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Noms, lieux et oublis

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le 30.09.17 | 12h00 Réagissez


Bien sûr, la tradition qui veut que la mémoire doive effectuer des haltes solennelles au rythme des décades a quelque chose de surfait. Pourquoi devrait-on penser davantage à un événement passé ou à un illustre disparu en vertu d’un décompte en dizaines d’années ? Il n’empêche, la tradition existe et a imposé la force de son symbole. Aussi, en relisant pour la deuxième fois Des noms et des lieux de Mostefa Lacheraf (sans compter des picorements à la recherche d’un passage donné), je me suis rendu compte que son auteur, Mostefa Lacheraf, était mort le 13 janvier 2007, m’en voulant d’avoir raté ce moment. Mais que ne ratons-nous pas dans le déferlement de futilités et d’inconsistances qui alimentent les turbines de l’oubli !

Brillant intellectuel qui a mêlé l’histoire, la sociologie, la littérature et le journalisme, Lacheraf m’est toujours apparu comme une sorte d’Ibn Khaldoun des temps modernes par sa pluridisciplinarité, mais aussi le fait d’avoir concomitamment exercé des responsabilités lors de la guerre de Libération nationale, puis après l’indépendance. Toujours à proximité du pouvoir sans en être vraiment, il s’est toujours attaché à préserver son indépendance d’esprit. Cet enfant de l’Algérie profonde qui maîtrisait l’arabe et le français à des niveaux vertigineux, a connu un cursus exceptionnel, passant de la médersa de Sidi Aïssa, au cœur des Hauts-Plateaux, à la prestigieuse Sorbonne. Adolescent, c’est chez un barbier-bouquiniste de Bou Saâda qu’il acheta des livres qui le marquèrent, dont celui d’un Egyptien sur les dandys arabes. Immense érudit, l’auteur du magistral essai, Algérie, nation et société» (1965), était aussi poète.

Relire un livre est un exercice à risques. On peut se remémorer les instants de notre vie où on l’a lu la première fois, ce qui signifie généralement qu’on l’avait surestimé. Ou alors avoir le sentiment de lire un nouveau livre, comme une armoire qui cacherait des tiroirs secrets, inaperçus la première fois, et des tiroirs dans les tiroirs ! C’est le cas avec Des noms et des lieux, livre atypique où, entre autobiographie et essai, Lacheraf raconte l’Algérie avec profondeur en se racontant avec pudeur. Et son sous-titre, Mémoires d’une Algérie oubliée, en exprime bien le chemin et la teneur, de même que la peine d’un tel oubli.

Là je redécouvre toute sa maîtrise de la culture populaire ancestrale, lui qui a poursuivi le travail de l’immense Mohamed Bencheneb. Page 232, par exemple, il évoque un cauchemar d’enfance et un «curieux air de flûte» qui l’amènera à découvrir comment cet instrument, notre vieille gasba, pouvait, sans parole, raconter toute une histoire. Aujourd’hui, nous ne savons plus interpréter de tels récits instrumentalisés, la flûte traditionnelle étant devenue, par la télévision surtout, synonyme forcé de deuil et de peine ! Et ce n’est là qu’un petit air de flûte dans une symphonie de savoir et de raffinement que je vous invite à (re)découvrir.

Ameziane Ferhani
 
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