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La chronique africaine de Benaouda Lebdaï

Le Moi africain

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le 01.07.17 | 12h00 Réagissez

L’Afrique est à la croisée des chemins en ce début de XXIe siècle, celui de la mondialisation. Dans le sens négatif ou positif, la globalisation ne laisse pas indifférents les politiques, intellectuels, penseurs et citoyens.

Le tout récent ouvrage, Ecrire l’Afrique-Monde, est d’autant plus pertinent qu’il démontre l’urgence pour l’Afrique d’en être. La période pos-tcoloniale/néo-coloniale n’a pas répondu aux attentes des peuples, car seules les oligarchies profitèrent des indépendances. La perception de l’Afrique par les pays riches a peu changé.

Ce continent reste exotique et énigmatique, alors que le reste du monde bouge, à l’instar de la Chine, de l’Inde ou du Brésil. C’est en opposition à ce statu quo que le Sénégalais Felwine Sarr et le Camerounais Achille Mbembe ont organisé les Ateliers de la Pensée à Dakar et à Saint-Louis du Sénégal, en octobre 2016.

L’ouvrage précité, écrit sous leur direction, fait suite à ces Ateliers. Composé de quatre parties, il comprend vingt articles. L’idée dominante repose sur le constat que l’Afrique est l’un des théâtres principaux où doit se jouer l’avenir de la planète. Les penseurs proposent une nouvelle impulsion pour inscrire l’Afrique dans le mouvement mondial à partir de son histoire et de ses potentialités, notamment intellectuelles. La prise de conscience est urgente et les intervenants soulignent que l’Afrique ne peut se permettre d’être mise de côté. Elle contredit avec fermeté l’idée persistante et combien injuste qu’elle constitue un monde à part, un «hors-monde».

Les contributeurs rejettent cette Afrique infantilisée par l’Europe, cette Afrique dite «sauvage et naturelle» qu’il ne faut pas déranger et dont les richesses sont toujours exploitées et pillées. L’analyse de la situation s’adosse à la volonté d’extirper l’Afrique de cette vision négative. Un mouvement positif doit être enclenché car «il n’y a d’Afrique que créée» et pensée dans une nouvelle relation avec le monde. Sans complexe, et avec assurance l’Afrique doit jouer son rôle, car ses potentialités intellectuelles dans tous les domaines sont présentes et capitalisent un savoir acquis dans tous les domaines : philosophie, économie, arts, littérature, sciences...

Les articles soulignent l’urgence d’une prise de conscience du fait que l’Africain soit devenu un sujet-créateur. La pensée est un préalable mais elle n’est efficace que si l’action suit et, comme le rappellent Felwine Sarr et Achille Mbembe «on n’agira pas sans penser, tout comme on ne pensera pas sans agir».

En étant réceptif au discours de l’Occident, il est impératif de sortir de son hégémonie déjà attestée et contestée par des penseurs du Sud comme en témoignent les textes critiques structurants de Frantz Fanon, Edward Saïd, Aimé Césaire ou Edouard Glissant. Il devient impératif de soutenir cette pensée renouvelée qui propose les clés d’interprétation pour un rééquilibrage des forces dans le monde, pour que l’Afrique ne soit pas en dehors du monde nouveau qui tente de construire de nouvelles bases pour les pays longtemps colonisés et/ou néo-colonisés.

Les Ateliers de la Pensée démontrent que les propositions de nouveaux concepts ne forment pas de vains espoirs, mais s’appuient sur une réaffirmation du Moi africain, une unification de toute l’Afrique à travers la diaspora, et – comme nous le défendons dans tous nos écrits – une volonté de faire en sorte que le Sahara ne soit pas une frontière entre les pays nord-africains et les pays sub-sahariens.

Les questions de migrations sont aussi au cœur des débats, car toutes les forces intellectuelles, où qu’elles soient, doivent contribuer à cette inscription de l’Afrique en tant qu’acteur central dans le monde. Les migrations intra-africaines et hors-Afrique font partie de ce nouveau siècle et vivre avec les migrants d’où qu’ils viennent est désormais le lot des Africains et celui du reste du monde, même si les frontières administratives sont de plus en plus fermées. Force est de constater que, de diverses manières, les Africains sont les premiers à véritablement appliquer le concept de mondialisation.

Et, comme le dit l’écrivain kenyan Ngugi Wa Thiong’O, décentrer la pensée et le monde est au cœur du débat. Ainsi, Ecrire l’Afrique-Monde réactive les concepts structurants pour une Afrique «post-anthropologique», ce qui exige d’être au cœur de la mondialisation, car les richesses matérielles et les potentialités humaines africaines sont réelles. Le discours des intellectuels africains s’exprime dans les universités européennes et américaines, bouleversant les concepts coloniaux en profondeur, créant une nouvelle pensée, une nouvelle vision du monde, comme les concepts féministes du point de vue des pays du Sud.

Le partage, l’égalité, l’humanisme sont des éléments fondamentaux exprimés dans les littératures africaines qui proposent d’autres interprétations du monde. Le renouvellement des forces mondiales est en cours grâce à des intellectuels qui s’imposent par un discours déstructurant la vision euro-centrée du monde.
Cet ouvrage à méditer démontre que des signes évidents de créativité sont visibles en Afrique qui se doit d’acquérir un rôle central,  car elle est le lieu de la «provocation intellectuelle».

Benaouda Lebdaï
 
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