, les mélodies sont calquées sur les modes andalous traditionnels, les rythmes sont très élaborés et les paroles sont du madih dini. Avec l’aide d’Edmond Yafil, de 1922 à 1928, elle fixe la quasi-totalité du répertoire sur cylindres puis sur 78 tours, héritage de 500 enregistrements, tous genres confondus, qui reste à reconstituer. Avec Tamani et Houria, elle forme un trio féminin, premier du genre, et enregistre, en 1912, la célèbre complainte, Galou l’aârab galou, sur l’histoire de Salah Bey de Constantine, hymne à la résistance.  En cette fin de 19e siècle, Yamna provoque une réelle révolution artistique. Elle enregistre la magnifique poésie de Sidi Lakhdar Benkhelouf Bismillah bdit enzemam aân tedj errousla.

	Il reste indéniable que sa grande proximité avec le grand Maâlem Mnemèche a contribué à la rendre aussi forte. Il est l’un des derniers grands détenteurs des trésors de la musique andalouse. La régularité des échanges avec Maâlem Sfindja et Kouider Bensmaïl, éminent meddah de son époque, font de Yamna une exception de son temps. Elle a su prendre le meilleur de ses aînés et de ses contemporains et elle a ouvert la voie à toutes les femmes qui l’ont suivie, telles Meriem Fekkaï et Cheikha Tetma qui ont assuré sa relève, mais aussi à toutes celles, bien des années plus tard,  qui ont intégré les associations de musique à partir des années 30, période où le mouvement nationaliste s’affirmait et contribuait à consolider l’identité culturelle algérienne. Un bel hommage lui a été rendu vendredi 26 avril à la salle El Mougar à Alger, par la Fondation Cheikh Abdelkrim Dali. Cinq associations se sont rassemblées en la circonstance (Dar El Gharnatia et Dar El Bachtarzia de Koléa, El Djenadia de Boufarik, Es Soundoussia et La Cordoba d’Alger) pour fusionner en un magnifique orchestre d’une quarantaine de musiciens, dirigé par Nadjib Kateb. Ce bel ensemble, digne représentant de la musique sanaâ, a accompagné les chanteuses Lamia Maâdini puis Nardjess dans un choix de haouzi et aroubi. Des descendants de la famille de Maâlma Yamna ont honoré cette soirée et reçu, à titre symbolique, une plaque commémorative.
	Maâlma Yamna Bent El Hadj El Mahdi s’est éteinte à l’âge de 74 ans le 1er juillet 1933 à Alger. Elle repose au cimetière d’El Kettar, incarnant pour toujours une grande artiste et une figure distinguée de la femme algérienne. 

	
	Prochainement : La vie et l'œuvre de Cheikh Mohamed Sfindja ]]></description>
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	Le kursaal, ancienne salle de spectacle à l'entrée  de Bab El Oued
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           <title>Trois pour toutes</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 11 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[  
	Un autre sujet était prévu dans cette chronique. Mais ce qu’on appelle l’actualité, et qui, même dans la culture, est une combinaison improbable de hasards, de coïncidences ou de destins – selon votre vision de l’existence – en a décidé autrement.
	Il y a eu d’abord ce bel hommage à la Maâlma Yamna, organisé la semaine dernière par la Fondation Abdelkrim Dali, lequel a donné cette contribution (ci-contre) de Fazilet Diff, qui nous entraîne sur la piste de cet incroyable personnage, femme de caractère et de raffinement qui a vécu entre le 19e et le 20e siècle. Restant, à ce jour, la seule à porter le titre de Maâlma – ou maîtresse émérite –, elle fut à la fois conservatrice et rénovatrice. Conservatrice parce qu’elle avait absorbé quasiment tout le répertoire de la musique andalouse pour le restituer dans son intégrité et sa magnificence au moment où l’art algérien menaçait de disparaître. Rénovatrice, sinon révolutionnaire, en étant la première femme à diriger un orchestre masculin, à chanter devant un parterre tout aussi mâle et en accomplissant bien d’autres choses à découvrir.

	Il y a eu ensuite l’annonce de la sortie du vidéo-clip sur Warda El Djazairia dont l’avant-première aura lieu aujourd’hui. L’an dernier, au Festival de Cannes, j’étais attablé avec son réalisateur, Mounes Khammar, quand il reçut un coup de fil d’Alger qui le fit blanchir d’émotion. La grande chanteuse venait de rendre l’âme. Quelques instants après, un compatriote, maladroit comme le sont souvent ceux qui veulent marquer la compassion, lui demanda : «Et ton clip alors ?». Mounès devait, en effet, en poursuivre le tournage avec la cantatrice. «Ce n’est pas le moment de parler de ça», répondit-il assez froidement. Et il prit l’avion pour assister aux obsèques à Alger et revenir ensuite à Cannes. Que donnera cette création, courageusement poursuivie sans son unique personnage ? En tout cas, certainement, un produit du cœur.

	Il y a eu enfin l’annonce, ce six mai, de la disparition d’une artiste algérienne, moins connue sans doute – car le chant porte plus loin que la poterie –, mais qui, à sa manière, était une diva de l’argile. Ouiza Bacha (lire page 14) avait porté à ses sommets son art, triturant les richesses de l’héritage amazigh en la matière, reconnu comme un des plus marquants au monde, et le projetant dans des créations contemporaines. Elle a été inhumée jeudi à Alger, dans cette terre qu’elle avait quittée physiquement, celle-là même qu’elle rêvait toujours de malaxer pour le bonheur de l’imagination.
	Maâlma Yamna, Warda El Djazaïria, Ouiza Bacha. Trois Algériennes. Si différentes et pourtant si ressemblantes. Elles disent toutes être celles qui ont osé prendre les chemins tortueux de l’art, affronter tant de préjugés imbéciles et apporter, dans toutes les disciplines, une contribution vitale à l’expression algérienne. Oui, je sais, nous ne sommes pas le 8 mars. Justement.  ]]></description>
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           <title>L’intimité matricielle</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 11 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 11 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Elle a su renouveler un héritage plusieurs fois millénaire. 
	Ouiza Bacha s’est éteinte le 6 mai 2013. L’amie s’en va. La céramiste, fabuleusement inventive, quitte la scène de la vie. Mais ses œuvres d’argile continueront encore longtemps d’éblouir ma mémoire et mes yeux. Ce texte, écrit et publié dans la revue marocaine Tifinagh (n°3, 1994) – légèrement revu ici – tente de dire cet éblouissement et mon attachement à la personne que fut Ouiza, en conservant le temps présent qui est celui de la pérennité de l’art. J’y avais placé en exergue cette phrase de Gaston Bachelard qui exprime bien le processus de création qui était celui de cette artiste : «…la main travailleuse et impérieuse apprend la dynamogénie essentielle du réel en travaillant une matière qui, à la fois résiste et cède, comme une chair aimante et rebelle.» En reprenant le geste plusieurs fois ancestral des potières berbères, Ouiza Bacha reconduit, prolonge, réactive cette longue complicité entre la terre et la femme, entre la femme et l’argile, fondement même de la matière douée de la capacité de générer, sous la volonté désirante d’une main, des formes de la vie.

	Dans un hommage sans cesse reconnaissant, elle retravaille, comme pour les redécouvrir, s’en imprégner et nous en transmettre l’essence créatrice, toutes les formes – dont certaines remontent en ligne droite jusqu’au néolithique – de la poterie populaire des femmes kabyles : amphores, écuelles, vases, godets, ikufen (ndlr : grandes jarres de forme rectangulaires qui servaient au stockage des grains)… Elle en retrouve le galbe, l’élégance, le mouvement des anses et des becs. Retravail des lignes et des formes. Car cet héritage, elle le renouvelle, explorant d’autres formes pour des objets d’aujourd’hui, déployant vers d’autres possibles géométriques la malléabilité de la matière, jaillie de l’alliance de l’argile, de l’eau et du feu couleur rouge de l’été et du cœur, purificateur et régénérateur. Re-travail de la structure matérielle autour de la recherche de combinaisons inédites d’argile, de mica, d’oxyde de cuivre, d’émail, de sable … Ouiza est toujours en quête d’autres formules, d’autres composants, d’autres alchimies, d’autres secrets de fabrication permettant de nouvelles textures. Docilité du poli. Sensualité du velouté. Rugosité terreuse.

	Grain sablonneux. Craquelures évoquant celles de la terre brûlée par le soleil et, encore, cette intimité matricielle entre la terre et la femme. La main, tour à tour, caresse, épouse les formes et le mouvement dans un parcours tantôt fluide, tantôt granuleux, tantôt accidenté. Retravail des couleurs : chaleur des beiges et des ocres traditionnels ; sobriété du brique antique de Tiddis, ville berbéro-romaine, ville-poterie incrustée dans la roche ; sévérité des gris, raffinement des bruns, des turquoises profonds, des anthracites métalliques, des rouges sombres. Couleurs de la rudesse du terroir, couleurs aussi de la citadinité chatoyante dans un jeu de «crachis», d’intensité et de lumière.

	En retrouvant le geste féminin de la potière berbère, Ouiza nous invite au savoir ancestral, poursuit l'écriture de la geste primordiale en y insérant les épisodes du présent. Les signes berbères qui s’insinuent dans la porosité de l’argile, en traits appuyés comme une scarification ou une empreinte, en traits à peine effleurés comme un tatouage de surface, évoquent l’iconographie et l’écriture des civilisations anciennes de la Méditerranée. Ils en empruntent le caractère spirituel tout en se réinventant dans une nouvelle symbiose dynamique et créatrice : autres alignements, autres régularités, autres calligrammes, autres compositions témoignant que la potière d’aujourd’hui a pu, contrairement à ses aînées, accéder à la maîtrise de l’écriture, du savoir par l’écriture. Héritière et initiatrice, Ouiza assure le lien, la continuité, perpétue l’acte créateur dans son essence.
	
	  ]]></description>
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           <title>Survivre à Lagos</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 11 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
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           <description><![CDATA[ 
	Deux jeunes Nigérianes dans un monstre urbain. 
	Née à Lagos en 1964, Sefi Atta est d’origine nigériane. Elle a étudié en Angleterre et aux Etats-Unis. Son premier roman, intitulé Le meilleur reste à venir, avait obtenu en 2006 le prix Wole-Soyinka. Actuellement, elle réside dans l’Etat du Mississippi. Son nouveau roman, Avale, traite des problèmes urbains que rencontrent les habitants de Lagos. Ainsi, ce roman démontre que vivre dans une grande métropole n’est pas chose aisée, comme le savent bien les habitants d’Alger. L’habitant d’une ville tentaculaire doit tout le temps ruser et composer avec les aléas qui le submergent. Tout cela requiert, dans certains cas, une perspicacité hors du commun, car on est plus dans la survie que dans la convivialité d’un milieu propice au partage et à l’échange. C’est l’art de la débrouillardise qui prime dans ces univers, où les règles ne sont pas fixées mais biaisées par des intérêts mesquins. En un mot, elles s’établissent au gré de l’humeur des puissants qui se conduisent comme des prédateurs. C’est aux couches laborieuses de s’adapter et de montrer qu’elles ont un désir de vivre hors du commun.

	C’est dans ce Lagos hypertrophié et miné par les problèmes du sous-développement que le lecteur va rencontrer deux jeunes filles aux profils diamétralement opposés. Tolani, la narratrice, a les pieds sur terre. Elle est méfiante et ne se fait pas beaucoup d’illusions sur le genre humain. Et surtout, elle n’accorde aucun crédit aux promesses sans lendemain qui n’engagent que celles et ceux qui y croient. Sa colocataire et collègue de travail, Rose, plutôt fleur bleue, se laisse vivre. Par exemple, les tâches ménagères ne lui conviennent pas, ce qui donne lieu dans le nid qu’elles partagent à quelques frictions passagères. Elles affrontent chaque matin un monde semé d’embûches. Une sorte de parcours du combattant absorbant toute l’énergie humaine. Les problèmes sont récurrents et les deux amies ont l’impression de vivre un jour sans fin. D’abord, tout commence par les transports en commun. Au moment de se rendre vers la banque où elles travaillent, elles ne savent jamais si elles y arriveront. Il s’agit pour elles de trouver la parade pour être dans le bon bus qui respecte les horaires. La promiscuité dans le bus cause des désagréments incommensurables aux jeunes femmes qui subissent des harcèlements inhumains.

	Sans oublier, les chauffeurs indélicats qui vous empoisonnent le trajet. Passer cet écueil, l’ambiance à la banque, n’est guère réjouissante.
	Tolani raconte sans détour tout ce que les deux jeunes femmes subissent comme harcèlements moral et sexuel de la part de leurs supérieurs hiérarchiques, ces derniers exigeant un droit de cuissage et ne cessant de brandir menace sur menace à l’encontre des récalcitrantes. Le tout se déroule sur fond de luttes ethniques, car il vaut mieux être issu du bon clan pour durer dans un emploi. Pour dépasser cette atmosphère anxiogène, Tolani se réfugie dans l’oasis salvatrice que constitue son histoire familiale. Une histoire exemplaire dans un univers où elle ne cesse de subir brimades et humiliations. Ainsi, le lecteur voit surgir en filigrane le parcours d’un père tambourinaire, ayant eu une vie de bohème, riche en aventures diverses mais qui a dilapidé tous ses deniers au fil des rencontres et de ses voyages. Avec courage et abnégation, sa mère, Aniké, teinturière de son état, avait tenu le vaisseau familial promis au naufrage. Elle a su sauvegarder la cohésion du petit clan. Et, c’est dans cette épopée familiale, qu’elle puise ses forces de résistance aux demandes pressantes et insistantes de son chef de bureau, M. Salako. Ce dernier avait déjà renvoyé sa collègue, Rose, pour avoir osé dénoncer ses méfaits après tous les abus subis.

	Comme un malheur n’arrive jamais seul, toutes les économies engrangées par Tolani partent en fumée. Elle les a remises à son fiancé, Sanwo, qui les a investies dans une affaire louche de son oncle. Le désarroi s’empare des deux amies qui ne savent plus à quel saint se vouer. Elles veulent se «refaire», comme disent les flambeurs au jeu. Rose, qui traîne sa malchance et sa malvie dans le petit réduit qui leur sert d’appartement, lui propose alors une parade qui pourrait améliorer leur sort. Tolani trouve l’idée de transporter dans son estomac de la drogue, très dangereuse et porteuse de multiples tracasseries dont personne ne mesure les conséquences. Tolani use de tous les arguments pour convaincre son amie de renoncer à une telle lubie.

	Mais le sort va décider pour Rose. Déjà engagée sur cette voie sans retour, elle le paiera de sa vie. Mais Tolani refuse cette fatalité et sort comme renforcée de cette terrible expérience. La mort de son amie lui permet de se ressourcer auprès des siens et de prendre un nouveau départ dans la vie. Sefi Atta, avec une écriture haletante, arrive à rendre compte de façon grave de cette lutte sans merci que se livrent le mal et le bien, le vice et la vertu, dans l’univers impitoyable de ce monstre urbain nommé Lagos. Avale se présente finalement comme un roman d’une grande lucidité sur la situation qui prévaut dans beaucoup de pays africains en proie aux affres de l’injustice et du sous-développement. Sans tomber dans l’excès de la dénonciation ni du moralisme, Sefi Atta a su toucher du bout de sa plume-scalpel tous les maux qui rongent la société nigériane. C’est un roman qui dresse un large panorama, très proche du réel, tout en gardant sa perspective fictionnelle.     
	       
	
	Sefi Atta, Avale, traduit de l’anglais par Charlotte Woillez, Ed. Actes- Sud, 2011.     ]]></description>
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           <title>Le «voir ensemble» ?</title>
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           <copyright>ElWatan</copyright>
           <category>Arts et lettres</category>
           <pubDate>Sat, 11 May 2013 10:00:00 +0100</pubDate>
           <lastBuildDate>Sat, 11 May 2013 10:00:00 +0100</lastBuildDate>
           <description><![CDATA[ 
	Rachida Brakni triomphe dans Cheba Louisa.
	  
	Semaine après semaine, un certain nombre de films sont sur les écrans français revus et corrigés aux couleurs de la France métissée et multiculturelle. Après La cité rose,  c’était, le 1er mai, au tour de Mohamed Dubois d’Ernesto Ona, avec Eric Judor (sans Ramzy) dans le rôle d’un fils de banquier au faciès maghrébin, et qui, en quête d’identité, va se plonger dans l’univers des banlieues. Le tout constitue une comédie à la fois bien écrite, intelligente et souvent drôle dans laquelle Sabrina Ouazani (découverte en 2004 par Abdelatif Kechiche dans L’esquive), confirme un talent qui n’a rien à envier à ses consœurs Leïla Bekhti et Hafsia Herzi. Le public ne s’y est pas trompé en faisant de Mohamed Dubois un succès (plus de 50 000 entrées le premier jour !).

	Dans la foulée, sort une autre comédie sur «le vivre ensemble» aux accents humanistes de bon aloi dans une période où le Front national stigmatise plus que jamais l’immigration maghrébine et les enfants qui en sont issus. Cheba Louisa, signé Françoise Charpiat et co-écrit par Mariem Hamidat, tord le cou aux sempiternels clichés sur les banlieues, en mettant en scène une amitié improbable entre Djamila (Rachida Brakni), juriste de 30 ans, aussi intégrée que peut être désintégrée socialement et sa voisine de palier, Emma (Isabelle Carré), caissière en grande surface et mère séparée de deux enfants, qui peine à joindre les deux bouts.

	Ce qui va les réunir, c’est l’amour de la musique raï et chaâbi que Djamila fait découvrir à Emma à travers le portrait de Cheba Louisa, grand-mère de la juriste. Ce qui, au passage, est un hommage judicieux à la liberté de ces cheikhates  qui ont bravé l’interdit en chantant le sexe ou l’alcool. Au long des péripéties à rebondissements du récit, apparaît une galerie de portraits avec, en tête, Zohra, mère de Djamila, incarnée par une Biyouna au mieux de sa forme (comme pour son rôle dans Mohamed Dubois) en Mama maghrébine protectrice et étouffante par la somme de ses préjugés. En particulier pour le fiancé gaulois de Djamila, prêt à tout, y compris la circoncision, pour épouser sa belle. Sid Ahmed Agoumi est égal à lui-même dans le personnage du père, au même titre que Baya Belal dans celui de la tante.

	Et ce mois de mai sera bien celui de Rachida Brakni, puisque le 17 mai, elle sera sur France 2 dans un téléfilm, Silences d’Etat, où elle incarne la chargée de communication du président de la République, joué par Richard Berry. Et, last but the least,  elle sortira un nouvel album à la rentrée de septembre-octobre. Artiste accomplie aux talents multiples de comédienne et de chanteuse, elle interprète d’ailleurs elle-même toutes les chansons de Cheba Louisa.                                              
	  ]]></description>
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