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Béjaïa . Revue de linguistique générale

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le 11.03.17 | 12h00 Réagissez

 
	Une publication semestrielle riche 
	sur le langage, la littérature et la didactique.
Une publication semestrielle riche sur le langage, la...

La faculté des lettres et des langues de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa édite depuis quelques années une revue très intéressante intitulée Multilinguales.

Ce semestriel est centré sur les sciences du langage et du texte littéraire, la pédagogie, la didactique, la traduction et le traitement automatique des langues. Le cinquième numéro, riche de 270 pages, donne la part du lion à la didactique et à l’enseignement des langues, une focalisation justifiée par les problèmes que rencontrent souvent les enseignants sur le terrain.

Il est clair que l’enseignement des langues en Algérie représente un énorme défi. D’où l’urgence de produire au niveau universitaire des savoirs et des solutions qui permettraient aux enseignants de dépasser les écueils rencontrés au contact des apprenants. Dans l’article inaugural de la revue consacré à «L’analyse des savoirs enseignés en classe de langues», les deux rédacteurs de l’article (Abdenour Arezki et Khedoudja Méziane) insistent sur les notions prodiguées aux apprenants et les conséquences de celles-ci sur l’apprentissage. Pour illustrer leur analyse, ils ont filmé et transcrit des séances pédagogiques dans une classe de français, langue étrangère. Cette manière de procéder permet de comprendre l’organisation des savoirs et leur progression.

Après le contenu notionnel, vient une autre étape importante dans l’apprentissage des langues : «Faire parler l’apprenant en langue étrangère.» Car il est inconcevable, en l’état actuel des choses, de tolérer que des apprenants, ayant étudié une langue pendant plus de dix ans, se retrouvent démunis ou en carence linguistique. L’article de Laura Nicolas revient sur «le schéma producteur de parole» en privilégiant l’aspect thématique et des mises en situation qui, grâce à la «conversation didactique», permettent de «réutiliser librement sur des thèmes de leur choix les matériaux linguistiques qu’ils ont appris précédemment».

L’enseignement de la langue amazighe pose lui aussi un certain nombre de problèmes en classe. Et, un des écueils majeurs, selon Lhassane Andam, rédacteur de l’article, reste «la passivation en amazighe». L’article montre comment doit se faire la transformation de la forme active à la forme passive en décrivant les différents changements qui «affectent la structure phrastique». L’article propose aussi à l’intention des enseignants et des apprenants, comme le dit si bien l’auteur, «une approche alternative où la passivation est vue comme un processus portant sur l’inversion de la perspective».

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que Multilinguales est une revue ouverte et, comme elle est ancrée dans une terre africaine, elle accorde aussi un intérêt particulier aux langues africaines, notamment le wolof. Cette langue est essentiellement parlée au Sénégal, en Gambie et en partie dans le sud de la Mauritanie. L’article de Mamadou Cissé propose de comprendre l’opposition entre les notions d’accompli et d’inaccompli en wolof contemporain. Dans le résumé proposé par l’auteur, il écrit : «Nous tentons de présenter la manifestation de l’opposition accompli/inaccompli à travers les différents paradigmes de conjugaison, car pour comprendre le système verbal du wolof, il est essentiel de se faire une idée claire du rôle de l’aspect.» Il faut bien rappeler qu’il y a un regain d’intérêt pour toutes les langues maternelles en Afrique. Elles commencent à trouver leurs places parmi le français, l’anglais et le portugais.

Le comité de rédaction de la revue a retenu également dans ce numéro plusieurs articles consacrés à la littérature. Ainsi, on peut lire deux études très intéressantes sur l’œuvre de Amin Maalouf. La première, de Souad Redouane-Baba Saci, s’intitule L’hétérolinguisme dans l’essai ‘Origines’ où l’écrivain franco-libanais parle de sa généalogie et de sa famille dans la diaspora libanaise. L’auteure explique que la famille Maalouf, dont les membres sont disséminés à travers toute la planète, parlent différentes langues et l’essai d’Amin Maalouf, écrit en français, prend forme au carrefour du dialogue entre tous ces parlers.

La deuxième étude, de Abdelmalik Atamena, s’intitule «Autobiographie et idéal de l’homme dans l’écriture romanesque d’Amin Maalouf». Dans cet article, le rédacteur décèle chez Maalouf une double implication dans son écriture romanesque qu’il résume en ces mots : «D’une part, l’auteur projette sa conception du monde dans les personnages qu’il peint ; d’autre part, ces personnages servent de modèle à sa personnalité.

Ce double rapport d’extériorisation et d’intériorisation est appelé en psychanalyse, projection et introjection.» Cette approche, qui se propose de voir l’auteur à travers ses personnages, n’est pas nouvelle. Par ailleurs, l’utilisation des concepts psychanalytiques en littérature pour retrouver l’écrivain et le soumettre à l’analyse peut s’avérer périlleuse. Ceux qui connaissent Amin Maalouf, savent qu’il s’agit d’un auteur discret qui ne se livre que très rarement en public. Alors que dire de ses écrits ?
La revue Multilinguales de l’université de Béjaïa est un outil précieux pour connaître l’état de la recherche dans ces domaines en Algérie et elle mérite sans doute une bonne distribution et une meilleure visibilité.


Multilinguales, n°5, 2105, Lailemm, laboratoire de recherche, faculté des lettres et des langues, université Abderrhmane Mira.    

Slimane Aït Sidhoum
 
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