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La saga Mammeri

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le 04.03.17 | 12h00 Réagissez


De retour de Ath Yenni, où il a couvert le lancement de l’Année Mouloud Mammeri, Walid Bouchakour (lire ci-contre) signale l’influence du milieu et de la famille sur l’éclosion de celui qui deviendra l’un des repères culturels de l’Algérie moderne. 

 Dans cette saga, il y a le père de l’écrivain, Hadj Salem, avec son savoir-faire d’artisan mais aussi sa connaissance du droit coutumier et de la poésie populaire qui l’avaient élevé à la dignité d’Amin de l’assemblée villageoise. Il y a l’oncle, Lounès, personnage important qui devint le précepteur du roi du Maroc puis son chef de protocole, particulièrement proche du monarque qu’il accompagna durant tout son règne. Il y a aussi Azouaou, cousin du précédent, l’un des tout premiers pionniers de la peinture algérienne. Ses toiles font partie aujourd’hui de collections prestigieuses privées et publiques dans le monde, jusqu’aux Etats-Unis où, en 1927, il avait exposé au Cleveland Museum et au Brooklyn Museum. Il y a encore le petit-fils et homonyme du dernier, Azwaw, peintre reconnu qui a exposé récemment à la galerie Sirius d’Alger.
Il y a enfin, Farid, fils du cousin de Mouloud, lequel a mené, jusqu’à son départ pour la France en 1993, une carrière polyvalente très active durant les années 1970 et 1980. Peintre, poète, nouvelliste, il a animé une émission culturelle très suivie à la radio et a été un animateur remuant du complexe Riadh El Feth et surtout de la salle Frantz Fanon dont il fit un lieu effervescent d’Alger.

Nos familles étaient voisines et proches l’une de l’autre et, au-delà du temps et des distances, il demeure un ami très cher avec lequel je partage tant de souvenirs aussi fous que sages. Par son intermédiaire, j’ai pu mesurer l’importance de cette saga Mammeri, car il avait coutume de dire avec son humour pince-sans-rire : «Pas facile de se faire un prénom dans cette famille mais je le ferai.»

Il m’avait invité à Taourirt Mimoun. Un lieu magique pour des vacances de lycéens qui n’avaient ni mobiles ni internet, mais surtout des livres et un tourne-disque en plastique sur lequel nous avions usé jusqu’à l’os le Simon and Garfunkel's Greatest Hits. Dans ce village, entre la générosité et l’humour de ses habitants, les œillades de ses belles inaccessibles, le foisonnement de la nature alentour et nos rires, livres et unique disque, on annonça un jour l’arrivée de «Dda l’Mouloud». Non pas comme un événement mais une bonne mais simple nouvelle qui aurait pu concerner bien d’autres enfants du village. J’étais presque choqué par cette attitude mais je compris après en voyant Mouloud Mammeri, attablé au seul café du village, couvert d’un vieux burnous blanc et engagé dans des parties de dominos sans fin, passionnantes, joyeuses et bruyantes.

En fait, les villageois, pourtant très fiers de lui, n’attendaient pas un écrivain et lui ne se prenait pas pour tel. S’il appartenait à une aristocratie, c’était celle de l’esprit. Et il la vivait si simplement.

Ameziane Ferhani
 
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