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Théatre. Débat entre le ministre et des professionnels

Planches sans langue de bois

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le 18.03.17 | 12h00 Réagissez

 
	 
	Depuis sa naissance, le théâtre algérien souffre de l’absence d’auteurs dramatiques
Depuis sa naissance, le théâtre algérien souffre...

Ce lundi, à Alger, une rencontre-marathon — huit heures de discussions — a réuni le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, et des professionnels parmi les plus en vue de la scène théâtrale.

Elle a été au-delà des objectifs qui lui étaient tracés : celui d’extraire de l’ornière l’activité théâtrale, paralysée qu’elle est par la chute drastique de son financement... En effet, il n’a pas été question de simples mesures en vue de la juguler et les artistes ont cautionné la défonctionnarisation, dans la suite logique d’une débureaucratisation des institutions culturelles.

Ce sujet de fâcheries a fait avorter l’ébauche de toute réforme depuis qu’elle a été mise à l’ordre du jour il y a plus de vingt ans et alors que s’était amorcée de façon informelle une refondation du théâtre algérien (Voir notre entretien avec Slimane Chikh, ancien ministre de la Culture, El Watan des 4/5 août 1995) alors que s’amorçait de façon informelle une refondation du théâtre algérien aux plans organisationnel (démonopolisation avec apparition des coopératives) et artistique (nouvelles thématiques et esthétiques).

En effet, c’est bien d’une véritable réforme — même si le terme n’a pas été utilisé — qu’il a été question à l’examen tant des réponses du ministre que des observations, recommandations et «coups de gueule» des intervenants. Le débat a été entamé après la présentation des six rapports de commissions de réflexion installées consécutivement à une précédente rencontre tenue en janvier dernier. En gros, deux axes ont été abordés, l’un concernant l’initiative privée et l’autre les théâtres étatiques.

Pour l’initiative privée, l’idée est de capitaliser l’acquis en promouvant des troupes «privées» au rang de compagnies afin de les hisser du bancal statut de coopérative, voire d’association, qu’elles ont adoptées faute d’une législation adéquate. Cet aspect de la question n’a pas donné lieu à développement parce qu’il fait consensus. Néanmoins, il a été conditionné par deux idées force. La première, émise par Fouzia Aït El Hadj, metteure en scène, appelle à élargir le champ de l’initiative indépendante à la création de théâtres privés et dénouerait la situation de plusieurs espaces détenus par des troupes semi-professionnelles et/ou semi-amatrices.

La seconde idée formulée par Khaled Belhadj, également metteur en scène, insiste sur la nécessité d’instituer un environnement sur le modèle de la notion de «climat des affaires» qui appartient au champ économique pour le transférer vers celui de la culture afin de stimuler l’initiative, la création et la créativité.


S’agissant du deuxième axe, la révision de fond en comble des textes organiques des théâtres d’Etat a été très discutée. Néanmoins, selon Lakhdar Mansouri, metteur en scène et responsable du département des arts dramatiques de l’Université d’Oran, les nouveaux textes devraient découler d’un texte refondateur pour en formuler les principes, à l’image du Manifeste du théâtre algérien de 1963 qui a institué le Tout-Etat dans le quatrième art. L’idée est que les théâtres étatiques, dont le nombre devrait atteindre la vingtaine sous peu, fonctionnent à l’avenir sur la base d’une mission de service public.

C’est à cette aune-là également que devrait s’effectuer la nomination de leurs directeurs. Ceux-ci, déchargés de la gestion administrative, doivent être des artistes porteurs d’un projet artistique. Dans cette perspective, certains théâtres auraient en outre une mission spécifique en matière de création (création contemporaine, répertoire national, etc.). Par ailleurs, la dénomination de «théâtre régional» disparaissant, leur identité tiendrait d’abord aux noms des artistes qu’ils portent, selon la règle universelle, mais aussi à ce qui les distinguerait par leur activité dans le champ théâtral. Quant à la question des finances, l’unanimité a été faite autour de leur destination aux seuls projets artistiques (montage de spectacles, cachets) et non plus à la masse salariale, la fonctionnarisation devant être bannie.

Néanmoins, a-t-il été précisé, il est hors de question de livrer les artistes à la précarité, l’institution d’un statut de l’intermittent du spectacle est une condition essentielle d’une telle démarche. Pour ce qui est de la production et de la diffusion, il est apparu évident qu’elles ne sauraient se suffire des seuls espaces des théâtres au regard d’une demande qui n’a jamais été suscitée puisqu’aux fil des décennies, le théâtre algérien ne s’est pas soucié de la perte de son public.

Si donc celui-ci doit être reconquis, la mobilisation des espaces des maisons de la culture apparaît comme un passage obligé. Néanmoins, cet enrôlement doit obéir aux principes d’une économie culturelle les mettant en étroite synergie avec les théâtres, ce qui implique que les maisons de la culture soient, elles aussi, impérativement engagées dans un processus de débureaucratisation avec tout ce qui en découle.

A cet égard, le joug que leur imposent les autorités locales à travers des directions de la culture soumises aux injonctions de l’exécutif de wilaya dont elles relèvent, les détourne de leur mission première et les installe dans l’activisme. Ainsi, elles sont souvent obligées, et sans contrepartie, d’accueillir des rencontres qui n’ont aucun caractère culturel.

Abordant la question de la formation, le ministre est d’avis d’instituer une sorte d’Académie des Arts en remplacement de l’ISMAS (Institut supérieur des métiers des arts du spectacles et de l’audiovisuel, sis à Bordj El Kiffan). Or, les contours de cette nouvelle institution n’étant pas encore précisés, les débatteurs ont insisté sur l’urgence du retour de l’ISMAS à son ancien statut : former des artistes et former aux métiers des arts du spectacle. Mais surtout, il a été revendiqué qu’elle promeuve une formation qualifiante et non diplômante. Brahim Noual, un des anciens directeurs de l’établissement, a situé la déviation au moment où il a été question d’un diplôme universitaire.

Ce repositionnement de l’ex-ENAD s’est traduit par l’impossibilité de faire appel à un professionnel, aussi créatif qu’il soit, pour y transmettre son expérience ou y enseigner. Par ailleurs, d’aucuns ont rappelé que la formation doit être envisagée au sein des théâtres, cela au regard de la pratique en d’autres pays. D’aucuns ont rappelé que la formation doit être envisagée au sein des théâtres, cela au regard de la pratique en d’autres pays ; la formation et le recyclage peuvent et doivent avoir pour cadre les théâtres, cela au regard de la pratique largement suivie dans le monde.

Concernant le volet «thématique» du répertoire, selon le terme usité dans le rapport d’une des commissions, celle-ci s’est contentée de coller au souci du ministre de donner la préférence à l’adaptation des romans d’auteurs algériens. Or, au regard de la pratique universelle, les œuvres théâtrales ne sont pas des adaptations de romans ou de nouvelles.

C’est en général l’exception. De la sorte, la commission a perdu de vue que le drame (sans jeu de mots) du théâtre algérien est d’avoir souffert depuis sa naissance de l’absence d’auteurs dramatiques. Ce sont des acteurs et des metteurs en scène qui ont dû écrire pour exercer leur art. D’où d’ailleurs le fait que l’écrasante majorité du répertoire algérien soit de l’adaptation. Pis, la commission a même suggéré le recours à l’écriture… collective. Or, la question est plutôt de susciter des vocations en matière d’écriture dramatique sachant que pour un auteur il est plus gratifiant d’écrire un roman qu’une pièce théâtrale.

Sous d’autres cieux, des politiques sont menées en ce sens et c’est à cela que la commission aurait dû appeler. Enfin, il a été question de théâtre pour enfants et de théâtre de marionnettes dont, enfin, on semble s’apercevoir de leur nature stratégique mais aussi du caractère globalement infantilisant de leurs productions en Algérie. Maintenant, il reste à savoir si ce qui a été discuté va trouver une traduction concrète (et le plus tôt serait le mieux) où finir comme d’autres palabres sur la question. Il est vrai que cette fois il y a une urgence. Il est vrai aussi qu’il y a des législatives prochainement. Le suivi des recommandations de ce lundi aura-t-il lieu après les élections ?

D’une manière globale, la rencontre de lundi a signalé fortement l’émergence d’un nouvel état d’esprit et une volonté commune de sortir d’un marasme d’ailleurs antérieur à la crise économique. Il faudra maintenant autant d’audace que de clairvoyance pour avancer dans les faits.
 

Mohamed Kali
 
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