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Fronton

Mon nom est Lapersonne

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le 11.02.17 | 10h00 Réagissez


Il arrive que la littérature, généralement tenue à distance, fasse irruption dans la vie réelle, se permettant même des intrusions dans l’arène politique (la belle expression !).

C’est ce qui arrive au fameux 1984, de Georges Orwell, anticipation d’un monde où le contrôle des pensées atteint un niveau de sophistication effrayant. En ce moment-même, ce livre publié en 1949 se paie une seconde jeunesse. Il a suffi que le porte-parole de Trump affirme, contre la preuve des archives, que l’investiture de ce dernier était celle qui avait attiré le plus de monde. Puis que la conseillère du même dernier qualifie les mensonges de son collègue de «faits alternatifs». Les médias ont tout de suite fait le lien avec le roman précité où un ministère de la Vérité réinvente la réalité. Résultat : les ventes de 1984 se sont envolées et l’éditeur, après un tirage urgent de 47 000 exemplaires, a dû en lancer un autre de 100 000. Certes, depuis sa parution il y a 68 ans, le chef-d’œuvre a enregistré trente millions de ventes. Mais là, on parle d’une multiplication par cent des ventes moyennes. Dans la foulée, d’autres romans de science-fiction, dits de dystopie parce qu’ils imaginent un futur d’oppression, en ont profité aussi : Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley et Cela ne peut arriver ici, de Sinclair Lewis, premier américain à glaner le Nobel de littérature, dont ce titre se voit réédité en Angleterre 82 ans après sa parution !  

En France, c’est la poésie qui s’est trouvée mêlée à la politique lors d’un meeting du Front National qui a exhibé sa dernière recrue, un obscur comédien qui a pour nom Frank de Lapersonne. Ce transfuge de gauche a déclaré devant une salle en pâmoison : «Victor Hugo n’a pas appris l’arabe à l’école et moi, ça me fait plaisir de le savoir.» On ne sait pas ce que lui-même a appris à l’école mais, à propos de cet immense écrivain, il devrait lire sa deuxième œuvre, Les Orientales (1829), qui s’inspire, entre autres, des grands poètes arabes des mouâllaqat. Hugo avait été aidé par un bien nommé Ernest Fouinet, fonctionnaire des finances, passionné de littérature arabe et la première édition comprenait même à la fin une note de celui-ci sur ces poètes. Si dans ce recueil, Hugo fustige l’Islam (sur quoi il reviendra à la fin de sa vie dans La légende des siècles avec des poèmes bienveillants, dont le fameux L’An Neuf de l’Hégire), il ne cache pas déjà son admiration pour la langue arabe et sa poésie.

Peut-être un reste de ses années d’enfance en Espagne ? Plus tard, il a dévoré les traductions du Coran et des Mille et Une Nuits. Il est certain qu’il aurait aimé connaître la langue arabe, à l’image de Champollion, le génial déchiffreur des hiéroglyphes, qu'il ’avait apprise adolescent. L’arabe et sans doute toutes les autres langues, car il s’inscrivait pleinement dans l’universalité, à des années-lumière des imbéciles qui nous posent cette question hélas récurrente : le racisme est-il le seul fait de l’ignorance ?
 

Ameziane Ferhani
 
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