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Parution. Le dernier roman de Waciny Laredj

Mémoire en demeure

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le 22.07.17 | 12h00 Réagissez

 
	Entre la mythique Andalousie et le présent, un aller-retour passionnant.
Entre la mythique Andalousie et le présent, un aller-retour...

Tous les lieux racontent une histoire et possèdent une mémoire toujours prête à être dévidée. Il suffit de s’y pencher pour découvrir les pépites qu’ils recèlent.

Les manuels d’histoire y trouvent matière à discourir sur le passé et la fiction y puise des parcours et des destins pour y forger des aventures passionnantes. Il en est ainsi du nouveau roman de Waciny Laredj, La maison andalouse. Le titre à lui seul permet au lecteur de comprendre qu’il va effectuer une grande virée dans l’histoire andalouse. Cette Espagne mythique ressemble à un pays de Cocagne dont la conquête avait pour point de départ l’Afrique du Nord, d’où les liens indéfectibles qui unissent les deux régions. Le roman constitue un témoignage vivant de ce passé tumultueux avec le retour de milliers d’Andalous (ou de Mauresques) sur la terre d’origine, après avoir été chassés par Elisabeth la catholique lors de la Reconquista achevée en janvier 1492.

Le narrateur, Mourad Basta, nous apprend que cette maison a été construite à Alger au XVIe siècle par un certain Sid Ahmed Ben Khalil, dit Galileo El Rojo, son aïeul et célèbre libraire à Albaïcin en Andalousie. Ce dernier voulait à travers ce geste bâtisseur implanter dans l’âme maghrébine un pan de cette histoire qui avait duré sept siècles. Ainsi, la maison est toujours debout malgré cinq siècles de tourments. Elle a résisté à tous les avatars.

Dans le sillage de ce lieu, Mourad Basta a aussi hérité d’un manuscrit d’une grande valeur historique qui retrace la vie de son ancêtre, bâtisseur de la demeure. Au fil de la narration, on apprend que ce précieux codex a failli se perdre, comme tous les objets de valeur. Il a fallu toute la vigilance de son petit-fils, Salim, bibliothécaire de son état, pour le soustraire aux convoitises malsaines des collectionneurs. Une seconde vie est donnée à cette précieuse archive après une restauration dans un laboratoire italien. Mourad Basta, le narrateur, aime à rappeler le parfum particulier qui se dégage des pages du manuscrit et la douceur de ses feuillets.

Un autre personnage fait son apparition dans cette saga : Massika, une jeune fille d’origine andalouse également, et qui a des liens très forts avec le vieux Mourad Basta. Elle est sa confidente et joue le rôle de son dépositaire testamentaire. Les gens qui les voient vadrouiller ensemble sur le front de mer sont troublés par leur complicité et leur proximité.

Elle a une relation très particulière avec ce fameux manuscrit, surtout depuis qu’elle en a parlé à son amant, le directeur de la Bibliothèque nationale. Celui-ci, homme sans scrupules, a essayé par tous les moyens de se l’accaparer par pur mercantilisme. Heureusement Massika saura déjouer les manœuvres de cet énergumène pour que le manuscrit revienne à qui de droit. Le roman évoque ainsi comment les objets qui font l’Histoire et les archives dans notre pays peuvent être à la merci d’incompétents vénaux.

C’est pour cela, par exemple, que nombre de familles et d’individus, en possession de manuscrits importants rechignent à confier leurs archives à des institutions algériennes.

Mourad Basta est hautement conscient de la nécessité de sauvegarder la maison andalouse et le manuscrit. Il rappelle au lecteur que son aïeul a connu Cervantès lors de sa captivité à Alger à partir du 26 septembre 1575. Sid Ahmed Ben Khalil, qui était bibliophile et fin lettré, s’était rapproché de l’écrivain espagnol aujourd’hui universel et l’avait aidé à supporter cette captivité, le sauvant même d’une mort certaine ourdie par l’Agha d’Alger. En guise de reconnaissance, Cervantès va le citer dans son excellent roman picaresque, Don Quichotte.

L’auteur de génie espagnol ne s’est pas trompé, car la vie de Sid Ahmed Ben Khalil ressemble elle aussi à un roman par ses rebondissements, entre son expulsion de Grenade et son arrivée à Oran grâce à la bienveillance du prêtre Angelo Alonzo. Dans son manuscrit, Ben Khalil, alias Galiléo, note tout et surtout son histoire d’amour avec Lala Soltana, une femme exceptionnelle. Puis, dans l’un des cahiers qui date de 1570, il relate comment il a pu acquérir le verger de Hamid Kouroughli, qui était en jachère et mal exploité pour le viabiliser et construire la maison de ses rêves. Cette nouvelle stabilité acquise permet à  El Rojo  d’envisager l’avenir sous de meilleurs auspices. Ainsi, il participe même à des expéditions en Méditerranée avec le raïs Hamid Kouroughli.

Le narrateur n’oublie pas l’époque actuelle et tous les périls qui guettent cette demeure. Salim, son neveu, fait appel à son ami Youcef, un journaliste dynamique, dont la préoccupation principale est de défendre le patrimoine contre la mafia du foncier, insatiable et gloutonne.

Salim résume le travail de son ami Youcef en ces termes : «En dévoilant l’histoire de la maison, il révélait la déliquescence qui affectait la ville, le pays, les hommes, l’histoire, les pierres sous lesquelles se cachaient des secrets que personne ne tenait à dévoiler.» Ce propos dit beaucoup sur le rapport problématique que nous avons à la mémoire et la difficulté de valoriser un patrimoine historique indéniable en Algérie. Le talent d’un des plus grands écrivains algériens vivants fait le reste.


Waciny Laredj, La maison andalouse. Ed. Sindbad, Paris, mai 2017.                    
 

Slimane Aït Sidhoum
 
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