Pages hebdo Arts et lettres
 

Musique . Edition d’un coffret dédié à l’Imzad

Patrimoine à l’écoute

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 22.07.17 | 12h00 Réagissez

Patrimoine à l’écoute

Simplement intitulé Imzad, ce coffret de cinq CD nous permet enfin d’écouter l’imzad dans sa pleine authenticité. Inscrit en 2013 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (par l’Algérie, le Mali et le Niger), il est l’instrument majeur de la tradition touaregue. Plus qu’un instrument, il est aux Touareg «ce que l’âme est au corps», a dit feu Hadj Moussa Akhamouk.

Il faut le souligner, cet enregistrement inédit restitue le répertoire traditionnel dans son authenticité sans le fard de la world music qui enrobe souvent les musiques africaines. Pas d’accords de guitare, ni de refrains accrocheurs. Seulement l’imzad, cet instrument-roi joué par les femmes touarègues de noble ascendance. Et, faute de le vivre dans une fête du Hoggar, il faut se départir de ses habitudes d’écoute pour se mettre au diapason de cette musique méditative, épique et festive à la fois. Il faut se glisser dans le temps lisse des grands espaces du Sahara.

Quand l’imzad vibre, nul autre instrument ne conteste sa suprématie. La fabrication et le jeu de cette vièle à une corde, faite de crin de cheval, sont transmis depuis des ages immémoriaux. «Ne soit pas étonné qu’il n’ait qu’une corde, As-tu plus d’un cœur pour aimer ?», disait la grande poétesse Dassine. Sur ses airs envoûtants peut se greffer une voix masculine entonnant de la poésie sur les thèmes universels de l’amour et de la guerre. Il existe également des chants interprétés en chœur et rythmés par les battements de main et, plus rarement, accompagnés par tazamart (flûte).

Les cinq CD représentent différents aspects du répertoire. Le premier comporte des airs interprétés en solo, dont Amghar izlan, ou Maître des airs, prélude incontournable des séances d’imzad. Les airs suivants sont souvent descriptifs, évoquant une danse de cheval, un chien, la démarche d’un homme boiteux ou encore une belle femme au regard souligné de khôl…

Sur le deuxième CD, une voix d’homme répond à l’imzad par des airs sans paroles puis par des poèmes chantant la bravoure des guerriers et la beauté des femmes. Les disques 3 et 4 donnent un aperçu de la richesse de la poésie chantée sur différents mètres régissant la prosodie poétique et musicale. Le dernier CD comporte une variété d’airs festifs chantés par des groupes de femmes sur des rythmes enlevés. Les chants évoquent la grandeur de la tribu, les héros de légende, l’absence des hommes en transhumance et la joie des retrouvailles ou encore des berceuses pour endormir les enfants…

Certains épisodes historiques, à l’image de la Bataille de Tit (1902) sont aussi consignés par les poètes d’hier et d’aujourd’hui. Ce sont tous les aspects de la vie touarègue qui sont portés par les airs et poèmes de l’imzad. Ce coffret sorti aux éditions Padidou, en partenariat avec l’ONDA, est le couronnement d’un projet porté par l’association Sauver l’imzad et de sa directrice Farida Sellal. Créée en octobre 2003, cette association a œuvré à la promotion de ce patrimoine culturel inestimable par sa mise en valeur et sa transmission aux jeunes générations. «Il y a moins de cinquante ans, l’imzad était joué partout et en toutes circonstances, écrit Mme Sellal. Le Hoggar, dans les années 70, comptait une bonne dizaine de joueuses (…) En mai 2003, il ne restait plus que sept vieilles joueuses d’imzad, ce nombre s’est vite réduit à quatre, dont deux, presque centenaires ne jouent plus.

Cependant l’association Sauver l’imzad a formé 120 jeunes filles». Les interprètes qu’on écoute dans ce coffret donnent un bel aperçu d’une transmission générationnelle reconstituée. Parmi les doyennes, les virtuoses Alamine Khoulen et Biyat Edaber ont plus de 90 ans, tandis que les plus jeunes, comme Keltoum Hamadi, Cherifa Edaber ou Fatima Badi ont autour de trente ans. Les interprètes masculins, poètes de l’imzad, sont feu Nighat Boukiyas, Nighat El Hoceyni et Mohamed Edaber.

Un livret explicatif accompagne le coffret avec des indications qui permettent de faciliter l’accès à cet univers profond. On peut regretter avec Mme Sellal l’absence (faute de moyens) des poèmes et leurs traductions, présents en partie dans son beau livre Imzad paru chez Casbah éditions. Le coffret Imzad reste un objet d’une grande valeur culturelle, un document témoignant d’un élément important de notre patrimoine.

            

Walid Bouchakour
 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco

Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie